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Lutte contre les inégalités sociales à l'Ecole : reprendre l'offensive |
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Je retiendrai de la mobilisation lycéenne la grande maturité dont elle a fait preuve. Non seulement les lycéens ont rejeté les mesures rétrogrades contenues dans le projet de loi Fillon, mais en plus ils ont su ne pas se laisser étourdir par le retrait de la réforme du baccalauréat alors qu'au second plan le ministre imposait la saignée en matière de postes (dotations horaires globales des établissements amputées de dizaines de milliers d'heures). Fin mars 2005, ils se mobilisent contre la casse du service public d'éducation au nom de la lutte contre les inégalités scolaires. Du mot d'ordre de maintien des TPE (travaux personnels encadrés) en classes de 1 ère et terminale à celui de défense du service public, quel beau parcours! Surtout si on prend en compte leur souci constant de faire converger leur lutte avec celle des enseignants et des parents. Tout ceci doit nous conduire à tenter de mieux cerner ce qui a pu susciter une telle mobilisation de leur part.
Parmi plusieurs explications plausibles, j'aurai tendance à privilégier la piste, des inégalités sociales à l'Ecole ou autour de l'Ecole telles qu'elles peuvent être vécues par la majorité des lycéens, ce qui n'exclut pas une prise de conscience des répercussions de ces inégalités bien avant l'entrée au lycée. Certes, 63% d'une classe d'âge atteint le niveau bac (notons au passage que ce taux plafonne depuis la fin des années 90), cependant parmi les 2,22 millions d'élèves fréquentant le lycée en France, 700 000 sont en lycée professionnel et un peu plus de 1,5 en lycée général. Il est à remarquer qu'en amont, 170 000 élèves (soit 10% des effectifs de 4 ème et 3 ème ) suivent une scolarité hors cursus ordinaire. Il y a là une première ligne de fracture d'autant que ces orientations ne correspondent pas toujours à des choix volontaires. Deux indices pris à la volée : l'absentéisme est le double en lycée professionnel qu'en lycée général et la provenance scolaire des casseurs de la manif du 8 mars ne fait pas mystère. Je tiens à préciser qu'il s'agit là de comportements à la marge, la majorité des lycéens de LP n'ayant pas de leur parcours qualifiant une image aussi négative, loin s'en faut. La deuxième ligne de fracture est de l'ordre de la territorialisation de l'éducation et renvoie au manque de mixité sociale et à la ghettoïsation de certains publics scolaires. A cet égard, le refus des communes de droite d'appliquer les 20% de logements sociaux est la marque d'un anti-républicanisme cynique; cette position conservatrice grève lourdement les politiques de la ville qui devraient avoir pour objectif de « faire société ». Toutefois, une étude conduite par Denis Laforgue, chercheur en sciences sociales à l'Université de Savoie, nous rappelle que, pour une part, la ségrégation des publics scolarisés subie par certains établissements tient à la définition par l'administration de l'Education nationale de leur secteur scolaire et de leur offre de formation. Qui plus est, pour certains districts, cette carte scolaire ségrégative irait au-delà des simples inégalités socio-spatiales. De son côté l'équipe de chercheurs dirigée par Georges Felouzis, professeur des universités à Bordeaux II, met en relief la polarisation sociale et ethnique des collèges dans l'académie de Bordeaux. Même écho chez le sociologue François Dubet, personnage il est vrai plus enclin à rendre coupable les enseignants de bon nombre de dysfonctionnements (ô délit d'initiés) que de pointer les vrais responsables, pour qui l'offre scolaire est loin d'être égale et homogène et qui constate que l'école traite moins bien les établissements des zones défavorisées. Bien entendu inspection académique ou rectorat n'adoptent pas sciemment une posture manichéenne en la matière mais essaient prioritairement de rendre adéquates la demande des familles (surtout celles les plus mobilisées scolairement) et l'offre de formation pour un territoire donné. Les contraintes auxquelles les usagers confrontent nos décideurs sont fortes d'autant qu'il faut limiter les fuites vers l'enseignement privé et rester dans des coûts « budgétairement acceptables ». Paradoxalement, c'est presque de loi du marché qu'il s'agit puisque l'administration cherche avant tout à tenir compte des attentes et même à les anticiper. Cette posture de réponse à la demande sociale (celle des catégories sociales qui savent peser sur le système) adoptée par l'administration aboutit à reproduire et parfois même à aggraver, au sein des établissements scolaires, les disparités sociales existant entre les espaces urbains. Il paraît nécessaire que les décideurs (et peut-être pas seulement ceux de l'administration) aient un sursaut républicain et ne confondent pas étude de marché et établissement de la carte scolaire.
