| L’article 4 de la loi du 11 juillet 1975 relative à l’éducation
portant le nom du ministre René Haby stipule que « tous
les enfants reçoivent dans les collèges une formation secondaire.
Celle-ci succède sans discontinuité à la formation
primaire […]. Les collèges dispensent un enseignement commun ». Ainsi était porté sur les fonts baptismaux ce qu’il
allait être convenu d’appeler le collège unique. Un
quart de siècle plus tard, le collège unique est bien souvent
considéré comme le maillon faible du système d’enseignement
français. Il suscite controverses et débats passionnés.
La mise en place du collège unique ne saurait se comprendre si
l’on ne fait référence à la situation de l’Ecole
prévalant dans les années 1960. Les CES, collèges
d’enseignement secondaire, se caractérisaient par une structure
fortement ségrégative en raison de leur hiérarchisation
en filières : la section I dite « lycées » préparait
au cycle long, la section II type collège conduisait au cycle court,
la section III était qualifiée « de transition ».
Ces critiques étaient puissamment relayées par les analyses
sociologiques de Pierre Bourdieu qui voyait dans l’Ecole une machine
à reproduire les inégalités sociales et à
favoriser les héritiers déjà dotés d’un
capital social, économique et culturel.
Si le thème de l’égalité des chances à
l’Ecole revenait de manière lancinante dans les discours,
le collège unique répondait aussi à d’autres
objectifs que ceux relevant de l’application d’une stricte
méritocratie. Il s’agissait de procéder au développement
culturel et à l’élévation du niveau de connaissances
dont la nation éprouvait le besoin pour faire face aux mutations
économiques. Il fallait en outre s’attaquer au problème
de l’intégration en resserrant les liens entre les différentes
catégories sociales et ethniques.
Le collège unique
ne constitue absolument pas une quelconque singularité française.
La volonté de donner une formation commune à tous les jeunes
d’environ 11 à 16 ans s’inscrit dans une vague de fond
commune à l’ensemble des pays industrialisés. Là
encore, nous pouvons affirmer sans crainte que les mutations économiques
caractérisées par l’essoufflement du mode de production
fordiste et par l’émergence annoncée des « cols
blancs » au détriment des « cols bleus » n’y
furent pas étrangères. En Grande-Bretagne les comprehensive
education, en Allemagne le gesantschule témoignaient
de cette tendance générale. On peut même remarquer
que la France s’y engagea avec un certain retard.
Les ambiguïtés relatives au collège unique
ne manquent pas. Elles tendent parfois à obscurcir la
vision et l’appréhension de la réalité. Indiscutablement,
le collège unique est une idée de gauche. La gauche politique
et syndicale en fit longtemps son cheval de bataille. Elle désirait
rassembler dans une même structure les enfants de la bourgeoisie
et les enfants du peuple. Des projets en faveur d’une « école
moyenne » avaient déjà été échafaudés:
le ministre du Front Populaire Jean Zay en 1936, le plan Langevin-Wallon
en 1945 manifestaient clairement cette ambition. La critique bourdieusienne
et les revendications soixante-huitardes prolongèrent le mouvement.
Ce sera pourtant un gouvernement de droite qui instaurera le collège
unique.
Mais son cheminement
ne sera pas pour autant linéaire. Dans une interview parue dans
Le Monde du 6 avril 2001, le ministre de l’Education nationale
de 1975, René Haby, concluait en affirmant que « si la
gauche n’a pas formellement abandonné le projet du collège
unique, elle a mené une politique de droite en supprimant dans
le collège tout ce qui n’était pas élitiste
». Autrement dit, le collège unique serait une idée
de gauche, mise en place par la droite, en partie dénaturée
et pervertie par la gauche au pouvoir, et qui donc serait devenue une
réalité de droite ! S’il n’est pas question
de trancher aussi abruptement, convenons que l’ambiguïté
atteint son paroxysme en la matière.
Toujours est-il que le
collège unique relève d’une immense ambition humaniste
qu’il serait profondément injuste de lui dénier. Son
but est de démocratiser la réussite, d’élever
tous les élèves à un niveau scolaire exigeant et
reconnu, de faire de l’école un ascenseur social garanti
et un lieu de brassage social fraternel. Rien que des intentions louables.
En cela, on retrouve le grand rêve démocratique de tous les
républicains sincères et des amis du genre humain, dans
le prolongement des philosophes des Lumières ou d’un Victor
Hugo cherchant « à civiliser le peuple et à le
soustraire de l’ignorance ».
