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Pour des clivages politiques renouvelés: vers des reclassements

La différenciation du champ politique entre une droite et une gauche remonte à la Révolution française. Cette distinction est une tradition politique fortement enracinée dans la conscience des Français, leur servant de repère dans les engagements personnels et les débats démocratiques. En effet, dans le langage politique coutumier, ces deux termes désignent deux grands courants de l'opinion publique s'affrontant dans le pays depuis le XIX0 siècle. Cette séparation trouve son origine dans les assemblées parlementaires, que l'on peut diviser en deux parties, l'une siégeant à la droite, l'autre à la gauche du président de séance.

I-Le clivage droite-gauche traditionnel

Les notions de droite et de gauche sont en réalité bien plus complexes qu'il n'y paraît au premier abord. Evoquer l'existence de camps constitués de manière homogène, à l'image de blocs uniformes, serait erroné. Effectivement, dans un pays comme la France, où la vie politique s'est toujours caractérisée par une extrême diversité en raison de l'emprise vigoureuse des idéologies et des souvenirs historiques, la gauche et la droite ont été dès le début au plus haut degré plurielles. A droite, au gré des événements, les spécialistes ont établi des typologies distinguant droite légitimiste ou traditionnelle, droite orléaniste ou libérale, droite bonapartiste, droite antiparlementaire, droite nationaliste. Dans l'autre camp, les analystes percevaient une gauche libérale, une gauche républicaine, une gauche radicale, une gauche socialiste et une gauche révolutionnaire. Droite et gauche s'apparentent davantage à un kaléidoscope de tendances mouvantes. Cependant, la pente naturelle à un fractionnement de chacun des camps ne doit pas faire oublier que le clivage droite- gauche possède une existence réelle et une validité incontestable. Cette césure reposait sur des éléments structurants du débat politique français. Trois questions fondamentales, centrales, rendaient compte avec un maximum de fidélité de la nature de ce clivage. Les questions institutionnelle, religieuse et sociale fixaient une ligne de séparation nette entre les gauches et les droites.

1-Trois critères canoniques

La gauche militait pour la forme républicaine du régime et revendiquait avec ferveur l'héritage idéologique de la philosophie des Lumières et de la Révolution française. Une hostilité franche et résolue, puis une méfiance plus ou moins contenue mais tenace, servirent de référence à la droite pour qualifier une République à laquelle on n'hésitait pas à accoler l'adjectif de gueuse. La gauche endossa précocement le combat de la laïcité, jugeant l'influence de la religion et de l'Eglise sur la société trop forte. La fameuse apostrophe de Gambetta "le cléricalisme, voilà l'ennemi !", indique sans équivoque que la gauche considérait l'emprise du fait religieux comme un obstacle à la mise en place d'un régime démocratique. L'incompatibilité s'avérait irréductible : la République serait laïque ou ne serait pas. Bien entendu, la droite s'inscrivait en faux contre cette vision et ne pouvait concevoir de forme d'organisation socio-politique qui n'accordât une fonction privilégiée à la religion afin d'en garantir la stabilité. Une école sans références marquées à Dieu représentait un sacrilège difficilement pardonnable. Les rapides transformations de la société induites par l'évolution du système productif caractérisée par le concept de révolution industrielle conduisirent à mettre sur le devant de la scène la question économico-sociale. La gauche souhaitait ardemment l'intervention de l'Etat dans le champ économique, non seulement au titre d'arbitre ou de régulateur, mais aussi en tant qu'acteur à part entière. Le rôle de l'Etat consistait également à jouer un rôle actif dans le domaine des relations sociales en favorisant l'adoption d'une législation sociale destinée à apporter des améliorations significatives au sort souvent peu enviable des catégories populaires. Pour la droite, l'Etat devait limiter ses interventions économiques et sociales et laisser la liberté aux initiatives individuelles des acteurs ainsi qu'à la loi du marché. En ces domaines qui ne relevaient pas de sa sphère de compétences particulières, l'Etat devait se faire "minimum". Une vision conflictuelle de ces antagonismes idéologiques en matière économique et sociale s'incarnera dans l'analyse marxiste de la lutte des classes.
Même si des passerelles existaient et si des consensus ponctuels restaient possibles, ces clivages, souvent qualifiés de canoniques, déterminaient l'existence de deux camps offrant une réelle alternative politique. Ils offraient une grille de lecture et de compréhension de l'échiquier politique assez simple, participant avec netteté de la lisibilité des positions et des débats. De la sorte, une gauche républicaine, laïque, sociale, s'individualisait clairement et précisément nonobstant un éclatement et une pluralité tout autant indiscutables. La situation rendait par conséquent les engagements plus faciles, davantage conscientisés, et donc insufflant un supplément de vigueur aux débats démocratiques. En ce début de XXI0 siècle, il nous semble indispensable de se demander ce que sont devenus ces clivages. Ont-ils conservé leur validité et leur pertinence pouvant justifier la survivance d'une césure droite-gauche ?

