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La lettre du mois de
l'AGAUREPS-Prométhée

 

Mars 2008

  • Vers la civilisation du désespoir

Hayat DHALFA et François COCQ sont candidats du MARS-Cauche Républicaine sur des listes de rassemblement de la Gauche à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et à Champigny-sur-Marne (Val de Marne). François COCQ est également président de l’AGAUREPS-Prométhée. 

Le 4 février, Xavier Darcos, Ministre de l'Education Nationale, se voyait remettre le rapport Pochard. Quatre jours plus tard, Nicolas Sarkozy présentait son plan banlieue. Difficile de ne pas faire le rapprochement entre deux « ambitions » qui en réalité, derrière le verbe, n’apportent aucune réponse concrète aux situations difficiles que connaissent les quartiers populaires. Pire, un pas de plus  a été fait pour les stigmatiser.

En tant que jeunes acteurs de ces quartiers, engagés aussi dans la vie publique pour y réimplanter l’égalité républicaine à laquelle nous avons droit, nous nous devons de dénoncer avec force la supercherie de cet énième projet.

Retrouvant les accents lyriques de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy nous avait promis un plan Marshall pour la banlieue. Le résultat est à la hauteur du Président de la République : là où les Américains affectaient 1% de leur PIB à la reconstruction de l’Europe, la France n’en sacrifierait pas le vingtième pour ses quartiers populaires ! Une fois de plus, l'argument fallacieux des caisses vides a bon dos, quand 15 milliards d'euros ont été distribués aux 10 % les plus riches il y a à peine six mois. Il est certain que c’est là une affaire de choix politiques. Et on voit bien dans quel sens vont ceux du Président.

Au delà, c'est l’ambition générale de son plan qu'il nous faut contester. On a beau défendre l’idéal républicain, nous ne pouvons nous satisfaire de l’idée simpliste que la méritocratie permettrait à elle seule de réhabiliter ces quartiers. De telles propositions induisent en effet que la vie des habitants des quartiers populaires relèverait d’un choix et qu’il ne tiendrait qu’à eux de s’en sortir. C’est bien connu si chômage il y a c’est la faute… des chômeurs, qui seraient autant de « glandouilleurs » ! Des propos de comptoirs au plus haut niveau de l’Etat qui évitent de dresser le constat d’une situation sociale dégradée et de la panne de l’ascenseur social. Résultat : la grande majorité des jeunes se voit une fois encore non seulement abandonnée, mais aussi mise à l’index et même spoliée de ce à quoi elle avait jusqu'ici droit. Car parallèlement à ce plan « anti-glandouille » les services publics continuent à baisser pavillon, victimes à la fois d’une politique de privatisation continue, et de suppression de postes. Et ce ne sont pas les 4000 policiers embauchés qui inverseront ce désengagement de l’Etat dans ces quartiers.

            L’hypocrisie est à son comble quand le meilleur plan « anti-glandouille » qui soit, l’Ecole, voit dans le même temps ses missions modifiées, ses moyens diminués, ses ambitions révisées à la baisse. A la rentrée 2008, ce seront près de 1400 postes d’enseignants qui seront supprimés en région parisienne. La disparition de 80 000 emplois est même programmée dans l’Education Nationale pour la période 2009 et 2012. Les Dotations Horaires Globales (DHG) pour assurer les enseignements l’an prochain qui arrivent actuellement dans les établissements sont drastiquement à la baisse. Conséquences immédiates : suppression d’options, de modules, groupes de langue à 35 élèves, dégradation de la qualité des enseignements...

Cette politique globale d’éducation, déclinée au niveau des établissements des quartiers populaires, se traduira à la rentrée prochaine par une diminution du nombre d’heures par élève dans les zones d’éducation prioritaire (ZEP) ! Par souci d’économies, les bacs professionnels s’effectueront en trois ans et non plus quatre, au détriment bien sûr des enseignements. Les horaires élèves pourront également à terme être définis en partie localement, ce qui conduira à réduire l’enseignement dans les quartiers populaire au seul socle commun de connaissance. Une éducation au rabais en somme, qui limitera encore plus les possibilités de s’émanciper et de s’extraire de sa condition. En d’autres temps, certains auraient appelé cela une politique de classe. En tous les cas bien éloignée de la mission d’une Education Nationale.

