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Se saisir d'une occasion historique pour le peuple de Gauche |
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L'ampleur de la victoire du Non à l'occasion du référendum du 29 mai peut paraître surprenante à certains égards. Il faut en effet se souvenir que les premiers sondages de l'automne, au tout début de la campagne, créditaient le non généralement d'à peine plus de 30 % des intentions de vote. Pour que la tendance puisse s'inverser à ce point, il a fallu que s'exerce un travail militant de fond de la part des promoteurs du non. Dès le début, ceux-ci se sont saisis du texte, l'ont lu et minutieusement décortiqué afin de le porter à la connaissance du plus grand nombre. Renouant avec un travail d'éducation populaire, ils ont en fin de compte, et c'est certainement l'enseignement majeur qu'il y ait à en retirer, concouru à réconcilier les citoyens français avec le débat politique. Le taux élevé de participation à ce scrutin en constitue un des témoignages les plus éloquents. A telle enseigne que ce n'est pas forcer la réalité que de considérer ce 29 mai 2005 comme une rupture majeure dans la vie politique française, et certainement européenne, l'avenir se chargeant de nous dire que le non n'isolera en rien la France dans le concert européen, en tout cas pas des peuples européens (et ce contrairement aux allégations des disciples du oui en manque d'arguments). Pour cela, la responsabilité du camp des vainqueurs est grande : cette victoire nette et sans bavure doit se prolonger au-delà des urnes. Elle correspond à une immense attente populaire. Elle coïncide avec une demande d'alternative aux politiques libérales menées tant à l'échelon national que sur l'ensemble de la planète depuis plusieurs décennies.
Un élan populaire, une dynamique unitaire de la gauche antilibérale
Encore ne faudrait-il pas entretenir de regrettables confusions en ce qui concerne la compréhension de ce qui s'est passé dimanche dernier. Des perspectives réalistes ne peuvent évidemment se fonder sur un diagnostic erroné. Le succès du non fut très majoritairement porté par une dynamique de gauche antilibérale déclinée dans une perspective unitaire, les votes d'extrême-droite ou souverainiste étant nettement minoritaires et peu actifs au cours de la campagne. C'est très logiquement que cette dynamique a rencontré, en s'en nourrissant conjointement, un vaste élan populaire qui a déferlé sur tout l'hexagone en faisant éclater certains clivages politiques auxquels on avait fini par s'accoutumer souvent par une certaine dose de résignation et de conformisme.
Il est impossible de faire l'impasse sur quelques uns des enseignements de ce vote. Les Français, une fois de plus devrions-nous préciser, sont hostiles au libéralisme économique que le traité constitutionnel se faisait fort de graver dans le marbre. Ils ont massivement récusé le projet d'économie et de société bâti sur les préceptes d'un libéralisme triomphant et arrogant symbolisé par la répétition jusqu'à plus soif du principe de concurrence libre et non faussée . Avec une constance remarquable, les Français ont sanctionné depuis une vingtaine d'années, sans exception, aussi bien dans rue que dans les urnes, tous les gouvernements (de droite) qui ont entrepris d'imposer le libéralisme ou ceux (de gauche) qui s'y sont ralliés plus ou moins honteusement, plus ou moins timidement. Contrairement à ce que des commentateurs aussi zélés que partisans l'affirment un peu hâtivement, il ne s'agit pas de versatilité de la part des électeurs : la multiplication des alternances enregistrées depuis le milieu des années 80 d'années témoigne au contraire d'une demande impérieuse d'alternative, réelle et urgente, à la prétendue seule politique possible que l'on veut nous faire ingurgiter, politique bien entendu libérale que Margaret Thatcher avait résumée en son temps par une formule à la fois lapidaire et éclairante : TINA ( there is no alternative ).