Revenons à nos lycéens. Ne serions-nous pas en présence de deux types de populations aux intérêts non antinomiques a priori mais aux perceptions d'avenir sans doute qualitativement différentes qui induisent des postures réactives elles-aussi différentes. D'un côté, ceux qui se pensent relégués (dont un certain nombre dispose d'un bagage linguistique réduit à 400 mots), adoptant plutôt une posture de désespérance ou de haine vis à vis de groupes sociaux qui leur paraissent mieux lotis qu'eux et se livrant à des actes inadmissibles. De l'autre, ceux qui se perçoivent comme vulnérables, mais qui, par leur capital social et culturel sont portés à prendre une posture au moins plus militante et dans tous les cas plus citoyenne. Ne surestimons toutefois pas l'importance numérique de la première population. Alors qu'un certain nombre d'adultes responsables politiques ou membres de la haute hiérarchie de l'administration de l'éducation nationale (quand ce discours n'est pas relayé par une partie des professeurs) parle, le plus souvent en toute bonne foi, d'égalité des chances (un leurre !) plutôt que de réussite pour tous , les jeunes constatent, et ce, depuis leur cursus en collège, que la sélection se pratique de façon sournoise (en fait, cette dernière agit en sourdine depuis les premières années de la scolarité et il n'est point besoin qu'elle prenne les apparences de filières pour en être moins effective). Ajoutons à cela un baccalauréat qui n'est plus perçu comme un sésame ouvrant à tous les choix possibles d'études supérieures, un premier cycle universitaire marqué par de nombreux échecs ou abandons et enfin un taux de chômage des jeunes particulièrement élevé en France (18% chez les 16-29ans) ; tout cela dans un contexte de compétition exacerbée et de capitalisme agressif prônant l'individualisme. D'ailleurs les résultats de la recherche sur les destinées sociales, menée par Dominique Goux et Eric Maurin et publiés fin août 2004 par l'INSEE, tendent à montrer que le diplôme aurait un rôle de moins en moins important au fur et à mesure de l'avancée dans la carrière et qu'au contraire le poids relatif de l'origine sociale irait croissant. Les mêmes, dans une autre étude de l'INSEE publiée le 19 octobre 2004, font valoir que l'effet des revenus des parents, sans être le seul facteur de réussite scolaire, n'en est pas moins considérable, supplantant le capital scolaire familial. Dès lors, il apparaît difficile de rester surpris par le ressentiment ou l'inquiétude manifestés par la jeunesse lycéenne. N'oublions pas non plus les 107 000 jeunes qui sortent du système éducatif sans diplôme (hors Brevet) et sans qualifications, et qui d'après une étude du CEREQ, ont pour 63% d'entre eux un père appartenant aux catégories professionnelles ouvriers ou employés et pour 16% d'entre eux un père né au Maghreb.
