Accueil
Historique des mises à jours
Les brèves du mois
La lettre du mois
Dans les médias
Vie politique
Ecole
Société/culture
Actualité et luttes sociales
Economie et Social
Politique extérieure
Europe
Contributions politiques
Manifeste et statut
Contacts
Liens

Télécharger

 

Banlieues : s'en remettre à l'autorité de l'Ecole ?

L'explosion des violences urbaines dans les quartiers dits sensibles a plongé la société française dans un profond désarroi. De nombreux dysfonctionnements ont été mis en exergue à cette occasion, comme s'il n'avait pas été possible de faire preuve de davantage de perspicacité pour les déceler puis les traiter plus tôt. Parmi les solutions envisagées, l'Ecole a une fois de plus été sollicitée.

Il est évident qu'elle constitue un levier fondamental. L'Ecole peut certainement beaucoup, à condition qu'on ne fasse pas croire qu'elle peut tout et qu'on ne lui attribue pas des missions qui ne sont les siennes, par commodité d'usage et paresse intellectuelle ou pour légitimer les démissions les plus éhontées.

Les conditions de vie des cités sont gangrenées, entre autre, par un chômage massif ressenti de surcroît comme reposant sur des bases ouvertement discriminatoires. Il devient de bon ton d'accuser un peu prestement le système éducatif d'être défaillant en la matière. C'est particulièrement injuste, car cela revient à faire croire que l'Ecole puisse être créatrice d'emplois. Cela n'entre absolument pas dans ses attributions : elle a pour fonction de former des citoyens et de préparer à l'insertion dans le monde actif. Le problème fondamental réside dans l'insuffisance du stock d'emplois disponibles sur le marché du travail. Ce qui est en cause, c'est l'incapacité de l'économie française, aggravée par le manque de volontarisme des gouvernants, à créer des emplois. Il existe pourtant des gisements d'emplois et des moyens d'action qui sont malheureusement invalidés par la logique libérale dominante : les besoins d'emplois publics sont énormes mais jugés à la fois non rentables et «  idéologiquement incorrects  » alors que la recherche d'un taux de profit excessif limite les investissements productifs et accroît les licenciements pour «  convenance boursière  ».

Les réactions des jeunes des cités à l'égard de l'Ecole sont apparues certes contradictoires, mais d'une certaine manière porteuses d'espoir. Si elle est parfois rejetée en tant qu'institution d'un pouvoir contesté ou symbole d'un ordre à abattre, des points de vue plus positifs ont cependant été exprimés par d'autres jeunes. Ils se rendaient compte que l'Ecole pouvait être un levier de réussite et d'insertion sociales que beaucoup d'entre eux avaient peut-être négligé à tort. C'est cette demande de plus d'école, d'une meilleure école, qui doit inciter à la fois à un optimisme raisonnable et à une mobilisation forte afin de remédier aux insuffisances avérées, et qu'il pas dans notre propos d'occulter, de notre système d'enseignement.

Parmi celles-ci, il semble nécessaire de mettre au premier plan la dévalorisation des diplômes favorisée par une regrettable confusion entre démocratisation et massification ainsi que par l'affaissement de l'exigence dans la transmission des savoirs. Car un diplôme dévalorisé, c'est d'une part la porte ouverte à l'arbitraire des employeurs au moment de l'embauche et qui conduit aux discriminations dont sont largement victimes les jeunes des cités, d'autre part la demande de périodes probatoires au moment de l'insertion dans le monde du travail génératrices de précarité (les contrats nouvelles embauches en sont une parfaite illustration).

Banlieues et Ecole ont en partage les dérives qui gangrènent les premières et déstabilisent la seconde. On peut en déceler trois. Toutes deux doivent se garder pareillement d'un angélisme de mauvais aloi et d'une tendance excessive à la victimisation. Mais n'y voir symétriquement qu'un enjeu d'autorité publique de nature purement sécuritaire serait véritablement réducteur et conduirait à des impasses. Par ailleurs, l'intrusion de logiques de marché assises sur des critères de rentabilité à courte vue et sur une volonté d'économies tous azimuts ont causé suffisamment de dégâts. Pour en apporter la preuve, que l'on songe au démantèlement de la police de proximité instaurée par Jean-Pierre Chevènement, la suppression des emplois-jeunes ou les réductions drastiques des subventions versées aux associations.

A bien des égards, l'enjeu est identique : il s'agit du respect de la loi commune, égale pour tous, valable en tous lieux. Dans les établissements scolaires, la mode des contrats individualisés et négociables a dévalorisé l'aspect normatif des règlements intérieurs. Notons au passage qu'appliquée au champ des relations sociales, cette gestion contractualisée s'évertue à détricoter le droit du travail et les conventions collectives. Dans les cités, la priorité accordée à l'achat d'une paix sociale bien précaire et aléatoire a conduit à des renoncements et à des régressions identiques.

C'est à une réhabilitation du sens de la loi commune démocratiquement élaborée et délibérée, en somme du sens civique, que la crise des banlieues nous convie sans délai. Respect de la loi dans toutes ses dimensions, ce qui oblige à dénoncer avec la même fermeté les communes qui refusent de construire sur leur territoire les quotas réglementaires de logements sociaux ou les contribuables les plus aisés faisant de la fraude fiscale un loisir très prisé.

L'Ecole, en tant qu'institution de la République, possède sans aucun doute un rôle majeur à jouer dans la résolution de la crise dans laquelle on a laissé les banlieues végéter depuis trop longtemps. Pour ce faire, il apparaît nécessaire que l'on fortifie l'autorité de l'Ecole sans sombrer dans le piège «  sarkozyen  » d'une école de l'autorité, voire de d'un autoritarisme désincarné sans débouché. L'Ecole est une des solutions à envisager, mais pas le pompier à tout faire, encore moins un alibi commode derrière lequel se réfugier. Face à la crise de l'autorité que les violences des banlieues mettent cruellement en exergue, raffermissons l'autorité de l'Ecole, et ce dans toutes ses dimensions afin de ne pas verser dans les regrettables excès d'un caporalisme bien éloigné des missions premières d'émancipation et de promotion sociales dévolues à l'institution scolaire.

Francis DASPE

Membre de l'AGAUREPS-Prométhée

(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée)
Novembre 2005
www.agaureps.net