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Itinéraires de découverte au collège: |
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| Aux dires mêmes du ministre de l'Education nationale, Jack Lang, les itinéraires de découverte constituent un élément essentiel des nouvelles mesures d'application de la réforme des collèges. D'ores et déjà, cette création des itinéraires de découverte suscitent foison d'interrogations et de craintes qui semblent pour le moins légitimes. De quoi s'agit-il réellement ? D'abord, les itinéraires de découverte s'adressent aux élèves du cycle central du collège, c'est à dire aux classes de 5° et de 4°. Ils doivent associer deux enseignants de deux disciplines différentes. Pour cela, deux heures sont inscrites dans l'emploi du temps de la classe. Deux itinéraires de découverte par an devront être choisis par chaque élève dans la liste de thèmes définis et relevant de quatre domaines ( nature et corps humain, arts et humanités, langues et civilisations, création et techniques ). Dans le cadre de leur évaluation, ils seront intégrés au contrôle continu du Brevet des collèges, même si pour l'instant, le flou demeure à ce sujet. Toute réforme doit être appréhendée à
l'aune des intentions de ses concepteurs. Celles-ci peuvent être
classées en deux catégories : les intentions proclamées
et les intentions inavouées ou masquées. Les premières
confortent la traditionnelle langue de bois ministérielle mâtinée
de démagogie tandis que les secondes font l'objet d'une véritable
mystification qu'il convient de dénoncer sans ambages. Si la filiation est assumée et revendiquée, par contre,
la fin de la phrase (" mais avec un ancrage disciplinaire ")
pose problème et peut faire sursauter. Car là commence la
mystification à laquelle se livre une fois de plus le ministère.
Les conséquences de cette baisse évidente des horaires d'enseignement pour les élèves par le recours systématique aux horaires-plancher et de l'appauvrissement des savoirs fondamentaux résultant de l'éparpillement des apprentissages et des connaissances remettent en cause gravement le principe de méritocratie scolaire. En clair, il est nécessaire de se demander qui seront les perdants dans cette histoire. Ce sont les enfants issus de familles modestes qui ont le plus à perdre de la perte d'exigence et de rigueur dans la transmission des savoirs disciplinaires de base, dans la dilution de ces derniers à travers de vagues projets se disant transdisciplinaires ou interdisciplinaires, pour mieux étouffer l'exigence des savoirs spécifiques à chaque matière d'enseignement. Car pour ces enfants issus de familles modestes, vivier traditionnel de l'élitisme républicain que promouvait la méritocratie, l'école reste le seul recours légal afin de prétendre à une promotion sociale. Ne bénéficiant pas ou peu des incitations dans le cadre familial, l'école reste le seul et unique lieu d'acquisition des connaissances. Or, les itinéraires de découverte concourent à une transmission minimaliste des savoirs fondamentaux, ce que d'autres qualifient en d'autres termes de " smic culturel ". Le sociologue François Dubet, dont l'influence pernicieuse affleure dans les mesures ministérielles, le reconnaît à demi-mot. Pour réfuter ce risque, celui qui avait piloté la grande consultation sur le collège de 1999 avance que " rien n'interdit aux élèves qui le veulent ou le peuvent d'aller plus loin que ces savoirs élémentaires ". Les élèves ne possédant pas le suivi et l'accompagnement dans leurs familles, dépourvus des incitations culturelles au quotidien ou même de la motivation nécessaire à l'âge de 12 ou 13 ans où rien n'est encore définitif, seront-ils tentés d'aller plus loin que ces savoirs élémentaires de plus en plus réduits à la portion congrue ? Un accroissement des inégalités scolaires établies sur des bases socio-culturelles en résulterait inévitablement, situation d'autant plus redoutable que tout est fait pour en occulter la réalité aux principaux intéressés, par des dispositifs, séduisants au premier abord, mais en fait démagogiques. La possibilité d'un enseignement à la carte vers laquelle on se dirige (15% des enseignements de la classe de 3° seraient choisis par l'élève et proposés sous forme optionnelle, ce qui ne peut qu'entraîner une diminution des horaires du tronc commun) aggrave les écarts sociaux. Au restaurant, quand on constitue son propre menu à la carte, ce sont toujours les déjà nantis qui mangent le mieux et le plus ! Quand François Dubet pense se faire rassurant en déclarant que si " la culture commune est un socle, l'encyclopédisme reste un horizon possible " sait-il seulement que le possible est bien souvent fortement discriminé socialement ? Cette logique infernale peut être facilement démontée en confrontant ces mesures à une phrase de Ségolène Royal du temps où elle sévissait à l'Education nationale. Elle invitait à " abandonner le soutien scolaire dans les matières où les élèves sont en échec grave et répété, pour se concentrer sur celles où ils sont en situation de réussir afin de valoriser leurs domaines d'excellence ". En fait, cinq tours de terrain pourraient se substituer à l'apprentissage forcément fastidieux des règles grammaticales, de l'orthographe ou des factorisations. N'y a-t-il pas de mépris plus manifeste que de considérer les élèves en difficulté à l'égal de Forrest Gump au prétexte de valoriser leurs domaines d'excellence ? L'école de la République est bel et bien menacée par toutes ces divagations et autres vaticinations qui instituent au rang de vertu et de dogme absolu le renoncement à dispenser un enseignement digne de ce nom. Quelle mystification éhontée ! Si l'obsession ministérielle à amputer les horaires d'enseignement,
à réduire de manière continue les exigences scolaires,
à minimiser la valeur des contenus disciplinaires et des disciplines
elles-mêmes, ne se dément pas, il est une autre marotte qui
s'exprime pleinement à travers les mesures préconisées
: la transformation de l'enseignant en animateur polyvalent au détriment
de la transmission des connaissances. Il s'agit en l'espèce d'une
vieille antienne de la part des pédagogistes qui s'évertuent
depuis plusieurs décennies à réformer, ou plutôt
dénaturer l'enseignement. François Dubet avoue sans ambages
que " la principale poche de résistance résulte de
la part d'enseignants formés en tant que spécialistes pointus
d'une discipline et que " cela soulève le problème
de la définition du métier d'enseignant ". C'est à
la lueur de telles assertions qu'il faut comprendre les mots d'ordre récurrents
du travailler autrement, de l'interdisciplinaire, voire de la transdisciplinarité,
qui, sans cet arrière fond idéologique, apparaîtraient
comme des objectifs tout à fait louables. En cela réside
la mystification que nous dénonçons fermement. Les itinéraires
de découverte ne sont en réalité qu'une concession
de plus au pédagogisme ambiant qui sape les fondements de l'institution
scolaire républicaine. La mise en place des itinéraires de découverte participe,
à son niveau, de cette grande mystification dont un nombre croissant
de personnes commence à prendre la mesure. " Dis réforme,
pourquoi as-tu de si grandes dents ? C'est pour mieux de manger ",
tel pourrait être un dialogue entre l'Ecole et la Réforme.
Au moins, cet échange aurait le mérite d'être clair
et sans la moindre ambiguïté. Car, dans ce domaine, le flou,
l'inextricable règnent trop souvent. Un sommet a été
atteint en 1999 à l'occasion du débat national sur le collège.
Dans son rapport, François Dubet préconisait de passer "
du collège unique au collège pour tous et pour chacun ".
Entre les deux, nous ne percevons aucune différence significative.
Si nous avions voulu illustrer ce que sont ce besoin irrépressible
de réformite et cette inclination à la mystification caractérisant
le pédagogisme, il est probable que nous n'aurions pas trouvé
mieux que ce slogan vide de sens. Francis DASPE |
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