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La méthode de la régression sociale : théorie du déclin, stratégie de la « modernisation » |
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| Le ministre de la Fonction publique et de la Réforme
de l’Etat, Renaud Dutreil confiait le 20 octobre dernier devant
le think tank ultralibéral de la Fondation Concorde la nécessité
de « tenir un discours expliquant que nous sommes à deux
doigts d’une crise majeure, mais sans paniquer les gens, car à
ce moment-là ils se recroquevillent comme des tortues ».
Etait ainsi divulgué le mode d’emploi pour réformer
et moderniser la France à la sauce libérale. L’offensive avait commencé dès novembre 2002 avec
le classement de l’attractivité des pays effectué
par l’ERT (Table Ronde des Industriels Européens), organisme
qui regroupe les plus grandes entreprises du continent. Quelle n’avait
pas été notre stupéfaction de constater que la France
était reléguée au-delà du trentième
rang, coincée entre la Hongrie et la Thaïlande ! La sortie
de ce document ne relevait pas de l’anecdote ou du pur hasard. Il
s’agissait de préparer les esprits au premier train de réformes
du gouvernement Raffarin que le mouvement social du printemps 2003 s’évertua
à contrarier. Se pose en creux avec acuité la question de la pertinence des
critères retenus afin de déterminer la compétitivité
et l’attractivité des économies. Elles se mesurent
à l’aune de dogmes néo-libéraux qui tous vont
dans le sens de la régression sociale : flexibilité, précarité,
modération salariale, dégrèvements fiscaux (pour
les entreprises, cela va de soi !), législation sociale évanescente
pour ne citer que quelques éléments parmi les plus significatifs.
S’agit-il des seuls critères qui permettent d’évaluer
la vitalité d’une économie ? Peut-on, à la
lueur de ces seules données idéologiquement orientées,
diagnostiquer un soi-disant décrochage en terme de compétitivité
? Cela met en exergue la fausse objectivité de prétendus
experts indépendants et neutres dont les analyses répondent
en fait à des commandes patronales. La récurrence des commentaires apocalyptiques concluant de manière
péremptoire par le déclin irréversible de la maison
France (mais il reste bien évidemment une chance à saisir
d’urgence sans temporisation : moderniser, réformer, s’adapter
!!!) s’apparente en fin de compte à de la vulgaire désinformation
et à une grossière manipulation. Les propos tenus par Renaud
Dutreil sur les services publics sont à cet égard éclairants
: « Le problème que nous avons en France, c’est
que les gens sont contents des services publics. L’hôpital
fonctionne bien, l’école fonctionne bien, la police fonctionne
bien ». La solution est alors toute indiquée : dramatiser
d’éventuels dysfonctionnements montés en épingle,
jeter l’opprobre sur la fonction publique en n’hésitant
pas à la fragiliser de l’intérieur par des réformes
inconsidérées, s’appuyer non sans démagogie
sur les plus vils instincts qui sommeillent en chacun d’entre nous.
La voie à la privatisation s’ouvre de la sorte progressivement.
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