2-Le dépassement de la question institutionnelle

Force est de reconnaître que la question institutionnelle ne représente plus un motif de désaccord fondamental entre les deux camps. Le consensus semble s'être réalisé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale quant à la forme républicaine du régime. Deux moments capitaux dans l'Histoire de France ont favorisé cette convergence, à droite comme à gauche, autour de l'idée de République : l'épreuve de la Résistance entre 1940 et 1944, puis la synthèse gaulliste de 1958 à 1962. La défense commune de l'intégrité de la nation et du territoire français contre l'occupant nazi et le régime de Vichy, pourfendeurs de la démocratie et de la république, amena lors de la Libération, la réhabilitation de la République, ce que la charte du Conseil national de la Résistance en date du 15 mars 1944 avait préparé dans l'ombre. Le retour de De Gaulle aux affaires contribua, en fin de compte, malgré la vigueur et le caractère passionnel des débats de l'époque, au règlement de la question institutionnelle. La double adoption par référendum, de la Constitution de la V° République en 1958 et de l'élection au suffrage universel du président de la République en 1962, mit en sourdine les polémiques et les débats en la matière. Le peuple fut sollicité et trancha, désavouant par la même occasion la majorité des partis politiques coalisés dans le cartel des non. La synthèse gaulliste constitua un point d'équilibre acceptable pour tous, à droite comme à gauche de l'échiquier politique, clôturant presque deux siècles de divergences. Depuis 1962, les adversaires intransigeants de la République, qu'ils soient ouvertement déclarés ou qu'ils évoluent de manière larvée (il est nécessaire de ne point sous- estimer la seconde catégorie), en sont réduits à l'état groupusculaire. La question institutionnelle ne représente plus un clivage droite-gauche significatif. La République n'est plus une question institutionnelle majeure pour l'heure. Par contre, le contenu à donner à la République, en somme sa substantifique moelle, pose des questions fondamentales au politique et détermine des oppositions nettement individualisables. Nous aurons l'occasion de revenir sur la nature de cette transformation.

3-L'amenuisement du clivage de la laïcité

Des remarques à peu près similaires peuvent être faites à propos de la question religieuse. Un consensus a émergé concernant la laïcité au cours de la deuxième moitié du XX° siècle : peu nombreuses sont les personnes qui remettent en cause le principe de base d'une République laïque. La société a entériné dans ses pratiques au quotidien la prégnance de cette évolution. De la même manière que pour la question institutionnelle, l'hostilité frontale et résolue à la laïcité relève de minorités groupusculaires plus ou moins teintées de marginalité. Il est à noter, par contre, un renversement a priori surprenant des positions de chacun des deux camps. La droite s'est transformée en gardienne vigilante de la laïcité, parfois par une sorte de crispation en définitive très peu idéologique, car l'adoption de cette posture volontiers intransigeante ne signifie pas nécessairement l'intériorisation sincère des implications concrètes de la laïcité au quotidien. De son côté, la gauche, ou plutôt une certaine gauche, convient-il de préciser, sous couvert de tolérance et d'adaptation à une drôle de modernité, n'hésite pas le moins du monde à faire quelques entorses à ce qui constituait par le passé une valeur intangible et sacro-sainte. Ainsi, il est véritablement significatif de noter que, dans les propos de Dominique Voynet et des Verts, le terme de "laïcard" possède un sens résolument péjoratif, voire même franchement injurieux. Drôle d'invective pour une drôle de gauche ! Là aussi, l'enjeu du débat s'est transformé : aujourd'hui, il s'agit davantage de veiller à ce que la laïcité, unanimement révérée, ne devienne une coquille vide ou une simple caution à un label de républicanité et de démocratie. Elle ne doit pas être vidée de son contenu par des discours d'apparat creux et inconsistants.

