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Une nouvelle rentrée scolaire en trompe-l'œil

L'annonce mercredi 24 août par Gilles de Robien du recrutement de 45 000 jeunes adultes à des « emplois de vie scolaire » plonge le monde éducatif, au delà de la nécessité que représentait une telle annonce, dans la perplexité et une certaine frustration. Il convient tout d'abord de clarifier ces 45 000 « recrutements ». En effet, de 25 000 à 27 000 ne seront que des reconductions d'emplois existants (le ministère n'étant pas même en mesure de les chiffrer !). Ainsi donc, c'est uniquement entre 18 000 et 20 000 postes nouveaux qui seront créés.

Quant à la nouveauté, il faut le dire vite ! Les habitués du service public d'éducation n'ont pas oublié la présence des emplois jeunes du gouvernement Jospin et ses aides éducateurs, auxquels avaient succédés les assistants d'éducation (avec l'insuccès de recrutement que l'on sait !). Ils n'ont surtout pas oublié la formidable mobilisation de tous les personnels de l'éducation nationale au printemps 2003, dont l'une des revendications principales était d'éviter la suppression doctrinale par les dogmatiques et libéraux gouvernements Raffarin des aides éducateurs. Le mépris affiché à l'époque par Luc Ferry et Jean-Pierre Raffarin n'a d'égal que la candide innocence avec laquelle le gouvernement de Villepin vient nous annoncer en grande pompe sa « trouvaille » de la rentrée. Nul doute que les enseignants auront de la mémoire avant de pouvoir exprimer dans les urnes leur rancœur.

 

Mais à y regarder de plus près, les postes qui vont être pourvus à la rentrée manquent singulièrement d'ambition et de sérieux. Tout d'abord, les contrats proposés ne vont que de six mois à deux ans (contre jusqu'à cinq ans pour les aides éducateurs). De plus, aucune qualification (pas même le bac comme c'était auparavant le cas !) n'est exigée. Mis en parallèle avec la diminution constante du nombre d'enseignants depuis trois ans, force est de constater une dévalorisation croissante de l'Ecole républicaine et des exigences qu'elle se doit de véhiculer. Et ce n'est pas la formation promise qui permettra aux titulaires de ces « emplois de vie scolaire » d'avoir les capacités d'accompagnement et d'encadrement nécessaires à la gestion de groupes d'élèves.

Il est intéressant de constater qu'une fois de plus, cette mesure court sur plusieurs mois et que de fait, ces postes ne seront pas pourvus à la rentrée. Or on sait très bien que c'est dans la réussite d'une rentrée au sein d'un établissement que se situe la clé d'une année scolaire apaisée et pacifiée, propre ensuite à la mise en place d'un enseignement de qualité durant les cours. Car contrairement à ce que l'on peut croire en voyant avec quelle légèreté les gouvernements successifs gèrent ces emplois d'encadrement, c'est l'un des facteurs fondamentaux de réussite qu'ils recouvrent. Ainsi, si les enseignements sont dispensés face à des élèves par un professeur dans une salle de classe, la tenue du groupe durant le cours dépend pour partie non négligeable de la vie des enfants dans leur journée. Or celle-ci a lieu dans l'établissement et se doit donc d'être encadrée et couverte par des valeurs éducatives.

 

A cette annonce de recrutement de vie scolaire a été couplée le lancement par le Ministre de l'emploi (en l'occurrence ministre bis de l'Education Nationale !) Jean Louis Borloo de 200 projets de « réussite éducative » qui sont censés apporter un «  soutien individualisé et personnalisé aux jeunes en fragilité en prenant en compte la globalité de leurs difficultés scolaires, sanitaires et sociales  ». Là encore, n'ayons pas la mémoire courte.

La décentralisation si chère à M. Raffarin et à la Droite en 2003 poussait hors des établissements les infirmières et les conseillers d'orientation psychologue. Les personnels de l'Education Nationale, bien conscients du lien social et de la mission éducative de ceux-ci, se sont mobilisés durant des mois pour défendre leur maintien au sein des établissements.

Et après que les personnels eurent sondé le mépris du gouvernement (et des média qui n'ont jamais présenté ces luttes que comme une défense d'intérêts catégoriels !) sur ces sujets, ils voient aujourd'hui l'équipe de Villepin, formée par peu ou prou les mêmes personnes, non pas reconnaître son erreur d'appréciation antérieure, mais avoir au contraire l'outrecuidance de présenter de telles mesures comme une avancée significative qu'ils octroient à l'Education Nationale.

 

Il est donc nécessaire de garder du recul sur les effets d'annonce que représentent ces emplois de vie scolaire et ces projets de réussite éducative. La marche arrière forcée qui a eu lieu depuis 2002 avait entraîné une situation explosive dans nombre d'établissements.

Les mesures annoncées ne comblent pas totalement les pertes constatées depuis trois ans. Elles n'en étaient pourtant pas moins nécessaires. Ce saupoudrage ne correspond en rien à la vision d'une Ecole républicaine et ambitieuse, à même de créer les conditions de la réussite et de l'égalité autour de personnels compétents, qualifiés et stables, non plus vus comme des nantis, mais enfin comme des personnes dévouées à la réussite de leurs élèves.

 

François COCQ
Membre de l'AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée)
Août 2005
www.agaureps.net