La récusation de cette constitution fondamentalement et grossièrement libérale a coïncidé avec une prise de conscience populaire des méfaits d'une telle politique unilatéralement libérale. L'examen des résultats indique sans la moindre ambiguïté qu'il s'est agi de ce qu'on peut nommer sans anachronisme (même si cela n'est plus à la mode de parler ainsi…) un vote de classes. Ce sont les secteurs les plus populaires, qu'ils soient urbains et ruraux, qui ont voté de manière largement majoritaire en faveur du non. Jusqu'à la caricature, on a vu les communes huppées ou les quartiers chics voter très nettement oui. Les catégories les plus modestes se sont massivement prononcées contre le traité : à 60 % pour les employés, 79 % pour les chômeurs, 81 % pour les ouvriers. Par contre, ce ne fut le cas qu'à peine plus d'un tiers des cadres et professions libérales. Autre ligne de partage fort édifiante, celle qui est déterminée par le revenu mensuel : le non recueille plus de 60 % chez les ménages gagnant moins de 2000 euros par mois tandis que le oui ne commence à être majoritaire que dans ceux gagnant plus de 3000 euros mensuels avec 63 % des votes. La corrélation entre position sociale et comportement électoral à ce scrutin est extrêmement évidente. En se réappropriant le débat politique, les petites gens de la France d'en bas ont signifié qu'elles entendaient rester, ou redevenir, un acteur essentiel sur l'échiquier politique. Ce 29 mai sanctionne le retour de la souveraineté populaire au premier plan. Ce succès populaire n'a cependant été rendu envisageable que parce que de nombreux pans de la gauche ont été en capacité de se rassembler pour une cause d'intérêt général immédiat, faisant fi pour l'occasion de leurs querelles et de leurs divisions. Cette dynamique unitaire fut le vecteur essentiel de la progression régulière et ininterrompue du non tout au long de la campagne référendaire. Elle a été nettement perceptible dans l'activité des comités pour un non de gauche unitaire, qu'ils se soient ou pas ralliés à l'appel des 200 impulsé par la Fondation Copernic. Les meetings qui virent se succéder à la tribune des orateurs issus des mouvances socialistes, communistes, républicaines ou trotskystes, sans oublier les représentants du mouvement associatif et de la société civile, furent de véritables bouffées d'oxygène. De surcroît, bien souvent ce sont ces meetings unitaires qui drainèrent le plus large public, bien plus que ceux qui étaient à l'initiative d'une seule formation politique. Qu'un parti politique veuille récupérer à son profit exclusif l'élan populaire incarné par cette puissante dynamique et il en serait discrédité sur le champ : les citoyens n'aiment pas sentir que l'on s'évertue à leur voler une victoire acquise au prix d'une telle mobilisation. Cette campagne a crée des espaces et des lieux communs de débats à tout l'éventail de la gauche antilibérale : par delà les immanquables divergences, on a pu noter qu'existaient des convergences porteuses d'avenir. Ce sont celles-ci qu'il faudra faire fructifier à l'avenir.
Les conditions dans lesquelles s'est effectuée la campagne ont en outre montré de manière explicite la scandaleuse collusion entre les élites politiques, médiatiques et économiques de ce pays. Disons-le sans ambages, cette situation constitue un grave dysfonctionnement pour l'ensemble de notre système démocratique. La partialité avérée des médias a finalement servi de ciment mobilisateur pour le camp du non : elle s'est révélée contreproductive pour ceux qui se croyaient autorisés à donner la leçon au peuple français. Elle a suscité au contraire l'émergence d'une conscience de classe, la sagesse populaire reconnaissant sous le vocable de libéralisme le bon vieux capitalisme d'antan, sous celui de concurrence libre et non faussée une réalité vécue au quotidien, celle de la loi de la jungle . Les tenants du non se sont résolus très vite au fait qu'il ne leur serait fait aucun cadeau dans les médias. Cela a décuplé leur énergie mise au service d'une campagne de terrain efficace. Toujours est-il que l'attitude des Christine Ockrent, Serge July ou Alain Duhamel, pour ne citer à titre d'échantillon que quelques noms des personnes les plus notoirement engagées, fut absolument scandaleuse. Davantage que cela encore : une honte et une négation des principes les plus élémentaires de la démocratie.