Il n’en demeure
pas moins vrai que la réalité échappe très
largement à ces bonnes intentions initiales. Il n’est plus
possible de camper sur de simples postures idéologiques à
l’heure actuelle. On voudrait le collège unique idéal,
on l’aimerait égalitaire et fraternel. On le découvre
au quotidien inadapté, inégalitaire et de plus en plus violent.
Ayant confondu grossièrement massification et démocratisation,
on l’a transformé en machine à broyer, à reproduire,
à gérer. Le constat que l’on peut faire n’est
guère reluisant. Le collège unique est devenu subrepticement
le lieu d’une nouvelle ségrégation
d’autant plus nocive qu’elle s’opère de manière
larvée : par une filiarisation sournoise, par un phénomène
d’évitement de la carte scolaire quand celle-ci ne retranscrit
pas assez fidèlement la ségrégation socio-spatiale
des quartiers.
L’ascenseur social
que constituait, en dépit de ses carences, l’Ecole pour les
familles modestes, s’est bloqué : même si les diplômes
comme le bac se sont révélés plus accessibles, les
hiérarchies sociales n’ont pas bougé. Elles se sont
même figées en raison du caractère de moins en moins
méritocratique de l’Ecole en général, du collège
en particulier. L’acharnement, si peu pédagogique en définitive,
à vouloir dispenser à tous une scolarité uniforme
en ignorant les aptitudes de chacun, génère en fin de compte
l’échec et l’ennui dans le meilleur des cas. Le désoeuvrement,
le dégoût de soi et de l’Ecole ainsi que la violence
dans les pires ! On reproche au collège unique d’être
une école moyenne pour élèves moyens. Tous ceux qui
s’écartent de cette norme sont maltraités : les bon
élèves ont le sentiment de perdre leur temps et de stagner,
les élèves faibles sont stigmatisés et exclus. Or,
chacun s’accorde à estimer que le problème majeur
auquel le collège unique doit faire face réside dans un
degré d’hétérogénéité
souvent jugé excessif.
L’examen objectif de la réalité doit inciter chacun
à se défaire de ses rigidités dogmatiques et à
abandonner ses postures idéologiques. Il semble bien que l’urgence
soit de dépasser le collège unique dans sa configuration
actuelle, tout en se défiant des fausses bonnes solutions
qui fleurissent abondamment.
On peut ranger dans cette
catégorie les vaticinations pas vraiment convaincantes de ceux
qui estiment que le collège unique n’a jamais été
mis en place. Ils veulent en fait en exagérer les dérives
en soignant le mal par le mal, par une fuite en avant éperdue dans
leurs chimères. C’est le cas des pédagogistes de tout
poil dont les interventions ont jusqu’à présent déstabilisé
et désorganisé l’institution scolaire. Leur marotte
est en réalité de « primariser » le collège,
ce qui passe par l’appauvrissement de l’enseignement, l’allègement
des contenus et des exigences. Masquant leurs intentions derrière
le concept de culture commune à transmettre à tous les collégiens,
ils ne se rendent pas compte que la maîtrise des apprentissages
fondamentaux, relevant principalement mais non exclusivement du primaire,
n’est pas acquise pour une part de plus en plus élevée
des adolescents. L’invitation à résoudre le
problème de l’hétérogénéité
des classes par un nivellement par le bas est très nette.
Le slogan repris par François Dubet visant à substituer
au collège unique « le collège pour tous et pour chacun
» ne modifie en rien les données : il s’agit d’un
simple replâtrage de façade relevant du marketing pour rendre
vendable une situation intenable.
L’autre erreur
serait de renoncer totalement, par solution de facilité,
à l’ambition humaniste et au projet social qui ont présidé
à la mise en place du collège unique, au prétexte
que la forme actuelle recèle trop d’insuffisances.
C’est la pente empruntée insidieusement par le duo Ferry-Darcos.
Les prises de position ministérielles masquent en fait des
arrière-pensées socialement rétrogrades et politiquement
intéressées. Elles visent avant tout à satisfaire
les deux principales composantes de son électorat : la droite libérale
et la droite conservatrice. Cette dernière souhaite obtenir les
moyens de s’affranchir de l’impératif de mixité
sociale qu’elle n’a jamais fondamentalement acceptée.
Pour cela, elle veut « institutionnaliser », en se donnant
bonne conscience, des pratiques de ségrégation sociale,
afin de séparer ses enfants des « nouveaux gueux »
des temps modernes.