Dans la même logique hypocrite, le Président prévoit dans son plan des aides pour les créations d’entreprises, laissant à penser que c’est là l’horizon le plus réaliste pour les jeunes des quartiers populaires.  Il s’agit surtout d’un moyen habile pour éviter de poser la question du statut du salarié, dans un contexte où la part des salaires diminue au profit du capital. Car ce sont justement la dégradation du pouvoir d’achat, le chômage, la précarité qui touchent de plein fouet cette jeunesse et expliquent en priorité les problèmes des quartiers. Autant de terrains propices à toutes les formes d’exclusion, sociales et raciales notamment, que l’on y rencontre plus encore qu'ailleurs.

Pour masquer sa volonté de déconstruire le lien social et de mettre au pas les quartiers populaires, Nicolas Sarkozy et son gouvernement affichent l’écran de fumée d’un plan qui mise sur la responsabilité individuelle faute de moyens financiers. Celui-ci ne résiste pourtant pas au constat du terrain. La banlieue ne saurait être l’alibi à l'affermissement de sa vision libérale des choses. Si ces quartiers doivent relever de choix politiques, ceux-ci doivent promouvoir l’égalité, l’émancipation, la sécurité, la capacité à vivre ensemble au travers d'une laïcité réaffirmée. Car ce sont les seuls viables pour leurs habitants.

François COCQ, Hayat DHALFA
Février 2008
  • Connaissez-vous ceux qui décident à notre place ? Réflexions autour du libéralisme

Certes, chacun a entendu parler de la Commission européenne, de l’OMC, du FMI …, puisque ces institutions, qui nous imposent (avec l’argent du contribuable) leurs lois et le libéralisme à tout crin, ont pignon sur rue. Mais combien connaissent les véritables décideurs du monde ? Ces personnalités influentes qui ont leurs grandes entrées auprès de Bush, auprès de Pascal Lamy, directeur de l’OMC, auprès de Strauss-Kahn, le nouveau Président du F.M.I. ou du Président de la Commission européenne, et qui ont, tous, intérêt à voir la religion (re)prendre un rôle majeur pour asseoir leur pouvoir ? Je vous en citerai deux, d’abord le Forum économique mondial de Davos, puis le groupe de Bilderberg.

Déclaration du Forum économique mondial de Davos (WEF, World Economic Forum) : c’est « une rencontre d’hommes politiques et de chefs d’entreprise qui a pour objectif de fournir un environnement de collaboration aux plus puissants de ce monde, dans le but d’améliorer la situation économique ». Rien de caché, mais un objectif qui devrait faire hurler : ainsi, les hommes politiques, issus, au moins dans les démocraties occidentales, du suffrage populaire, avec l’objectif de construire une société propre à faire vivre le mieux du monde les citoyens de leurs pays, prennent leurs ordres des multinationales …

Créé en 1970 par quelques patrons d’entreprise pour trouver une réponse européenne aux défis de l’internationalisation des économies, il s’est peu à peu à peu élargi pour devenir un club planétaire de décideurs qui a même créé en 1998 un partenariat avec l’ONU pour permettre l’implication des entreprises dans la résolution des problèmes qui affectent la planète ; c’est pourquoi, en plus de l’objectif affiché de promouvoir la mondialisation et la gestion libérale des économies, le WEF s’affiche soucieux de lutter contre la pauvreté, les discriminations ou les guerres … Evidemment, le rapport annuel du WEF sur la compétitivité des Etats, avec satisfecit, recommandations et critiques est très lu et mis en application par nos dirigeants nationaux, européens et internationaux : libre circulation des capitaux, ouverture des frontières, stabilité des prix …

Quant au groupe de Bilderberg, il est encore moins connu. Et pourtant, son pouvoir est énorme. A l’instar du forum économique mondial de Davos, il s’agit d’un réseau d’influence qui, peu à peu, se transforme en une sorte de gouvernement mondial occulte mais actif, qui use de pouvoirs économiques, financiers et politiques. Fondé en 1954, et financé alors par Unilever et la CIA, le groupe Bilderberg était une organisation d’influence atlantiste dont le but officiel était d’assurer secrètement la coopération entre les États-Unis et les gouvernements d’Europe occidentale.

