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La pertinence du non de Gauche reconnue

Ce texte est paru dans l’édition Sud-Ouest Dimanche du 15 octobre 2006 dans la rubrique « Courrier des lecteurs ».

L’éditorial de Bruno Dive intitulé « Les Trissotins de Francfort » paru dans l’édition Sud-Ouest du samedi 7 octobre 2006 se livrait à une analyse particulièrement pertinente de la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d’augmenter une nouvelle fois les taux d’intérêts d’un quart de point. Les critiques appuyées concernaient l’indépendance de la BCE à l’égard de tout contrôle du pouvoir politique, ainsi que son obsession quasi maladive à privilégier la lutte contre l’inflation en n’hésitant pas à reléguer au second plan la recherche de la croissance, la hausse des salaires, la lutte contre le chômage ou l’impulsion donné à l’investissement productif. Je partage sans la moindre réticence cette vision des choses.

Il s’agit en fait d’une reconnaissance a posteriori de la pertinence et de la validité des arguments utilisés par les partisans du non de gauche lors du référendum du 29 mai 2005. En effet, ceux-ci avaient construit leur campagne autour d’un double déficit, démocratique et social, que le statut et les missions de la BCE illustraient de manière éclatante.

La liaison faite par l’éditorialiste avec le traité de Maastricht est évidemment bienvenue. On pourrait même, pour plus d’exactitude, remonter au tournant libéral de 1983 pour aller aux racines de cette politique d’orthodoxie monétaire qui cumule déficit démocratique et déficit social. Cette analyse recoupe celle qu’une personne comme Jean-Pierre Chevènement effectue avec constance depuis plus de vingt ans, démissionnant du gouvernement en 1983, quittant le parti socialiste pour voter non au traité de Maastricht. Il avait bien perçu qu’aucune alternative de gauche ne serait possible tant que le carcan d’une politique d’orthodoxie aussi étroitement dogmatique (il est juste de rappeler que la réserve fédérale américaine fait preuve de bien plus de discernement et de souplesse en la matière) imposerait sa loi d’airain. La question de la BCE agit effectivement comme un verrou implacable.

Il convient de relever dans le même ordre d’idée le mérite de Laurent Fabius de l’avoir compris, certes après quelques errements passés (je parlerai davantage de courage et perspicacité éventuellement tardifs plutôt que d’opportunisme et d’insincérité). Cela est à mettre en parallèle avec l’embarras des autres prétendants socialistes à proposer une alternative construite en faveur des classes populaires (on se contente de formules vagues au final incantatoires faisant allusion à un ordre juste ou à une social-démocratie modernisée).

Le non de gauche s’en trouve par conséquent conforté, la cohérence de ses convictions validée par l’actualité. Juste retour des choses quand on sait que la grande majorité des médias et des élites s’étaient échinée, en pure perte, à le dénigrer…


Francis DASPE
Octobre 2006