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Le vol de la culture

On l'a trop rabattu à nos oreilles pour qu'on puisse aujourd'hui le remettre en cause : éducation et culture sont les premiers témoins de l'état d'avancement d'une société. Il est d'ailleurs bien difficile de dissocier l'un de l'autre, mais pour l'occasion, nous allons essayer de recentrer notre propos sur le volet post-éducatif (*), celui qui concerne toutes celles et tous ceux qui ont leur scolarité dans leur dos mais qui sont pour autant les citoyens d'aujourd'hui, les gens qui font marcher la société et à qui nous nous devons de donner un degré d'accès à l'information et à la culture suffisant pour qu'ils puissent vivre leur rôle de pièce unique du puzzle social de manière pleine et entière.

Car information et culture ne font bien entendu qu'un, lorsqu'il s'agit de démocratiser, sans forcément vulgariser, l'accès au savoir. Et quel est le danger qui non seulement nous guette mais qui a déjà pointé le bout de son nez hors du bois ? On fait de l'information à minima, on propose aux gens des choses abêtissantes et avilissantes et l'on se donne bonne conscience en osant prétendre, chiffre d'audimat à l'appui, que c'est justement ce que le public demande. Ainsi, puisque les gens sont bêtes, traitons les comme tels, et puis après tout, ceux qui veulent voir autre choses ont les moyens de le voir ailleurs, tel est le raisonnement des patrons des grands groupes de communication, mais aussi malheureusement, de plus en plus celui des organisateurs de nombreuses manifestations. Mais justement, les moyens de s'offrir un portail d'accès à la culture autre que la télévision, tous ne l'ont pas, loin de là. Que cette dernière soit la seule lucarne ouverte sur le monde pour beaucoup n'est pas qu'un raccourci cinglant. Il faut avoir conscience que les situations miséreuses sont bien plus présentes qu'on ne voudrait le voir, qu'on n'évite de le voir. Et quel est le quotidien de ces gens? Une lutte de chaque instant pour faire face aux caprices de la vie. Et il faudrait encore que ces gens aient à se battre pour avoir accès à ce qui leur revient de droit, de pouvoir jouir tous les jours de ce que le monde offre de créations, d'innovations, de réalisations ? Ces gens là sont enfermés dans une bulle qu'on prend bien soin de ne pas faire éclater, histoire de thésauriser un peu plus longtemps à notre profit ce que nous considérons comme le puits du savoir. Et puis après tout, que chacun reste à sa place, c'est bien ainsi. En agissant de la sorte, on ne prend pas le risque d'avoir un jour à partager…

C'est ainsi qu'à 13 heures et 20 heures, au lieu d'offrir une échappatoire à ces gens, on se contente de mettre un miroir en face d'eux, afin que le fait de voir leurs compagnons d'infortune leur rende la sensation de ne pas être les seuls embarqués dans cette galère et qu'ils soient de ce fait un petit peu moins malheureux. N'instruisons pas le Peuple, donnons à chacun le sentiment qu'il est aussi bien loti que n'importe quel autre. Oui mais voilà, un jour ou l'autre, le bâton revient d'une façon ou d'une autre. Le funeste 21 avril dernier en est malheureusement le dernier exemple en date.

Alors bien sûr, ceci ne va pas gêner ceux qui ont déjà le pied à l'étrier et qui, de par leur vécu, leur appartenance à une classe sociale et/ou à une sphère financière, ont les moyens de se doter du savoir qu'ils désirent s'auto-attribuer. Mais les autres, quels moyens ont-ils pour goûter aux joies de la connaissance ?

On a depuis longtemps, sans que quoique ce soit fût d'ailleurs fait pour y palier, bien au contraire, mis en exergue le déterminisme socio-culturel qui prive les élèves d'une véritable égalité des chances. Et c'est ce modèle qu'on nous propose de faire perdurer pour leurs parents. C'est une Société de classes d'un autre genre. D'un genre qu'il faut abolir.


François Cocq
Membre de l'AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
Septembre 2002
www.agaureps.net


(*) Pour une réflexion sur le traitement analogue qui est infligé au pan scolaire de notre société, il est recommandé le texte Pour une redéfinition de l 'Ecole signé Francis Daspe, que vous retrouverez à la partie " Ecole " de ce site.