Les contresens historiques du parti socialiste
Il est également impossible de ne pas s'attarder sur l'attitude de la principale formation politique de gauche au cours de la période référendaire. La position du parti socialiste a eu de quoi désorienter plus d'un militant. Une donnée comparative suffira à donner un aperçu véritablement expressif de l'incompréhension qui s'est instaurée au sein de la mouvance socialiste. Alors qu'une majorité d'adhérents socialistes s'était prononcée en faveur du traité constitutionnel européen à l'occasion du référendum interne du 1° décembre 2004, les sondages, mais plus encore la réalité du terrain observée au cours de la campagne, ont montré nettement que la situation s'est inversée : le 29 mai, lors du référendum grandeur nature, le seul qui vaille en fin de compte, une majorité a voté non. La proportion est encore plus forte en ce qui concerne les sympathisants socialistes. Et nous ne remuerons pas le couteau dans la plaie en évoquant le sens du vote de la base électorale traditionnelle du parti socialiste (base qui, faut-il le constater, devient de moins en moins traditionnelle à force de reniements et d'atermoiements…).
A cet égard, il convient de relever la double erreur historique commise par la direction nationale du parti socialiste. Un des arguments les plus régulièrement avancés afin de justifier le choix du oui consistait dans la crainte d'une division du parti. Ce calcul purement tacticien, en aucun cas défini en terme d'orientation stratégique ou sur des bases idéologiques (peut-être un gros mot ?), a été très largement démenti dans les faits. Très vite, il était patent que le oui ne pouvait conduire qu'à la division du parti, voire à son implosion, du fait de la mise en avant des trop grandes divergences existant entre les différents courants. Les conditions dans lesquelles s'est déroulée la campagne de terrain ont prouvé que c'était le non qui aurait pu rassembler l'ensemble des socialistes autour d'un projet ressourcé. Plus encore, faute impardonnable pour une direction murée dans ces certitudes bien-pensantes et son autisme, c'eut été l'occasion d'unir une grande partie de la gauche autour de ce qui constitue, ou devrait constituer, aujourd'hui, le clivage essentiel sur l'échiquier politique, l'acceptation ou le refus sous quelques formes que ce soit du libéralisme. Un parti socialiste revigoré, une gauche fédérée par un projet mobilisateur, voila ce à quoi aurait pu conduire une prise de position en faveur du non. Au lieu de cela, nous avons eu droit à la posture du oui, ignorante des aspirations des catégories populaires, pourtant vivier traditionnel de l'électorat de gauche. C'est que le parti socialiste, du moins la majorité de sa direction nationale, a également manqué l'occasion de rétablir des liens solides avec sa base militante et électorale. L'enjeu était ni plus ni moins que de renouer avec le peuple en annulant la procédure de divorce dévoilée au grand jour le soir du 21 avril 2002. Comme l'ont déclaré certains des partisans du non socialiste, un parti de gauche ne peut raisonnablement se trouver constamment en contradiction avec le sens du vote des classes populaires. A moins de dissoudre le peuple, non sans l'avoir durement invectivé au préalable, exercice dans lequel les médias apôtres de la pensée unique sont passés maîtres…
Le parallèle entre la campagne présidentielle de 2002 et celle de ce référendum doit être réalisé à bon escient. Les dérives ayant conduit à ce double échec dans les urnes possèdent un dénominateur commun, les mêmes causes produisant fatalement les mêmes effets. Deux sentences lapidaires énoncées par le même personnage peuvent être mise en exergue pour en démontrer la nature profonde. Dans sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle, Lionel Jospin avait affirmé : « mon programme n'est pas socialiste, il est moderne ». L'impact en fut catastrophique. Trois ans plus tard, se croyant obligé de sortir de sa réserve de l'île de Ré tel Napoléon quittant l'île d'Elbe, il argumente en décrétant que « le oui de gauche et le oui de droite sont compatibles ». Pour beaucoup de militants de gauche, cette saillie fut douloureusement ressentie car elle sonnait comme un aveu. Aveu qu'une autre formule de Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, annonçait pour nombre d'esprits clairvoyants. En 1983, il parlait, au moment du tournant de la rigueur, de « parenthèse libérale » motivée par les soubresauts d'une conjoncture difficile qui rendaient aléatoire la mise en place du projet de démocratie socialiste défini en 1981. Le peuple de gauche attend autre chose pour se mobiliser !
