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La lettre du mois de
l'AGAUREPS-Prométhée

 

Avril 2007

  • Battre la droite pour mieux refonder la gauche

Marc DOLEZ est député du parti socialiste (PS) du Nord et animateur de Forces Militantes. Ce texte est diffusé dans la Lettre du mois de l’AGAUREPS-Prométhée avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Avec environ 35% des intentions de vote au premier tour, son plus bas niveau depuis 1969, la gauche est en passe, une fois encore, de perdre l’élection présidentielle.
Et pourtant elle devrait s’imposer sans coup férir, au regard du rejet massif de la politique de la droite, à plusieurs reprises depuis 2002, tant dans les urnes que dans la rue. Et pourtant, face au danger Sarkozy, elle devrait rassembler tous les républicains attachés au modèle social français issu de la Résistance, inquiets de l’ultralibéralisme, du communautarisme et de l’atlantisme du ministre de l’intérieur.
Pourquoi alors un tel décalage avec la volonté du peuple et un tel décrochage avec le mouvement social ?

A l’évidence, le débat avec la droite n’est pas suffisamment frontal et la ligne de démarcation trop souvent franchie avec l’emprunt d’idées au camp adverse, d’où une grande confusion politique qui fait actuellement le lit de l’illusion centriste. En vérité, la présidentielle s’apparente désormais plus à une compétition de  personnalités qu’à une confrontation de projets politiques.
L’image prime sur les idées et les valeurs, le destin personnel sur l’ambition collective, le court terme sur la préparation du futur. C’est le triomphe, mortifère pour la gauche, d’un marketing politique qu’elle devrait récuser au lieu de s’y couler. C’est l’américanisation de notre vie politique, considérablement amplifiée par l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, d’ailleurs voulues en leur temps par la gauche elle-même !
Pour l’avenir même de la République et de la démocratie, le moment est vraiment venu de s’interroger sur le principe de l’élection du président de la République au suffrage universel, porte ouverte au populisme et à toutes les aventures. Continuer à faire l’impasse sur le sujet pourrait un jour se payer très cher.       

Plus fondamentalement encore, l’état actuel de la gauche résulte pour beaucoup de la profonde crise d’identité qui la secoue et affecte particulièrement le Parti Socialiste depuis qu’au pouvoir il s’est avoué  impuissant face aux lois du marché. La leçon du 21 avril 2002, terrible sanction de cette impuissance politique, n’a  pas été tirée, comme le « oui » au projet libéral de constitution européenne l’a confirmé. S’y ajoutent, consternant constat, la division et l’émiettement des forces de gauche qui ont assuré la victoire du Non, privant pour le moment le vote fondateur du 29 mai 2005 de toute perspective politique.
La gauche va  mal. Toute la gauche.     Il serait vain de le nier sous prétexte de prochaines consultations électorales car, dans tous les cas de figure, sa refondation s’impose. L’affirmer maintenant n’est en rien démobilisateur pour le scrutin à venir ; au contraire, cette perspective crédibilise davantage encore la nécessité de battre tout de suite la droite.

3 conditions, 3 engagements

Non, la défaite de la gauche n’est pas inéluctable car celle-ci dispose de réserves importantes qui, faute de discerner une alternative antilibérale, sont indécises et hésitantes. Il est encore temps de les mobiliser.
C’est évidemment au Parti Socialiste et à sa candidate, seule en mesure de représenter la gauche au second tour, qu’il appartient pour l’essentiel de créer les conditions de la mobilisation et du rassemblement de toute la gauche.

Il y en a principalement trois, sachant que l’appel à battre Sarkozy pour indispensable qu’il soit n’est guère suffisant, comme le démontrent les enquêtes d’opinion :
- Renouer avec le combat frontal contre la droite, projet contre projet. Pour la gauche, la présidentielle est avant tout un débat de fond sur le choix de société et non « un lien direct entre le peuple et une personnalité », comme l’a malencontreusement affirmé la candidate. L’oublier est une faute majeure.
- Ecarter irrémédiablement toute hypothèse de gouvernement ou d’alliance avec l’UDF. Cette clarification est d’autant plus urgente que certaines voix parmi les plus autorisées l’évoquent sans détour. Un tel scénario signifierait la remise en cause de la stratégie d’union de la gauche et l’implosion du Parti d’Epinay.
- Placer la question sociale au cœur de la campagne, en s’adressant aux salariés et à la jeunesse, à tous ceux qui, plongés dans la pauvreté, la précarité et la peur du lendemain, souffrent durement de l’implacable et cynique logique financière du capitalisme. L’urgence sociale exige des mesures concrètes et d’application immédiate pour revaloriser le pouvoir d’achat, assurer à chacun le droit à l’emploi, au logement, à l’éducation, à la santé. Mettons les en débat sans plus tarder.
Engageons nous, sans faux-fuyants, sur la généralisation des 35 heures et la garantie de la retraite à 60 ans. Expliquons précisément comment nous nous opposerons aux licenciements boursiers et lutterons contre les délocalisations. Renforçons le rôle irremplaçable et les prérogatives de l’Etat, seul garant de l’égalité républicaine.

