La laïcité est souvent perçue comme une exception
française, une singularité hexagonale. Il ne fait pas de
doute que le concept de laïcité constitue un témoignage
de l'originalité féconde du " génie français
". Le concept peut être considéré comme une exception
française car il est historiquement une invention de notre pays.
La laïcité fut par la suite tantôt ignorée par
nombre d'Etats, tantôt plus ou moins bien acclimatée par
d'autres.
Le terme renvoie d'abord à une progressive perte d'emprise de la
religion sur la société, que ce soit dans des domaines aussi
variés que l'individualisation des croyances, la libération
des murs ou l'autonomie des sciences. Cette tendance lourde se rapporte
à une évolution transformant progressivement la société
et les modes de vie ou de pensée : il s'agit du processus de laïcisation
ou de sécularisation.
Mais l'idée de laïcité se réfère également,
et plus particulièrement sans doute car davantage visible, à
la transformation souvent conflictuelle des rapports entre Eglises et
Etat. Elle met en jeu l'indépendance de l'Etat par rapport aux
Eglises par la construction d'un vaste service public étatique
et aborde la question cruciale de la neutralité de l'Etat vis-à-vis
des dogmes et des religions par la reconnaissance du pluralisme religieux.
1 - La maturation d'un principe récent
La laïcité constitue une valeur somme toute récente.
Dans la cité antique, qu'elle soit grecque ou romaine, l'imbrication
du religieux et du politique était extrêmement forte : l'existence
et le succès de cultes civiques en témoignent. Les nombreuses
survivances théocratiques de l'Occident médiéval
et les réalités des monarchies chrétiennes fonctionnant
sur le principe de l'absolutisme de droit divin reléguaient au
second plan toute velléité laïque. Partout l'intrication
du temporel et du spirituel, encore plus forte dans les pays luthériens,
était de mise.
C'est donc dans le refus du cléricalisme et le rejet de la société
d'Ancien Régime que la laïcité a émergé.
Elle est déjà contenue dans le texte fondamental que représente
la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août
1789. La Révolution française posa les premiers jalons en
créant l'état-civil et en autorisant le divorce par consentement
mutuel. Le processus de sécularisation était enclenché
de la sorte, le principe de l'égalité devant la loi des
citoyens quelle que soit leur confession obtenait droit de cité.
Des hommes pouvaient par nature se gouverner eux-mêmes, en dehors
des dogmes et de l'Eglise.
L'idée de laïcité reste présente tout au long
du XIX° siècle. Elle constitua même un clivage fondamental
sur l'échiquier politique en France. La question religieuse et
la question institutionnelle agirent de concert pour déterminer
des oppositions idéologiques nettes : d'un côté, les
défenseurs de la laïcité militaient pour la forme républicaine
du régime tandis qu'en face se liguaient les forces conservatrices,
voire réactionnaires, pour qui la société d'Ancien
Régime fondée sur l'alliance du Trône et de l'Autel
servait de référence. La célèbre apostrophe
de Gambette en 1877, " le cléricalisme, voilà l'ennemi
! ", prouvait le lien, fort et indissociable, qui unissait alors
République et laïcité.
Cependant, force est de reconnaître que la situation était
plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Ainsi, la progression
du gallicanisme constitua à certains égards un obstacle
à l'émergence de la laïcité : plutôt que
de chercher à séparer les pouvoirs temporel et spirituel,
les gallicans essayèrent d'absorber l'Eglise dans l'Etat en faisant
du clergé un corps de fonctionnaires. Il était dit que la
France traverserait le XIX° siècle régie en la matière
par le Concordat napoléonien de 1801. Il est a priori paradoxal
de constater que certains des promoteurs de l'idée de laïcité
au cours de la première moitié du siècle furent indirectement
des catholiques du groupe de L'Avenir qui, à la suite de Lamennais,
appelaient l'Eglise à se libérer de la tutelle de l'Etat
et à s'en séparer par la résiliation du Concordat.
En dépit de l'activité de Lamennais, cette initiative resta
largement marginale chez les catholiques, et par ailleurs condamnée
par la papauté en 1832.