4-Un double processus de convergence dans le domaine économique et social

La question économique et sociale connut un destin plus tourmenté dans le dernier demi-siècle qui vient de s'écouler. Un double mouvement de convergence se réalisa. Dans les deux cas, le contexte joue un rôle déterminant dans ces rapprochements. A l'issue de la grave dépression économique des années 1930 et de la deuxième guerre mondiale, la nécessité de l'intervention d'un Etat fort et actif se fit sentir et fut généralement admise par l'ensemble des forces politiques. Les théories keynésiennes devinrent hégémoniques, supplantant les thèses libérales qui avaient fait preuve de leur inefficacité devant l'ampleur de la crise économique. Après 1945, l'Etat fut convié à assumer sa responsabilité en matière économique et sociale, ce à quoi la doctrine libérale ne le conviait pas en principe. Les mesures adoptées instituèrent l'Etat- Providence, Welfare State en anglais. Des vagues de nationalisations d'entreprises évoluant dans des secteurs jugés stratégiques (énergie, transports), la mise sur pied d'un système de sécurité et de protection sociales, l'instauration d'une planification souple et indicative, le choix d'une fiscalité davantage redistributive en constituèrent les linéaments essentiels. Le rapprochement s'effectua sur la base d'idées traditionnellement classées à gauche. Les historiens qualifient ce processus de convergence de consensus corporatiste. La droite s'y rallia dans son ensemble, avec plus ou moins d'enthousiasme et de zèle, effectuant de la sorte ce qu'il est convenu d'appeler son "chemin de Canossa". Il semble significatif de constater qu'en France, le programme fut réalisé par un gouvernement dirigé par un homme classé à droite (en dépit de sa volonté de se positionner au-dessus des partis politiques), le général De Gaulle. C'est aussi mettre en exergue la dimension sociale du gaullisme que ceux qui s'en réclament les héritiers aujourd'hui, parfois mollement d'ailleurs, ont mis entre parenthèses, en dépit de quelques palinodies démagogiques comme, par exemple, avec le thème de la fracture sociale vite oublié une fois les élections passées.
Le second mouvement de convergence droite-gauche s'opéra à rebours de l'évolution constatée précédemment. Dès les années 1970, et surtout au cours des années 1980, la gauche se rallia à son tour aux impératifs d'une gestion libérale d'une économie de marché. La lame de fond provenait des pays anglo-saxons qui virent l'arrivée au pouvoir de personnalités parfois ultra-libérales comme Reagan et Thatcher. Les premiers effets de la mondialisation (ou globalisation pour les Anglo-Saxons) naissante accentuèrent le processus en essayant de persuader gouvernements et opinions publiques de l'irréversibilité de la dynamique enclenchée. En France, la conversion de la gauche eut lieu en 1983-1984. L'inflexion se caractérisa par le tournant de la rigueur et de l'austérité, le choix de l'orthodoxie monétaire dans un cadre européen et la fin de l'union de la gauche symbolisée par le départ des ministres communistes du gouvernement Fabius. A gauche, peu protestèrent. Chevènement avait démissionné une première fois en 1983 en guise de désaccord. Jospin parla de mettre provisoirement entre parenthèses le projet de démocratie socialiste. Il existe des parenthèses qui, décidément, tardent à se fermer. Pour rester dans les références historiques, nous pourrions dire que la gauche dut passer sous les fourches caudines d'un libéralisme triomphant. Cependant, on est en droit de se demander si, au vu de l'ardeur déployée par cette armée de nouveaux convertis, ce changement de cap constitua véritablement un déchirement sincère. Par la suite, les critères de Maastricht servirent de ciment à ce nouveau consensus libéral. Le gouvernement Jospin de la gauche plurielle entreprit alors une politique que l'on peut qualifier de social- libéralisme. Les privatisations et les ouvertures de capital d'un côté, les ristournes fiscales en faveur des entreprises et des revenus les plus élevés d'autre part, témoignèrent de la réalité de cette conversion au libéralisme. Autre événement majeur qui sonna le glas d'une politique économique volontariste : le renoncement érigé en norme à assumer sa responsabilité économique et sociale à l'occasion des licenciements boursiers de Michelin.
L'érosion du clivage relatif à la question sociale entre droite et gauche a engendré d'importantes répercussions dans l'opinion publique. Cette dernière a parfois douloureusement ressenti l'amenuisement progressif de ce clivage, car celui-ci touchait en fait le vécu quotidien des personnes de façon plus concrète. La situation a fortement contribué à l'effacement graduel des distinctions entre droite et gauche, renforçant de la sorte la désagréable impression du pareil au même perçue par les citoyens. La perte de lisibilité de l'échiquier politique a été un facteur non négligeable du désintérêt accentué à rencontre du débat politique que nous constatons aujourd'hui. Les enjeux qui pouvaient en résulter ont été dilués et perdus de vue par abus de consensus mous. La pensée unique et le politiquement correct se sont engouffrés dans cette dynamique de convergence droite-gauche et y ont prospéré. Or, en dépit du prétendu caractère irréversible et moderne de l'évolution, nous estimons que le clivage économique et social reste d'actualité pour les conditions de vie quotidienne du plus grand nombre et garde une valeur structurante quant à l'organisation du paysage politique français. Du moins, cela devrait être le cas si une impressionnante série de renoncements idéologiques de la part de la gauche n'avait tendu à obscurcir les traditionnelles lignes de démarcation entre droite et gauche.

Affirmer que le sujet ne détermine plus de clivages nets est une chose, se résigner à ce qu'il en soit ainsi une autre, dénier à l'économique et au social toute pertinence à caractériser des césures, une dernière. Au renoncement des uns, n'ajoutons pas d'autres renoncements.

II- Des critères pour réactiver le clivage

Il apparaît clairement que les trois clivages classiques ne correspondent plus à des oppositions indiscutables. Ils sont devenus inopérants pour délimiter une gauche et une droite dont les contours puissent être facilement visualisables par les citoyens. Est- ce à dire que toute division entre une gauche et une droite soit désormais obsolète ? Non, absolument pas. Mais il devient plus que jamais nécessaire de redonner vie et cohérence à des critères éculés ne permettant plus de déterminer aujourd'hui des camps distincts. Il s'agit également de prendre appui sur des clivages nouveaux transcendant les antagonismes traditionnels qui structuraient le champ politique. Cet effort de réflexion doit être entrepris au plus vite, même s'il a toutes les chances de mener à un éclatement des repères classiques auxquels nous nous étions accoutumés.

