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Comment en est-on arrivé la? |
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On ne refait pas l'histoire. On ne réécrit pas le passé. On ne doit pas se torturer inlassablement avec des si…Mais par contre, on doit s'efforcer de comprendre quels sont les bouleversements, quelles sont les étapes et les lignes directrices d'une évolution sociétale qui nous a conduit à la situation que nous connaissons aujourd'hui, avec l'institutionnalisation d'un parti d'extrême droite, avec un tiers des Français qui, pour des raisons diverses et variées, ne se sent pas concerné par la vie politique, avec la politisation à tout crin de la droite parlementaire qui prend le risque de jouer avec le feu, avec une extrême gauche gesticulatoire, qu'elle s'annonce révolutionnaire ou libertaire, avec enfin, ce vide, ce grand vide et cette impression de vertige qui traduit bien le tourbillon qui nous emporte vers des horizons qu'on n'a pas su voir, ou peut-être qu'on n'a pas voulu voir. Oui, puisqu'il faut parler de politique, on doit bien se rendre compte que la campagne a été placée par le président sortant sur une ligne hardie de laquelle le train pouvait dérailler à tout moment, ce qui n'a pas manqué d'être le cas. Insécurité, insécurité, insécurité entend-on clamer avec force et écho depuis quelques mois. Jouons avec les peurs des Français et posons nous en gendarme du pays, telle a été l'attitude d'un parti en mal d'idées et de projets pour la France. Je ne nie pas l'évidence. La France souffre de ce climat de dangerosité latente, de cette impunité qu'on a, sinon octroyée, du moins laissée prendre à tout un pan de la population. Ce constat est bien réel et devrait être fait depuis vingt ans. Mais au lieu de s'y confronter, on a laissé faire, on a placardisé ces gens en les envoyant loin des yeux. Loin des yeux, loin des caméras, devrait être la dernière citation à la mode. Mais depuis deux mois on a été déterrer ces gens là, on les a mis en haut de l'affiche comme des animaux de cirque, comme ces bêtes de foire censées effrayer autrefois les enfants. Et cela a marché. Et le parti socialiste dans tout cela ? Comment ce parti qui représentait hier encore les idéaux et les valeurs de la gauche, qui était encore seul capable de concilier les idées progressistes et les réalités gouvernementales, comment ce parti s'est-il trahi, s'est-il délité dans la gauche plurielle, s'est-il effrité en se frottant de trop près au centre, a-t-il implosé sous la coupe de gens qui à force de dire qu'on ne pouvait qu'essayer de rendre les choses de la vie plus acceptables, ont oublié qu'un jour elles ont cru en quelque chose de beau et de grand et que rien ne mérite d'être sacrifié pour pouvoir l'atteindre. Si eux ne savent plus visualiser un idéal, ils ne peuvent évidemment pas en faire transparaître un aux yeux de nos concitoyens, mais ce que les gens de la rue sont eux capables de voir et de sentir, ce sont les difficultés et les souffrances de la vie quotidienne. Alors oui, j'en veux à Lionel Jospin, oui j'en veux au parti socialiste, oui j'en voudrais à la gauche plurielle si je croyais réellement en elle, de s'être trahi, de nous avoir trahi. Sans remonter trop loin dans le temps, essayons tout de même de nous remettre en mémoire les dernières vicissitudes qui ont forgé la ligne de conduite à laquelle nous avons été confrontés ces dernières années. 1993 : la gauche est au plus mal. Une déroute comme depuis longtemps déjà elle n'avait connue. Deux ans de reconstruction à petits pas dans la perspective d'une élection dont l'objectif n'était déjà pas clairement établi. Une frange prônait un enracinement du parti à ses racines historiques, une défense de son, de notre, patrimoine culturel, une proclamation haute et claire de l'existence des forces de progrès dans ce pays, quitte à faire l'impasse sur le scrutin à venir pour ce qui est de la quête du pouvoir. Son héraut : Henri Emmanuelli. Une autre à l'inverse, plus en proie aux turpitudes de la vie politicienne, a senti un courant porteur du côté du centre, de ce centre gauche clé de toutes les joutes électorales, tant et si bien que même la droite parlementaire se l'approprie aujourd'hui. Et c'est là tout le problème. Le peuple a besoin de lisibilité. Il ne faut pas croire à l'intérêt naturel des gens pour les choses de la vie politique. Ils ne s'y intéressent pas car ils ne la comprennent pas. Ils ne la comprennent pas car il ne s'y intéressent pas. Alors en l'absence de ruptures claires entre les uns et les autres, ils s'y sont perdu. Mais la différence entre la droite et la gauche, c'est que la gauche justement est elle porteuse d'espérances et que tant qu'à sanctionner quelqu'un, on a naturellement tendance à punir ceux qui ne remplissent pas les engagements moraux qu'on attend d'eux. Lionel Jospin a pour lui une bonne législature, des résultats incontestables et incontestés, mais sont-ils ceux attendus par les gens qui le soutiennent ? Oui si l'on s'en réfère à cette primaire de 1994 face à Henri