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Quels leviers politiques pour la transformation progressiste de l'Ecole ? |
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Il s'agit du texte de l'intervention faite par François COCQ au nom du MARS (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale) à l'occasion du forum national sur l'Ecole organisé par le parti communiste français (PCF) à Paris le 05 novembre 2005. François COCQ est par ailleurs membre et président de l'AGAUREPS-Prométhée. C'est une tâche ardue que de s'attaquer aux pratiques qui permettraient la transformation de l'Ecole. Une tache certes difficile mais terriblement nécessaire lorsqu'on constate les évolutions qu'a subies la société depuis une trentaine d'années et la demande qui a été faite au système éducatif de s'y adapter sans qu'une vision globale, une politique digne de ce nom, y soit attachée. Il est temps de redonner du sens non seulement à l'apprentissage des élèves mais également aux pratiques du monde enseignant. Disons le tout net : l'Ecole, parce qu'elle est au cœur de l'acceptation du vouloir vivre ensemble, est un vecteur prépondérant de l'ambition républicaine que nous revendiquons pour la société toute entière. C'est l'idée que les élèves sont des citoyens en formation qui doit guider nos propositions. Parce que nous revendiquons une République indivisible dans laquelle les chances des uns et des autres seraient respectées, nous plaidons avec force pour un retour à un monopole de l'Ecole publique. C'est en effet justement parce l'enseignement privé se manifeste avec de plus en plus de vigueur, en accord avec le modèle libéral qui est celui auquel nous sommes confrontés, que nous nous devons de restaurer un pacte républicain qui autorisera l'ensemble de la jeunesse de ce pays à prendre sa place dans la société. L'enseignement privé est ces derniers temps présenté par certains comme l'ultime recours devant un système éducatif que les mêmes se plaisent à voir comme déliquescent. Or qu'est-ce que l'enseignement privé sinon l'opportunité donnée à une institution de choisir ses élèves et la possibilité donnée aux parents les plus aisés, non pas de choisir une offre éducative mais de refuser la mixité sociale. Il s'agit là d'une pratique communautariste pas même déguisée que le gouvernement actuel entend favoriser, comme en témoignent les propositions de financement public de ces établissements qu'a avancées le ministre de l'éducation il y a quelques semaines. Déçus de n'avoir pu pour l'instant et malgré leurs efforts détricoter la carte scolaire et abuser des dérogations, ce sont les mêmes qui revendiquent une liberté de choix, un acte hautement individualiste. On notera également que parallèlement à ceci, se développe une multitude de structures privées de soutien, cours et aide aux devoirs qui sont favorisées par l'Etat via des dégrèvements d'impôts. Une fois encore, l'état se défausse d'une mission qu'il pourrait tout aussi bien mettre lui-même en place. Certaines municipalités se sont saisies du problème et offrent une réponse adaptée. Ce sont elles que devrait encourager le gouvernement au lieu de proposer encore de nouvelles réductions d'impôts à ceux qui en ont le moins besoin. Ce retour dans le giron purement public de notre système éducatif est d'autant plus nécessaire qu'il attire toute les convoitises du fait de l'énorme potentiel économique qu'il représente. Son ouverture au secteur privé laisse la voie libre à toutes les négociations internationales, que ce soit l'AGCS ou le TCE, dont nous avons su pour l'instant le préserver. Pour que ce que nous avons su défendre hier ne se retrouve pas encore demain sur la sellette, il importe de donner enfin clairement au niveau européen une définition des Services publics qui nous permettra de mettre en particulier l'Ecole à l'abri dans la durée . Quant aux actions en oeuvre à l'université et au niveau de la formation continue, une réponse rapide et coordonnée devra être lancée. Il convient également de constater que depuis des décennies, les ministres de l'éducation nationale successifs ont tenu à avoir une réforme à leur nom. De ce fait, les changements qui s'imposent ne pourront être assimilés à une nouvelle restructuration qui se ferait à bon compte sur le dos des personnels de l'éducation nationale. Ceux-ci ont vu