Œuvrer à l'émergence d'un courant de gauche républicaine et sociale
Dans le prolongement d'un tel succès impensable il y a encore quelques mois de cela, il est urgent de transformer l'essai marqué avec maestria. La question première est de savoir quelle suite il faille y donner. Le refus du projet de constitution Giscard représentait-il une fin en soi ? Les regroupements unitaires de gauche relevaient-ils seulement du domaine du circonstanciel et du ponctuel ? Ou alors, doivent-ils être utilisés comme d'un puissant levier afin de construire autre chose qu'un éphémère cartel électoral ? Il nous semble que la forte mobilisation populaire portait en elle la demande d'une gauche différente ne s'incarnant à l'heure actuelle dans aucune structure partidaire actuellement disponible sur le marché politique . Ce qu'il y a eu de remarquable dans cette campagne, c'est que les partisans du non présents dans les réunions publiques et sur les marchés ont très rarement eu à subir des remarques désobligeantes teintées d'un « populisme antipolitique » devenu malheureusement trop souvent monnaie courante. La présence de nombreux représentants de la nébuleuse associative et de simples citoyens sans affiliations partisanes ou syndicales, bref d'authentiques membres de la société dite civile, a favorisé le rapprochement et la familiarisation d'une partie non négligeable de la population avec les enjeux de la politique. C'est en cela que les Français se sont réapproprié les espaces publics de débat qui se trouvaient ailleurs que sur les plateaux de télévision ou les tribunes des journaux !
Le plus dur reste cependant à faire : déterminer les contours et la substance de cette gauche à laquelle aspire une fraction non significative de l'électorat. Par quels termes la définir le plus fidèlement possible ? Les mots les plus simples doivent être utilisés, (à la condition bien entendu qu'ils ne soient pas outrageusement galvaudés), en vertu du principe trop souvent oublié que les choses simples s'énoncent clairement. C'est à l'émergence d'un solide courant de gauche républicaine et sociale qu'il nous semble nécessaire d'œuvrer. Une gauche qui combine un double objectif, dont il est évident que la réalisation de l'un ne peut aller sans l'effectuation de l'autre : le renforcement de l'exigence républicaine (1) et le maintien de l'ambition de transformation sociale (2). Cela constitue par ailleurs l'objet et la raison d'être de l'AGAUREPS-Prométhée qui entend jouer un rôle actif dans ce processus qu'elle appelle de ses vœux.
