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Les semaines où la Gauche peut enfin basculer |
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Texte paru en Tribune dans la revue n° 37 Utopie Critique . On sait depuis Einstein que le temps n'est pas une donnée immuable. Le calendrier politique ne l'est pas davantage, a fortiori en période d'élection. On s'attend ainsi à ce que le déferlement médiatique s'abatte sur nous, au printemps 2007, quelques semaines seulement avant le scrutin. Les grosses machines se mettront en ordre de marche bien avant. Des partis comme le PS annonceront par exemple le choix de leur candidat à l'automne 2006. Mais c'est pourtant dans les semaines qui viennent que les choix véritables seront effectués. Des choix qui ne pourront pas être cette fois de l'ordre de l'effet d'annonce mais qui devront définir bel et bien, à défaut d'un programme, une voie et une ambition pour la France. Parce que celles-ci répondent pour certains au simple jeu politique, elles doivent déblayer le terrain des cinq ans à venir. Parce qu'elles représentent une véritable alternative, elles sont pour d'autres l'armature d'un vrai choix de société. Au mois de juin au plus tard, l'échiquier politique aura mis ses troupes en ordre de bataille et nous saurons alors qui avance ses pions et pour quoi faire. Au-delà de la personnification à l'extrême de l'élection à la présidence de la République qui corrompt tout le système, la crise politique inhérente à l'inversion du calendrier de la présidentielle et des législatives par Lionel Jospin, conduit du moins à Gauche, car c'est bien là avouons le ce qui nous intéresse, à se poser dès à présent la, ou plutôt les questions, de la gestion des scrutins non seulement de l'année 2007 mais aussi des municipales de 2008. La superposition des enjeux est une opportunité bien comprise par certains de faire rentrer d'éventuels partenaires dans le rang, promesses de groupe parlementaire à la clé. C'est aussi et surtout un moment de vérité pour d'autres qui vont devoir se découvrir et faire enfin le choix entre une gauche de transformation et une gauche d'accompagnement du capitalisme dans la droite ligne de ce que nous connaissons depuis plus de vingt ans. Cette ligne de séparation traverse les différents partis bien plus largement que ce que l'on imagine. On a ainsi vu les différentes plateformes s'affronter début janvier lors du congrès de la LCR et la direction de la ligue devrait se prononcer définitivement d'ici juin. On attendait avec impatience, après le vote préliminaire favorable à la direction sortante, le congrès du PCF. Si celui-ci a repoussé a priori à l'automne sa décision définitive en vue d'une candidature, celle-ci pourrait toutefois se matérialiser avant. L'investiture du candidat révèle également chez les Verts la pluralité des visions et des tentations sur la question. Chez les républicains de Gauche, le MARS joue la carte de la candidature unitaire anti-libérale et de la construction d'une réelle dynamique quand le MRC joue la carte que jouera Chevènement au regard des évolutions de la situation au PS. Au PS où justement les nombreux candidats déclarés le sont dans une vaste et souple acceptation de la synthèse du congrès du Mans. L'un d'entre eux pourrait toutefois avoir la bonne idée de s'affranchir une fois de plus de la bienséance en vigueur dans le parti. Dans toute la gauche, on hésite entre des postes ou des strapontins au Palais Bourbon ou dans des baronnies locales et l'occasion d'entériner définitivement le résultat du 29 mai dernier quand la gauche anti-libérale a su démontrer qu'elle était majoritaire à Gauche dans le pays. Ce serait pourtant l'occasion de confirmer qu'elle l'est encore et bien au delà de la Gauche. La solution ne consiste plus aujourd'hui uniquement à gagner le premier tour de la présidentielle à gauche selon le concept mitterrandien bien connu. Gauchir le PS ne peut plus être perçu comme une idée viable à moyen ou long terme, ce parti subissant des lourdeurs sociales-démocrates à même de le rééquilibrer, ou de le déséquilibrer, en ce sens à la moindre opportunité. Ce n'est pas seulement le PS qu'il faut faire bouger mais plus globalement les lignes dans toute la gauche. Et cela est désormais possible car comme le référendum sur le TCE nous l'a montré, le PS, s'il demeure dominateur à Gauche, n'en est plus l'élément central. Le front uni anti-libéral a montré que le parti socialiste n'a que la centralité que l'on veut bien lui accorder. Son importance n'est aujourd'hui plus que celle que ses partenaires veulent bien lui déléguer. S'ils franchissaient le pas et s'affranchissaient électoralement de lui, le parti socialiste devrait enfin se positionner réellement. En tant que caution pseudo-sociale du capitalisme ou franchir le Rubicon et rejoindre la majorité anti-libérale. Ce choix, la direction actuelle ne le fera pas pour la simple et bonne raison qu'elle n'a su déchiffrer ni le sens du vote de mai dernier, ni la nature de la campagne qui a eu lieu. La tentative actuelle de regrouper les étendards du PS, du PRG, des Verts et du MRC sous une même bannière en est le témoignage le plus affligeant. Un homme peut-être pourrait prendre la mesure de cet enjeu mais cela l'obligera à se découvrir plus tôt que prévu. Et ce sera à lui d'aller à la rencontre de ce peuple de Gauche qui attend le changement car celui-ci ne viendra pas de lui-même à lui. A défaut, la Gauche anti-libérale, forte de sa récente expérience, devrait savoir proposer une candidature commune. Cette perspective, notons-le, n'est pas tout à fait antinomique de la précédente mais elle rend l'issue favorable du scrutin plus improbable. Elle n'est pas non plus impossible à mettre en œuvre, des structures plaidant déjà pour une telle candidature unitaire et avançant des modes de fonctionnement à même de faire cohabiter les différentes sensibilités. L'une d'entre elles étant l'idée d'une campagne avec plusieurs porte-parole, sur le modèle de ce qui s'est fait lors de la dernière campagne référendaire. Il devrait dès lors être plus facile de répondre à la question du nom à mettre sur le bulletin, à moins que n'émerge un bienvenu chevalier blanc... La dernière éventualité serait bien sûr que les uns et les autres aillent se présenter devant les électeurs sous leur propre étiquette. Cette solution est celle de l'échec. Parce que l'expérience nous l'a déjà prouvé, parce que la vie politique et la dureté de cette Droite favoriseront immanquablement le prétendu vote utile que nous savons pourtant si inutile. C'est maintenant la première heure des choix. La seconde et ultime sera celle du scrutin. Entre les deux, ce ne sera que le temps de la campagne pour convaincre ou se convaincre que la cause défendue est la bonne ou la moins mauvaise. Nous devons peser de tout notre poids pour que cette occasion rare de changer véritablement la Gauche et de la rendre alors victorieuse ne soit pas ratée par ceux qui ont à la saisir. François COCQ Membre de l'AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et sociale – Prométhée) Mars 2006
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