|
||||||||||||||||||
|
Télécharger |
Faut-il être anti-américain? |
||||||||||||||||
La question qui est posée ne date pas d'aujourd'hui et dès la fin de la seconde guerre mondiale, le Général De Gaulle lui même s'est confronté à cette interrogation. On sait quelles furent les réponses qu'il y apporta. Mais ce qui est nouveau, c'est qu'aujourd'hui cette question ne se pose plus uniquement au sein des cénacles de tous ceux pour qui la géopolitique mondiale n'est qu'une immense partie d'échecs avec des pièces grandeur nature. Cette question, c'est tout un chacun qui se la pose, ou qui plus souvent y répond sans même se l'être posée. C'est pourquoi il semble urgent de dégager quelques éléments d'analyse afin de ne pas tomber dans un anti-américanisme primaire, ou, à l'inverse, une béatitude extatique, sans avoir présentes à l'esprit les lignes directrices de ce qu'il est communément convenu d'appeler l'Empire Américain. I. La volonté de croissance américaineSur ce sujet comme sur tout autre, il semble difficile de comprendre l'attitude contemporaine américaine en occultant son passé. Sans doute faudrait-il remonter à l'indépendance même des Etats-Unis d'Amérique en 1776 pour se faire une idée très précise de ce qu'est la conscience Américaine, et plus encore la conscience d'être Américain. Sans doute ne peut-on pas repousser d'un revers de la main toutes les implications qui résultent des divers flux migratoires qui ont fait les Etats-Unis, quelle que soit la période. Sans doute aussi faudrait-il être particulièrement en prise avec le paysage socio-culturel américain et les immenses différences qu'il draine. Sans doute faudrait-il savoir tout cela et bien d'autres choses encore mais nous allons nous fixer sur ce que fut l'attitude des Etats-Unis lors du XX ° siècle et sur le tournant idéologique que représente la première guerre mondiale. En effet, en dépit d'une entrée en guerre très tardive (6 avril 1917 contre l'Allemagne, 7 décembre de la même année contre l'Autriche-Hongrie !), les Etats-Unis apparaissent comme les grands vainqueurs de ce premier conflit mondial, non seulement parce qu'ils sont dans le camp des vainqueurs, mais surtout par défaut, car la Vieille Europe se retrouve en ruine, alors que l'océan Atlantique s'est chargé de tenir les Etats-Unis à l'abri du conflit, en dépit de la mobilisation de tout de même près de 4,5 millions d'hommes. Et c'est cette première implication à l'échelle mondiale qui peut s'apparenter à la porte qui s'entrouvre, loin déjà du protectionnisme de rigueur, aussi bien économique qu'idéologique. Dès lors, et " les Quatorze Points " énoncés par le président Wilson, base de l'armistice de novembre 1918 en sont les prémices, les Etats-Unis n'auront de cesse de renforcer leur implication dans la gestion des différentes situations internationales. Et si la crise qui secoua le pays puis le Monde à partir de 1929 mit pour un temps au placard les velléités d'ingérence, la seconde guerre mondiale, pour laquelle il faut tout de même noter qu'il fallut à nouveau attendre décembre 1941 et l'attaque japonaise sur Pearl Harbor pour que les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon puis à l'Allemagne, donna la clé de l'Europe, et donc encore à l'époque, du Monde, aux Américains. Le monde bipolaire qui se constitua alors mit sous l'éteignoir une Europe qui vivait sous la perfusion du plan Marshall. De même, toutes les instances, en particulier économiques, mises en place à l'époque n'étaient en fait qu'habillage pour laisser dans une ombre bien claire les responsables américains tirer les ficelles. Dès lors, renforcés dans leurs convictions par la guerre froide, protégés par la pseudo-légitimité de l'OTAN, les Etats-Unis allaient pouvoir, alors que les Nations européennes se débattaient dans les affres de la décolonisation, jouer à faire et à défaire les gouvernements aux quatre coins de la planète. De ce point de vue, Henry Kissinger représente le degré zéro de ce que peut être la conscience souverainiste d'un peuple à disposer de lui-même ! Mais l'hégémonie de pensée qu'ils imposaient au Monde était encore insuffisante et la globalisation qui commençait à découler de cette vaste toile, tissée parfois dans la précipitation, mais avec toujours plus de célérité, allait porter le combat sur le plan économique, domaine dans lequel les Etats-Unis seraient bien sûr les premiers à en tirer bénéfice. Et c'est aujourd'hui, au nom de la défense de ces intérêts, " acquis de haute lutte ", que les Etats-Unis d'Amérique s'octroient le droit d'aller faire la pluie et le beau temps un peu partout sur la planète. Des Humanistes je vous dis ! ! ! II. Les interventions américaines aujourd'huiImpossible de parler de ce que s'autorisent les Etats-Unis sans mettre en parallèle l'absence totale de réaction, sinon dans le rôle de candide suiveur, de l'Europe. Voyons ainsi pour l'instant le rôle tenu par nos amis d'outre-Atlantique dans divers points chauds du globe avant de se concentrer dans un second temps sur ce qu'aurait pu, dû être l'attitude de l'Europe, si elle représentait un véritable partenaire de discussion. Cette liste ne saurait bien sûr être exhaustive, étant entendu qu'un livre lui même ne suffirait à la dresser a) Le KosovoAux portes de chez elle, l'Europe a été incapable de faire la police