Plutôt que d’appeler au vote utile, qui ne favorise pas la diversité  indispensable au rassemblement, mieux vaut expliquer ce qui changerait vraiment avec une présidence socialiste.
Dans cet esprit et au-delà du désaccord avec le « pacte présidentiel », trois engagements de la candidate seraient particulièrement révélateurs du sens que la gauche, revenue aux responsabilités, donnerait à son action : 
- Abrogation de toutes les lois antisociales et liberticides de la droite, à commencer par la loi Fillon sur les retraites, et ainsi clairement afficher l’impossibilité de facilement s’en accommoder, comme cela a été le cas dans le passé.
- Refus absolu du diktat européen  sur la libéralisation de l’électricité et la libéralisation de l’ensemble du secteur postal, et ainsi affirmer la volonté de la gauche de mener sa politique, y compris contre Bruxelles.
- Renforcement  réel des pouvoirs d’une Assemblée Nationale à élire à la  proportionnelle, le plus vite possible sans attendre 2012, et ainsi rendre le pouvoir aux représentants du peuple.

Dans ces conditions, la victoire à la présidentielle deviendrait possible. Sur ces bases, la refondation de la gauche s’engagerait favorablement.

Retrouver l’authenticité socialiste

Souhaiter ardemment la victoire de son camp n’interdit pas la lucidité : la gauche est à refonder. « L’ordre juste » n’a évidemment rien à voir avec la lutte des classes ou un socialisme réformiste, pas plus que la démocratie d’opinion  avec la démocratie militante ou le « New Labour » de Tony Blair avec le Parti de Jaurès et de Mitterrand.
Une page se tourne. L’avenir du Socialisme est en jeu en France comme en Europe où, après  plusieurs électrochocs au cours du XXe siècle, la social-démocratie a perdu ses principaux repères, ses « défenses immunitaires » pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu.
Cette fragilité résulte de sa conversion au libéralisme économique et de son incapacité, après la chute du mur de Berlin, à définir un projet alternatif de transformation sociale. En France, depuis le tournant libéral de 1983, la question est posée au Parti Socialiste : inscrit-il toujours son action dans le but de la transformation vers un autre mode d’organisation sociale ou considère t’il le capitalisme comme « l’horizon indépassable » ? Ou, autrement dit, qu’est-ce qu’être Socialiste aujourd’hui ?

« Celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi,…avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut pas être adhérent du Parti Socialiste ». La réponse de François Mitterrand, au congrès d’Epinay en 1971, fait écho à celle de Jaurès, dans son célèbre discours sur « les deux méthodes » en 1900: « Le Parti Socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste, c’est-à-dire que tous nos actes…doivent être dirigés vers la suppression la plus rapide possible de l’iniquité capitaliste ».
Le monde a beaucoup changé, mais pas l’exploitation de l’homme qui s’est même enrichie de moyens modernes massivement plus efficaces. En ce début de siècle, le Socialisme reste cette idée neuve pour la justice sociale, l’égalité entre les hommes et la libération des peuples. C’est la conviction de nombreux militants, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parti Socialiste, qui ne se résignent pas à la faiblesse et à l’impuissance actuelles de la gauche.

Au renoncement et à la soumission, ils entendent toujours opposer le volontarisme politique, la transformation sociale et un véritable internationalisme ; à l’obscurantisme et aux intégrismes de tous poils, le progrès et la laïcité. Face au libéralisme sous toutes ses formes, ils veulent porter un projet de société, fidèle aux idéaux de la gauche et aux valeurs de la République, adapté aux évolutions sociales, économiques et environnementales de notre temps.
C’est le sens de la refondation socialiste à engager, qu’elle que soit l’issue de la présidentielle, pour redonner toutes ses couleurs à la gauche. La perspective est enthousiasmante. Elle suppose cependant que tous ceux qui la partagent puissent enfin et rapidement se retrouver.