Comment s’étonner que la Commission européenne soit très liée à ce système d’influences ? Il rassemble 4 jours par an environ 130 personnalités, dans le plus grand secret, interdiction étant faite aux participants de prendre des notes et de laisser filtrer quoi que ce soit des rencontres. Les participants (et membres) sont issus des secteurs clé de tous les pays (économie, finances, politique, médias…). On y trouve, pour la France, le gratin de la finance et de l’entreprise, par exemple les présidents ou anciens présidents de France Telecom, d’EADS, d’AXA, Paribas, Danone... celui de Trichet, de V. Giscard d’Estaing, de Copé, Villepin ou encore de Pascal Lamy, ce cher directeur de l’OMC, qui fut Membre de l’Institute for East West Studies jusqu’en 1995 (dont le président d’honneur est G. Bush père) chef de cabinet de J. Delors de 1984 à 1994 et qui est membre de A gauche en Europe, l’association fondée par Rocard et Strauss-Kahn !

Leurs décisions : elles concernent chaque habitant de la planète, puisqu’ils s’occupent aussi bien de la croissance, de guerres (il n’est pas impossible que celle d’Irak soit de leur fait), de crises boursières, ou d’alternances politiques. Les décisions du groupe de Bilderberg sont ensuite répertoriées au G8, à l’OMC, auprès de la Commission européenne, ou simplement aux gouvernements des différents pays. Pour mémoire (et réflexion) la réunion 2006 a été consacrée aux relations euro-américaines, mais aussi à l’énergie, la Russie, l’Iran, le Moyen-Orient, l’Asie, le terrorisme et l’immigration et celle de 2007 au web et aux médias mais également à l’entrée accélérée de la Turquie dans l’Union Européenne (coïncidence ? non seulement l’hostilité de Sarkozy à l’entrée de la Turquie dans l’Europe a disparu mais le peuple français n’aura plus à se prononcer dessus par referendum)

Bien évidemment, il n’est pas question de dédouaner les Etats de leurs responsabilités, ce sont eux qui ont créé OMC, FMI, U.E, etc. Les chefs d’Etat et de gouvernement sont responsables tout comme les Parlements nationaux qui ont accepté, peu à peu, de se voir réduits à des chambres d’enregistrement des desideratas des élites mondialisées ; certes, les groupes occultes dont il a été question ne font qu’appliquer à l’ensemble de la planète le Consensus de Washington ; instauré en 1989 d’après les préconisations de l’économiste John Williamson, il donnait la liste des dix prescriptions économiques recommandées aux pays dont les économies étaient en difficulté pour qu’ils retrouvent la croissance : réduction des déficits, peu d’impôts, libéralisation du commerce et des marchés financiers, abolition des barrières douanières, privatisations et déréglementations, réduction des déficits et des impôts … recettes qui ont largement inspiré le Traité de Maastricht et qu’on retrouve dans le Traité de Lisbonne, malgré les premiers coups de canif dans le contrat.

En effet, en mai 2007, le Rapport mondial sur le développement de la Banque Mondiale a fait machine arrière, jugeant que l’intervention de l’Etat dans les pays pauvres était nécessaire, notamment pour « encadrer et soutenir la paysannerie », reprenant les conclusions de Joseph Stiglitz, vice-président de la Banque Mondiale qui en a démissionné en 2000 et qui a montré en 2003 dans son livre La grande illusion comment le consensus de Washington a produit l’effet inverse de ses objectifs, en causant un enrichissement accru pour le Nord et des difficultés pour le Sud : « Lorsqu’un pays s’est trouvé en crise, non seulement les fonds et les prescriptions du FMI n’ont pas réussi à stabiliser sa situation mais, dans bien des cas, ils l’ont dégradée, en particulier pour les pauvres ».

Bref, jusqu’à présent, les recettes qu’on nous annonce comme indiscutables n’apportent que des échecs, dans les pays du Sud comme dans ceux du Nord : en Europe, par exemple, nous avons vu disparaître nos infrastructures et notre politique industrielle alors que les délocalisations se développent et que les inégalités de revenus ont augmenté de façon exponentielle tandis que dans les pays en voie de développement les aliments de base, l’eau et le lait se sont raréfiés et ont vu leurs prix augmenter. Est-ce un hasard, d’ailleurs, si le FMI est en difficulté financière ? Ses débiteurs remboursent à qui mieux mieux pour emprunter ailleurs sans être obligés d’appliquer ses directives calquées sur celles qu’on vient d’évoquer.

Christine TASIN http://christinetasin.over-blog.fr
Janvier 2008