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La lettre du mois de
l'AGAUREPS-Prométhée

 

Avril 2008

  • En finir avec l'hypocrisie des « sans étiquettes »

Et maintenant, Mesdames et Messieurs les « sans étiquette », dites-nous pour qui vous voterez aux sénatoriales !

Les dernières élections municipales se sont caractérisées par une multiplication des candidatures estampillées du label « sans étiquette ». Il ne s’agit pas pour autant d’une nouveauté, loin s’en faut. En effet, cela n’a fait en quelque sorte que renforcer, en la renouvelant notoirement, la vieille pratique des listes traditionnellement autoproclamées « apolitiques ».

Plusieurs éléments tangibles se sont habilement conjugués pour en remettre au goût du jour la mode. Pêle-mêle, nous pouvons citer, naturellement sans aucune prétention à l’exhaustivité, l’impact de l’ouverture sarkozyste que d’aucuns qualifient non sans arguments de débauchage, la pente enregistrée depuis plusieurs années déjà qui conduit à une désaffection croissante pour les débats idéologiques hâtivement jugés stériles, la relégation au second plan des enjeux sociaux au détriment de phénomènes davantage dans l’air du temps et plus porteurs d’un point de vue médiatique à l’image des préoccupations sociétales ou environnementalistes, la primauté (voire la tyrannie) des revendications individuelles (voire individualistes) quotidiennes, la déconnexion savamment orchestrée à des fins véritablement politiciennes entre les enjeux politiques à l’échelon national et les répercussions concrètes observables au niveau local, l’utilisation des compétences de la société civile parée de toutes les vertus pour mieux discréditer l’engagement militant qui possède néanmoins pour lui la constance, l’attirance intéressée pour le Modem ou plutôt pour ses électeurs.

Bien entendu, ces listes « sans étiquette » se présentent en de telles circonstances comme les dépositaires les plus habilités pour agir en faveur de la défense et de la promotion de l’intérêt général. Mais jamais dans une visée qui pourrait être taxée de honteusement électoraliste, jamais non plus pour parler plus prosaïquement pour de vulgaires places, et bien sûr toujours dans un louable souci de rassemblement et d’apaisement. La preuve irréfutable de ce désintéressement manifeste et touchant ? La signature d’un programme qui témoignerait indubitablement que c’est pour des idées, et uniquement pour des idées, que l’on daigne proposer dans ces circonstances ses services à la sagacité des électeurs. Un programme qui acterait des convergences entre des personnes d’horizons divers sur des questions naturellement consensuelles mais accommodées à toutes les sauces, comme par exemple la promesse de recourir davantage aux bienfaits de la démocratie participative, la prise en compte des impératifs liés à la question du développement durable, la valorisation des atouts touristiques de la commune ou encore la trouvaille du moyen le plus efficace pour préserver la propreté des rues et trottoirs de la cité. Au final, un programme a minima que l’on voudrait faire passer pour être en capacité d’impulser une dynamique novatrice et enthousiasmante.

            C’était jadis la vieille stratégie de la droite qui éprouvait quelques difficultés à s’assumer en tant que telle. Stratégie particulièrement efficace faut-il en convenir, puisqu’elle lui a permis de s’assurer jusqu’à ces jours une confortable majorité au Sénat. Pour l’opinion publique, il n’y avait cependant guère de doute : un candidat apolitique correspondait souvent à un élu de droite en puissance. Sans verser dans une caricature outrancière, comme un sous-marin potentiel de la droite. Pour être juste, il convient de noter que l’originalité de la démarche actuelle consiste certainement dans sa généralisation à d’autres composantes que la droite classique, y compris à de nombreux pans de la gauche. Un signe tangible sans nul doute du délitement idéologique de la gauche, au même titre d’ailleurs que l’appel enflammé lancé entre les deux tours à faire des listes communes avec le Modem, ainsi que de l’urgence qui est la sienne à élaborer un programme réellement alternatif, et non pas à singer dans un élan d’unanimisme inopportun la droite sur la méthode comme sur le contenu.