L'idéal laïc triompha en France à la fin du XIX°
siècle, en même temps que s'enracinait la République,
l'un confortant l'autre. Deux moments se révélèrent
cruciaux dans ce processus : la législation scolaire de Jules Ferry
en 1881-1882 et la loi de séparation des Eglises et de l'Etat en
1905. L'enseignement constitua un espace de confrontation pour le moins
virulente avec le cléricalisme catholique. L'union entre un régime,
la République, une institution, l'Ecole, un principe, la laïcité,
imprima sa marque féconde à l'évolution ultérieure
de la France. Deux décennies plus tard, le Concordat de 1801 répudié,
la France devenait pleinement une République laïque. Ce qui
à la veille du premier conflit mondial en faisait une double exception,
parfois perçue comme une incongruité dans le concert des
nations européennes : à la fois républicaine et laïque.
2 - Les caractéristiques de la laïcité fondent la citoyenneté
Aujourd'hui, la laïcité est un des quatre principes fondamentaux
de la République française. En effet, l'article 2 de la
Constitution de 1958 stipule que " la France est une République
indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure
l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction
d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
" Avec les textes évoqués précédemment,
il s'agit sans équivoque possible d'un véritable "
bloc de constitutionnalité " sur lequel repose en partie notre
" vouloir-vivre ensemble ".
La laïcité garantit la liberté de conscience, c'est-à-dire
la capacité que chacun possède de juger et de décider
en dehors d'un dogme religieux, d'une philosophie officielle ou même
d'un conformisme ambiant. Effectivement, la laïcité donne
la possibilité de penser librement, de construire une pensée
autonome en usant de sa liberté de jugement. De la sorte, l'homme
se trouve à même de prendre pleinement conscience de son
statut de citoyen : il accède à la dignité de citoyen,
processus dans lequel l'idéal laïc joue un rôle non
négligeable.
La laïcité institue également la souveraineté
populaire en postulant que le peuple peut se gouverner lui-même
d'une manière terrestre et rationnelle. Or cette souveraineté
renforce l'exigence de liberté, pour que la liberté de conscience,
aidée en cela par l'acquisition de savoirs et d'informations, se
traduise in fine par une capacité de jugement et de décision.
Dans ce schéma là, on aperçoit les liens existant
entre laïcité, école publique, liberté et pluralisme
de l'information car il n'est plus à démontrer que le citoyen
ne peut exercer ses prérogatives que s'il est suffisamment instruit
et informé.
La lutte contre l'ignorance ou l'obscurantisme, la défiance envers
toute forme de désinformation ou de propagande si caractéristiques
de l'ère des masses contemporaine s'inscrivent bien dans cette
perspective : la laïcité vise sans conteste à l'élévation
citoyenne et à la promotion de la souveraineté populaire.
Le combat pour la laïcité est en fait celui de la reconquête
de la souveraineté populaire et de la réhabilitation de
la parole citoyenne.
La laïcité est aussi un fondement majeur de la construction
et de la cohésion d'une nation libre et éclairée.
La nation, comme communauté de citoyens, fidèle en cela
à la définition française de Renan, est une construction
politique qui nécessite une adhésion de chacun à
ses principes, à un " contrat " qui fonde le vouloir-vivre
ensemble. Ce contrat est un acte volontaire, positif, de chaque citoyen,
sans cesse renouvelé : un plébiscite de tous les jours pour
reprendre la formule de Renan.
Cette conception contredit formellement l'appréhension reposant
sur des critères d'ordre naturel : c'est ainsi que le patriotisme
républicain laïc s'oppose en tout au nationalisme, car il
se refuse à penser la nation en terme de sang, de race, d'enracinement
terrien ou de croyances. Tout homme, quelles que soient ses origines,
peut devenir Français, pourvu qu'il accepte les principes et les
règles de la République : la laïcité le permet.
Cette conception n'a rien à voir avec une quelconque gangue ethnique
ou une originelle création religieuse. La laïcité contribue
à la fusion d'individus citoyens dans une même nation, sur
la base d'une démarche voulue et partagée.