les nouveautés d'une réforme balayées par les prétendues innovations d'une autre, sans même qu'elles puissent être évaluées. Ce manque de continuité entraîne un certain désenchantement et une certaine lassitude, et pourrait conduire à terme à un manque d'investissement de la part des enseignants, ce qui demeure pourtant leur principal moteur. C'est pourquoi ce n'est pas une énième réforme que les enseignants attendent mais bel et bien une définition claire de leurs missions, une mise à disposition de moyens (humains, financiers, et de formation) enfin suffisants, une réorganisation de la gestion administrative des personnels (qui passe par l'augmentation des attributions non pas du chef d'établissement mais des conseillers pédagogiques et des IPR), et une évolution des pratiques pédagogiques en prenant en considération les temps de préparation et de concertation. D'autre part, les syndicats de l'Education nationale sont de ceux qui comptent le plus d'adhérents et l'on peut même dire que les pratiques syndicales touchent une immense majorité des personnels au travers des heures syndicales qui sont ouvertes à tous. C'est pourquoi il est nécessaire, lors de la mise en œuvre de toute innovation, de la définir et de la partager avec les syndicats qui sont les plus à même d'atténuer la méfiance grandissante des enseignants. Si l'on ne peut demander aux syndicats d'être un relais d'une politique, il faut qu'ils aient un sentiment d'adhésion aux mesures proposées pour pouvoir par la suite les faire entrer dans les mentalités et les pratiques des personnels. Car il faut bien garder à l'esprit l'une des spécificités du métier d'enseignant qui est la libre pratique pédagogique (certes encadrée) et qui conduit nombre de professeurs à se sentir seul maître de l'espace classe qui est le leur. C'est pourquoi toute mesure qui ne serait pas comprise par eux échouerait une fois de plus dans sa mise en œuvre. Il est également nécessaire de remettre le projet pour l'Ecole en cohérence avec une vision plus globale de la société. On a trop demandé au système éducatif depuis 25 ans, depuis le passage de la démocratisation à la massification en réalité. On lui a demandé de compenser les errances sociales et de prendre en charge la découverte de nouvelles pratiques qui n'ont plus rien à voir avec l'instruction initiale (code de la route, santé, toxicomanie, alcool voire TICE…). Il n'est pas question d'externaliser ces nouvelles questions éducatives mais de travailler avec des intervenants (de l'Education nationale lorsque cela est possible !) qui pourraient soulager les enseignants de ces tâches et leur permettre de recentrer leur travail sur des pratiques pour lesquelles aujourd'hui le temps leur manque. Une telle redéfinition d'une vision globale s'impose car l'Ecole marche de plus en plus par projets et si cela permet en théorie d'adapter l'offre aux besoins des élèves, le risque de disparité territoriale est le plus fort et nombre de facteurs (élèves, enseignants, cadre, contexte) fait que des établissements de niveau apparaîtront et briseront alors l'égalité républicaine devant l'instruction. Dans notre société libérale, l'Ecole est l'un des derniers garants du bien public et le lieu essentiel de la formation à la citoyenneté et non à la mise en place d'individus manipulés par le marché. Des pistes de travail existent donc. Les mesures pédagogiques proposées ne pourront l'être qu'avec souplesse. Par contre, un remaniement administratif s'impose. Il est même le préalable à toute autre mesure afin que le monde enseignant ne soit pas une fois de plus convaincu de la vanité d'une réforme. On pourra alors changer les mentalités et pratiques, lancer le travail en équipe, recentrer le travail des enseignants sur leur matière tout en offrant aux enfants un nouveau cadre pour une éducation sociale et sociétale. Parce que l'évolution de la société y oblige, l'Ecole doit proposer plus et mieux. Mais elle ne le pourra qu'en définissant plus clairement la place et les missions allouées à chacun. L'Ecole ne peut résoudre seule les inégalités sociales qui sont de plus en plus grandes, mais il appartient malgré tout à la nation de lui en donner au maximum les moyens, ce qui passe notamment par le retour au monopole de l'Ecole publique. François COCQ |
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