Marc DOLEZ  19 / 03 / 2007 
 

  • Un impôt plus juste serait archaïque ?

Cet article est paru dans la rubrique « Courrier des lecteurs » de l’édition  Sud-Ouest Dimanche du 21 janvier 2007.

Depuis 2002, le total des prélèvements obligatoires a augmenté, pendant que l’impôt sur le revenu baissait, suite aux réformes fiscales de la droite. Ce qui veut dire que la contribution s’est déplacée des plus riches vers les plus pauvres. Autrement dit, les français les moins aisés ont financé les baisses d'impôt sur le revenu des plus aisés (70% des déductions ont profité aux 10% des foyers les plus riches d'après la Cour des comptes).
« Modernité » selon le gouvernement. La semaine dernière, François Hollande a parlé d’un juste rééquilibrage de la contribution vers les plus aisés, en l’occurrence les revenus par personne supérieurs à 4000 euros nets par mois après impôts, soit entre 1 et 2% de la population ! « Archaïsme » selon le gouvernement. En faisant croire en plus qu’il s’agissait des classes moyennes.
Quelle désinformation ! Et quel décalage avec le pays. 50% des personnes seules touchent moins de 1182 euros nets par mois. 7 millions de personnes vivent avec moins de 788 euros par mois. A l’inverse, une famille qui touche 4129 euros nets par mois fait partie des 10 % des ménages les plus riches (4030 euros sans enfant, 5392 euros avec 2 enfants) , et 10% de la population détient 25% des revenus (chiffres INSEE). Tout ça sans compter les revenus du patrimoine qui accentuent encore les écarts.
L’impôt sur le revenu, progressif, a une fonction essentielle de correction des inégalités. Il est l’impôt le plus juste. Le seul. Et pourtant le plus maltraité, tellement la démagogie politique a pris l’habitude de flatter les pulsions individualistes et le porte-monnaie des électeurs, car beaucoup acceptent volontiers un bon salaire mais pas l’impôt qui va avec. L’archaïsme est de le réduire et non de le renforcer.

Vincent MAROT  17 / 01 / 2007

 

  • Face aux tentatives de pression venues de Madrid, tous les candidats à la Présidentielle doivent clairement annoncer  qu'ils respecteront le suffrage universel 

Il s’agit d’un communiqué du MARS (Mouvement pour Alternative Républicaine et Sociale) et de la Gauche Républicaine.

Après les déclarations de Mme Merkel sur la relance du processus constitutionnel européen pendant la période de la présidence allemande, la réunion des dix-huit représentants des états qui ont accepté le projet de constitution  illustre la pression mise de nouveau sur les deux peuples qui ont eu l’outrecuidance de le refuser. Pour preuve, la conclusion de cette réunion qui appelle les pays qui ont rejeté la constitution à travailler à un accord sur un texte qui préserverait « sa substance et son équilibre ». La volonté de refuser un « accord minimal » rejette même les illusions de ceux qui espéraient relancer la constitution à partir d’un compromis sur la seule partie institutionnelle.  On peut d’ailleurs regretter la mollesse de la réaction française à cette réunion « fractionnelle » plutôt rare dans l’histoire de la construction européenne. M. Chirac aurait été bien inspiré de défendre plus fortement le choix démocratique de ses concitoyens en faisant par exemple remarquer que sur les dix-huit pays, seuls deux (l’Espagne et le Luxembourg) avait choisi la voie du référendum, tant la confiance dans ce qu’aurait été le choix de leur propre peuple était grande…  Nul n’ignore que si le mode d’adoption parlementaire avait été préféré en France, celle-ci serait dans le « camp » du oui. Il n’en a heureusement rien été.

Au-delà, la date de cette offensive à quelques mois de l’élection présidentielle en France, ne doit  rien au hasard. Le but recherché est toujours de faire rentrer dans le rang hollandais et français et d’éviter toute contagion. Et le silence ou les déclarations ambiguës et parfois contradictoires sur cette question des candidats « principaux » ne lassent pas d’inquiéter quand jamais nos gouvernants n’ont clairement annoncé qu’ils respecteraient le suffrage universel en refusant définitivement que la France signe le TCE, remanié ou pas. Le Mars et la Gauche Républicaine seront particulièrement vigilants sur les réponses faites par les différents candidats à cette question essentielle.