En matière d'inégalités sociales à l'école, qui ne dit mot consent, qui ne fait suivre ses paroles d'actes joue les Tartuffe. Procédons à un arrêt sur image à propos du caractère insidieux de la sélection scolaire . En termes de causalité, je n'évoquerai ici que les facteurs n'ayant pas à voir avec les pratiques pédagogiques des enseignants. Il est évident que celles-ci peuvent tendre à renforcer les inégalités sociales à l'école mais je diffère mon propos à ce sujet. De multiples études (en particulier les travaux des sociologues Eric Maurin, Agnès Van Zanten, Marie Duru-Bellat) montrent, chacune dans leur domaine spécifique, en quoi la répartition très inégalitaire du capital financier, social, cognitif et culturel a des répercussions sur la scolarité des élèves et ce très tôt. En matière de logement, d'accès aux soins et de suivi sanitaire les inégalités se répercutent directement sur la scolarité des élèves ; ainsi, le retard scolaire est double chez les enfants ne bénéficiant pas d'une chambre isolée pour travailler et ceux-ci ont une santé plus précaire. Mais en amont, durant la période de la petite enfance , les facteurs d'éducation familiale jouent à plein dans la constitution du capital cognitif et affectif. Quand on sait le poids des conditions économiques et sociales (mais aussi celui du capital culturel de la cellule familiale ) sur les possibilités réelles des parents d'aider au développement de leur enfant dans les domaines cognitif (notamment l'acquisition de conduites langagières riches et variées, d'une part, de matériaux linguistiques et de postures métalinguistiques, d'autre part), moteur et affectif, il ne me paraît pas politiquement responsable de renvoyer chaque famille défavorisée au sort qui lui est fait. Il est donc urgent d'accroître les possibilités d'accueil de la petite enfance et de garantir la qualification des personnels chargés de sa prise en charge. Autre impératif : alléger les effectifs des classes d'école maternelle et dédoubler au plus vite les effectifs de grande section, prioritairement dans les zones défavorisées, car de la prise en compte des premières difficultés des enfants en matière langagière dépendra leur réussite au CP (je fais référence ici aux travaux d'Alain Bentolila, ancien président de l'Observatoire National de la lecture ). C'est pourquoi une République qui se veut sociale (mais peut-il en être autrement ?) se doit d'investir massivement dans un service public de la petite enfance et dans son école maternelle. A l'université, on retrouve aussi de profondes inégalités et là aussi un plan d'urgence s'impose pour démocratiser réellement l'enseignement supérieur. En premier lieu, il faudrait faire en sorte que plus d'étudiants bénéficient de l'allocation d'étude. Mener à la fois un travail salarié, parfois à plein temps, et des études conforte l'immense gâchis des premières années. D'autres mesures concernant l'amélioration de l'encadrement sont aussi à envisager rapidement. Entre petite enfance et université, l'enseignement primaire et secondaire étaient en droit d'attendre que les baisses d'effectifs donnent lieu à l'attribution de plus de postes que de classes, ce qui aurait permis aux établissements, avec si nécessaire l'appui ou le conseil d'équipes ou de personnels « experts » dans le domaine de la grande difficulté ou du décrochage scolaires, de bénéficier de meilleures conditions pour réduire sensiblement l'impact des inégalités sociales à l'école. C'était trop demander à un pouvoir agrippé à ses choix libéraux et soucieux d'économiser ce qu'il consent encore à investir dans le système scolaire.
Autre façon de réduire les inégalités sociales ayant une incidence sur les apprentissages scolaires, c'est d'amplifier les missions et d'accroître les moyens du périscolaire . Les enjeux y sont importants en matière d'aide aux devoirs et d'activités sportives mais aussi d'intégration sociale ; mais il me semble que la priorité devrait être donnée à la réduction de la fracture culturelle . L'école ne peut à elle seule édifier la culture commune de ses élèves, surtout, lorsqu'à l'extérieur, les produits proposés par « l'internationale de la distraction », à but lucratif évidemment, se situent bien souvent à l'opposé des valeurs immanentes aux objets culturels proposés à l'étude en milieu scolaire. Un grand nombre d'enfants et adolescents de milieu défavorisé (mais pas seulement), passent plus de temps à « gober » ces produits séduisants mais redoutables en termes d'addiction qu'à découvrir les différents modes d'expression culturelle inscrits dans l'histoire de l'humanité. Il y a là certainement à multiplier les occasions de fréquentation des lieux culturels mais aussi à rapprocher les diverses formes culturelles de ces publics défavorisés (et des autres !). Toutefois, cela ne saurait suffire : un accompagnement en amont et en aval est nécessaire, des médiations s'avèrent incontournables tant les pratiques sociales et culturelles de certaines catégories de la population peuvent s'avérer très éloignées des objets culturels appartenant au patrimoine de l'humanité à visée émancipatrice. Une République qui veut arrimer solidement « sa jeunesse » à des repères culturels communs se doit, aussi, hors les murs de l'école (1), de s'en donner les moyens, humains, en mobilisant des « hussards » promoteurs et médiateurs de la culture, matériels, en facilitant l'accès aux lieux de création et d'expression culturelles et en rapprochant ces lieux si ce n'est en les implantant au cœur d'un habitat rénové et plus mixé socialement. J'entends par facilitation autant les aspects strictement matériels (transport, accès gratuit ou à tarif réduit, …) que les aspects pédagogiques (modes de présentation ou d'accès adaptés aux publics). Soit la République consent à cet effort, soit elle perdra petit à petit, mais inexorablement, ses territoires au profit du mouvement conjoint de la culture Hollywood-MacDo-Nintendo et des cultures communautaires. C'est peu dire l'effort que la République doit consentir si elle veut continuer à transmettre le « don des morts ». Je ne voudrais pas conclure sur ce sujet en laissant penser que seules les banlieues paupérisées doivent retourner dans le giron de la République. Il me semble que les riches communes de l'ouest parisien (et d'ailleurs), dont les édiles sont plus prompts à sous-traiter les services au privé qu'à garantir la mixité sociale en matière de logement, requièrent notre vigilance pour redevenir citoyennes, c'est à dire membres à part entière de la cité républicaine, avec ses droits et ses devoirs.