La droite libérale s’échine de son côté
à adapter l’Ecole aux caractéristiques nouvelles du
marché du travail. Celui-ci se caractérise, non par une
élévation générale des qualifications comme
ce fut le cas dans la période des Trente Glorieuses et de l’immédiat
après-crise, mais plutôt par leur étirement. Nous
assistons à un processus de dualisation du marché du travail
avec la progression concomitante d’emplois à faible niveau
de qualification (les fonctions d’exécution) et d’emplois
nécessitant des qualifications élevées (les fonctions
de conception et de commandement). Ces contrastes devraient se refléter
à l’identique dans le système d’enseignement
: pour une petite élite triée sur le volet certainement
sur « critères sociaux » les approfondissements d’une
voie royale fondée sur des exigences maintenues, pour les autres
assignés à demeurer dans leur classe sociale d’origine
ad vitam aeternam les filières de relégation tant sociales
que scolaires délivrant une culture minimaliste et utilitariste.
Les intérêts de ces deux droites, conservatrice et libérale,
convergent désormais pour saper les fondements généreux
du collège unique.
En dépit des blocages que cela génère, il
devient manifestement pressant de poser clairement la question de l’orientation
au collège. Est-il véritablement judicieux de repousser
les choix d’orientation à l’issue de la classe de 3°
quand on sait à quel point y parvenir relève du parcours
du combattant pour de nombreux élèves ? Ne serait-il pas
au contraire préférable d’offrir la possibilité
à certains d’une orientation plus précoce, après
la classe de 5° ou celle de 4° ? L’appréhension du
collège à l’égal d’un cylindre, c’est-à-dire
qu’un nombre égal d’élèves entrant en
6° doit en ressortir par la 3° quatre ou cinq ans après
(de préférence 4 ans car c’est plus économique
!), qui plus est empruntant « une voie unique », est-elle
réaliste et soutenable ? Considérer la différence
entre les entrants et les sortants comme une « déperdition
en cours de route » n’est-il pas profondément choquant
et affreusement dogmatique ? Quel intérêt existe-t-il à
maintenir au forceps, contre leur gré, des élèves
en situation d’échec dans les cycles uniformes et contraignants
du collège unique, en leur assignant de surcroît l’impératif
d’effectuer ce cursus sans réelle possibilité de remédiation,
sans la moindre échappatoire ?
La question d’une
orientation plus précoce, si elle ne veut pas se métamorphoser
en simple retour en arrière socialement connoté (le risque
existe, nous l’avons vu, et ne peut être ignoré ou
évacué prestement), doit être étroitement reliée
aux questions de l’enseignement professionnel et de l’acquisition
des apprentissages dits fondamentaux. Elle ne peut, afin de lui assurer
crédibilité et viabilité, être dissociée
de l’effort résolu d’une revalorisation de
l’enseignement professionnel. Comment œuvrer à
la chose de manière concrète et effective, sans pour autant
verser dans les vœux pieux et les déclarations formelles de
(bonnes) intentions au final stériles ? Nous savons pertinemment
qu’il s’agit d’une œuvre de longue haleine qui
ne concerne pas uniquement l’Ecole mais intimement liée à
l’amélioration des métiers et des carrières
des ouvriers ou des techniciens. Mais on peut y contribuer en faisant
en sorte que l’orientation dans l’enseignement professionnel
ne se fasse plus par défaut comme par le passé. En effet,
étaient dirigés vers cette voie les élèves
en difficultés scolaires, quand les termes de mauvais élèves
ou de cancres n’étaient pas crûment employés.
Perçue comme une voie de garage ou de relégation pour éléments
indésirables, la voie professionnelle était entachée
de préjugés stigmatisants voire infâmants. Les élèves
orientés vers l’enseignement professionnel, et leurs familles,
n’en avaient que trop intériorisé les présupposés
sociaux.