Mais quand il s’agira de voter aux sénatoriales, qu’en sera-t-il réellement ? La question mérite d’être posée avec clarté. La neutralité affichée ne tiendra plus et volera en éclat. Electrices et électrices, sachez que vous avez aussi voté en ce mois de mars, certes indirectement, pour les sénatoriales. Vous avez donné un double mandat à vos nouveaux élus : celui de diriger les municipalités, mais également celui de désigner une partie des parlementaires qui seront amenés à faire et à voter les lois qui régiront votre quotidien.

Par conséquent, vous êtes parfaitement en droit d’exiger de vos représentants une totale transparence et de savoir pour qui ils voteront aux échéances sénatoriales à venir. De votre côté, mesdames et messieurs les « sans étiquette », dites-nous maintenant à qui bénéficieront vos suffrages lors des prochaines sénatoriales. Au nom de la démocratie, de la transparence et de la capacité à assumer des convictions qu’il n’est aucunement question de remettre ici en cause. Si le vote (direct) est secret pour tous, il ne peut pas en être de même d’un vote indirect exprimé par l’entremise d’un mandant donné précédemment par des électeurs. Finissons-en une bonne fois pour toute avec cette fiction de l’apolitisme supposé des « sans étiquette » qui confine en définitive à l’hypocrisie la plus politicienne qui puisse être.

Pour pasticher la célèbre fable de la cigale et de la fourmi, maintenant que le candidat a passé son temps à proclamer inlassablement qu’il n’était d’aucun camp au cours de la campagne, que l’heureux élu nous fasse désormais part sans plus attendre et sans autre procédure du camp qui aura le bonheur d’enregistrer sa voix aux élections sénatoriales.

Francis DASPE
Mars 2008
  • Spécial Elections municipales et cantonales de mars 2008
    • Le bling-bang du blanc-bec

Parmi les critiques les plus cruelles envers la personne de N. Sarkozy, retenons celles de son propre camp, qui font porter le poids de cette Bérézina électorale sur le compte d’un comportement indigne mêlant provocations, irascibilité et lucre. De l’aveu même de ses supporters, ces détestables symptômes d’un mésusage de la fonction présidentielle seraient ainsi la cause première de cet échec. Arroseur arrosé, flambeur victime de ses propres turpitudes, la morale de l’histoire en appelle simplement à plus de modestie et de retenue pour conjurer le sort.

Trop simpliste sans doute, ce discours concocté par l’entourage présidentiel qui voudrait ignorer une dimension évidente de cette désaffection populaire ! La critique des urnes et des abstentionnistes n’exprime-t-elle pas d’abord  l’attente déçue des Français vis-à-vis de leur pouvoir d’achat et de la confiance trahie ? Orientée sur la critique  de l’action gouvernementale, l’interprétation du vote sanction dans un contexte d’abstention record, prend alors un tout autre sens.

Quand gouvernement, ministres et dirigeants de l’UMP n’ont de cesse de proclamer la nécessité d’accélérer les réformes anti-sociales et de décupler d’efforts pour que la politique gouvernementale se traduise dans la réalité, l’opposition demande au président de tenir compte de l’avertissement des Français. Sans mobilisation défensive, on peut pourtant craindre le pire malgré ce vote sanction. Il appartient à la gauche d’unir ses forces pour contester la logique néolibérale en œuvre et surtout tracer une nouvelle voie offrant au mouvement syndical et plus largement aux forces sociales la capacité de contrer patronat et gouvernement.  

Cette lutte sans merci pour la confiscation par le capital financier de la valeur ajoutée est autrement plus significative de la réalité que la dénonciation de cette façon d’être bling-bling. Le peuple à moins à craindre de cette posture de blanc-bec que de cette ambition des élites dirigeantes mondialisées de liquider notre modèle social en s’appuyant, s’il le faut, sur l’idéologie néo-conservatrice délégitimant les idées  rationalistes qui accompagnent l’esprit de Progrès.

Xavier DUMOULIN
17 / 03 / 2008  
http://sr07.unblog.fr
    • Une bonne nouvelle : Sarkozy et la droite affaiblis

Il s’agit d’un communiqué de presse du MARS/Gauche Républicaine consécutif au second tour des élections du 16 mars 2008.

