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L'ours et l'école |
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La Fontaine, dans " l'Ours et l'amateur des jardins ", nous conte une bien triste histoire. Un ours et un homme deviennent amis. L'animal s'est assigné, entre autres tâches, à protéger le sommeil de l'homme. Une mouche s'obstine à atterrir sur le visage du dormeur. L'Ours, alors, s'empare d'une pierre et tue, du même élan, l'insecte et le cher compagnon. Que nous dit La Fontaine à travers cet apologue ? Une chose toute simple : qu'il est des amis fort dangereux, qui font plus de mal à eux seuls qu'une pléiade d'ennemis déclarés. Vérité paradoxale, mais vérité forte. Cette bienveillance attentionnée qui tourne à la catastrophe, c'est toute une face de la Bêtise. Car cet ours charmant était idiot, La Fontaine nous le dit expressément. Eh bien, plus d'un pédagogue est Ours à cet égard et censé œuvrer aux progrès de l'Ecole, s'est en fait, acharné à la détruire. Comme dirait encore le fabuliste, nous l'allons montrer tout à l'heure. BREF RAPPEL HISTORIQUE… ( pour mes jeunes collègues frais moulus de l'IUFM et pour les amnésiques…)Quel problème se posait, en effet, à notre société, après l'explosion de Mai-68 ? Celui -ci : Jules Ferry avait ouvert à tous les enfants les portes de l'Instruction Elémentaire à la fin du XIXe siècle ; il fallait réaliser maintenant la même opération pour le secondaire. En d'autres termes, il fallait démocratiser le collège. Ensuite viendrait le tour du lycée. Dieu sait si ce vaste dessein a donné lieu à des effets de manche ! Et il est vrai que, à première vue, l'entreprise était belle et louable. Mais on ne s'est pas avisé que, si l'idée d'augmenter le nombre de collégiens était généreuse, l'assimilation des connaissances, l'aptitude intellectuelle ne pouvaient pas pour autant se décréter. Ainsi ne peut-on décréter le talent mathématique, pas plus que la capacité de franchir le cent mètre en un temps honorable. On m'objectera : " Tu n'as rien compris. La question n'est pas de fabriquer des élites du corps ou de l'esprit, mais de donner à tous les mêmes chances. DE-MO-CRA-TI-SER ! " Certes, mais ma comparaison garde sa valeur. A l'école, ce qui se fait, c'est bien une acquisition de savoirs divers ( je n'ajouterai pas " et de savoir-faire ", car c'est du langage d'Ours) ; cette acquisition implique que le sujet qui reçoit les connaissances soit apte à les accueillir en lui, puis à en faire usage. APPELER UN CHAT UN CHATOr, s'il est une évidence, c'est bien celle-là : les petits d'homme, comme les hommes eux-mêmes, se divisent, grosso modo, en trois catégories. Il y a ceux qui assimilent vite et deviennent intellectuellement très créatifs ; il y a ceux qui assimilent moins de choses et moins vite (c'est, au vu de l'expérience, la catégorie la plus vaste, celle qui s'adresse directement à notre pédagogie) ; il y a ceux, enfin, qui ne comprennent rien à rien, dont les facultés d'assimilation, pour des raisons obscures ou trop visibles, sont mutilées ou détruites à jamais. Cette vision empirique peut choquer, je m'en excuse. On peut souffrir, en son âme, d'un tel constat. " Que de Mozarts assassinés ! " dit -on. Mais rien ne fera que cette réalité cruelle soit contournable. Les faits sont là. Et l'on devrait tous savoir qu'en niant ou en violant les faits, on ne bâtit que sur du sable. La mauvaise foi, additionnée d'une bonne dose de lâcheté,finit en débâcle. C'est très exactement cette période que nous vivons actuellement pour l'Ecole. En repoussant brutalement les murs du collège pour y loger tout le monde, l'Ours commettait donc une première erreur : il " oubliait " la catégorie des esprits cassés ou limités, qu'il est de mode d'occulter pour d'évidentes raisons sentimentales (terrorisme très moderne : le terrorisme affectif…) En se référant au précédent Jules Ferry, l'Ours commettait une deuxième erreur : le Secondaire n'est pas le Primaire. S'il est impératif et juste d'alphabétiser tous les enfants, il devient absurde de maintenir de force dans l'enseignement général (je dis bien " général "), des élèves qui s'y noient d'heure en heure et sur lesquels tous les efforts des enseignants échouent. Du strict point de vue de l'acquisition des savoirs, il convient, d'ailleurs, de rattacher à cette dernière catégorie une fraction d'enfants plus troublante encore ( à tous les sens du terme !),fraction malheureusement croissante :celle des perturbateurs invétérés, qui refusent l'Ecole en bloc, son espace, son personnel et ses codes. Ne pas pouvoir ou ne rien vouloir revient au même pour la relation pédagogique. Même fiasco assuré. Ils n'apprennent rien et empêchent les autres d'apprendre, notamment ceux qui ne disposent pas d'autres sources de culture que l'Ecole. Il est naturellement désolant qu'il faille rappeler de tels lieux communs. Mais notre époque, ravagée par la chute des grandes utopies, demeure affamée d'illusions. Or les illusions sont meurtrières, on ne le dira jamais assez. LE DEGRE ZERO DE L'ENSEIGNEMENTUne fois tout le monde tassé au collège, l'Ours ému s'est frotté les mains : " Bon travail ". Restait à récolter. Mais la moisson fut une affreuse pagaille et un terrible désarroi… L'Ours, avec l'optimisme qui le caractérise, tenait sa parade : " C'est parce que l'enseignement n'est pas adapté à la nouvelle population ". Il a alors forgé son concept - fétiche : " l'échec scolaire ", et lancé son mot d'ordre : " Adaptez-vous ! ". Tout là dedans relevait de l'incantation. On s'en est vite rendu compte. Malgré toutes les contorsions pédagogiques qu'on peut imaginer, il est clair que, en-deçà d'un certain seuil, il n'y a plus rien à quoi s'adapter. Au fil des années, les profs ont donc rencontré l'impossibilité d'enseigner dans certaines classes. Mais il ne fallait pas le dire. Il fallait, quel que soit l'état de nos nerfs, continuer à scander en cœur : " Echec scolaire - Adaptation ". Exactement comme on a scandé les formules mobilisatrices et les statistiques les plus fantaisistes et mensongères dans les Etats Totalitaires de l'Est pendant plus de 70 ans. Tous les systèmes qui reposent sur le mensonge se ressemblent : les mots et les chiffres prennent la place de la réalité. La réalité affligeante et qui doit terroriser est la suivante : la maison de l'Ours est de construction estampillée Marxisme et Schizophrénie réunis. Il est probable cependant que, laissés à eux- mêmes, la majorité des enseignants auraient fini par sortir du cercle vicieux. Etre confronté de jour en jour à d'insurmontables difficultés ( élèves au- dessous de tout niveau, turbulence active, injures, incivilités diverses et variées… pour les modernes, peu à peu coups et blessures) n'incite pas aux satisfactions béates. On aurait redressé la barre. Seulement voilà : entre temps, la politique pédagogique suicidaire de l'Ours avait rencontré : 1) la politique tout court ; 2) le phénomène bureaucratique propre à tout marxisme de bonne facture. LA POLITIQUECrise. Fléau du chômage. Les politiciens ont cogité : " Comment avoir l'air de faire quelque chose sans rien changer ? Comment rapetasser le machine en écartant les solutions dérangeantes pour l'ordre établi ? " Alors ils ont biaisé, inventé des remèdes de fortune : indemnités - aumônes, emplois précaires. Et ils ont aussi entrepris de manipuler l'appareil scolaire, de le ployer à un usage inédit. Ils ont, pour ce faire, tablé sur les fameux bons sentiments de l'Ours. Puisque tous les élèves peuvent réussir (postulat sans fondement mais ô combien attendrissant), eh bien que l'école les garde jusqu'à plus soif ! Davantage d'élèves et d'étudiants, c'est moins de demandeurs d'emplois, moins de chômeurs, inscrits. Les profs seraient désormais, sans avoir vu le coup arriver, des animateurs, des moniteurs de la jeunesse. C'était priver l'Ecole de sa dynamique propre, qui repose entièrement et je suis désolé de heurter des âmes sensibles sur : 1) l'acquisition de savoirs programmés 2) leur sanction échelonnée 3) une progression de classe en classe, en fonction des résultats de l'élève et selon un cursus rigoureux Sans cette rigueur, c'est " le Tapis roulant du passage à l'ancienneté ", c'est selon moi la mort de l'Ecole, l'Ecole fourre-tout, donc l'irresponsabilité à grande échelle. LE PHENOMENE BUREAUCRATIQUEC'est l'autre facteur qui a permis l'expansion du mal scolaire. Avec sa hiérarchie d'hommes payés pour obéir, l'Etat n'a pas eu de peine à faire descendre son slogan " rénovateur ". On s'est attaché à forger un type nouveau de chef d'établissement, PDG au petit pied, meneur d'hommes, expert en bavardages. Les carrières se sont mises à dépendre de ces " compétences ". Et puis il y a eu les syndicats en mal d'honorabilité, et les syndicats