Emmanuelli, où à une écrasante majorité (65/35) les militants ont fait de lui leur chef de file. Mais en cela, ils ont été les premiers à regretter bien souvent qu'il soit plus un conducteur qu'un porte -drapeau. Qui se reconnaît aujourd'hui dans les trois dernières années de la législature Jospin, quand le gouvernement a commencé à s'essouffler, une fois que les mesures sociales annoncées ont été prises mais qu'on n'en a pas trouvé d'autres pour leur succéder ? Pas les socialistes de cœur, pas même toujours les socialistes de carte. Par contre, et ceci est à la fois cause et conséquence de cela, où est passé le centre ? Poher, Chaban, Giscard, Barre, tous ont tour à tour au gré des élections présidentielles successives tenu le centre et recueilli le lot de suffrage qui allait avec. Et l'on veut aujourd'hui nous faire croire que François Bayrou a repris le flambeau ? Je dis non. Le centre s'est disloqué dans Jospin et Chirac. Par contre, Jospin s'est désagrégé dans le centre, phénomène dont son adversaire s'est vu préservé, de par son positionnement historique plus qu'idéologique dans la droite prétendument gaulliste. Et de ceci est né un espace politique à la gauche de la gauche. Que disent ces gens ? Rien qui ne puisse faire sourire, mais bien des choses qui aujourd'hui font pleurer. Parce qu'on leur a dit que c'était le vote qui devait ultérieurement ramener Jospin dans le droit chemin, les gens se sont massivement emparés des candidats trotskistes, non pas pour un vote contestataire, mais pour un appel à la raison pour Jospin. Appel qu'il a majestueusement ignoré, prisonnier de ses certitudes et arrogant à l'encontre des gens et non pas comme il eut fallu qu'il soit, des idées de cette gauche sans queue ni tête qui brassait hier du vent et aujourd'hui 11 % des voix. Une erreur qu'il aurait payé de toute manière par la disparition du parti communiste, ce qui est sans doute trop minimisé et qui va être source à l'avenir de la confortation de cette extrême gauche. Alors aujourd'hui, il convient pour la gauche de reprendre en main les cartes qui sont les siennes, de se reprendre en main, de ne pas sacrifier sur l'autel du populisme les grandes luttes dont elle a été l'actrice et dont elle doit être demain l'instigatrice. Que le parti socialiste reprenne ceci à son compte ou que d'autres le fassent à sa place. Il faut désormais une entité qui soit marquée et véhiculée par les idées de progrès et d'humanisme, qui sache aussi rendre à la France la conscience de ce qu'elle est et qu'elle doit préserver, une République, un Etat où tous doivent se retrouver avec certes les mêmes droits, mais aussi avec les mêmes règles. Et c'est par dessus tout un état d'esprit qu'il faut redonner aux gens. Il faut réapprendre qu'il n'y a pas de passe-droits, que tout se mérite mais que pour peu que vous fassiez l'effort de le vouloir, on peut vous l'offrir. Il faut rendre au peuple de France l'envie de se sublimer ou tout simplement de s'en sortir en lui offrant des perspectives claires et approchables, en édictant à côté de celles-ci des barrières avec lesquelles on ne peut pas transiger. Il faut que, plutôt que de voter Le Pen pour dénoncer ce qui ne va pas, on propose aux Français un choix d'avenir créateur et porteur de valeurs nouvelles par ces derniers temps disparues, celles du mérite républicain. Il faut rendre foi en ce pays, il faut rendre foi en nous. Gauche et République, comment marier les deux sans effrayer les hurleurs prétendument gardiens du temple de chacun de ces termes. En réhabilitant les piliers qui soutiennent toute la société. EDUCATION, SANTE, JUSTICE Rendre à l'école sa capacité d'ascenseur social, de réussite, de formation du citoyen. Cela passe par des lignes directrices claires qu'il faut se donner et avec lesquelles il ne faut pas transiger. C'est là et pas ailleurs, puisqu'il faut bien prendre le relais de ce qui autrefois incombait à la famille, qu'il faut imposer non pas un carcan mais un cadre strict au sein duquel l'élève ne pourra se mouvoir que dans les limites qu'on lui donnera. Il n'a pas à redéfinir l'école et à édicter de nouvelles frontières. L'école est une institution qui doit rester comme telle. L'enfant, autant que l'élève, doit apprendre à s'adapter si l'on ne veut pas que plus tard, il ne s'inscrive dans une perspective de société individualiste où il considérera que tout est bon pour obtenir ce qu'il croit mériter. Cela passe par des exigences, aussi bien du point de vue de l'attitude et du comportement qu'il devra adopter, que des savoirs qu'on va attendre de lui. Ne soyons pas fiers quand on a fait plaisir à un élève. Mais passons le portail de l'établissement la tête haute lorsqu'on l'a armé pour faire face à la vie. Et pourquoi attend-on des bons élèves qu'ils tirent une classe vers le haut alors que nous ne nous imposons pas ceci à nous même. Un élève a beau avoir décroché dans une bonne classe, ce qu'il en retire est-il, d'un point de vue purement scolaire, de moindre qualité que ce qu'il aurait produit dans une classe de niveau