On pourrait également espérer que face à cette menace rappelée par la réunion de Madrid, les tenants du non de gauche reviennent à la raison en présentant un seul candidat à l’élection présidentielle pour être mieux à même de peser dans le sens de notre choix antilibéral. On peut au moins souhaiter que tous se rappellent que les adversaires ne sont pas parmi eux.

Eric COQUEREL, Pierre CARASSUS  28 / 01 / 2007

 

  • L’appartenance à une classe sociale au dessus  de la religion

Ce texte correspond à un échange par e-mail dans le cadre d’un débat contradictoire.

Il faut arrêter de confondre antireligieux et anticlérical. Le cléricalisme, c'est l'utilisation politique du religieux et imposer à l'ensemble de la société ses conceptions religieuses (par exemple interdiction de changer de religion, de devenir athée et pouvoir l'affirmer publiquement en mangeant, par exemple, à une terrasse lors du ramadan). C'est parce qu'il n'y a pas eu de combat anticlérical aux USA que les néo-conservateurs chrétiens ont triomphé. Les néo-conservateurs islamiques dominent l'Iran (théocratie) et l'Arabie Saoudite.  Pour ma part je pense que quelqu'un se définit par son appartenance à une classe, à un peuple et en aucune manière à une religion.
Est-il possible de dialoguer avec quelqu'un qui a la vérité divine? A une époque les communistes « staliniens » accusaient les personnes qui émettaient des critiques sur le socialisme réel d'anticommunisme et fabriquaient alors de nombreux anticommunistes. Je crains qu'il en soit de même avec l'utilisation de ce terme et concept d'islamophobie. C'est pour cela que je fais mienne cette devise « Prolétaires de tous pays et peuples opprimés, unissez-vous ». C'est la condition sociale et non la religion qui est le socle de l'unité.
Je pense qu'il existe des valeurs universelles qui sont défendues par des militants dans toutes les civilisations. Il n'y a pas que Bush qui entend Dieu. Moi aussi j'ai des amis prêtres-ouvriers et j'ai laissé de nombreux amis musulmans ou d'origine musulmane en Algérie. Les libres-penseurs qui vivent dans les pays musulmans (religion d'état) ont besoin de notre aide.

Jacques DELAVEAU  26 / 01 / 2007

 

  • « Pourquoi nous consentons à l’impôt »

Il s’agit d’une pétition faisant suite à un appel lancé à l’initiative du mensuel « Alternatives Economiques ». Cet appel qui fait consensus sur la fonction attribuée à l’impôt fait débat au contraire sur le rôle laissé au marché dans le fonctionnement de l’économie.

Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.
L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.

Transmis par Vincent MAROT  09 / 02 / 2007

  • Confusion ou récupération à propos de la « grande coalition » en Allemagne ?

            Dans le déroulement de cette campagne des présidentielles, on se réfère facilement aux prétendus modèles étrangers. C’est le cas de ce qui s’est passé en Allemagne avec la mise place l’an dernier d’une « grande coalition » rassemblant dans un même gouvernement les deux principaux partis politiques d’outre-Rhin, les sociaux-démocrates du SPD et les démocrates-chrétiens de la CDU-CSU.
Certains, voulant occulter la réalité des clivages idéologiques structurant la vie politique française, voudraient éventuellement transposer cette formule chez nous. C’est le cas notamment de François Bayrou. L’argument s’appuie sur un soi-disant rejet de la part de nos concitoyens du clivage entre la droite et la gauche. Ce qui est en réalité inexact, car ce n’est pas parce que le libéralisme triomphant a effectivement conduit à une atténuation des différences existant entre ces deux camps dans l’exercice de responsabilités gouvernementales que nos compatriotes considèrent que ce clivage doive rester définitivement invalide.