1-La souveraineté populaire

Au cours de l'Histoire, la gauche a toujours accordé une importance particulière à la souveraineté du peuple. L'article 3 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 affirmait que "le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation". La gauche en a fait son cheval de bataille et s'est évertuée à transcrire ce principe dans les faits et dans les pratiques. Aujourd'hui, nous estimons que le respect de la souveraineté d'un peuple composé de citoyens souffre de graves entorses et est menacé dans ses fondements mêmes. Plusieurs éléments se sont coalisés au cours des dernières décennies afin de supplanter la légitimité populaire. La manière dont fut menée la construction européenne a représenté un puissant dissolvant de la souveraineté populaire. A l'heure actuelle, les trois-quarts des lois et des règlements qui régissent la vie quotidienne des Français émanent de l'Union Européenne, et notamment de la Commission de Bruxelles qui ne possède pourtant aucune légitimité démocratique et populaire. Le traité de Maastricht, et principalement les fameux critères de convergence en vue de la qualification à l'Euro, limite significativement la marge de manoeuvre des gouvernements pour mener une politique économique alternative au catéchisme libéral (cela est d'autant plus vrai que la volonté en a souvent fait défaut). En somme, quand les citoyens expriment par le vote leur souhait de voir menée une autre politique économique, cela n'a en définitive que peu d'importance et ne changera rien à l'affaire : on leur expliquera que faire le contraire de ce qu'ils ont exprimé est la seule voie possible et qu'il n'y a pas d'alternative. Au besoin, on les stigmatisera, en décrétant l'irréversibilité du processus : ne soyez pas ringards, ne soyez pas moisis ! La dilution de la souveraineté populaire risque d'être accentuée par des projets, parfois flous et contradictoires, visant à renforcer la supranationalité. A cet égard, il est édifiant de constater que les deux têtes de l'exécutif, Jacques Chirac et Lionel Jospin, se sont accordées pour confier à Valéry Giscard d'Estaing la présidence de la convention devant débattre de l'avenir de l'Europe.
La loi du marché triomphante agit également contre le principe de souveraineté populaire. Elle sape incidemment les bases de la démocratie. Elle substitue, à une collectivité de citoyens exprimant leur opinion dans le champ politique par le vote, un magma indifférencié de consommateurs dont la marge de manoeuvre se réduit à un choix fluctuant entre une offre et une demande. C'est aussi le règne absolu d'un capitalisme patrimonial dont les fonds de pension ne se soucient que très accessoirement de la volonté des citoyens. Les impératifs de ta loi du marché entrent bien souvent en contradiction avec la souveraineté populaire, entraînant une dépossession des citoyens de cette dernière. La tendance à la confiscation de la souveraineté populaire s'accroît avec l'influence de plus en plus grande des technocrates et des experts. Technocratie et expertocratie hégémoniques concourent de concert à délégitimer la volonté des citoyens et du politique. Que d'initiatives citoyennes, que de projets politiques éconduits par des sentences lapidaires de la part d'experts ou de technocrates : "pas possible, irréaliste, irréalisable !". Plus que jamais, il devient urgent de redonner aux citoyens et à leurs représentants démocratiquement élus la possibilité et les moyens d'influer sur le destin commun et de peser sur les décisions à prendre. Leur marge de manoeuvre de ces derniers est la garantie la plus sûre du respect de la souveraineté populaire. Les commissaires de Bruxelles ou les critères de convergence du traité de Maastricht illustrent bien cette dynamique de dépossession des citoyens de leurs prérogatives d'essence démocratique. Ils se situent à la croisée de l'émergence du supranational, du triomphe de la loi du marché et de la promotion au rang d'arbitre de la technocratie et de l'expertocratie, obscurcissant de la sorte l'horizon de la démocratie.
La défense sans faille de la souveraineté populaire incombe au premier chef à la gauche. Ce projet appartient à son patrimoine génétique ; il ne peut faire l'objet d'aucune sorte de braderie ou d'un quelconque renoncement plus ou moins déguisé. L'application de ce critère permettrait sans nul doute de déterminer de nouveaux clivages sur l'échiquier politique en le rendant plus lisible et plus cohérent aux yeux des citoyens. Cela conduirait tout logiquement à d'inévitables et nécessaires reclassements politiques, aussi bien entre partis qu'à l'intérieur même des partis. Une gauche qui accepterait de transiger avec le principe de souveraineté populaire ne pourrait revendiquer d'en porter le nom dignement. Dresser la liste des renoncements et des entorses de la part d'une certaine gauche tournerait malheureusement à l'énumération !