godillots qui se sont prostitués après le 10 mai 1981, la presse, l'édition, les sociologues de service lèche-cul du pouvoir, tout ce petit monde qui guette les modes juteuses et s'est jeté sur l'Ecole pour en tirer petites places et gros sous puants. On a vécu, chers collègues, plus d'une décennie de surenchères délirantes. C'était à qui publierait son petit livre, pondrait un article ou interviendrait à un colloque sur une idée " miracle " ou sur un " collège de pointe " rêvé à partir d'enquêtes hâtives ou pipées. Ce fut, c'est encore et toujours, le temps de l'Ecole poudre à laver, Ecole Bla-bla, Ecole Pub. L'Ours, vous pensez bien, n'a pas pu s'empêcher de jubiler. C'était tellement beau, tellement moderne : Enseignement de qualité pour tous… le Collège lieu de vie… le Niveau monte…80% d'une classe d'âge au Bac. Rien ne nous a été épargné. Plus c'était faux et bête, meilleur c'était. Meilleur c'est. Une bureaucratie vit de réunions et de paperasse. Alors on a poussé les profs à bavasser (concertations, stages) et à gratouiller. Imaginez un instant les tonnes de " Projets d'Etablissement ", tous à peu près semblables car c'est dans la médiocrité que l'égalité est atteinte, langue de bois et pseudo discours pédago garantis, qui s'entassent dans les caves des rectorats. Les inspecteurs pédagogiques ont apporté leur inestimable contribution. Ils ont semoncé, incité, pénalisé, tapé à la caisse les profs qu'ils visitaient comme d'affreux commissaires politiques qu'ils sont. " Il faut s'impliquer davantage chère Madame ! Votre implication dans le travail d'équipe ne me semble pas des plus remarquables cher Monsieur !… " Rejoindre la masse et coasser… Le bon enseignant lui n'a plus été celui qui enseigne avec talent ou sérieux, mais celui qui sait faire ses dévotions au Discours dominant : Projet d'Etablissement, Groupe, Module, Enseignement Diversifié… L'autre, celui qui résiste seul dans sa classe au raz de marée du mensonge et de la lâcheté est qualifié de minorité de blocage … ce dont je fus qualifié en d'autres lieux par un IEN qui se prenait pour un officier de la Guépéou Soviétique parlant comme un Jésuite. MENTIR MENTIR MENTIROn assiste donc à un phénomène extraordinaire : tandis que s'est écroulée avec fracas la Nomenklatura Communiste, chez nous grouille et s'amplifie, en bonne terre capitaliste, l'influence d'une armée de bureaucrates à prétention pédagogique. Moins ça enseigne, plus ça cause enseignement. Combien en voit-on des zigotos qui n'ont pu décrocher des diplômes sérieux devenir en deux temps trois mouvements : Docteurs ès " Sciences de l'Education " ! Quelle " science " ! Et voilà les IUFM qui fabriquent le prof nouveau dont la machine a besoin, car l'ancien résiste, croit encore à l'instruction et à la culture. Pauvre fossile ! Il faut donc bourrer le crâne des jeunes recrues d'une marmelade estampillée. Toujours faire croire qu'on peut et doit s'adapter, quand tout seuil d'adaptation a évidemment été franchi. Nier la réalité des classes. Mentir, en déclarant acceptable ce qui n'a plus rime ni raison, en affirmant que chacun recèle une " excellence " quelconque (thèse Bourdieu) : " si l'un est fort en maths, l'autre n'aime-t-il pas le foot ou le rap… ! " Vous voyez bien que tout se vaut, que tout le monde est pareil. Les idéaux de la démocratie servent de caution à ce raz de marée démagogique, et c'est bien là, la maladie de notre temps. Pour se faire applaudir ou réélire, les politiciens sont prêts à toutes les pirouettes et défrocages en tous genres. N'a-t-on pas pendant un temps voulu nous faire croire, que le tchador " respectait la différence " ? Comme si toute différence était respectable ! UN DELIT NOUVEAU : LA DISCIPLINEC'est charmant et sous nos yeux l'Ecole s'effondre. Les critères proprement pédagogiques ont sauté. En gros, les élèves sont maintenant assurés de passer à l'ancienneté. Il n'y a plus maintenant qu'à se laisser aller ou à se défouler. N'importe qui aurait vu les effets inévitables de cette politique. Pas l'Ours. En supposant qu'il ait voulu donner corps à son rêve d'une réussite scolaire universelle, il aurait dû renforcer les structures de l'Ecole, garantir le statut et le prestige de l'enseignant, réaffirmer son pouvoir (oui son pouvoir !) et étendre ses moyens d'action. Qui peut croire encore que l'Ecole de Jules Ferry aurait pu gagner sa croisade contre l'ignorance