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De la douceur de l'impôt

Il est souvent de bon ton de critiquer l'impôt et même de le dénigrer, qu'il soit direct ou indirect, qu'on soit mensualisé ou qu'il faille sortir le portefeuille une seule fois par an, que ce soit en rapport avec notre travail, notre lieu de vie, de villégiature ou encore avec notre capital. Mais les mêmes qu'on entend geindre, sont en général les premiers à réclamer à cor et à cris toujours plus, toujours plus de tout, toujours plus de qualité dans les systèmes éducatifs et de santé, dans les infrastructures, dans le rôle de l'Etat, en un mot dans ce que la société fait pour eux. Alors contre tous ces éternels insatisfaits, plaidons pour une réhabilitation de la place occupée par l'impôt.

Alors certes, tous les impôts n'ont pas la même saveur, et encore moins la même égalité pour ceux qui y font face. Si la pensée de la Gauche s'est naturellement rangée derrière le naturel souci de redistribution, on a récemment entendu ce principe, de la bouche ou de la plume même de certains qui auraient au contraire dû s'en prévaloir, remis en question sur le fond, en voulant nous faire croire que ce n'était que sur la forme. Le peuple ne s'y est pourtant pas trompé, en faisant bien sentir à la Gauche lors du scrutin du 21 avril, ce qu'il attendait d'elle. Les mêmes qui hier se targuaient de vouloir transformer le parti socialiste en un parti social-démocrate (? ? ?) mettent un peu d'eau dans leur vin, sans pour autant faire volte-face. La place et le pouvoir qui leur sont dévolus au sein de la Gauche demeurent inquiétants.

Et s'il est un domaine dans lequel le clivage avec la Droite devrait rester présent, c'est bien celui-ci. L'attitude du gouvernement Raffarin, avec l'impôt sur le revenu, en est le dernier exemple en date. On nous propose aujourd'hui une réduction de 5% qui s'appliquerait à toutes les tranches. Nul besoin d'être détenteur d'une médaille Fields pour comprendre que plus on gagne d'argent, plus la ristourne se transforme en vrai cadeau fiscal. Mais ceci n'est que dans la droite ligne des politiques menées par la Droite lorsqu'elle a été au pouvoir ces dernières années. Souvenons-nous ainsi que l'égérie de la fracture sociale de 1995 ramenait en 1986 le taux du barème, y compris le plus élevé, de 65 à 56,8%, avant qu'Edouard Balladur ne se lance dans la même direction en 1993, sans toucher toutefois, les leçons électorales aidant, à la tranche supérieure. Et si ses prédécesseurs à Matignon en avaient fait ainsi, il ne se pouvait pas qu'Alain Juppé ne se mette au diapason, ce qu'il fit dès 1996. Ainsi donc la différence entre les uns et les autres est là sensible. C'est pour cela qu'il faut dire haut et fort la méthode en laquelle nous croyons.

Et même si l'on ne doit pas croire à quoi que ce soit par défaut, il est important de voir et de constater que la réforme que nous propose ce gouvernement est sans queue ni tête et qu'elle ne s'appuie que sur le désir ardent de voir Jacques Chirac enfin tenir devant les Français une promesse. Quels en sont les objectifs ? Inciter par ce biais les Français à travailler ? Il en faudrait plus. Soutenir (relancer ?) la consommation, comme l'affirme le gouvernement ? Les 10% de la population les plus favorisés offrent à l'IR 70% de ses recettes. Or cette tranche de la population est, par nature, celle qui est la plus encline à épargner. Dans ce climat de chômage de masse et de précarité, on voit bien les limites d'une telle réforme, d'autant qu'il faut bien avoir conscience que l'impôt sur le revenu n'affecte que 52% des foyers français.


On ne doit donc pas se tromper : baisser l'impôt sur le revenu de 5% comme va le faire la Droite dans les jours qui viennent, ce n'est pas la même chose que de faire baisser la taxe d'habitation de 30% comme envisageait de le faire la Gauche !

Un autre problème tout aussi épineux se pose avec cette réduction d'impôts : comment encore prétendre respecter le pacte de stabilité et de croissance européen. L'engagement pris par Jacques Chirac à Barcelone au mois de mars, risque fort de rester lettre morte, au grand dam de nos alliés européens. Alors certes, il serait bon de reparler de cette règle des 3%, liée au passage à l'euro, qui ne fait pas de distinctions entre les différentes sortes de déficits possibles, à savoir entre ceux qui ont pour origine des lourdeurs de fonctionnement, ceux qui peuvent être conjoncturels, ou bien encore ceux qui peuvent servir de fondation à un redressement futur. Mais les faits sont là : il en va de la crédibilité de l'Europe, qu'on se propose de bafouer par l'intermédiaire d'une réforme purement électoraliste, et qui ne répond à aucune exigence particulière du pays quant à son cheminement.

De ceci découle un nouveau problème, qui va nous concerner au premier chef : le manque à gagner évident pour l'Etat, qui va en résulter. Car il est de plus en plus improbable que la croissance vienne compenser ces manquements. Même sans se conformer aux exigences européennes mentionnées précédemment, il semble acquis que la Droite envisage des coupes sombres dans les services publics. Mais les effets d'annonce aidant, on nous promet plus de policiers, de juges, d'agents de sécurité. On voit déjà le dégraissage qui va être effectué dans l'ombre pour tous les autres pans de fonctionnaires, où l'arrivée prochaine et massive de toute une génération aux portes de la retraite, aura bon dos pour justifier des coupes franches dans les effectifs. La baisse de l'impôt sur le revenu n'est donc que le premier témoin révélateur d'une réelle volonté de la Droite de remettre en cause nos services publics. Car il faut bien voir également que ce qui ne sera pas dans les caisses s'y retrouvera d'une autre façon, par l'intermédiaire de la vague de privatisations qui se prépare.

Toutes ces choses nous inquiètent et ne répondent absolument pas à nos exigences et à notre foi en une société, où le bien -être de chacun repose sur l'effort de tous. Si notre vie est aussi bien prise en charge dans ce pays, c'est par la cotisation de chacun pour assurer un service de qualité, dont nous ne cessons, à raison, de nous targuer auprès du reste du Monde. Que les plus aisés, qui sont certes ceux qui proportionnellement y participent le plus, s'en voient pour partie soustraits, est indécent par égards pour ce que la société a fait pour eux.

Nous sommes fiers de payer des impôts pour avoir en retour un aussi bon système éducatif pour nos enfants, nous sommes fiers de payer des impôts pour être aussi bien pris en charge à moindre frais lorsque notre corps nous lâche, nous sommes fiers de payer des impôts pour que l'on s'occupe aussi bien de nous. Et c'est parce que malheureusement bien des choses méritent d'être améliorées que nous désirons ardemment continuer à participer à cet effort.



François COCQ
Membre de l'AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
Mai 2002.
www.agaureps.net