Le MARS-Gauche Républicaine salue d’abord la bonne nouvelle : moins d’un an après  l’élection de Nicolas Sarkozy, la forte poussée de la gauche à ce  scrutin des municipales et cantonales vient de confirmer le rejet grandissant de sa politique par la population. Bonimenteur (talentueux), Nicolas Sarkozy avait vendu sa potion libérale en promettant en échange l’accroissement du pouvoir d’achat. Résultat : à l’exception des plus privilégiés des français qui ont profité des cadeaux fiscaux, les classes moyennes et populaires pâtissent d’une politique dont la crise monétaire américaine révèle encore davantage l’injustice. Non seulement la grande majorité des français voit son pouvoir d’achat régresser, n’a pas l’opportunité de  travailler davantage faute de… travail, mais en revanche voit concrètement voler en éclat ce qu’il reste de ses acquis et de sa protection sociale. Reste alors une façon « m’as-tu vu » et « fière à bras » de présider qui est perçue comme simple indécence. En accentuant la présidentialisation du régime, Nicolas Sarkozy se sera en plus enfermé dans un terrible piège : s’appropriant les réformes comme aucun Président ne le fit, il s’est du coup privé  de fusible, comme Juppé a pu l’être pour Chirac après le mouvement social de novembre 1995.

La victoire de la gauche est une bonne nouvelle parce qu’elle affaiblit Sarkozy et son gouvernement alors que le projet de poursuivre le démantèlement du pacte social et républicain reste d’actualité, comme l’a déclaré François Fillon dès dimanche soir. Ces élections ne peuvent que renforcer la mobilisation sociale face aux attaques annoncées, notamment sur le contrat de travail, les retraites, voire le service public de l'audiovisuel. La politique de Sarkozy peut être battue, ces élections le prouvent.

Affaiblir la Droite lors d’élections locales ne résout pas les problèmes de la Gauche

Avec une écrasante majorité dans les régions, des gains importants dans les départements et une majorité de villes de plus de 20 000 habitants, la gauche a les moyens non seulement d’offrir des cadres de résistance au Sarkozysme, mais aussi de préparer concrètement l’alternative. Pour cela faudrait-il encore que la gauche, dans toutes ses composantes, apparaisse comme capable d’offrir une véritable  alternative à la politique libérale de la majorité. On en est loin. La situation n’a de ce point de vue guère évolué depuis les Présidentielles.

Pas plus que le quasi grand chelem des Régionales 2004 ne le fut pour les Présidentielles de 2007, ces élections municipales et cantonales ne constituent en effet l’assurance de remporter les prochains scrutins nationaux. A l’issue de chacun des mandats d’un Jacques Chirac pourtant largement dévalorisé, la gauche a perdu en s’appuyant sur un programme toujours plus social-libéral. Or tout indique que la majorité du Parti Socialiste et de ses alliés n'est pas précisément en train de tourner le dos à cette tendance…

Malgré la prudence affichée par ses ténors, avertis par les déconvenues passées, cette victoire risque de persuader qu’il est urgent de ne rien changer. Seul comptant finalement le nom de celle ou de celui qui finira bien par les amener à la victoire, sans qu’il soit besoin d’examiner les échecs répétés d’une politique d’accompagnement du libéralisme. Pour continuer à dynamiser l’électorat de gauche lors des échéances nationales, mais aussi reconquérir ces larges pans des classes populaires qui, trop lourdement déçus par les politiques menées au nom de la gauche depuis 20 ans, se sont encore si fortement abstenus après avoir été, pour certains d’entre eux, jusqu’à voter précédemment à droite voire à l’extrême-droite, la gauche se doit au contraire de représenter de nouveau un projet alternatif et non s’endormir sur des lauriers qui se révéleraient bien éphémères. 