            Il est également avancé que les électeurs allemands, dans leur sagesse, auraient voulu, en les y forçant, que les représentants des deux grandes formations politiques s’entendent à gouverner ensemble. Cette présentation des faits ne correspond pas à la réalité : celle-ci est outrageusement travestie, on ne sait pas trop si c’est par confusion candide ou récupération purement politicienne. La « grande coalition » à l’allemande résulte au contraire d’un double rejet de l’électorat exprimé de manière concomitante (c’est dans la concomitance que réside en fait la particularité de la situation allemande, car habituellement la non concomitance de ces rejets successifs ouvraient la voie à l’alternance).
Un nombre insuffisant d’électeurs voulait que les sociaux-démocrates de Schröder continuent à gouverner, un nombre trop restreint d’électeurs souhaitaient l’arrivée au pouvoir dans le cadre de l’alternance des démocrates-chrétiens de Merkel. En aucun cas, une majorité d’Allemands n’a voulu ce gouvernement de « grande coalition » qui s’est en fait imposé par défaut. Ce dernier n’est en aucune manière le produit d’une volonté clairement affirmée des électeurs allemands.
            Faire croire le contraire constitue une simple stratégie intéressée qui reprend à son compte sous une forme à peine déguisée les ressorts de l’ancien apolitisme. Le but est de mettre en sourdine le débat idéologique de fond qui plus que jamais est nécessaire à la vitalité du débat politique. Un vote de double rejet n’a jamais signifié un vote d’adhésion, qui plus est à l’ensemble constitué par les deux parties ainsi désavouées dans les urnes !

Francis DASPE  26 / 02 / 2007

  • Réflexions sur la notion de génocide

            L’arrêt rendu par la Cour internationale de justice indiquant que la Serbie ne pouvait être accusée de génocide pour les massacres de musulmans en Bosnie, notamment dans l’enclave de Srebrenica, a relancé le débat sur la notion juridique de génocide.
            La notion de génocide est apparue dans le droit pénal international au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle constitue le niveau le plus élevé des crimes contre l’humanité que les atrocités nazies et japonaises avaient rendues mis en exergue. La définition qui en est donnée suppose « l’intention de détruire en tout ou partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Elle coïncidait parfaitement avec l’extermination systématique des Juifs réalisée à grande échelle par les nazis.

A posteriori des événements, nombreux sont les historiens à considérer que les massacres et les déportations d’Arméniens par l’empire ottoman au cours de la première guerre mondiale relèvent également de la catégorie du génocide. Le seul génocide qui ait été reconnu comme tel au cours de la seconde moitié du XX° siècle furent les massacres en 1994 au Rwanda d’environ 800 000 Tutsis effectués en quelques semaines seulement par les extrémistes Hutus.
            Outre les événements de Bosnie, un autre massacre n’a pas reçu la qualification de génocide par la communauté internationale. Il s’agit des horreurs perpétrées par les khmers rouges au Cambodge. Les victimes cambodgiennes avaient en effet succombées sous les coups de compatriotes cambodgiens pour des motifs d’opinion politique présumée ou d’origine sociale. Les motivations d’ordre ethnique ou religieux y étaient absentes.
En ce qui concerne la guerre de Bosnie, le cas est notoirement plus complexe. Les massacres de Srebrenica en juillet 1995 ont été considérés comme un génocide, même si le fait d’avoir épargné lors de la reddition de la ville les femmes et les enfants indiquait l’absence d’intention d’élimination systématique des Bosniaques musulmans. Les massacres des hommes prisonniers auraient pu alors correspondre au seul crime de guerre. Les autres massacres au cours de cette guerre de Bosnie à partir de 1993 n’ont pas été reconnus comme un génocide. 

            Le risque d’utiliser de manière indue la notion de génocide existe. Cela est cependant parfois nécessaire si l’on veut alarmer et sensibiliser les opinions publiques devant des catastrophes en gestation afin de les inciter à réagir à temps. C’est par exemple le cas du Darfour au Soudan pour qui la question de génocide se pose sans aucune exagération.
La confusion est pourtant facilement compréhensible. Elle résulte du fait que tous les crimes contre l’humanité sont absolument horribles et choquants. Mais tous ne relèvent pas pour autant de la notion de génocide. Le danger de banaliser, et donc de galvauder, le crime de génocide est bien réel. Ce serait une très mauvaise chose, même si cela ne doit pas atténuer la condamnation de tels actes de barbarie.