Circonscrire le champ de cette gauche républicaine et sociale passe par l'adjonction de caractéristiques supplémentaires visant à lui donner une identité plus affirmée. Nous nous contenterons d'en considérer trois parmi les plus fondamentales. Il s'agira en premier de ne point se résoudre au triomphe apparent du libéralisme économique qui n'est en définitive que la version relookée du capitalisme des siècles passés. Cette gauche sera antilibérale ou ne sera pas. L'enjeu sera d'être en capacité d'élaborer un projet alternatif à la mondialisation effectuée sur des bases néolibérales. Pour ce faire, il ne fait pas de doute qu'elle devra s'adosser à une solide base et un fort soutien populaires. Renouer avec le peuple, faire en sorte de ne pas le désespérer au point qu'il soit tenté de se réfugier dans l'abstentionnisme ou le vote extrémiste, voilà ce à quoi il convient de s'attacher dès à présent. La direction et la démarche à suivre sont pour partie indiquées par l'œuvre des comités unitaires pour un non de gauche au cours des derniers mois. Les rassemblements doivent se faire sans exclusives sectaires mais sans concessions sur le fond quant aux objectifs à atteindre. Tout mouvement politique doit s'appuyer sur des références historiques et idéologiques communes s'il veut être clairement identifié sur l'échiquier politique et dans l'inconscient collectif. Sans verser dans un exercice, particulièrement en vogue chez les partisans du oui (ceux du non de gauche se contentant d'éplucher le texte…), qui consistait à faire voter les morts, nous placerons notre courant de gauche républicaine et sociale sous le patronage de l'illustre Jean Jaurès. La synthèse jaurésienne, trop souvent méconnue par ceux qui osent pourtant se réclamer du grand homme, fut essentielle dans le long processus qui rendit socialisme et République compatibles (peut-on seulement imaginer que l'idée de rendre un oui de gauche et un oui de droite compatibles ait pu lui traverser l'esprit ?). Formulée en des termes adaptés aux enjeux du XXI° siècle commençant, la synthèse jaurésienne reste plus que jamais d'actualité. Elle vise en définitive à l'articulation la plus efficace qui puisse être entre l'exigence républicaine et l'ambition de transformation sociale, finalité de l'engagement de l'AGAUREPS-Prométhée.
Les comités pour le non ont tout intérêt à poursuivre leur activité. Ils ont constitué un laboratoire fécond de rencontres, d'échanges et de débats. Il y régnait une ambiance et une effervescence particulières que les plus anciens militants comparaient à celles des années 1970 au moment des prémisses des discussions qui mèneront quelques années plus tard au programme commun de la gauche. La poursuite de leur existence n'est pas automatiquement garantie : elle ne se fera que si des volontés affirmées y incitent fortement. Et à cet effet des risques sont à écarter d'emblée afin de ne pas les réduire dans leur expression, ce qui irait à l'encontre de leur pérennisation. Ils devront être bien davantage qu'un simple lieu de débat occasionnel sans tomber pour autant dans l'excès inverse en les transformant, comme cela apparaît nettement le souhait de certains, en structure de confluence des luttes sociales à venir. Il serait dans un même ordre d'idée stérilisant de restreindre leur domaine d'action uniquement à ce pour quoi ils se sont mis en place, les questions européennes. Des voix s'élèvent pour proposer qu'ils deviennent des organes de réflexion chargés d'élaborer un projet de constitution alternatif à celui que les Français ont massivement rejeté le 29 mai. Cette optique nous semble véritablement restrictive. C'est oublier magistralement que le texte en question définissait une vision globale de l'économie et de la société. Les comités ont donc vocation à élargir notoirement leur champ d'investigation s'ils veulent rester fidèles à l'état d'esprit dont ils ont été animés au cours des mois qui viennent de s'écouler. Car en filigrane de ces remarques, se dessine la question, épineuse et centrale, de leurs relations avec les partis politiques. Les risques de récupérations ou d'instrumentation à des fins partisanes existent. Il est évident qu'il est hors de question de pouvoir se passer des partis politiques et de les écarter dans un souci exagéré de refus de toute forme de compromissions, ce qui reviendrait à alimenter au final un populisme de mauvais aloi. Mais il serait tout aussi dangereux et improductif de laisser les appareils des partis institués s'en emparer et les transformer de fait en cartels hétéroclites de formations politiques.