Elle permet d'une manière à peu près identique la
pleine intégration de tous à la République, en distinguant
la sphère publique de la sphère privée. Dans la sphère
privée, les choix religieux ou philosophiques peuvent s'exercer
en toute quiétude : seuls des régimes totalitaires et inquisitoriaux
en contesteraient l'évidence. Les croyances religieuses choisies
par les familles et encadrées par des clercs bénéficient
de l'existence de lieux de culte. Mais la séparation de la sphère
publique contribue à borner d'éventuelles tentations des
Eglises à intervenir directement dans le domaine de l'Etat, quand
ce n'est pas de s'y substituer purement et simplement.
Or, il arrive que les empiètements soient fréquents : les
prosélytismes de tout poil cherchent ainsi à imposer leurs
principes, leurs dogmes et leurs modes de fonctionnement dans la sphère
publique. L'école laïque peut accueillir tout élève
en dépit de son appartenance religieuse : elle concourt à
gommer les différences et ne considère que des êtres
égaux. Toute personne peut postuler à un emploi dans la
fonction publique quelles que soient ses croyances, pourvu qu'il n'en
fasse pas une publicité ostentatoire. De ce fait, une politique
volontariste de citoyenneté et d'intégration ne saurait
faire l'impasse sur la préservation résolue de la laïcité.
Il apparaît nettement que la laïcité représente
à la fois un idéal personnel et social, indissociable de
la conception de la citoyenneté à la française. Elle
en constitue un soubassement actif bien que parfois ignoré. Elle
représente un progrès et une garantie pour toutes les parties
concernées : les citoyens obtiennent leur liberté de conscience,
les Eglises leur liberté religieuse en dehors du pouvoir civil,
l'Etat sa capacité à gouverner dans le sens de l'intérêt
général.
La laïcité encourage en outre la démocratie sociale
par ses références constantes aux notions d'égalité
et de fraternité. La solidarité nationale s'en trouve légitimée,
à l'exclusion de toute dérive compassionnelle et condescendante.
En cela, on peut affirmer que la laïcité se situe expressément
au cur de l'exigence et de l'ambition républicaines et qu'elle
les revigore en proportion.
3 - La laïcité : une citadelle assiégée ?
Malgré cela, le modèle laïc français traverse
aujourd'hui quelques turbulences. Il est véritablement menacé
sous les effets convergents de multiples facteurs à l'uvre.
Le plus visible d'entre eux est sans doute la montée de l'intégrisme
religieux. Des intégrismes, devrions-nous préciser, car
toutes les religions sont concernées : l'Islam n'en a pas le monopole.
L'intégrisme est d'abord le fait de groupes minoritaires qui veulent
enfermer le croyant dans un système religieux visant à englober
tous les domaines de la vie sociale en s'appuyant sur une lecture particulière
des textes religieux et sur les traditions les plus rétrogrades.
Dans cette configuration, la distinction entre sphère publique
et sphère privée est jugée superfétatoire,
voire carrément impie.
Nous pouvons noter que l'intégrisme n'est pas une création
contemporaine : il est aussi vieux que les religions. Représente-t-il
une perversion outrancière des systèmes religieux ou, au
contraire, entretient-il des liens consubstantiels avec le concept même
de religion ? La question mérite d'être posée, à
défaut de réponse assurée.
La vogue du communautarisme, phénomène dans lequel l'influence
outre-atlantique est patente, constitue une autre menace. Le communautarisme
se caractérise par un mode d'enfermement dans des groupes ethniques,
religieux ou sociaux, le catalogue n'étant pas exhaustif. L'idée
laïque est dans ce cadre constamment bafouée : on n'accueille
plus par-delà les différences de chacun, mais la différence
commune à quelques uns devient le sésame pour intégrer
le groupe restreint, la communauté.
Si les injustices sociales, les discriminations raciales, la perte ou
le non apprentissage des valeurs républicaines et citoyennes peuvent
servir à expliquer ce mécanisme, elles ne doivent en aucun
cas le justifier. L'objectif de la laïcité doit rester clair
: il s'agit du souci d'instaurer un monde commun aux hommes par-delà
leurs différences afin que le vouloir-vivre ensemble reste dans
le domaine du possible.
La pente actuelle orientée vers un fédéralisme européen
comporte des risques de déstabilisation de la laïcité.
En effet, la plupart des Etats membres ne sont pas laïcs, même
si des processus de sécularisation des modes de vie et de la société
existent largement.
