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En finir avec l'hypocrisie des « sans étiquettes »

Et maintenant, Mesdames et Messieurs les « sans étiquette », dites-nous pour qui vous voterez aux sénatoriales !

Les dernières élections municipales se sont caractérisées par une multiplication des candidatures estampillées du label « sans étiquette ». Il ne s’agit pas pour autant d’une nouveauté, loin s’en faut. En effet, cela n’a fait en quelque sorte que renforcer, en la renouvelant notoirement, la vieille pratique des listes traditionnellement autoproclamées « apolitiques ».

Plusieurs éléments tangibles se sont habilement conjugués pour en remettre au goût du jour la mode. Pêle-mêle, nous pouvons citer, naturellement sans aucune prétention à l’exhaustivité, l’impact de l’ouverture sarkozyste que d’aucuns qualifient non sans arguments de débauchage, la pente enregistrée depuis plusieurs années déjà qui conduit à une désaffection croissante pour les débats idéologiques hâtivement jugés stériles, la relégation au second plan des enjeux sociaux au détriment de phénomènes davantage dans l’air du temps et plus porteurs d’un point de vue médiatique à l’image des préoccupations sociétales ou environnementalistes, la primauté (voire la tyrannie) des revendications individuelles (voire individualistes) quotidiennes, la déconnexion savamment orchestrée à des fins véritablement politiciennes entre les enjeux politiques à l’échelon national et les répercussions concrètes observables au niveau local, l’utilisation des compétences de la société civile parée de toutes les vertus pour mieux discréditer l’engagement militant qui possède néanmoins pour lui la constance, l’attirance intéressée pour le Modem ou plutôt pour ses électeurs.

Bien entendu, ces listes « sans étiquette » se présentent en de telles circonstances comme les dépositaires les plus habilités pour agir en faveur de la défense et de la promotion de l’intérêt général. Mais jamais dans une visée qui pourrait être taxée de honteusement électoraliste, jamais non plus pour parler plus prosaïquement pour de vulgaires places, et bien sûr toujours dans un louable souci de rassemblement et d’apaisement. La preuve irréfutable de ce désintéressement manifeste et touchant ? La signature d’un programme qui témoignerait indubitablement que c’est pour des idées, et uniquement pour des idées, que l’on daigne proposer dans ces circonstances ses services à la sagacité des électeurs. Un programme qui acterait des convergences entre des personnes d’horizons divers sur des questions naturellement consensuelles mais accommodées à toutes les sauces, comme par exemple la promesse de recourir davantage aux bienfaits de la démocratie participative, la prise en compte des impératifs liés à la question du développement durable, la valorisation des atouts touristiques de la commune ou encore la trouvaille du moyen le plus efficace pour préserver la propreté des rues et trottoirs de la cité. Au final, un programme a minima que l’on voudrait faire passer pour être en capacité d’impulser une dynamique novatrice et enthousiasmante.

            C’était jadis la vieille stratégie de la droite qui éprouvait quelques difficultés à s’assumer en tant que telle. Stratégie particulièrement efficace faut-il en convenir, puisqu’elle lui a permis de s’assurer jusqu’à ces jours une confortable majorité au Sénat. Pour l’opinion publique, il n’y avait cependant guère de doute : un candidat apolitique correspondait souvent à un élu de droite en puissance. Sans verser dans une caricature outrancière, comme un sous-marin potentiel de la droite. Pour être juste, il convient de noter que l’originalité de la démarche actuelle consiste certainement dans sa généralisation à d’autres composantes que la droite classique, y compris à de nombreux pans de la gauche. Un signe tangible sans nul doute du délitement idéologique de la gauche, au même titre d’ailleurs que l’appel enflammé lancé entre les deux tours à faire des listes communes avec le Modem, ainsi que de l’urgence qui est la sienne à élaborer un programme réellement alternatif, et non pas à singer dans un élan d’unanimisme inopportun la droite sur la méthode comme sur le contenu.

Mais quand il s’agira de voter aux sénatoriales, qu’en sera-t-il réellement ? La question mérite d’être posée avec clarté. La neutralité affichée ne tiendra plus et volera en éclat. Electrices et électrices, sachez que vous avez aussi voté en ce mois de mars, certes indirectement, pour les sénatoriales. Vous avez donné un double mandat à vos nouveaux élus : celui de diriger les municipalités, mais également celui de désigner une partie des parlementaires qui seront amenés à faire et à voter les lois qui régiront votre quotidien.

Par conséquent, vous êtes parfaitement en droit d’exiger de vos représentants une totale transparence et de savoir pour qui ils voteront aux échéances sénatoriales à venir. De votre côté, mesdames et messieurs les « sans étiquette », dites-nous maintenant à qui bénéficieront vos suffrages lors des prochaines sénatoriales. Au nom de la démocratie, de la transparence et de la capacité à assumer des convictions qu’il n’est aucunement question de remettre ici en cause. Si le vote (direct) est secret pour tous, il ne peut pas en être de même d’un vote indirect exprimé par l’entremise d’un mandant donné précédemment par des électeurs. Finissons-en une bonne fois pour toute avec cette fiction de l’apolitisme supposé des « sans étiquette » qui confine en définitive à l’hypocrisie la plus politicienne qui puisse être.

Pour pasticher la célèbre fable de la cigale et de la fourmi, maintenant que le candidat a passé son temps à proclamer inlassablement qu’il n’était d’aucun camp au cours de la campagne, que l’heureux élu nous fasse désormais part sans plus attendre et sans autre procédure du camp qui aura le bonheur d’enregistrer sa voix aux élections sénatoriales.

Francis DASPE
Membre de l’AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée)
www.agaureps.net
Mars 2008