2-La vertu du volontarisme en politique

Le volontarisme en matière de politique constitue également une autre composante du patrimoine génétique de la gauche. Le politique est fondamentalement une affaire de volonté et la résignation en est la négation profonde. Sous la monarchie de Juillet, après les Trois Glorieuses de Juillet 1830, on distinguait un parti du mouvement d'un parti de la résistance. La gauche, c'est le parti pris du mouvement. Mais encore faut-il comprendre le sens du mouvement afin de lui adjoindre une raison d'être et une cohérence. Le mouvement ne saurait être assimilé à un vague suivisme : il n'a pas pour finalité de coller au premier phénomène à la mode, à la dernière gabegie tendance offrant l'apparence de la modernité. Il n'est pas non plus un simple bougisme : la gesticulation ostentatoire et stérile sombre très vite dans le ridicule et le pathétique. Le bougisme, c'est de l'agitation statique et donc inutile. Le mouvement ne saurait être confondu avec la réformite aiguë qui semble toucher bon nombre de formations politiques. Réformer à tour de bras pour mieux perpétuer les injustices ou, pire encore, les accroître à moyen terme, ne correspond pas à la vision que nous nous faisons du mouvement et du volontarisme. Réformer afin de détruire l'actuel pour revenir à ce qui avait cours au XIX0 siècle au temps de Zola, relève sans conteste du rétrograde et d'un véritable archaïsme. En fait, pour synthétiser, le mouvement ne doit pas conduire à une fuite en avant éperdue, sans quoi il équivaudrait à une stratégie de la mystification éhontée. L'illusion, et l'effet d'optique, doivent être rejetés et démasqués fermement.
Le volontarisme consiste à vouloir changer la situation dans le seul but de l'améliorer. La démission et l'abandon en constituent l'antithèse. Plusieurs questions d'actualité fondamentales proposent l'alternative entre volontarisme et renoncement. Devant la dynamique de mondialisation libérale, certains considèrent que les Etats, et donc le politique, ne peuvent, ou même ne doivent pas réagir pour orienter, et encore moins contrecarrer les évolutions à l'oeuvre. C'est clairement opter pour l'abdication du politique face à la toute puissance de l'économie et du marché. D'autres en sont restés à des schémas idéologiques dépassés. Leur phobie de l'Etat remonte à des temps au cours desquels l'Etat était qualifié, parfois à juste titre d'ailleurs, de bourgeois et d'oppresseur des catégories sociales populaires. Cette culture anti-étatique subsiste, les aveugle au point de les empêcher de s'apercevoir qu'aujourd'hui les Etats sont devenus les plus sûrs garants des droits et des acquis des plus faibles. L'Etat demeure l'instrument le plus approprié à s'opposer, en la régulant, à la logique de la globalisation déferlante qui affecte des économies interdépendantes. Affaiblir la puissance publique, la discréditer, conduit de fait à jouer en faveur des intérêts d'un libéralisme conquérant. Cela signifie que certains devront réaliser leur aggiornamento sur la question de l'Etat.
L'école est un autre domaine dans lequel le volontarisme doit être convoqué sans retard et avec la conviction chevillée au corps et à l'esprit que s'opposer aux évolutions néfastes qui dénaturent et déstabilisent l'institution scolaire reste dans le champ du possible. Agir et tout mettre en oeuvre pour que l'école maintienne sa vocation fondatrice de transmission de savoirs et de valeurs et conserve sa fonction de moyen de promotion sociale, deviennent des nécessités absolues. Pour cela, encore faut-il que l'énergie et la détermination soient réellement au rendez-vous. Tous ceux qui, soit par angélisme ou par intérêts bien sentis, soit par inconséquence ou par stratégie, se résignent à laisser dériver l'école au gré des influences les plus pernicieuses, telles la violence, l'incivisme, le consumérisme, la démagogie, le jeunisme ou le mercantilisme, ne visent en fait qu'à une seule chose : destituer l'école de sa mission originelle afin d'ébranler par la même occasion un des piliers de la République. La conception que l'on se fait de l'école trace des lignes de séparation pouvant justifier un clivage perceptible. Nous pourrions multiplier les exemples de sujets pour lesquels une frontière entre le volontarisme et le renoncement sert de repère : l'insécurité, la valeur du travail, la pauvreté, l'aménagement du territoire. Il suffit simplement, si l'on veut détecter la réalité du clivage ainsi produit, de démasquer le renoncement qui peut prendre des facettes différentes. Ainsi, pour l'insécurité, le renoncement peut avancer sous le visage de l'angélisme, voire d'un pseudo-humanisme, ou plus hypocritement sous celui de l'acceptation d'un renforcement de la ségrégation pouvant aboutir à des processus de ghettoïsation. Ainsi, pour l'aménagement du territoire, plusieurs facteurs expliquent son effacement progressif depuis un quart de siècle : le rôle croissant des instances européennes, la décentralisation, la mondialisation sous sa forme libérale, les difficultés économiques et l'influence grandissante des mouvements écologistes. Il en résulte l'abandon de l'ambition républicaine d'établir l'équité à la surface du territoire, frayant la voie aux inégalités sociales les plus criantes.

