Accueil
Historique des mises à jours
Les brèves du mois
La lettre du mois
Dans les médias
Vie politique
Ecole
Société/culture
Actualité et luttes sociales
Economie et Social
Politique extérieure
Europe
Contributions politiques
Manifeste et statut
Contacts
Liens

Télécharger

 

VILENIE, MENSONGE ET MANIPULATION

 
Alain BOUSQUET est porte-parole national du MARS (Manifeste pour une Alternative Républicaine et Sociale). Il est aussi membre de l’AGAUREPS-Prométhée.

Force est de le constater, le téléphone marche entre la Présidence de la République et le secrétariat du parti socialiste. Le Président, qui a mal négocié le projet de traité constitutionnel, qui voit son gouvernement susciter un fort rejet, sait que seule une campagne courte, creuse, « technique », sans débat politique, peut permettre au « oui » de gagner. Pour cela il a besoin du concours de la fraction néo-libéralisée de la gauche, et il peut malheureusement compter sur de trop nombreux dirigeants socialistes, tels François Hollande et autre Cambadélis. La mise au point secrète du calendrier du scrutin entre voleurs de conscience, ressemble bien à une prise en otage des citoyens français et, au-delà de tous les peuples d’Europe.
         Le piège est « hénaurme » : tout est présenté comme s’il s’agissait de voter « oui ou non à l’Europe », alors qu’il s’agit de voter pour ou contre une manière très spéciale de faire l’Europe, pour ou contre une politique européenne du type de celle que M. Raffarin, applique en France, et pour cinquante ans !

La réalité de notre pays est celle d’une régression sociale sans précédent présentée comme fatalité, d’une contre-révolution libérale extrémiste assénée comme nécessité. Les mouvements sociaux qui se multiplient tentent de faire face à une hausse du chômage et de la précarité qui pèse désormais sur toutes les couches de la société. L’allongement du temps de travail (quasi-suppression des 35 heures et retraite repoussée à 42 annuités) est un crime contre l’emploi. La marchandisation de la protection sociale, la privatisation rampante ou ouverte des services publics, ne sont pas que des avatars français d’une politique qui serait celle de notre « droite la plus bête du monde » : partout en Europe, les politiques tendent à être les mêmes. Serait-ce parce que c’est la fatalité ? Non point ! Elles tendent à l’identique, parce qu’elle répondent aux mêmes directives européennes, approuvées par les gouvernements, parfaitement compatibles avec la constitution que l’on veut nous faire approuver sous couvert d’un « oui à l’Europe ».
         Tel est l’enjeu du référendum : rendre impossible et même inconcevable toute politique qui ne répondrait pas aux exigences du capitalisme financier, de cette Banque Centrale européenne que nos gouvernants ont rendu indépendante du vote des citoyens.

Tout le reste n‘est que mensonge, manipulation, tout le reste est indigne.

Dominique Strauss-Kahn nous prédit un souffle pétrificateur si le non l’emportait qui ouvrirait une crise majeure : INDIGNE !
         De quelle crise parle-t-on, quel est donc ce souffle qui serait pire que le chômage et la précarité qui touche près de 15 millions d’européens et qui favorise le développement des fascismes et des populismes ? Le seul souffle qui peut-être existerait au lendemain d’une victoire du non est un peu d’air frais qui redonnerait l’espoir aux peuples d’Europe dans la politique et qui montrerait la volonté d’en finir avec vingt années de politiques ultra-libérales.

Le Non ne résout rien : MANIPULATION !
         Extraordinaire inversion des arguments. Bien sûr que le non ne résout rien, mais le oui valide, aggrave et légitime les choix actuels. Le traité de Nice négocié main dans la main par Chirac, Sarkozy, Jospin et Moscovici, s’applique quoi qu’il en soit jusqu’à 2010, ce qui nous laisse 4 années pour élaborer un nouveau traité.

L’Europe c’est la paix : MENSONGE !
         Leur Europe néolibérale, ce serait la paix, comme par magie. Ont-ils oublié la Bosnie, le Kosovo ? Le silence honteux sur la Tchétchénie ? Les crises non résolues en Irlande du Nord, au Pays basque et à Chypre ? Cet argument est aussi nul que si, à l’inverse, les tenants du « non » affirmaient que « l’Europe, c’est la guerre ». La paix est une aspiration collective et universelle des peuples, elle est aussi le fruit de choix politiques de long terme : or la constitution, en ne proposant comme voie de progrès que le pouvoir absolu des capitaux et du dumping social attisera les inégalités et les rancœurs, facilement utilisables par des tribuns douteux. D’ailleurs l’article I-41-3 oblige constitutionnellement les États à améliorer leurs capacités et leurs dépenses militaires

Jack Lang nous invite à noter les grands progrès démocratiques : INDIGNE !
         448 articles, 36 protocoles, 3 annexes, rédigés dans le plus pur style juridique et administratif, nécessitant 5 à 10 heures de lecture assistée de 3 codes et d’un dictionnaire puissant. Et tout ça rédigé loin des peuples par 112 personnes sous la baguette de Giscard. Nous aurons 3 semaines pour le lire et en débattre !

La charte des droits fondamentaux est une grande avancée : MENSONGE !
         Quel odieux mensonge ! Le droit au travail y est remplacé par le droit de travailler (art. II-75-1), le droit à la protection sociale (on doit en bénéficier par un mécanisme de solidarité) y est remplacé par le droit à l’accès aux prestations (on peut les recevoir par le biais de l’assurantiel) (art. II-94), le droit au logement y est remplacé par le droit à une aide au logement (art. II-94-3), le droit à la vie est reconnu mais point le droit à l’avortement (art. II-62), le droit au mariage est garanti mais pas le droit au divorce, le droit au mariage homosexuel est renvoyé aux « lois nationales » (art. II-69), la durée maximale du travail n’est pas définie (art. II-91.2), pas plus que celle de la scolarité obligatoire (art. 92), .Etc.
         Et pour finir, il est précisé que la présente Charte « ne crée aucune compétence ni aucune nouvelle tâche pour l’Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les autres parties de la Constitution » (art. II-111.2) : ce qui veut dire que l’Union n’aura même pas de mécanisme de contrôle sur l’application des droits sociaux minimaux proclamés. Et si l’on n’avait pas encore compris, il est précisé à l’article suivant que « les droits reconnus par la présente Charte qui font l’objet de dispositions dans d’autres parties de la Constitution s’exercent dans les conditions et limites y définies » (art. II-112.2), ce qui, en français normal, signifie que là où la loi du marché de concurrence libre et sans entrave s’exerce – c’est-à-dire partout –, les droits sociaux sont soumis à cette loi du marché.

Ainsi, pour qui aura lu la Constitution, l’Europe « sociale » qu’ils nous préparent, ce n’est pas un souhait, ce n’est pas un but, ce ne sont pas des droits, c’est tout simplement du vent ! Pour tous les escrocs du monde, le fin du fin, la règle de l’art, n’est-il pas de n’avoir rien caché à ses victimes et de leur faire approuver leur condamnation ? Une condamnation qui durera entre trente et cinquante (dixit G. d’Estaing), puisque, pour changer la Constitution, il faudra l’unanimité des 25 États membres


Alain BOUSQUET
18 / 02 / 2005
www.agaureps.net