Pour remédier
efficacement à cette situation, il est impératif
que l’orientation vers la voie professionnelle se fasse de manière
positive, en intégrant clairement des critères méritocratiques
remobilisateurs. Autrement dit, doit s’enraciner l’idée
que l’on ne peut postuler à une orientation plus précoce
que parce qu’on le mérite et qu’on en a gagné
le droit. Le caractère pervers de la situation actuelle est patent
: aujourd’hui, le moyen le plus sûr d’échapper
à la rigidité du collège unique en cours de cursus
(existe après la classe de 4° la possibilité d’intégrer
une 3° PVP ou préparation à la voie professionnelle
en Lycée Professionnel, tandis que des parcours alternatifs en
nombre extrêmement réduit peuvent se réaliser par
ailleurs) consiste à manifester ostentatoirement désinvolture,
ennui, incivilité, démotivation et violence ! Par contre,
l’élève respectueux, animé de bonne volonté
et s’accrochant se verra proposer de poursuivre dans la voie royale
(sic !), celle du collège unique, au prétexte fallacieux
« qu’il mérite mieux qu’une orientation professionnelle
» (re-sic !). Ou comment vouloir faire le bonheur des autres contre
leur gré ! Car il faut savoir que l’affectation en 3°
PVP en Lycée Professionnel est vécue comme une délivrance
par les principaux intéressés. A cet égard, nous
estimons regrettable que les classes de 4° et de 3° Technologique
aient été supprimées. Elles proposaient une espace
de diversification appréciable à l’intérieur
même du collège. Il aurait fallu simplement que des critères
un tant soit peu méritocratiques et mobilisateurs fussent définis
et que l’on s’y tînt fermement pour empêcher des
dérives les transformant en filières perçues comme
étant de relégation.
Il faut en finir
avec cette idéologie qui méprise les débouchés
de la voie professionnelle. C’est une injure faite aux
valeurs du travail manuel, des tâches d’exécution,
soit à la majorité du peuple et des travailleurs. Cette
mentalité de caste engendre l’humiliation en vendant la voie
professionnelle comme une voie de relégation. L’enseignement
professionnel représente au contraire une voie de réussite
et d’épanouissement. Qu’est-ce que chacun « mérite
de mieux » finalement, si ce n’est de réussir dans
une voie qui lui plaît, lui apporte stabilité et réalisation
de soi ? La hiérarchisation factice dans la réussite est
choquante et insupportable. Que tous prennent conscience que chacune des
voies, générale, technologique et professionnelle, remplit
de manière identique une mission commune d’instruction,
de formation et d’émancipation, par-delà les différences
d’approche.
L’affectation dans une filière de la voie professionnelle
ne doit pouvoir s’effectuer qu’à la seule condition
que le candidat souscrive à des critères positifs, d’essence
méritocratique, déterminés à l’avance.
La motivation, les efforts produits jusqu’alors, le comportement,
l’assiduité ou le respect sont des éléments
à prendre en considération. Il conviendrait d’intégrer
également un critère absolument décisif : la
maîtrise des apprentissages fondamentaux.
Notion aux contours vagues et imprécis, mais qui prend très
rapidement sens et forme concrète pour n’importe quel enseignant
confronté aux réalités quotidiennes. Savoir lire
un texte simple en le comprenant convenablement, être capable d’enchaîner
de manière logique les unes à la suite des autres des phrases
pour construire un paragraphe, maîtriser les fondements du raisonnement
scientifique et manier les règles élémentaires de
calcul, connaître les repères temporels et spatiaux de base
ressortent à cette catégorie. Le nombre non négligeable
d’élèves préparant un CAP obtenant la partie
pratique mais échouant à la partie théorique doit
nous alarmer : la non acquisition des apprentissages fondamentaux en est
responsable au premier chef. La vérification effectuée à
des moments charnières de la scolarité tant au primaire
qu’au collège, par des procédés rigoureux et
systématiques, de cette maîtrise est une condition sine qua
non à la revalorisation de l’enseignement professionnel.
Cela passe sans nul doute par la réhabilitation des redoublements
quand l’acquisition des bases s’avère déficiente.
Pour que ces redoublements soient réellement efficaces, il est
nécessaire qu’ils ne surviennent pas de manière trop
tardive.
L’enjeu est aussi de savoir ce que l’on fait des élèves
ne souscrivant pas à ces exigences. Leur demande d’affectation
ne sera pas satisfaite. Ils resteront au collège, en attente. En
attente de quoi ? D’acquérir les bases scolaires requises
et de réviser leur attitude afin de postuler avec succès
l’année suivante. Il faudra compter sur l’impact positif
suscité par l’exemple des camarades ayant obtenu le précieux
sésame tant convoité pour se diriger vers l’enseignement
professionnel. Le modèle de référence doit devenir
l’élève exemplaire souscrivant à des critères
positifs et non l’élève incivil et irrespectueux utilisant
ses graves manquements à la bienséance scolaire comme d’un
argument pour s’enfuir du quotidien du collège unique. Dans
le pire des cas, ces élèves recalés attendront d’avoir
16 ans ou la classe de 3° pour se diriger en Lycée professionnel,
c’est-à-dire ce qui se fait actuellement pour beaucoup d’entre
eux, situation qui n’émeut pas les partisans du collège
unique tel qu’il fonctionne aujourd’hui ou tel que des réformateurs
zélés aimeraient le généraliser.