3-Réhabiliter le social

Cette dernière remarque sert de transition avec un troisième clivage devant servir à distinguer des camps sur l'échiquier politique : le social. La question sociale telle qu'elle se pose aujourd'hui ne correspond plus exactement avec celle du siècle passé. Les termes et les enjeux ont évolué et se sont transformés progressivement. Le clivage social doit être renouvelé en raison principalement de la déformation dont il a été l'objet depuis plusieurs années. Il convient de réhabiliter la notion de social en écartant les éléments qui ont engendré sa dévalorisation et sa dénaturation. Tout d'abord, le social a été fortement remis en cause par les discours économistes et productivistes ayant émergés avec la vogue des théories ultra-libérales. Il n'y a rien d'illogique à la situation et il ne peut s'agir en aucune manière d'une surprise : le libéralisme est congénitalement antagoniste aux préoccupations sociales et s'attache donc à restreindre les acquis sociaux et à circonscrire les dispositifs de protection sociale. L'altération du social provient, de manière pernicieuse, de confusions entretenues par des courants de pensée revendiquant de manière traditionnelle et rituelle un attachement indéfectible à l'impératif social. Parfois, il devient nécessaire de se méfier d'amis qui vous veulent (trop) de bien ! Les préoccupations sociales se transforment trop souvent en revendications sociétales : alors que les premières s'adressent prioritairement aux catégories populaires et visent à l'amélioration concrète de leurs conditions de vie, les secondes concernent principalement les classes moyennes, voire même des couches situées plus haut dans l'échelle sociale. En effet, le glissement ainsi observé correspond à des évolutions sociologiques qui marquent la seconde moitié du XX° siècle. La baisse de la part des ouvriers dans la population active au profit du secteur tertiaire, évolution dont la formule indiquant que les "cols blancs" supplantent les "cols bleus" rend compte assez fidèlement de manière imagée, l'élévation du niveau de qualification des travailleurs, l'avènement de la société de consommation et de loisirs sont parmi les plus significatives que l'on puisse relever. Les revendications sociétales sont l'expression de l'importance croissante d'un groupe social en expansion, les bohèmes-bourgeois, les désormais fameux bo-bo. L'inspiration semble être clairement libérale-libertaire. L'amplification de la thématique sociétale possède l'inconvénient majeur de tendre à mettre en veilleuse les impératifs d'une politique sociale digne de ce nom. Le sociétal abusif étouffe le social pourtant nécessaire.
Mais les apôtres de la religion du sociétal à tout crin sont des êtres extrêmement généreux. Pour se donner bonne conscience, ils réduisent le social à ce dont il s'était détaché avec vigueur au moment de son affirmation et de son inscription dans la législation : la charité et la compassion. Décidément, il s'agit d'un retour en arrière peu reluisant ! La caractéristique majeure du social est de s'attacher à préserver la dignité et la pudeur de la personne récipiendaire de la mesure. Quand l'action sombre dans la charité, elle devient une atteinte intolérable à l'honneur de la personne concernée. Un degré supérieur dans l'abaissement du social est atteint avec sa transformation en psychologisme de bas étage. Une telle demande n'émane jamais des catégories les plus populaires mais représente davantage une déviance petite-bourgeoise de l'idéal social. Pour d'autres, la charité et la compassion possèdent la vertu, en plus de celle de contribuer à leur édification personnelle, de permettre d'acheter une paix sociale minimale indispensable au maintien des injustices qui garantissent en fait leur statut social favorisé. En réalité, sous le masque de prétendus bons sentiments et d'un humanisme de guimauve, se dissimulent des intérêts et des postures d'une toute autre nature. La conjonction de ces dérives relatives au social conduisent tout naturellement à la corruption de la notion. La manifestation la plus évidente du délabrement de l'ambition sociale se traduit dans les faits par la promotion de l'assistanat. C'est à une véritable réhabilitation du social qu'une gauche digne de ce nom doit oeuvrer. Pour cela, l'exigence de justice sociale doit être ressourcée et mise à l'abri des dérives qui en ont obscurci et perverti l'idéal. Il devient impératif de revenir à la pureté originelle du concept en s'appuyant sur la dignité, la responsabilité et la volonté.

4-La conception du citoyen et de la société : une vision de la République et de la Nation