Thierry DONGUAT  02 / 03 / 2007

  • L’enseignement de la langue française au collège

            Après celui sur l’apprentissage de la lecture, notre ministre de l’Education nationale lance le chantier de la grammaire … Je ne suis pas  de son bord politique, mais il me faut reconnaître que je soupire d’aise et adhère à la plupart des points défendus dans le rapport de M. Bentolila, tout en en déplorant le caractère inachevé ; il ne se penche en effet que sur les apprentissages de base, à savoir classes et fonctions. Il me semble urgent, en effet, de revoir complètement l’enseignement de la grammaire et de l’orthographe, ce point faible de notre enseignement, au collège notamment.
La réforme des programmes de français obligeant les professeurs, par souci de cohérence, à travailler en séquences et à appliquer les résultats de la recherche universitaire en linguistique a produit des dégâts indiscutables chez nos chères têtes blondes (châtains et brunes également, d’ailleurs). Ceux-ci se retrouvent très (trop) souvent dans la situation d’un musicien à qui on demanderait de jouer une symphonie sans jamais avoir fait ses gammes.  C’est ainsi que la plupart des élèves qui arrivent en 3° ne connaissent ni les temps, même ceux de l’indicatif, ni les conjugaisons ni les classes grammaticales de base … Le professeur se retrouve dans une situation pour le moins paradoxale : il doit leur apprendre à comprendre les nuances des textes étudiés, leur faire comprendre l’intérêt d’utiliser un présent dans un texte au passé, il doit leur enseigner les subtilités de l’accord du participe passé (qu’ils ne connaissent toujours pas, puisqu’ils ne savent pas ce qu’est un participe passé, et je n’exagère pas ! ), leur montrer toutes les façons possibles d’exprimer l’opposition alors qu’ils ne voient pas de différence entre un nom ou un verbe, ignorance fort gênante pour la maîtrise de l’orthographe, d’ailleurs… Quant à celle-ci,  je ne suis pas d’accord pour dire qu'elle est la science des ânes, sa maîtrise révèle, immanquablement, une aptitude à raisonner, à expliquer, à comprendre. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’elle est culturelle et élitiste, les enfants des familles socialement défavorisées qui jouent le jeu de l’école peuvent ( pouvaient, devrais-je dire ) s’en sortir. J’en suis un exemple vivant.
Comment en est-on arrivé là ? Non, ce n’est pas la faute des profs, ils ne font qu’appliquer (à leur corps défendant parfois) les instructions : sous prétexte d’utilitarisme, sous prétexte de démocratiser l’enseignement, sous prétexte de rendre l’enseignement de la langue attrayant, on ne devrait plus le couper de l’étude des textes. Et c’est ainsi que les ados n’étudieront (c’est-à-dire ne remarqueront) des temps, des subordonnées, des « systèmes » qu’au hasard des textes lus, au hasard des exigences d’expression écrite, (il faudra simplement imiter, sans vraiment comprendre ce que l’on fait). L’adolescent se noie dans une multitude de concepts, de métalangage où tout se vaut : « discours narratif, connecteur, figure de style, phrase exclamative,  énoncé coupé de la situation d’énonciation (expression inutilisable et la réalité qu’elle recouvre inexplicable avec les outils de la linguistique scolaire … comme l’on regrette l’ancienne opposition récit-discours que comprenaient immédiatement, TOUS les élèves ! ».  Hélas, une génération de spécialistes, de linguistes, de Meirieu, ont entrepris d’imposer leur « science ». Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?  
Revenir à un peu de bon sens, à un apprentissage ordonné, régulier et systématique permettrait aux élèves d'avoir des outils pour analyser, des outils pour faire des conversions évidentes avec les autres langues qu'ils apprennent et, peut-être, paradoxalement, auraient-ils moins le sentiment de perdre leur temps à l'école …

Christine TASIN  13 / 03 / 07

  • Euthanasie : halte à la criminalisation du personnel soignant !

Trois jours après avoir condamné Claude Duviau à 30 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat par arme à feu de deux inspecteurs du travail, la cour d'assises de Dordogne jugera à partir d'aujourd'hui l'infirmière Chantal Chanel et le docteur Laurence Tramois, respectivement pour empoisonnement et complicité d'empoisonnement, inculpation qui peut leur valoir... 30 ans de réclusion criminelle.
Pour avoir laissé la trace écrite d'un acte que plus de 2000 soignants viennent de reconnaître avoir pratiqué dans le secret ¹, elles se voient traitées comme des criminelles, alors qu'elles ont pratiqué un acte humaniste pour offrir une mort décente à une personne en fin de vie qui en avait exprimé à plusieurs reprises le souhait.