Ce courant de gauche républicaine et sociale en devenir a vocation à se situer sur l'échiquier politique … à gauche, cela va de soi. Croire que cette force alternative puisse trouver sa place à la gauche de la gauche serait une erreur stratégique aux conséquences irréparables. Car à la gauche de la gauche, qu'y a-t-il ? L'extrême-gauche ? Le néant ? Est-on de encore gauche quand on se situe à la gauche de la gauche ? En tous les cas, il n'y aurait pas l'espace nécessaire pour que s'y développe une force politique de gauche à vocation majoritaire. Ceux qui à gauche n'entreraient pas dans cette optique se marginaliseraient de fait et n'auraient pour unique mode d'expression que la surenchère et l'incantation permanentes, de surcroît stérilisantes. Dans l'immédiat, la vie politique est en passe de se structurer autour de trois pôles distincts, mais inégalement organisés en termes de structures partisanes. Cette tripolarité, abstraction faite des mouvances extrémistes, à savoir le Front national et ses avatars d'un côté, toutes les formations ne jouant pas le jeu de la dynamique d'une construction unitaire du côté gauche, correspond mieux à la réalité actuelle. A une droite sans complexe libérale et anglosaxonne , qui n'a quasiment plus rien de gaulliste, doit répondre une gauche républicaine et sociale porteuse d'une alternative crédible, non pas de simples alternances périodiques. Entre les deux, se trouve une sorte de Marais centriste dans lequel communient les mouvances démocrate-chrétienne (l'UDF de Bayrou), radicale (de droite et de gauche) et sociale-libérale (la majorité de l'appareil du parti socialiste mais la minorité des militants, cette distorsion offrant de l'espoir). Il est difficile de rester indéfiniment dans un entre-deux : il leur appartiendra de se déterminer dans quel camp elles entendent se situer. Les meetings communs envisagés, parfois effectués à l'image de l'inimitable Daniel Cohn-Bendit, la supposée compatibilité des oui de droite et de gauche, les photos en couverture de Paris-Match semblent apporter malheureusement des clarifications qui ne vont pas le sens que nous escomptions. Mais au moins s'agit-il de clarifications bienvenues, car le pire serait de stagner dans les marécages de l'indécision et de la confusion. Au moins, cela aura l'immense mérite de nous permettre de prendre un peu de hauteur sur la Montagne et d'agir…
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Le formidable élan populaire qui a permis de jeter aux oubliettes le traité constitutionnel européen, parfait bréviaire des idées libérales les plus nocives et les plus rétrogrades, doit impérativement trouver sa traduction dans une structure politique à vocation majoritaire aussi tôt que possible. Faute de quoi les catégories populaires, sans qui aucune victoire n'aurait été possible, et aucun succès ne sera possible à l'avenir pour un projet authentiquement de gauche, auront l'impression, à juste titre, d'avoir été trahies et de s'être fait dérober leur victoire. L'espace existe pour qu'émerge enfin et s'organise dans les plus brefs délais une force politique de gauche républicaine et sociale, à vocation majoritaire précisons-le bien. En récusant fermement le libéralisme, elle répondra aux aspirations des catégories populaires laissées pour compte par les règles impitoyables de la mondialisation financière. La tâche est gigantesque : seule une dynamique unitaire rassemblant l'ensemble des forces de gauche ayant en partage cet idéal sera en mesure d'y répondre favorablement. Un siècle après la fondation de la Section Française de l'Internationale Ouvrière, la « vieille » SFIO, c'est aux sources jaurésiennes qu'il est nécessaire de puiser l'inspiration et l'exemple. Ne laissons pas passer cette chance historique : de telles possibilités ne se représentent pas très souvent. Sachons agir opportunément au moment opportun.
Pour plus de plus amples renseignements sur cette notion d'exigence républicaine se référer au texte de Francis DASPE intitulé « Faire vivre l'exigence républicaine », Mars 2004 (actes de la réunion de travail du 16 / 02 / 2004), sur le site internet www.agaureps.fr.st Se référer sur le même site internet aux articles des Rubriques « Vie Politique » et « Economie et Social » pour percevoir les enjeux de l'ambition de transformation sociale.
Francis DASPE
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