La conception de la place du citoyen dans la structuration de la société et de la République renvoie à une autre forme de clivage potentiel. Nous avons déjà évoqué le glissement progressif transformant le citoyen en consommateur. C'est un des éléments du processus de confiscation de la part inaliénable de souveraineté que possède chaque citoyen. La conversion au marché d'une partie de la gauche amène à repenser la question de l'expression concrète de la souveraineté du corps des citoyens. Jamais, d'une façon même insidieuse et larvée, le marché ne pourra se substituer au grand forum citoyen garant du respect de l'exigence démocratique. Il y a là assurément un risque majeur qu'une politique déterminée d'accès à la citoyenneté en direction des jeunes doit s'efforcer d'endiguer. Plus que jamais, l'énergie et le volontarisme doivent être convoqués d'urgence.
Le citoyen est partie intégrante d'une société, d'une collectivité, en France, la République une et indivisible. Certainement pas d'une communauté qui serait établie sur des critères d'appartenance (et donc symétriquement d'exclusion pour ceux qui n'y souscriraient pas) pouvant être religieux, ethniques, sociaux, territoriaux, générationnels ou même sexuels. Le destin de chaque citoyen n'est pas de devenir membre d'une communauté de la République française parmi d'autres communautés. Il en résulterait une inadmissible fragmentation, une balkanisation du corps social qui rendraient alors particulièrement difficile de se fixer comme objectif la cohésion de la Nation. L'influence des conceptions anglo-saxonnes est patente dans ces évolutions. L'engouement actuel outre-Atlantique pour le Salad Bowl afin d'exprimer ce qu'est devenue la société américaine, illustre bien ces mutations. La théorie du Salad Bowl donne l'image d'un saladier dans lequel les ingrédients, s'ils se côtoient effectivement, restent cependant distincts et conservent leur aspect, leur saveur et leur identité premières. Cette métaphore culinaire contredit un des mythes fondateurs de l'Etat américain, le Melting Pot ou creuset. Il indiquait que les nouveaux arrivants se fondaient dans cet immense creuset à la suite d'un processus d'intégration relevant d'une volonté d'acculturation et d'assimilation. On estimait alors que la vitalité de la culture américaine provenait à la fois de cette diversité originelle des populations immigrées et de leur capacité à mettre entre parenthèses volontairement leurs particularismes. Notre conception de l'organisation des citoyens se rapproche davantage de celle du Melting Pot. Elle entretient des similitudes avec la définition française de la citoyenneté et de la Nation effectuée sur des critères politiques de volonté et de communauté de destin unissant ses membres. Elle renvoie de la sorte au modèle d'intégration républicaine qui caractérise la France. Cependant, toute forme de naïveté ou d'angélisme doit être révoquée : il convient de garder présent à l'esprit que le Melting Pot a pu fonctionner à peu près normalement tant que les nouveaux migrants arrivaient en provenance d'Europe. Il a ainsi favorisé l'ascension d'une catégorie bien déterminée, celle des W.A.S.P., c'est-à-dire ceux qui cumulaient les atouts d'être de couleur blanche, de langue et de culture anglo-saxonnes, de religion protestante. L'intégration républicaine française doit se garder d'être aussi sélective !
En partie seulement à cause des insuffisances du Melting Pot, le Salad Bowl tend à supplanter le mythe du creuset. Ses partisans en France le justifient au nom du multiculturalisme, du métissage et de la tolérance. Bref, des motivations généreuses et nobles en apparence. En apparence seulement, car la face cachée offre une toute autre réalité. Cette vision erronée fait le lit des communautarismes et renforce la ségrégation. Elle conforte les nationalismes ethniques les plus exacerbés et les plus exclusifs, certains en venant même à excuser, voire légitimer la violence. Elle rend encore plus problématique le traitement et la résolution des difficultés sociales, obscurcit davantage la question du respect de la loi égale pour tous et de la sécurité. Elle sert les intérêts des petites féodalités et autres "caïdats" qui émergent, souvent par la contrainte, à la faveur d'une telle fragmentation. Elle jette un voile, certes pudique, sur un principe aussi fondamentalement républicain et démocratique que la laïcité dont une pseudo- ringardisation est orchestrée et instrumentalisée. Une conception raisonnée et conséquente du citoyen et de la République ne peut cautionner ces dérives communautaristes qui remettent gravement en cause le socle de la démocratie française. Non, ces libéraux-communautaristes ne peuvent pas se réclamer de gauche. Cette ligne de fracture représente un clivage fort que les années à venir seront amenées à préciser et à exploiter avec rigueur. Deux blocs d'intérêts divergents se font face : d'un côté, l'association de la Nation et de l'universel, de l'autre, la coalition hétéroclite du supranational (mondialisation et institutions européennes) et du nationalisme à visée régionaliste parfois séparatiste. Alors que le premier se met au service de la quête d'un socle minimum de valeurs et de références unitaires, le second, au contraire, cherche à les détruire et conduit en toute logique à la fragmentation et à l'éclatement. La confusion doit être écartée d'emblée : le mondialisé ne ressort pas au domaine de l'universel. Les libéraux-communautaristes ont bradé l'idéal citoyen hérité de la Révolution française, des idées des Lumières et d'un combat séculaire en faveur de la République.

5-La défense des services publics

L'attitude envers les services publics constitue un point de désaccord entre droite et gauche. La défense des services publics qualifie une gauche fidèle à ses ancrages idéologiques. Leur privatisation, même sous une forme déguisée ou atténuée, disqualifie aujourd'hui une gauche au pouvoir qui a érigé en absolu le renoncement en presque tous les domaines. Le maintien de services publics équitablement répartis sur l'ensemble du territoire, facilement accessibles à chaque citoyen, disposant des moyens nécessaires afin d'en garantir l'efficacité, représente un élément fondamental non négociable du patrimoine génétique de la gauche. Les remises en cause des services se font de plus en plus nombreuses et de plus en plus insistantes depuis quelques années. Les moyens utilisés à cette fin sont divers, confinant parfois au prétexte. Sous couvert de réforme de l'Etat, parfois nécessité par ailleurs, de projet de cure d'amaigrissement ou de dégraissage, de prévision du non remplacement des départs à la retraite de la génération du baby-boom, les attaques se multiplient et se font convergentes. La sauvegarde des services publics touche au coeur même de l'ambition et de l'exigence républicaines : la recherche du bien commun et de l'intérêt général au service du citoyen.