Un espace potentiel « à deux chiffres » pour la Gauche de transformation

Ceux qui, de la gauche du Parti Socialiste à l’extrême gauche, en passant par de nombreuses sensibilités organisées ou pas, dont évidemment le PCF, ne se résolvent pas à voir rééditer le mécanisme des défaites passées, ont plus que jamais la possibilité de changer la donne. La bonne tenue voire les gains de la gauche critique, mais aussi les excellents résultats de listes d’union de la gauche dès lors qu’elles se situaient sur une orientation clairement à gauche, démontrent en effet à l’envi que déplacer le centre de gravité de la gauche vers la gauche n’a rien d’illusoire. La résistance des municipalités dirigées par des maires communistes face aux tentations socialistes (rendue cependant ardue du fait que les socialistes ou écologistes qui ont choisi de se maintenir ont manifestement compté sur les électeurs de droite pour arbitrer ces duels « fratricides », parfois avec succès) et les quelques gains du PCF, les scores flatteurs, à son échelle, de la LCR et plus encore des listes unitaires de la gauche de transformation au premier tour, prouvent qu’il existe un espace électoral « à deux chiffres » pour une force qui apparaîtrait comme capable de proposer un projet alternatif à vocation majoritaire.

Mais faute de dynamique unitaire et de stratégie à la hauteur de ces possibilités, ces résultats sont essentiellement à ranger au rayon des promesses ou au mieux des signes de résistance. Certes intéressants, mais dépourvus, ne nous y trompons pas, de force propulsive à même de bouleverser la donne au plan national. On peut pourtant craindre que ces résultats ne confortent un statu quo basé sur une double illusion : celle d’un regain qui s’appuierait sur le maintien identitaire pour les uns, et la conviction pour les autres que les bons scores obtenus valident la stratégie d’un parti se désintéressant d’un débouché majoritaire dans les institutions. Il faudra alors se souvenir que faute d’une force capable d’occuper entièrement cet espace potentiel, il a davantage été question entre les deux tours d’alliance ou pas avec le Modem que du renforcement du camp de la transformation à gauche. Soit exactement l’inverse de ce qui se passe en Allemagne avec l’émergence de Die Linke.

Une nouvelle force reste plus que jamais nécessaire

L’échec de François Bayrou, et donc du Modem, que nous appelions de nos vœux en refusant toute alliance de ce type, va heureusement retarder la construction politique de centre-gauche qu’échafaudaient clairement certains des principaux dirigeants du Parti Socialiste, y compris entre les deux tours. Si, comme les grèves récentes, y compris dans le privé, semblent l’annoncer, la mobilisation sociale, relancée après cet échec de la droite, se renforce, la question d’un véritable débouché à la hauteur de cette attente sera posée encore plus nettement à gauche. Il appartiendra toujours alors à ceux qui, dans toute la gauche, conservent l’ambition à la fois de battre la droite et de porter un projet transformateur, de trouver les meilleurs moyens de concrétiser ce débouché.

Ces élections prouvent que c’est possible. Elles renforcent en tout cas notre mouvement dans sa certitude que la stratégie la plus efficace, la plus utile à la gauche et à notre peuple, est dans l’émergence à moyen terme d’une force de la gauche de transformation, seule à même de modifier réellement les rapports de force, et dont nul ne peut prétendre aujourd’hui être le centre unique. C’est à quoi le MARS-Gauche Républicaine, (également légèrement renforcé à son échelle par ces élections avec plus de 25 élus municipaux dont trois maires et un conseiller général en Seine et Marne), va continuer à œuvrer dans les mois à venir et à proposer, fraternellement, à tous ceux qui devraient naturellement contribuer à son émergence. 

MARS/Gauche Républicaine
17 / 03 / 2008
    • Les mauvais génies

Alain Duhamel peut bien recommander aux socialistes de faire bon usage de leur victoire en normalisant leur rapport à la social-démocratie européenne qui aurait su faire « cet exercice d’introspection nécessaire ». En dénonçant l’exception française A. Duhamel veut crever l’abcès entre « le «mollétisme qui règne, avec son dédoublement de personnalité entre idéologie pseudo-maximaliste et pratique nécessairement réaliste ». Le politologue vante cette politique franchement social-démocrate et assumée comme telle, c’est-à-dire à la fois sociale et pragmatique, mise en oeuvre dans les communes, les départements et les régions qu’il voudrait voir appliquer au niveau national au lieu de cette « politique ambiguë, rêvant de socialisme inédit, se résignant sans le dire à un socialisme gestionnaire ».

