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L'école aujourd'hui

Le malaise gronde, la rumeur grossit, s'intensifie progressivement au sein des personnels enseignants mais aussi, et c'est une nouveauté, tout autour, dans la conscience de gens qui réalisent l'impasse dans laquelle on place notre système éducatif, l'erreur d'orientation qu'on donne à l'Ecole. Alors il est souvent de bon ton de remettre en cause l'Education Nationale et nombreux sont ceux qui, jusqu'alors, par des cycles de Kondratieff pédagogiques, se sont alloués ce droit dont ils ont fait plus ou moins bon usage. Mais aujourd'hui, ce n'est pas par simple mimétisme périodique que nous réclamons un changement profond de direction pour l'Ecole. La société a évolué ces dernières années de façon telle que l'Ecole n'est plus confrontée aux mêmes élèves qu'il y a quelques années encore, qu'on ne lui assigne plus le même rôle, les mêmes tâches, voire les mêmes objectifs, et pour autant, tout en étendant ainsi son domaine de compétence, on réduit les moyens de ceux qui la font. C'est ce simple constat qui saute aux yeux de tous ceux qui, de près ou de loin, de leur place quelle qu'elle soit au sein du système éducatif, participent à la vie des écoles, collèges et lycées.

Les nouvelles prérogatives auxquelles l'Ecole doit faire face ne doivent pas constituer un point de blocage. Si le monde tel qu'il est nécessite qu'un rôle nouveau lui soit assigné, il ne fait pas de doute que l'Education Nationale pourra s'en acquitter. Mais c'est là tout le sens de notre propos, pas à n'importe quel prix. Ainsi, nous ne devons pas brader les valeurs de l'institution Républicaine qu'est l'Ecole. Nous ne devons pas, sous couvert d'adaptation à l'élève, lui faire perdre sa nature et son ambition première : être un vrai vecteur d'émancipation sociale. S'il est ambitieux d'amener le plus grand nombre à un seuil intéressant de scolarisation, d'éducation, ceci ne doit pourtant pas se faire en remettant en cause les exigences. Quels seraient alors ceux qui, de part leur naissance et leur appartenance à certains milieux, pourraient compenser le déficit de connaissances qu'on est en train de créer. Certainement pas les classes populaires et tous ceux pour qui l'Ecole représentait jusqu'alors le seul moyen de s'extirper de sa condition. En nivelant notre système par le bas, ce n'est pas le jeu des plus faibles que nous faisons, mais bien celui des tranches supérieures qui, tant au niveau de la famille qu'au niveau des soutiens qu'elles peuvent mettre en place, seront toujours à même de parfaire ce qui aura été ébauché.

Mais me direz-vous, ce faisant, ne risque-t-on pas de rebuter ceux qui déjà expriment ce refus de l'effort et de la volonté de travailler. Bien au contraire. C'est justement parce qu'on leur propose quelque chose qui leur semble très (trop ?) facilement accessible, que nombre d'élèves ont l'impression qu'un travail a minima assure un niveau suffisant de réussite. C'est cette attitude dont on se plaint au quotidien et que l'on retrouve ainsi de plus en plus à chaque étage de la société. Il faut réinstituer le mérite pour pouvoir ensuite le récompenser. L'Ecole, ce n'est pas de l'assistanat : elle a tout à offrir pour peu qu'on fasse l'effort pour l'obtenir. Et c'est cet état d'esprit qu'il va falloir redonner à nos élèves, à ces futures générations qui feront la France de demain.

Alors la question des programmes va revenir sur le devant de la scène, et ceci d'autant plus que le ministre fraîchement nommé a été l'une des têtes pensantes de ceux-ci ces dernières années. Enonçons donc haut et fort notre refus d'élagage à tout prix, de suppression avec pour seule ambition de supprimer. Par contre, il semble impératif qu'on nous donne les moyens temporels de les faire, et ce n'est pas par la réduction des horaires au profit des pseudo nouvelles façons d'enseigner, dont les itinéraires de découverte sont la dernière mixture, qu'on va y parvenir.

Pour tout ceci, il faut des actes, des mesures rapides, pour rendre à l'Education Nationale la place qui devrait être la sienne. Il n'est plus temps " d'attendre et voir " sous peine de détérioration du climat jusqu'à un point de non retour. Les enseignants d'aujourd'hui sont prêts à assumer pleinement leurs responsabilités. Ils sont l'Education Nationale et en tant que tels sont prêts à remplir pleinement leur tâche pour educare les enfants. Donnons leur en simplement l'autorisation et les moyens, ils n'attendent que cela...


François COCQ
Membre de l'AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
Mai 2002
www.agaureps.net