C'est ainsi que nos voisins possèdent des constitutions, des pratiques
ou des cérémonies institutionnelles officielles intégrant
la religion et les Eglises. C'est ainsi que l'on observe l'activité
de certains courants politiques, positionnés indifféremment
à droite ou à gauche, pour faire reconnaître l'influence
religieuse dans les héritages et les réalités de
l'Europe. Alors que l'esquisse d'une constitution européenne se
profile à l'horizon 2004, le danger d'une délaïcisation
sous prétexte d'harmonisation avec les conceptions de nos voisins
ne doit être nullement sous-estimé ou hâtivement évacué.
L'idéologie triomphante de la mondialisation libérale obscurcit
de plus en plus fortement l'idéal de la laïcité. Promouvant
un individualisme exacerbé, un culte de l'exaltation du moi et
du chacun pour soi, le néolibéralisme, que l'on appelait
jadis capitalisme, conduit à de regrettables confusions et à
de graves dérives.
Confusion regrettable entre laïcité et tolérance dont
une conception erronée, acceptant des comportements individuels
et éclatés, fait reculer la prise en considération
de l'intérêt général supérieur à
la somme des simples intérêts particuliers. Dérive
grave quand la primauté de l'idéologie de l'argent et de
la loi du marché font de la rentabilité financière
le seul critère de jugement, faisant de la sorte reculer le dévouement
désintéressé pour des causes collectives et la chose
publique.
4 - Droite/Gauche : des postures renouvelées mais ambiguës
La question de la laïcité déterminait un clivage très
net sur l'échiquier politique : la gauche militait en faveur d'une
conception laïque de la société en combattant vigoureusement
toute forme de cléricalisme. La droite ne concevait pas d'organisation
politique et sociale qui n'attribuait une importance particulière
à la religion. La question religieuse fonctionnait à l'égal
d'une ligne de démarcation séparant deux camps aux conceptions
antagonistes. Depuis, les lignes de fractures se sont déplacées,
rendant la situation plus complexe.
Ainsi, la gauche, ou plus exactement certaines composantes de celle-ci,
sous couvert de modernité et de tolérance, n'hésite
pas à battre en brèche l'exigence intrinsèque du
concept de laïcité. Il s'agit là en fait de prétextes
fallacieux. La laïcité ne se réduit pas à la
tolérance. Cette dernière n'est qu'une concession qu'un
individu accorde à un autre individu alors que la laïcité
affirme la primauté de l'intérêt général.
La tolérance est dépourvue d'une exigence qui fonde la laïcité
: celle de l'intégration républicaine pour tous les citoyens.
La tolérance reconnaît des droits à la différence
tandis que la laïcité s'appuie sur un devoir d'indifférence.
La confusion ne saurait être de mise sans dérive préjudiciable
au vivre ensemble qui nous caractérise.
La gauche convertie à " l'insu de son plein gré "
au libéralisme, la gauche libérale-libertaire et les fractions
gauchistes animées par un état d'esprit à la fois
lyrique et compassionnel considèrent souvent la laïcité
comme une survivance ringarde de temps révolus, voire une anomalie
dont il faudrait se débarrasser à bon compte. Il est vrai
que " laïcard " résonne comme une invective ! Ils
en sapent insidieusement les fondements au nom de la modernité
(jamais définie !), de l'exaltation de la différence, d'un
antiracisme dévoyé confondant des principes universels avec
la défense des " potes " et de modes de vie communautaires.
Ils acceptent aussi des formes de prosélytisme religieux dans la
sphère publique et renoncent de fait à la laïcité
de l'Ecole et de l'Etat. Pour cela, ils s'appuient sur un arrêté
du Conseil d'Etat datant de 1989 qui stipulait que "dans les établissements
scolaires, le port par les élèves de signes par lesquels
ils entendent manifester leur appartenance à une religion n'est
pas en lui-même incompatible avec le principe de laïcité
". Ou comment vider de sa substance une valeur fondamentalement républicaine
Au nom du droit à la différence se muant à l'occasion
en véritable culte d'un " différentialisme " conquérant,
on en vient à justifier toutes les régressions et tous les
particularismes ethniques, religieux ou culturels. Un particularisme de
ce type ne peut être conçu comme une identité de substitution
à l'identité citoyenne en principe transcendante. En effet,
l'enfermement dans la différence identitaire aliène l'individu
à des dogmes, à des clercs intolérants ou à
des petits caïds. La soumission à la communauté se
fait contre l'esprit critique et la liberté.