La loi relative à la fin de vie, dite loi « Léonetti », s’est arrêtée au milieu du gué et laisse les soignants désemparés face à des situations de souffrance et de détresse, des appels au secours, auxquels ils ne peuvent répondre qu'en risquant les assises, ou bien en refusant une mort digne dans le respect du libre arbitre.
Minoritaires mais bien organisés, les défenseurs du statu quo hypocrite prétendent que le combat pour la légalisation de l’euthanasie s’opposerait au développement des soins palliatifs. Pour expliquer l’adhésion largement majoritaire à la dépénalisation dans l’opinion, ils avancent qu’il ne s’agirait que d'une revendication conjoncturelle qui n'aurait plus de raison d'être si les soins palliatifs étaient suffisamment développés. Ces arguments doivent être réfutés. Refusant cette opposition entre soins palliatifs et euthanasie, de nombreux partisans de la légalisation de l'euthanasie se battent aussi pour en finir avec les scandaleuses carences en offre de soins palliatifs.
Parce qu'offrir une mort digne respectueuse du libre arbitre ne doit plus être un secret de famille honteux, l'UFAL :
- demande, avec les signataires du Manifeste, que le débat reprenne dès le début de la prochaine législature afin de modifier la loi Léonetti, et qu'en attendant, les poursuites contre les soignants soient arrêtées ;
- apporte son soutien à Chantal Chanel et à Laurence Tramois, qu'elle considère victimes d'une représentation politique sous l'influence de lobby réactionnaire et dogmatique.

¹ Manifeste dans lequel plus de 2000 soignants (médecins généralistes, médecins spécialistes, infirmier(e)s, aides-soignant(e)s) affirment avoir « en conscience, aidé médicalement des patients à mourir avec décence ».  

Communiqué de l’UFAL  12 / 03 / 2007

  • Des bases de classes incertaines

Ce texte est extrait du blog citoyen, socialiste et républicain pour 2007 à l’adresse suivante http://sr07.unblog.fr . L’auteur est membre du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen) et de l’AGAUREPS-Prométhée.

Ce qui se joue en fait c'est la recomposition des bases de classes de chaque camp. Depuis la crise de 2002, la droite et la gauche ont perdu leurs appuis populaires au profit de catégories sociales plus favorables à l'intégration européenne d'où la force de l'abstention combinée avec la montée des extrêmes.
Pour reprendre l'analyse de B. Amable, on assiste à un processus de rupture interne à chaque bloc. N. Sarkozy veut agréger des couches salariées en attente de protection, d'où son discours sécuritaire, assorti de tentative d'usurpation de Jaurès. Mais il s'adresse aussi aux indépendants, favorables à une demande de libéralisation, d'où son attractivité auprès du patronat.
F. Bayrou veut construire un bloc bourgeois pro-européen mais modérément néo-libéral. Ce projet parie sur les appuis d'une partie droitière du PS qui viendraient compléter son enracinement éprouvé à droite. Il fait l'impasse sur les couches populaires en privilégiant les couches moyennes et supérieures. Ce bloc virtuel ne correspond à aucune réalité politique structurée.

Dans cette recomposition d'ensemble, l'émergence d'un bloc socialiste et républicain, ancré à gauche, devrait partir d'une large reconquête des couches salariées du privé et du public en attente d'un nouveau compromis social inspiré par un projet politique compatible avec le pacte présidentiel de Ségolène Royal : retour en tous points à la République, à la citoyenneté, à la solidarité et au civisme, d'une part ; volontarisme économique et protection sociale renforcée dans un processus de réorientation de l'Europe, d'autre part.
La nature du projet est un facteur d'agrégation pour reconstituer une base électorale populaire, ce que nous appelions hier front de classe(s) anti-capitaliste. Il n'est pas inutile de s'interroger sur la filiation entre la base de classe et le projet quand d'aucuns spéculent sur une offre politique imaginaire perdant de vue la légitimité première de la gauche républicaine : celle de la défense et de l'émancipation du monde du travail, autrement dit la République sociale.