Cinquante premiers secrétaires fédéraux du P.S en appellent à leur tour à aller au-delà du socialisme municipal qui apporte « des réponses concrètes…  dans le domaine du logement, du cadre de vie, de la solidarité, de la scolarité ». Cet appel entend refuser ce Yalta entre la gauche (qui) serait cantonnée aux responsabilités locales tandis que la droite aurait en charge les affaires de l’Etat. Partisans d’une alternative politique crédible pour l’avenir, ces socialistes souhaitent une clarification et une rénovation : nouvelle déclaration de principes ; adaptation  des congrès au quinquennat avec deux congrès, l’un se tenant après les élections (présidentielle et législatives) ; l’autre précédant l’élection présidentielle suivante ; la définition d’une ligne politique claire ; la maîtrise de la procédure et du calendrier de désignation du candidat. On ne saura pas dans ce texte quelle autre politique est proposée et quel jeu d'alliances préconisé pour la mettre en oeuvre après les très imprudentes déclarations de Ségolène Royal à l’issue du premier tour de scrutin.

Jean Luc Mélenchon s’attaque frontalement à la perspective d’une alliance avec le Modem et met en pièce ces mauvais génies. S’appuyant sur une analyse serrée des récentes élections, il en conclue que :

- le Modem est inutile là où la gauche est sortante : Grenoble ou Montpellier, deux villes « laboratoires » de l’alliance socialiste avec le Modem. A Grenoble, la liste PS régresse de 51 % en 2001 à 48 % en 2008 et à Montpellier de 56,3 % à 51,88 %. A Lille, le second tour connaît une abstention record.

- le Modem n’apporte rien à la gauche face à la droite. A Marseille, Perpignan, Melun ou Briançon, l’alliance du PS avec le Modem entre les deux tours n’a donné aucune dynamique à la gauche contre la droite sortante. Autre constat. Les listes PS-Modem obtiennent souvent au second tour des scores plus faibles que l’addition de leurs scores du premier tour (Melun, Briançon, Alès, Brignolles).

- là où le Modem gagne, c’est contre la gauche.  Alliés à la droite, ses listes prennent Mont de Marsan et Saint Brieuc au PS. De même il conserve Arras, Biarritz, Epinay sur Seine et Talence en alliance avec la droite et contre la gauche.

A Saint Etienne et à Pau la gauche l'emporte dans des triangulaires où le Modem était présent. La gauche gagne aussi sans le Modem à Amiens, Strasbourg, Caen, Evreux où le parti de Bayrou n’avait donné aucune consigne de vote.

Jean Luc Mélenchon à qui nous empruntons l’ensemble de l’analyse peut dénoncer le mythe du Modem qui apparaît donc dans ces élections municipales sous sa vraie réalité politique : « un parti de droite avec lequel la gauche n’a rien à gagner ».

Xavier DUMOULIN
20 / 03 / 2008
http://sr07.unblog.fr
    • Quand la droite est conviée à départager la gauche…

La règle de la discipline républicaine à gauche a été plus souvent qu’à son tour battue en brèche à l’occasion de ces élections. Le principe en était pourtant clair : la candidat de gauche le moins bien placé se désiste automatiquement (avec ou sans fusion) en faveur du candidat arrivé en tête à l’issue du premier tour. Faute d’unité, la primaire à gauche se jouait uniquement lors du premier tour : les électeurs de gauche départageaient alors les postulants en établissant une hiérarchie des forces en présence à gauche.

On a pu constater à de nombreuses reprises que ce ne fut plus le cas. Le cas le plus médiatique mais aussi le plus symptomatique fut sans conteste celui de Montreuil qui vit Dominique Voynet, bien qu’arrivée en deuxième position avec un retard de 7 %, se maintenir au second tour contre le maire sortant apparenté communiste Jean-Pierre Brard. Résultat, Dominique Voynet l’a emporté au second tour grâce au concours des voix qui s’étaient portées sur les différents candidats de droite mais dont aucun n’avait pu dépasser la barre fatidique des 10 % pour pouvoir se maintenir (les trois listes de droite en présence totalisaient un peu moins de 20 %).

