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Entre évitement social et consumérisme : les flux public-privé dans l’enseignement |
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| Les récents mouvements de grèves du printemps 2003 ont eu pour effet de remettre au goût du jour la question des flux d’élèves entre l’enseignement public et son homologue du privé. A en croire certains prêts à brader allègrement les services publics, les flux seraient massifs et s’effectueraient de manière unilatérale : du public en direction du privé. Il convient de rétablir quelques réalités afin que la confusion ne s’installe insidieusement. Il s’agit de minimiser en premier lieu le supposé irrésistible
attrait dont bénéficierait l’enseignement privé.
Les réalités chiffrées sont têtues : l’enseignement
catholique, qui représente 95 % de l’enseignement privé
en France, a vu ses effectifs croître cette année de 0,6
%. Bien peu pour parler de vague ou de déferlante ! La compréhension de ces mouvements parfois contradictoires passe
par la recherche des motivations des parents. Les motivations effectives,
aimerions-nous ajouter, tant les raisons traditionnellement et rituellement
avancées ne rendent compte qu’imparfaitement de la réalité.
C’est le cas par exemple de la volonté de trouver des structures
plus restreintes, à taille humaine, ou d’être davantage
associé comme membres de la communauté éducative
au suivi de son enfant. Même les stratégies d’évitement
social, pourtant fort à la mode pour les sociologues, ne sont pas
majoritairement déterminantes dans ces processus. L’explication est donc à rechercher aussi ailleurs. Les
pratiques de plus en plus consuméristes de parents inquiets de
l’avenir de leurs rejetons doivent être avancées. Les
parents réagissent en clients de l’institution scolaire,
investissant en fait pour la réussite de leurs enfants. L’élément
le plus attractif de l’enseignement privé réside dans
la notation plus qu’élastique, pour ne pas dire franchement
laxiste et démagogique qui s’y pratique dans la plupart d’entre
eux. C’est cela qui est complaisamment appelé « projet
pédagogique mettant au centre, non pas l’élève,
mais l’enfant, appréhendé dans sa globalité
» (sic !). Les familles paient et investissent, elles seront satisfaites
et rétribuées en retour, le client étant roi : les
enfants auront des bonnes notes, tout en s’évertuant à
donner l’impression à tous que les notes résultent
d’un travail et d’un accompagnement sérieux, en somme
d’une remise en ordre salutaire. En fait, bien souvent, l’adaptation
au niveau de l’élève par la mise en place de cursus
différenciés en fournit l’explication logique. Ne
demandez plus à un élève du privé s’il
a de bonnes notes (il en a forcément par la grâce du rapport
marchand qui s’instaure), demandez-lui plutôt (sournoisement…)
quel cursus il fait ! A l’arrivée au lycée, l’affaire se complique
notoirement. L’horizon est le bac. Or, jusqu’à preuve
du contraire, du moins pour le moment, (car la volonté d’y
introduire une dose de contrôle continu, ne serait-ce que par le
cheval de Troie que constituent les TPE ou travaux personnels encadrés,
est manifeste depuis quelques années), le baccalauréat reste
un examen anonyme. Point de contrôle continu ! C’est à
cet instant qu’il devient nécessaire de réaffirmer
une évidence connue par la grande majorité des « zappeurs
» du système éducatif : globalement, le niveau d’enseignement
dispensé dans les établissements publics est supérieur
à celui des établissements privés. La chose s’explique
notamment par un niveau de qualification et de formation des enseignants
du public indiscutablement plus élevé. Les lycées
d’élites du privé ont leurs équivalents dans
le public. C’est cela qui justifie que de nombreux parents bien
informés, les « initiés » du système
éducatif national, fassent le chemin inverse (on n’ose pas
dire leur chemin de Canossa ou de croix!). Francis DASPE
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