inférieur. Je ne veux pas le croire, d'autant qu'en élevant collectivement le niveau d'exigence, on gomme au moins partiellement ces failles psychologiques inhérentes justement à cette hétérogénéité que l'on cautionne. Enfin, restaurons dans la société cette image qu'on nous a volé, cette autorité qu'on a cru bon de nous enlever. Que les enfants ne sortent plus tous les matins d'une voiture dans laquelle on dénigre les gens qui vont avoir à afficher devant eux de l'autorité. Ne remettons pas l'élève mais l'école au centre du système éducatif. Le système de santé français est le meilleur du monde, tous s'accordent à le dire et les chiffres le prouvent. Conservons-le, étendons-la couverture maladie universelle, offrons à l'hôpital le budget et les postes qu'il mérite, attirons vers lui le personnel qui s'empresse de plus en plus d'aller faire fructifier dans le privé les connaissances qu'on lui a dispensées. Là aussi, revalorisons les métiers de la santé et ne la laissons pas à portée de main de tous les consuméristes qui veulent s'en emparer. L'insécurité ! La voilà la grande question qu'on nous a proposée comme seul enjeu d'un débat électoral spolié. Les moyens de police sont là, mal répartis c'est une évidence, mal gérés car de manière trop complexe ça l'est aussi. Gendarmerie, police nationale, adjoints de sécurité, police municipale, emplois jeunes…Qui fait quoi ? Entendons -nous, redéployons toutes ces forces et faisons en sorte qu'il n'y ait plus de zones auxquelles l'accès est interdit sous prétexte que des bandes de délinquants ont la main mise dessus. Appelons un délit un délit et non pas une incivilité. Pour cela, donnons-nous par contre les moyens, comme en Allemagne, de traduire toutes ces personnes, que les forces de sécurité arrivent à interpeller, devant un juge. Que ces derniers ne soient pas contraints de laisser les choses en l'état du fait d'une surcharge de travail. Ce ne sont pas les forces de sécurité qui sont en cause ; c'est l'incapacité que nous avons à faire respecter et à traduire la loi, et à sanctionner lorsqu'il le faut ceux qui l'outrepassent. Ainsi, l'ordonnance de 45 est bonne en l'état, ne répondons pas aux sirènes de ceux qui veulent l'abolir. Par contre, faisons-la respecter et ce sera déjà beaucoup de l'avis même des membres de la Brigade de prévention de la délinquance juvénile. Qu'entend-on depuis ? Choquante est pour moi l'attitude et la réaction de nombre de dirigeants de gauche face à ce qui vient de se produire. Eliminons tout d'abord le problème de la consigne de vote au second tour : il faut voter Chirac, c'est une évidence. Ce sera le pire des crève-cœur, la dernière des compromissions, mais il faut le faire. On est, et c'est un doux euphémisme, en contradiction avec son pseudo programme, on vomit l'homme pour ce qu'il est, pour son passé politique et judiciaire, pour le symbole de tout ce qu'on veut que la politique ne soit pas, pour la campagne ordurière qui a été la sienne, mais aussi pour la catastrophe que son accession au pouvoir va représenter pour la France. Et malgré tout cela, il faut voter pour lui, c'est dire si son adversaire du moment est l'incarnation même de la négation de ce que nous sommes, la négation de la France et des idées républicaines et démocratiques qui sont les siennes. Il est inutile d'en dire plus, nous connaissons tous le personnage, malheureusement pas suffisamment son programme de campagne, la faute aux incompétents, en particulier ceux du service public télévisuel, qui n'ont pas rempli leur devoir d'information, ce qui aurait au moins partiellement permis de mettre en lumière l'absurdité des propos tenus ( en avant pour le retour au franc, la sortie de l'Europe, le rétablissement de la peine de mort, la suppression de l'impôt sur le revenu et la liste n'est pas exhaustive ! ! !). Non, il est bien d'autres attitudes qui ont été inappropriées dans les heures et les jours qui ont suivi ce funeste 21 avril 2002. Que ces messieurs Peillon et Hollande n'aient rien de mieux à dire que de trouver des circonstances atténuantes, telle la campagne de la droite ou l'éparpillement des voix de gauche, voilà qui est scandaleux. Mais qui sont ces dirigeants pour à ce point ne rien comprendre à la France et aux Français, pour repartir eux-mêmes aux législatives en annonçant qu'il va falloir recentrer le propos de la gauche. Allons messieurs, prenez donc la porte, vous venez de faire la preuve de votre incompétence. Entendez donc ces sirènes de la Gauche socialiste, de Jean-Luc Mélenchon et consorts qui vous disent dans quel sens il faut faire tourner le navire. A la rigueur, au lieu de vous enorgueillir du fait que votre capitaine ait sauté à l'eau, faites donc comme lui ! Même DSK a compris l'inclination qu'il fallait donner, et imaginons bien que ceci lui a beaucoup coûté… Et déjà de ci de là, on entend voler le nom de législative. Oui, mais législative, pour quoi faire ? Mettons d'abord de l'ordre dans la maison. Il semblerait qu'il soit plus que temps…
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