Nous parvenons de la sorte à une situation inédite et au final ubuesque : dans une ville où la droite est réduite à la portion congrue, c’est pourtant celle-ci qui s’est révélée décisive en faisant pencher la balance du côté de Dominique Voynet qui, il faut en convenir, ne doit certainement pas beaucoup effrayer l’électorat de droite. La droite de Montreuil a donc tranché : ce sera l’écologiste Dominique Voynet qui dirigera les destinées de la commune de Montreuil, et plus Jean-Pierre Brard. Et ce même si un plus grand nombre d’électeurs de gauche avait exprimé l’inverse à l’occasion du premier tour.

Positionner de cette façon la droite en situation d’arbitre des compétitions internes à la gauche n’est pas très élégant, et contraire à l’histoire de la gauche. En tout cas cela ne laisse présager rien de bon concernant l’élaboration d’une alternative crédible à la droite au pouvoir.

Francis DASPE
24 / 03 / 2008
    • Sauter comme un cabri sur sa chaise en criant « réforme, réforme ! »

Les élections municipales et cantonales viennent de livrer leur verdict : elles se sont soldées par une défaite cinglante pour la droite. Il n’y a pas le moindre doute possible sur la réalité d’un vote sanction à l’encontre du camp soutenant le gouvernement.
Pourtant, au mépris de tout bons sens, la droite s’échine dans un premier temps à minimiser l’ampleur de la défaite. Une autre stratégie a consisté à nier la réalité même du vote sanction aux motifs qu’il s’agissait d’élections locales à enjeux strictement locaux ou que l’abstention l’aurait davantage pénalisée. Mais l’argument le plus risible réside certainement dans le raisonnement suivant : si les électeurs français se sont détournés des candidats de droite, c’est qu’ils souhaitent en fait que le gouvernement aille plus vite, plus loin, plus fort dans les réformes !

Comme si l’ensemble des Français avait apprécié les cadeaux fiscaux en faveur des plus aisés, les franchises médicales, les projets conduisant à l’allongement de la durée de cotisation avant un départ en retraite à taux plein ou les modifications du code du travail… C’est véritablement une forme aggravée d’autisme ou alors se moquer purement et simplement de ses concitoyens ! La question ne situe pas au niveau du rythme des réformes ou de la pédagogie utilisée pour les expliquer, mais cela renvoie évidemment au contenu même des réformes. Quand à l’argument indiquant que les Français n’ont pu encore recueillir les fruits des réformes mises en place au cours des mois précédents, il est totalement fallacieux. Il vaut mieux d’ailleurs que les électeurs n’aient pas encore ressenti tous les effets des ces réformes foncièrement inégalitaires et socialement injustes, car il est peu probable que cela leur donne envie de voter à droite…

Il ne suffit pas de sauter comme un cabri sur sa chaise en criant « réforme, réforme ! » pour faire oublier le mécontentement de l’électorat français. Ce dernier a sanctionné sans ambiguïté des réformes qui contribuent à dégrader les conditions de vie quotidiennes de la population française.

Francis DASPE 
24 / 03 / 2008
    • Après la victoire des urnes, ne pas aller droit dans le mur…

Défaite de la droite ou victoire de la gauche ? Quelle interprétation qui soit la plus pertinente et en phase avec la réalité exprimée dans les urnes par les citoyens peut-on faire à l’occasion des élections municipales et cantonales de mars ? Incontestablement défaite de la droite qui s’explique à la fois par le désaveu de la politique menée par le président de la République et par la confusion entre le mode d’exercice du pouvoir et l’étalement plus ou moins consentant de sa vie privée.

Pour la gauche, la victoire reste simplement à portée de main : il lui faut dès à présent faire fructifier les résultats des urnes en élaborant un véritable projet de transformation qui représente une réelle alternative à celui porté l’an passé au cours des présidentielles par le candidat Nicolas Sarkozy. Sans cela, les gains de municipalités ou de conseils généraux n’auront été qu’un coup d’épée de plus dans l’eau. Et au vu des directions dans lesquelles semblent s’engager certaines composantes de la gauche, il y a incontestablement matière à éprouver quelques inquiétudes. Nous en retiendrons trois, représentatives de l’ensemble de l’arc politique de la gauche.