Pour rendre praticable
cette alternative, il est nécessaire que des passerelles existent
réellement entre les différentes voies. Aujourd’hui,
ce n’est pas le cas. Ces passerelles doivent fonctionner
dans les deux sens, cela est primordial, et non pas de manière
unilatérale, sans quoi elles ne peuvent être comprises que
comme des formes de rétrogradation. L’objectif est de désenclaver
(le terme n’est pas trop fort !) l’enseignement professionnel
afin de détruire les germes d’une ghettoïsation de fait,
sur laquelle l’idée de voie unique du collège unique
prospère et puise sa légitimité. Les faiblesses du
collège unique nourrissent le discrédit de l’enseignement
professionnel qui, à son tour, par un effet rétro-actif,
lui apporte une caution dans un cercle vicieux ininterrompu.
C’est pourquoi il est urgent de sortir de sa torpeur et de considérer
la réalité telle qu’elle est, et non pas telle qu’on
l’a imaginée et rêvée. Dépasser les rigidités
du collège unique est désormais indispensable. Les blocages
résultant de postures idéologiques et politiques mal assumées
ne doivent pas constituer un prétexte à l’immobilisme.
Si le collège unique a été une idée
de gauche, parce que généreuse, humaniste et visant à
la transformation des hiérarchies sociales établies,
il s’est métamorphosé en réalité
de droite, car inégalitaire, livré à la loi de la
jungle et du marché, reproduisant ou aggravant les dominations
sociales.
Les propositions que nous avançons constituent un bloc : orientation
plus précoce dans certains cas préalablement définis,
revalorisation de la voie professionnelle par l’instillation d’une
dose accrue de méritocratie républicaine, recentrage sur
la notion d’apprentissages fondamentaux garantis par des méthodes
rigoureuses et exigeantes, décloisonnement entre les différents
ordres d’enseignement par l’instauration de passerelles. Il
s’agit d’un bloc car la non observation d’un des éléments
ferait perdre à l’ensemble de l’édifice sa cohérence.
Toute mesure prise isolément serait fatalement contre-productive.
Le délabrement du collège unique est à appréhender
globalement : les solutions à y apporter s’inscrivent dans
cette perspective.
En définitive,
la question ne consiste pas uniquement à savoir ce que l’on
fait pendant les années passées au collège, mais
au moins autant à s’interroger sur les conditions
d’entrée et les modalités de sortie du collège.
La résolution de l’épineuse question de l’orientation
post-collège passe nécessairement par la détermination
du juste seuil d’équilibre : trop tôt, il
s’agit de ségrégation sociale et scolaire, trop tard,
cela devient de l’acharnement et de l’uniformité stériles.
Il semble indispensable
de restructurer le collège autour du couple unité-diversification.
Unité par l’acquisition d’un socle commun de connaissances
permettant d’envisager par la suite sereinement la poursuite d’études,
et ce quelle que soit la voie d’orientation choisie (en fonction,
bien évidemment de la nature de ses aptitudes…). Diversification
par la possibilité d’options pouvant se réaliser aussi
bien en dehors qu’à l’intérieur du collège.
Il va sans dire que cette diversification ne peut espérer prendre
la forme dérisoire et pathétique des itinéraires
de découverte…
Le collège en
général, le collège unique en particulier, ne constituent
certainement pas une fin en soi. Le collège représente une
« école intermédiaire » dans laquelle l’entrée
et la sortie sont des enjeux fondamentaux. Le comprendre devrait amener
une remise en cause radicale de la logique du cycle central associant
les classes de 5° et de 4°. Prendre également conscience
que le problème du collège unique ne relève
pas exclusivement du champ de l’Ecole : il renvoie à
des questions sociales, urbaines ou urbanistiques, sociétales.
Pour autant, il ne faut pas sombrer dans un fatalisme social de
mauvais aloi pour la circonstance, s’interdire de réagir
et d’agir dans l’immédiat. Il est urgent d’articuler
la réflexion pédagogique aux enjeux sociopolitiques.
Francis DASPE
Membre de l’AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
Février 2003, modifié en octobre 2003
www.agaureps.net
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