Xavier DUMOULIN, 14 / 03 / 2007

  • Alstom dans le monde impitoyable de la mondialisation

Voici quelques dates fondamentales de l’évolution de l’entreprise Alstom au cours des dernières années. Elles sont symptomatiques de l’environnement du capitalisme financiarisé produit par la mondialisation néolibérale.
En 1998, Alstom est mis en bourse par le président Tchuruk (Alcatel) qui pille au passage ses réserves. L’années suivante, on assiste à la fusion entre ABB et Alstom se traduisant par l’abandon des turbines à gaz à General Electric (les turbines à gaz ABB se révèlent un gouffre avec 4 à 5 milliards de pertes).
En mai 2003, Alstom est en quasi faillite. Jacques Chirac fait réunir le consortium des 60 banques (30 étrangères) créancières d’Alstom. Il manque plus de 10 milliards d’euros de cautions à Alstom. Au mois d’août de la même année, le ministre de l’Economie du gouvernement Raffarin, Francis Mer, bâtit à la va-vite un plan de sauvetage qu’il communique avec retard à la Commission européenne. En septembre 2003, la crise est ouverte avec la Commission et le commissaire à la concurrence, Mario Monti, qui veut rapprocher Alstom de Siemens.

De juin à septembre 2004, Nicolas Sarkozy, nouvellement nommé ministre de l’Economie, négocie avec Monti. En échange de la cession de 1600 millions d’euros d’actifs (turbines industrielles et surtout constructions navales de Saint-Nazaire « chantiers de l’Atlantique » vendues les premières à Siemens, les secondes au Norvégien Aker Yards), Sarkozy obtient la permission de faire monter l’Etat au capital (21 %) pour 4 ans, afin de stabiliser l’actionnariat. Le consortium des banques accorde les cautions nécessaires.
Pour l’année 2006, Alstom regarnit ses carnets de commandes (transport et énergie). L’Etat se désengage au profit de Bouygues qui prend sa place au capital (24 % aujourd’hui). Mais Alstom se comporte en multinationale et produit de plus en plus à partir de ses usines de Pologne, de Chine et du Brésil. L’effectif employé à Belfort est passé en dix ans de 8 400 à 2 800. Sarkozy veut capter à son profit tout le mérite des actions menées en faveur de Alstom. En fait, il a remplacé, dans le capital d’Alstom, l’Etat par le parrain de son fils : Martin Bouygues…

Thierry DONGUAT  20 / 03 / 2007

  • Deux femmes soudanaises condamnées à la lapidation

Il s’agit d’une pétition lancée par Amnesty International dans le but d’empêcher la lapidation de deux femmes soudanaises condamnées à la lapidation pour adultère.

Sadia Idriss Fadul (22 ans) et Amouna Abdallah Daldoum (23 ans), toutes deux originaires de la région du Darfour, dans l’ouest du Soudan, risquent d’être lapidées jusqu’à ce que mort s’ensuive. Elles ont été déclarées coupables d’adultère, et leur peine pourrait être appliquée d’un moment à l’autre.
Sadia Idriss Fadul, issue de l’ethnie four, a été condamnée à la mort par lapidation le 13 février, et Amouna Abdallah Daldoum, de l’ethnie tama, le 6 mars. Les deux femmes ont été déclarées coupables d’adultère par une instance pénale de la province de Managil, dans l’État du Gazira (centre du Soudan). Selon certaines sources, elles n’ont pas été représentées par un avocat lors de leur procès, pas plus qu’elles n’ont pu se défendre elles-mêmes, étant donné que leur langue maternelle est celle de leurs ethnies respectives, au Darfour. Les débats ont été conduits en arabe et les deux femmes n’auraient pas bénéficié de services d’interprétation. Elles doivent former un recours contre leur condamnation. Sadia Idriss Fadul et Amouna Abdallah Daldoum sont toutes deux mariées et mères de famille. Elles sont actuellement détenues dans la prison pour femmes de Wad Madani, dans l’État du Gazira. Sadia Idriss Fadul est emprisonnée avec l’un de ses enfants.

La flagellation, l’amputation et l’exécution par pendaison ou lapidation sont au nombre des peines prévues par le Code pénal soudanais, qui se fonde en partie sur la charia (loi islamique). Amnesty International ne prend aucunement position vis-à-vis de la charia, ni d’une quelconque autre forme de droit religieux. Toutefois, elle estime que ces peines sont des châtiments cruels, inhumains et dégradants, incompatibles avec les obligations qui incombent au Soudan en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Amnesty International est opposée en toutes circonstances à la peine de mort.
Sadia Idriss Fadul et Amouna Abdallah Daldoum ont été condamnés en vertu de l’article 146-a du Code pénal de 1991, qui dispose que toute personne reconnue coupable de relation sexuelle en dehors du mariage est passible d’une peine d’exécution par lapidation si elle est mariée (Muhsan) ou, dans le cas contraire (non-muhsan), d’une peine de 100 coups de fouet.

Amnesty International  23 / 03 / 2007