Le projet de création d’un « conseil des territoires » censé représenter les élus au sein du parti socialiste fait craindre le pire : on se contenterait d’alternances périodiques en repoussant toute tentative de construction d’alternative forcément plus exigeante en matière de réflexion et d’investissement aussi bien individuel que collectif. Certains propos de dirigeants socialistes sont à cet égard sans ambiguïté : « quitter les rives de l’idéologie pour celles du pragmatisme », « un formidable réducteur de postures en évitant des prises de position à contenu idéologique », « avoir les pieds sur terre pour empêcher de faire de la politique hors-sol » etc… Voudrait-on faire croire qu’il existe une opposition irréductible à l’intérieur du parti socialiste entre les élus et les militants ? Cet antagonisme là est bien évidemment purement factice : le seul clivage qui vaille sépare ceux qui travaillent à la promotion d’une alternative visant à la transformation sociale et ceux qui s’échinent à accompagner le libéralisme tout en essayant d’en limiter les dégâts les plus visibles. Ce conseil des territoires risque de se révéler à l’usage comme un moyen d’étouffer tout débat, processus, il faut le reconnaître, déjà fort avancé dans cette formation politique. Le parti socialiste ne souffre pas d’un excès d’idéologique, mais plutôt d’un abandon de plus en plus généralisé à un pragmatisme soumis aux impératifs de l’économie de marché.

A la LCR, les dernières nouvelles ne sont pas davantage rassurantes. L’annonce de la création d’un « grand parti anticapitaliste » autour … de la seule LCR ne pouvait guère inciter à un optimisme raisonné et raisonnable.  Mais voilà qu’à la LCR aucune tête ne doit désormais dépasser : toutes les énergies doivent être mobilisées dans l’optique exaltante de la construction de ce grand parti anticapitaliste ! Le chef de file de la minorité favorable à une ouverture à d’autres composantes de la gauche (le courant « Unir ») vient d’en faire l’amère expérience. Christian Picquet vient d’être purement et simplement licencié, même si dans un jargon euphémisant inimitable que le Medef ne renierait pas, la direction de la LCR parle de « dépermanentisation ». Pour une formation d’inspiration trotskyste qui s’est construite en réaction aux pratiques  staliniennes d’un autre temps, cela est particulièrement savoureux et invite naturellement à interroger !  

            Dans le même catégorie des vraies fausses solutions, nous situons la tentation renforcée en de nombreux endroits de l’accord privilégié avec les Verts. Il semble que ce soit la pente actuelle qui caractérise une majorité du parti socialiste. Il s’agirait pour le cas d’une nette réorientation programmatique, même si elle était déguisée au motif de la prise en considération de préoccupations majeures pour les générations à venir. Les Verts, outre de se révéler d’âpres et redoutables négociateurs de places, déplacent le centre de gravité de la gauche vers le centre (si ce n’est pas plus loin) sous un double aspect. En terme de contenu d’abord : leurs problématiques relèguent au second plan les réalités sociales par méconnaissance ou désintérêt de celles-ci. En terme de base sociologique ensuite : ce n’est nullement un cliché dénué de fondements que d’affirmer que les Verts répondent prioritairement aux aspirations de catégories sociales plutôt élevées symbolisées parfois jusqu’à la caricature par les bobos (bourgeois-bohèmes). Et si en fin de compte, pour faire court, le problème des Verts n’était pas tout bonnement le peuple ? Assurément fâcheux quand on a l’ambition de militer à gauche !

            Le succès obtenu dans les urnes par la gauche lui donne avant tout et essentiellement des devoirs : ceux de ne pas décevoir les espérances exprimées en faveur d’une alternative crédible. L’ignorer conduirait inévitablement à de cruelles désillusions. Les contresens ou fausses solutions du type de ceux que nous venons d’évoquer ne peuvent mener que dans le mur.

Francis DASPE
29 / 03 / 2008