Profitant des errements idéologiques de certains courants de la
gauche, la droite aurait parfois tendance à se positionner en réaction
en défenseur vigilant de la laïcité. C'est un retournement
de situation qui peut paraître curieux.
Mais cette posture ne doit pas faire illusion. Si la droite se cramponne
aux valeurs de la laïcité, cela ne signifie pas pour autant
qu'elle s'y soit ralliée pleinement et qu'elle en ait intériorisé
les fondements en toute connaissance de cause. Elle n'en a pas réellement
rejeté les tentations cléricales qui persistent dans les
mentalités. L'instrumentalisation de la laïcité se
fait à des fins socialement intéressées. Arguer du
respect intransigeant de la laïcité permet en certaines occasions
de s'affranchir d'une contrainte jamais véritablement acceptée
par certains courants de droite : l'impératif de mixité
sociale. Mettre en exergue de manière hâtive la supposée
incompatibilité entre les différences de populations jugées
en fait indésirables pour des motifs sociaux ou ethniques et une
application stricte du principe de laïcité n'a pour unique
dessein que de légitimer et justifier une dynamique accentuée
de ségrégation sociale. En somme un expédient qui
vise à exclure tout en se donnant bonne conscience. Car la laïcité
possède pour horizon de rassembler en dépit des différences
initiales, pas de conduire à l'exclusion par le refus obtus de
l'altérité. La laïcité est un creuset, pas une
machine à broyer et à stigmatiser celui dont les différences
ne sont pas réductibles à soi.
Précisons encore une fois que la reconnaissance de l'altérité
n'équivaut pas à un culte du différentialisme ou
à la promotion du communautarisme. Ceci étant dit et entendu
sans risque de confusions, et c'est un préalable indispensable,
les cris d'orfraie de certains appelant une application implacable de
la laïcité ne trompent plus personne. Il s'agit d'une manuvre
socialement connotée, d'une perversion et d'une dénaturation
de l'idéal de laïcité : celui-ci est d'essence fraternelle,
pas ségrégative. Voilà une posture tellement ambiguë
qu'elle confine à l'imposture.
La laïcité offre la possibilité d'un espace commun
à tous, excluant tout marquage confessionnel, ethnique ou idéologique.
En cela, elle se situe au cur de la République et du plein
exercice d'une citoyenneté éclairée. Elle constitue
la condition de l'égalité, de la liberté et le creuset
de l'unité nationale. L'expérience historique montre qu'elle
est l'organisation sociale la plus à même de permettre à
des individus très divers de vivre ensemble en harmonie, parce
qu'ils sont citoyens dans un espace commun, l'espace démocratique.
La France est sûrement le pays à l'avoir appliquée
avec le maximum de cohérence et de discernement. Pour cela, la
conception française de la laïcité doit être
défendue et valorisée. Valorisée et étendue
à d'autres champs que la religion. Le champ de l'idéologie
doit être également investi pour que se dessine une perception
globale, exigeante de la laïcité impliquant une neutralité
rigoureuse.
Aujourd'hui, la pénétration dans les mentalités de
l'idéologie marchande devient une réalité inquiétante.
Une certaine vision du monde, économiste, financière, boursière
s'impose inéluctablement comme une norme implicite. Le libéralisme,
lorsqu'il se dogmatise, se transforme en une idéologie comme une
autre. Ce qui le rend encore plus dangereux est qu'il avance le plus souvent
masqué, fondu dans l'air du temps. L'idéologie libérale
se croit et se dit " objective ", abusivement parée des
attributs de la science, battant subrepticement en brèche la neutralité
laïque. L'hégémonie de l'idéologie libérale,
le conformisme ambiant alimentant la pensée unique, voilà
de nouveaux territoires à défricher pour une laïcité
militante et sûre d'elle-même. Sans pour autant renoncer au
domaine de la religion comme on le requiert ici ou là.
Préservation et extension de la laïcité, telle est
en définitive la voie qui doit être tracée.
Francis DASPE
Professeur d'Histoire - Géographie en collège
Membre de l'AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
Février 2003
www.agaureps.net
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