et s'est contenté d'attendre que les Américains ne viennent mettre de l'ordre dans la sempiternelle poudrière des Balkans. Et pourquoi sont-ils venus ? Justement parce que nous nous trouvons aux portes de l'Europe, parce que toute la région représente un formidable point d'ancrage stratégique qui permet de surveiller aussi bien le vieux continent que les anciennes républiques soviétiques. Et c'est surtout le pas de porte de la grande Asie et du Proche-Orient, si périlleux actuellement mais si riche dans des perspectives d'exploitation à long terme. Les bases américaines de l'OTAN en Turquie sont un filon qu'une déstabilisation de la région n'est pas en droit de menacer ! b) Le conflit Israélo-palestinienA force de ménager la chèvre et le chou et de défendre en sous-main les intérêts d'une nation dont le lobby est dans toutes les coursives du pouvoir Américain, les Etats-Unis se retrouvent désormais prisonniers d'un conflit et d'une situation dont ils ne sont plus les maîtres. L'importance stratégique que représente l'Etat israélien en plein cur du monde arabe n'est plus à prouver. Aussi le fait de passer de l'ombre à la lumière sur le plan diplomatique s'est-il fait dans la douleur côté américain. La crédibilité des uns et des autres fut alors mise en cause, et même l'administration Clinton et son émissaire spéciale Madeleine Allbright, s'y sont cassées les dents. Aujourd'hui ? Le gouvernement Républicain n'est même plus capable d'imposer quoi que ce soit à ses pseudo vassaux de l'extérieur, Ariel Sharon en tête. Les Américains laissent pourrir la situation : faute de pouvoir la régler eux-mêmes, ils dénient ce droit à tout autre. De funestes perspectives en résultent c) L'Amérique du SudAprès avoir imposé jusqu'à ces dernières années encore, après les multiples interventions des années 70, ses pions aux plus hauts sommets des Etats, c'est par le biais du FMI et de ses directives qui ne souffrent pas la contestation, que les Etats-Unis gardent sous leur joug le continent sud-américain. Seulement voilà, à trop jouer avec le feu, la région risque une déstabilisation globale, aspirée par la crise argentine. L'indexation du peso sur le dollar était là une fameuse idée dont la moitié de la population argentine qui vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté est sans doute reconnaissante aux Américains ! Quant aux récents événements qui se produisent au Venezuela, il est permis de penser que la placide position d'attente américaine n'est que de façade, du fait de l'importance des enjeux économiques. Fort heureusement, un vent de révolte pourrait bientôt souffler dans le sillage du nouveau président brésilien Lula, que même les marchés et derrière eux les Américains, n'ont pu freiner dans sa course vers les hautes sphères du pouvoir. Quand le peuple ouvre les yeux d) L'après 11 septembrePas de localisation géographique précise pour cette lutte
sur toute la planète que les Etats-Unis ont déclarée
au terrorisme. Mais tout de même pas mal de questions sur le bien
fondé de ces interventions. Et l'Europe sur tous ces sujets ? Absente. En retrait des Américains dans un premier temps au Kosovo avant de s'insérer dans la force PRONU. A des années lumières de l'Amérique du Sud sinon par le biais de ces multinationales, en particulier dans la grande distribution, qui ont trouvé là-bas un marché plus que porteur. L'Afghanistan ? Les Américains envoyaient des bombes, nous des colis de la Croix Rouge. Sûr que les Afghans ont apprécié ! Quant au Proche-Orient, on y dépêche Javier Solana. Quelle est déjà sa dénomination protocolaire au sein de L'UE ? L'Europe ne sait actuellement pas quoi faire d'elle-même, et il est sûr qu'elle ne trouvera pas l'ébauche d'une réponse dans sa politique extérieure sur ces sujets et dans la vision qu'elle souhaite avoir des rapports globaux sur la planète, si tant est qu'elle en ait une. III. De l'expansionnisme à l'amibe On l'a vu, les Etats-Unis se sont octroyé le droit d'aller, avec
ou sans autorisation préalable, se mêler aux discussions
(si encore ce ne pouvait être que cela !) aux quatre coins de la
planète. Mais ceci ne saurait leur suffire : non contents d'avoir
la main mise sur certains Etats " amis ", il faut encore qu'ils
puissent contrôler de près ou de loin ceux qui ne peuvent
entrer directement dans leur domaine d'influence. Et quel meilleur vecteur
d'implantation que le marché, cette porte ouverte sur tous les
pays et surtout sur tous les consommateurs, car c'est ainsi que les Américains
nous voient, et que d'ailleurs ils se voient sans doute eux-mêmes.
Le marché qui paraît-il est le grand mot pour légitimer
la globalisation, plus connue chez nous sous le nom de mondialisation.
Le principe : abreuver les gens de produits standardisés et, à
grands coups de publicité, établir un monopole, qu'il soit
économique ou moral. IV. Quelle attitude adopter ? Voilà peut-être la vraie question. L'emprise Américaine
est aujourd'hui telle qu'elle draine dans son sillage tous les extrémismes.
Loin de nous l'idée de tomber dans ces travers, et précisons,
s'il en était besoin, que nous ne saurions assimiler les choix
effectués par certains dirigeants, qu'ils soient économiques
ou politiques, à une opinion publique qui est souvent elle-même
la première victime de ses hiérarques.
|
||||||||||||||||||