et les préjugés sans un cadre institutionnel d'une fermeté exemplaire pour les enfants issus du fond des campagnes et des faubourgs du prolétariat ouvrier ? Là, et là seulement, le parallèle aurait pu être éclairant pour les " rénovateurs ", mais ceux-ci sont les pires révisionnistes de notre Histoire qui soient. Que non ! C'est justement le moment choisi par l'Ours pour jeter par dessus-bord toute règle, toute norme et toute sanction. En application d'une psychologie aux effet dévastateurs, l'enfant s'est vu reconnaître définitivement un statut d'idole, entité aussi fragile que sacrée, dotée par la même occasion de toutes les vertus à la naissance, en particulier celui de l'amour pour les études. Donc la contrainte était devenue inutile. Et d'ailleurs tout est sensé traumatiser : la fameuse gifle bien sûr, mais aussi les prix, les réprimandes, les notes, les classements… " L'Enfant au centre du projet " !!! Ainsi la gifle. Tout le monde sait au plus profond de lui-même qu'une gifle opportunément appliquée peut bloquer net la montée d'une excitation malsaine, véritablement hystérique, affolante pour l'entourage. Mais maintenant un numéro d'appel téléphonique gratuit permet à l'offensé de nous faire traîner devant les tribunaux afin de nous entendre dire par des juges qui relaient notre " estimable hiérarchie " que peut-être nos méthodes pédagogiques ne sont pas adaptées ! C'est proprement dégueulasse. Même l'orthographe, parce qu'elle est faite de règles, constitue une agression traumatisante et doit être changée ! Ne parlons pas des devoirs à la maison : fatigue de l'enfant ! Et encore moins du poids du cartable… La discipline, a-t-on répété, doit être librement consentie, toujours en vertu des qualités naturelles de l'enfant. Autre mot fétiche de l'onirisme rénovateur : l'Autonomie… C'est probablement pour respecter cette autonomie que bien des familles ont renoncé à éduquer leurs enfants, se déchargeant de ce rôle sur les enseignants, mais en ligotant ces derniers de telle sorte que la tâche leur est devenue impossible. Les pouvoirs ont, en effet, appelé les Fédérations de Parents d'élèves à la rescousse pour surveiller les enseignants et leurs excès supposés. C'était jouer bassement sur le potentiel d'hostilité qui vise en permanence les personnels enseignants. Il a fallu rendre des comptes : CA, conseil d'école, représentants de parents aux conseils de classe, colloques. Il est apparu, peu à peu, que nous avions l'obligation absolue de faire réussir, quels que soient les aptitudes et les efforts des intéressés . On nous attendait au tournant, on nous y attend toujours soit dit en passant… ! C'est pourquoi, perfidie mise à part, un pourcentage important de collègues se sont fait une spécialité de distribuer des évaluations excellentes : tranquillité assurée. Sur la lancée, nous avons évidemment perdu tout droit de regard professionnel et objectif sur l'orientation . Couronnement de cette évolution : le sordide décret n° 90-484 du 14 juin 1990, qui laisse maîtres du jeu parents et administration. Pour revenir à la discipline et j'en finirai sur ce point, il faut rappeler que si certains élèves posent des problèmes, la responsabilité en incombe, en dernier ressort, au système scolaire lui-même. Car, il n'y a jamais dans ce système " rénové ", de sanctions réelles . Tout y est timide, provisoire, fragmentaire et en fin de compte, incohérent. Les élèves ont donc pleinement conscience de cette absence de limites, de ce flottement des repères, de paroles démagogiques, d'effets de manches, en un mot : de cette permissivité organisée, et ils en profitent. Mais le système est si pervers que ce sont même les élèves capables qui se trouvent entraînés et qui prennent de mauvaises habitudes : spirales du relâchement. SAVOIR EN MIETTEMais ce n'est pas tout ! Toujours au même moment, alors qu'il aurait fallu redoubler de rigueur dans le travail lui-même, l'élève s'est vu précipité dans un maelström d'activités diverses et variées, qui se veulent à la fois captivantes et éducatives Pour rompre la monotonie, l'ennui et promouvoir le concret, on s'est dit que tout valait mieux qu'un cours, qu'une leçon. C'est la pédagogie de l'Eveil et ses acrobaties. On s'est mis à promener les classes un peu partout, en ville, à la mairie, en forêt, au supermarché, à la Prévention Routière, à l'étranger où, entre parenthèse, le