Après ce bref panorama des inégalités sociales à incidences scolaires, que dire du plan Fillon ? Même si certains objectifs comme l'accès de 50% d'une classe d'âge à un diplôme de l'enseignement supérieur ou la mobilisation autour des enfants et adolescents en difficulté sont tout à fait louables, il n'empêche que bien des mesures du plan ministériel relèvent soit :
- du pur effet d'affichage : des bourses au mérite dans le secondaire qui ne concerneraient que 75 000 élèves sur les 5,6 millions qui fréquentent ce niveau d'enseignement aux équipes éducatives dont on ne connaît ni le nombre, ni les moyens dont elles disposeront pour effectuer les 3 heures de soutien quand on sait le nombre de RASED (2) incomplets et le taux de couverture lui aussi insuffisant, n'est-ce pas l'effet d'annonce qui a prévalu?
- d'une approche pédagogique erronée primat à la pédagogie réparatrice, au soutien, à la répétition sur la différenciation pédagogique, la diversification des approches didactiques, l'apprentissage mutuel, le tutorat, la prise en compte des styles d'apprentissages, la mise en œuvre d'aides adaptées. - préférence pour l'aide personnalisée souvent externalisée et même médicalisée (voir plan Borloo et proposition de loi du député UMP Bénisti à propos du traitement de la délinquance) par rapport à la baisse des effectifs, aux dédoublements, aux travaux en petits groupes qui permettraient aux élèves de se retrouver moins souvent en difficulté ou en décrochage scolaires dans la mesure où l'enseignant bénéficierait de meilleures conditions pour varier ses dispositifs pédagogiques et prendre en compte les difficultés d'accès aux savoirs ou les différences de rythme de chacun sans pour autant renvoyer l'élève à une prise en charge externe. Je rappellerai à ce sujet la conclusion des travaux de Thomas Piketti : la réduction des effectifs d'une classe entraîne une amélioration sensible des performances des élèves. Voilà qui vient relativiser l'évaluation négative du dédoublement des 500 CP à l'initiative de Luc Ferry.
- d'une fâcheuse tendance à réduire le socle de base au lire/écrire/compter et à vouloir sélectionner les élèves plus tôt (options et module professionnels en 3 ème ).
On est donc bien loin des mesures d'ampleur qu'exigerait un réel souci de réduire les inégalités et d'assurer la réussite à tous, je n'évoquerai pas le plan Borloo, Francis Daspe l'ayant analysé fort pertinemment tout récemment (3). On peut toujours discuter dans le détail le projet de loi Fillon mais chacun pressent bien que c'est sur la volonté politique à dégager les moyens suffisants que le bât blesse. Rappelons que la part du PIB dévolue aux dépenses d'éducation en France ne cesse de baisser depuis 1997 et que les choix budgétaires favorisent la répression au détriment de la prévention.