Conclusion : Des repères clairs pour procéder à des nécessaires reclassements et sauvegarder un patrimoine de gauche

La répartition actuelle des formations politiques entre une gauche et une droite ne correspond plus à une réalité et ne satisfait plus grand monde. Les positionnements politiques sont devenus d'une complexité accrue. Il devient ainsi particulièrement difficile de s'y retrouver en raison d'un manque de repères clairs et structurants. En effet, les repères traditionnels qui servaient à différencier globalement deux camps se sont progressivement estompés. Ils sont devenus inopérants, du moins dans leur formulation antérieure. Si la grande majorité semble avoir accepté le régime républicain et le principe de la laïcité, cela ne signifie pas pour autant que République et laïcité soient totalement à l'abri de menaces ou de remises en cause, que ce soit de manière ouverte ou insidieuse. C'est ainsi que la laïcité se trouve véritablement maltraitée par les dérives libérales-communautaristes. C'est ainsi que les atteintes portées à la souveraineté populaire ou aux services publics et les manquements répétés au volontarisme, vident de son sens Fambition républicaine. En fait, les lignes de partages se sont déplacées, ou même parfois imbriquées. La nécessité de déterminer de nouveaux clivages se fait plus forte que jamais, faute de quoi la désagréable impression de flou artistique et de pareil au même prédominera en contribuant à détacher les citoyens des débats politiques.
Nous nous sommes efforcés de définir cinq nouveaux clivages : la souveraineté du peuple, le volontarisme, la réhabilitation du social, la conception du citoyen dans la société et la République, les services publics. Leur nouveauté doit être relativisée car il s'agit aussi de nouvelles entrées permettant de réactiver les anciens clivages et de leur insuffler un contenu et une substance renouvelés. La question économique et sociale héritée du XIX0 siècle reste à bien des égards comme un élément transversal à ces nouveaux clivages. Sous une forme ou une autre, elle demeure présente dans la question des services publics, dans celles du volontarisme et de la souveraineté populaire au regard du triomphe de la loi du marché et de la mondialisation. Sans parler de la réhabilitation du social. Une vie politique active et démocratique ne peut se structurer que sur des choix possibles, des alternatives résultant de clivages clairement explicités et aisément décryptables par les citoyens. Si les clivages tendent à s'effacer au fur et à mesure de l'avancée de l'Histoire, il est nécessaire d'en déterminer de nouveaux, sans, bien entendu, sombrer dans le manichéisme, le maniérisme ou l'artificiel dont le caractère contre-productif n'est plus à démontrer. Sans cela, l'ère du consensus mou et de la pensée unique peut s'ouvrir.
Si les cinq nouveaux critères évoqués paraissent nécessaires afin de se revendiquer de gauche sans avoir à rougir, pris chacun isolément ils ne sont pas suffisants. Ils constituent le fond commun d'un patrimoine génétique de gauche qui n'est en aucune manière une vue de l'esprit. Sous aucun prétexte, un homme de gauche sincère ne peut se résoudre à brader cet héritage. Ces remarques inclinent à penser que l'actualité n'est pas de conclure à la disparition du clivage gauche-droite, mais plutôt de procéder à une recomposition du paysage politique français. Des reclassements s'avèrent indispensables. L'opération n'est pas aisée : elle conduira à des déchirements douloureux et passera par des examens de conscience sans concession. Une certaine gauche usurpatrice doit être démasquée. Consentira-t-elle à abandonner le nom de gauche ? Des procès en recherche de paternité ou pour captation abusive d'héritage sont à prévoir sans aucun doute. De la même manière les éléments de droite hostiles à la vulgate libérale et restés attachés à l'ambition républicaine oseront-ils franchir la barrière symbolique ? L'enjeu est de taille, le jeu en vaut certainement la chandelle. Cette voie peut paraître étroite et semée d'embûches. Opérés de la sorte, ces indispensables reclassements pourraient conduire à une gauche nettement minoritaire. Cette gauche ne le serait que dans un premier temps, et seulement sur l'échiquier politique. Il existe dans le corps civique français une forte aspiration à cet idéal, susceptible de générer une majorité en faveur de ceux et celles qui accepteraient de prendre le risque de proposer ce choix. Passer outre les clivages partisans pour en appeler directement aux citoyens, voilà qui est républicain, de gauche et gaullien. Les points de convergence sont certainement à expliciter à l'intérieur de ce tryptique.


Francis DASPE
Professeur d'Histoire - Géographie en collège
Membre de l'AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
Mars 2002.
www.agaureps.net