concept de découverte de la culture est d'une hypocrisie totale. Splendide en théorie, désastreux en pratique. La bougeotte est un trait naturel chez l'enfant, il est devenu le " bougisme " car il est encouragé par l'Ours et relayé par toutes les officines de voyages scolaires. Ce faisant, c'est toute la continuité des apprentissages, tout un climat d'attention et d'assiduité qu'on met en l'air. La matière même des cours fut réduite en bouillie, selon le postulat fantaisiste qu'on doit donner du " moins " à ceux qui viennent avec un " moins ". PROF FANTÔMELa discipline (sous son aspect le plus physique) et les disciplines (qui ne portent pas en vain ce vieux mot) sont les grandes perdantes. D'où cette masse d'enfants désaxés, parfois analphabètes, désinvoltes ou agressifs, qui semblent ignorer ce qu'est une classe, ce qu'est un adulte, ce qu'est un travail. Ils sont exactement ce qu'on leur a permis d'être, ce qu'on les a faits. On a ensuite porté les ferments de cette désagrégation du collège (mission accomplie) au lycée ! Comme toute rigueur est bannie et que la machine visiblement n'a plus de rendement, il " convient d'aider et soutenir " l'élève de bout en bout. Lire au CP, lire encore en 6ème, soutien en seconde, modules, parcours diversifiés, TPE … n'en jetez plus , on touche le fond !!! Et encore , l'abîme est insondable… Exactement comme un maladie mal soignée qu'on traîne ! SOCIETE EN FAILLITEQuelles sont alors les perspectives ? Y a-t-il un espoir, docteur ? Les perspectives sont tristes, l'espoir est mince, car la bêtise de l'Ours veille. Et on a vu que l'Ours pédagogue était manipulé par le Politicien démagogue et couvé par le Bureaucrate flemmologue. Les remèdes qu'imagine le rénovateur en un jet incessant, sont pires que le mal qu'il a déjà lui même provoqué. Plus les contenus sont sacrifiés et plus l'emballage se raffine (épreuve de " didactique " dans les concours). Le niveau de moralité de la Nation est, bien sûr, au plus bas. Il semble qu'il n'y ait plus rien à vouloir, à aimer. Il y a des époques comme çà. Des époques nauséeuses. Car, dans une société, tout se tient. Le " socialisme " de Mitterrand, en se montrant le strict continuateur des cuisines chiraco-giscardiennes, elles même perpétuées par le couple infernal et répugnant de Chirac et Jospin, a achevé de ravager l'intérieur des têtes. Toute valeur sociale est dissoute. L'individualisme démocratique est roi. Sous bannière plus ou moins socialo-libérale, on voit un Berlusconi, un Tony Blair, figures emblématiques, réunir dans leur main les attributs de la puissance moderne : l'argent, les médias et le sport. La foule salive et s'agenouille. Et la jeunesse dans tout cela ? Elle n'aperçoit plus d'avenir. Toutes les dérives sont désormais possibles. Si la description des classes doit commencer par : ça braille, ça se bouscule, ça se lève, ça cause à tort et à travers ou bien alors çà somnole, c'est qu'on est en train de fabriquer des barbares. Ces barbares vivent dans la fascination des modèles musclés ou semi-pornographiques du show-biz version Loft Story. Et ces modèles sont eux- mêmes fascinés par un style qu'il faut bien qualifier de " crapuleux ", que trahissent à la fois leurs vêtements, leur maintien, leur image de marque… Ce n'est pas être puritain que signaler cette promotion évidente d'une vulgarité sûre de soi et caracolante. Comment ne pas s'inquiéter, quand on sait que ce genre d'amoralisme canaille a précédé et accompagné la montée des fascismes, avec qui elle entretenait des rapports plus qu'ambigus. Voir " les Damnés " de Visconti. A quoi s'ajoute la dégradation morale qu'a fait subir à l'enfant le système de notre consommation, lorsque l'enfant est devenu lui même un client et une valeur marchande : quelqu'un à qui on vend et quelqu'un qui fait vendre. Une société déliquescente comme la nôtre, baignant dans la démagogie, est-elle encore capable de concevoir un système d'enseignement solide, respecté et cohérent ? Il le faudra bien. Ou le fascisme se flattera de restaurer l'autorité. Et quelle autorité ! Vous verrez bien dans quelques jours les politiciens tenter d'effrayer leur public en utilisant, pour de petits enjeux électoraux, le fascisme qu'ils ont fait ressurgir, la parole confisquée, les choix tronqués et ambigus, le mépris dans lequel ils nous noient. (1) |
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