Alors, où sont les blocages majeurs ? Essentiellement dans les choix politiques qui privilégient une soi-disant compétitivité des entreprises (on pourrait d'ailleurs discuter les critères gouvernementaux de cette compétitivité) au détriment du niveau de vie de la population, de sa capacité à vivre ensemble, du fonctionnement des services publics et des réponses à apporter aux besoins sociaux : prise en charge en matière de petite enfance et de grand âge, lutte contre les discriminations, couverture des besoins en matière de santé, d'éducation, de culture, …. L'Europe de Maastricht, d'Amsterdam, de Barcelone et de Nice n'a pas su nous protéger du moins-disant social et la spirale de l'ultracompétition européenne et mondiale peut emporter tous nos acquis sociaux et réduire nos services publics à une peau de chagrin. Aussi nos gouvernants ne cessent-ils d'accroître l'externalisation des coûts liés au fonctionnement de l'économie libérale. Alors que ceux-ci devraient revenir logiquement aux entreprises ou aux branches professionnelles, les politiciens libéraux relaient la demande du grand patronat consistant à reporter les charges indues sur les citoyens : part de la couverture sociale très inégalement répartie, coût du chômage et des plans sociaux, primes à l'emploi ou à l'installation (type zones franches), exonérations fiscales, cotisations URSSAF non honorées, allégements de charges, coût des infrastructures à usage industriel ou commercial, frais de dépollution, une partie du coût de la recherche appliquée… Certains économistes chiffrent ce manque à gagner pour la nation à plusieurs dizaines de milliards d'euros auxquels il faudrait ajouter celui dû à la fraude fiscale, à l'impôt sur la fortune trop peu progressif et bien en-deçà de sa rentabilité potentielle (en prenant toutefois en compte la préservation de l'outil de travail et ce qui a rapport au patrimoine historique et culturel), aux baisses d'impôts favorables aux plus hautes tranches, à l'impôt sur les sociétés encore diminué, … Parallèlement à ce rapt financier, les bénéfices nets des entreprises du CAC 40 n'ont cessé d'augmenter : 54 milliards d'euros cette année. Cet argent, c'est aussi celui des salariés ; ils sont en droit de demander non seulement un véritable intéressement mais aussi que l'Etat en prélève une juste part pour pouvoir répondre aux besoins de leurs parents ou enfants ainsi que pour assurer des services publics de qualité. Mais ce modèle républicain de redistribution est aux antipodes du modèle libéral. Des marges de manœuvre financières existent donc et pas seulement en recomposant les dotations budgétaires de chaque ministère. D'autant que si la volonté de croissance économique (thèse de Jean-Paul Fitoussi, directeur de l'OFCE)) était réelle chez nos décideurs, les marges seraient encore plus confortables.
Sur ce thème des inégalités, je voudrais terminer en défendant l'idée de revenus a-maxima (idée avancée par le philosophe François Galichet). La position libérale, qui a fait trop longtemps consensus, consiste à dire que les très hauts revenus sont la récompense d'efforts ou de talents consacrés par le succès économique. Or nous pouvons constater qu'une majorité de Français sont indignés par l'énormité des sommes qui reviennent aux dirigeants ou aux vedettes tant ces revenus démesurés induisent des modes de vie, des préoccupations et des fréquentations qui éloignent leurs bénéficiaires de la condition du commun des mortels et qui les placent hors de la communauté d'intérêts, hors de la « chose commune » c'est-à-dire hors de la République. Lorsqu'un mécanisme aboutit par ses excès, à positionner une frange de la population, si petite soit elle, en dehors de la communauté démocratique et républicaine, alors il faut extirper le mécanisme. Il en va de la crédibilité de tout le système. Trop d'inégalités et surtout trop d'inégalités démesurées finissent par empêcher le « faire société », ciment indispensable à la nation. Illustrons ce propos par l'attitude du président de la firme coréenne Samsung Electronics. Celui-ci flanqué de quatre-vingts courtisans a loué trois des pistes de ski de la station de Courchevel avec ses six moniteurs au prix moyen de 1300 euros l'heure. Qu'auraient envie d'hurler nos jeunes lycéens (et nous avec) : crime de lèse-République! Ah ! me direz-vous, l'exemple est mal choisi, le PDG en question est coréen et donc pas assujetti à respecter un minimum de conditions de vie communes avec le peuple français. Ne soyez pas mauvais joueur ou bien je déterre l'affaire Gaymard…
(1) les orientations sur la politique d'éducation artistique et culturelle parues au B.O n°5 du 3 février 2005 constituent certainement la base d'une coopération intéressante entre éducation et culture. Il faudra tout de même juger sur pièces. (2) RASED : Réseau d'Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté. (3) Se référer aux Actes de la réunion de travail de l'AGAUREPS-Prométhée intitulés La loi Borloo dite de « cohésion sociale par Francis DASPE, Mars 2005.
Philippe LAGUERODIE Membre de l'AGAUREPS-Prométhée |
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