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Tordre le cou à certains clichés : la nouveauté n’est pas taboue à l’Ecole

Une version très réduite est parue dans la rubrique « Courrier des lecteurs » de l’édition Sud-Ouest Dimanche du 30 septembre 2007.

A l’occasion de la présente rentrée scolaire on a pu constater, comme de coutume, une inflation de débats plus ou moins passionnés sur l’Ecole. C’est la preuve que cette dernière constitue assurément une préoccupation majeure de nos concitoyens. Saisissons-nous de la possibilité qui nous est offerte de tordre le cou à certains clichés complaisamment et injustement véhiculés. Ils sont légion, aucun doute là-dessus. Ainsi, on voudrait faire accroire que les personnels de l’Education nationale seraient opposés à toute réforme et rétifs à l’innovation, comme enfermés et enferrés dans un conservatisme de mauvais aloi. Rien de plus erroné et éloigné des réalités que ces assertions lapidaires !

Les professeurs, dans leur grande majorité, tiennent à être, pour reprendre des expressions couramment utilisées, « constructifs » (une de leurs phrases fétiches est « il faut essayer et on verra ensuite, on ne risque rien »), et « modernes » (« on est ouvert aux nouveautés de tous ordres, il faut savoir évoluer et s’adapter »). On peut dire que les enseignants sont disposés à expérimenter beaucoup de choses (parfois même jusqu’à tenter le diable !) pour obtenir motivation et écoute de la part de leurs élèves, choses qui, convenons-en, ne sont pas aisées à gagner spontanément.
            Il n’est pas excessivement compliqué de se convaincre de cet état des choses : il suffirait à cet effet de se glisser dans le quotidien d’une salle de professeurs et d’écouter attentivement. On s’apercevrait aisément de la bonne volonté que beaucoup d’entre eux affichent dès lors qu’il s’agit de mettre en application les nombreuses dispositions ministérielles dont ils sont immanquablement abreuvés année après année. Cette indiscutable bonne volonté se révèle de surcroît très souvent touchante et désarmante tant elle est empreinte de candeur et se retrouve à l’expérience trop souvent vouée à l’échec. L’échec prévisible et avéré de ces dispositions, que certains ministres ne craignent pas de nommer réformes, provient du fait qu’elles servent en fait à masquer le refus de s’attaquer aux problèmes de fond. Une illustration parfaite de la bonne vieille stratégie du rideau de fumée… D’autant plus que ces dispositions sont assez régulièrement contradictoires, incohérentes, voire franchement démagogiques. En tout cas rarement à la hauteur des enjeux.

            Que d’énergie en effet gaspillée pour des mesures insignifiantes et dérisoires ! Et chacun sait qu’elles sont foisonnantes. A titre d’exemple pour les derniers mois, on pourrait citer les PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative) ou la note de vie scolaire. Tous deux avaient été annoncés comme devant contribuer à résoudre pour partie l’échec scolaire pour les premiers (de véritables usines à gaz) ou les problèmes de comportement des élèves en collège pour la seconde (ayant débouché après moult efforts sur des grilles impraticables). Au final, il s’est agit de simples pseudo réformes cosmétiques n’ayant au mieux opéré qu’à la marge.
Alors qu’il est évident, de bon sens serait-il préférable de dire, que le recentrage sur l’essentiel, en l’occurrence sur la relation pédagogique garante d’une transmission harmonieuse et efficace des savoirs, constitue la priorité ! Un des mérites, et non des moindres, du documentaire diffusé sur une chaîne cryptée, aura été de mettre en exergue clairement et sans ambiguïté, que les enseignants qui tiraient le mieux leur épingle du jeu dans le climat ambiant de sinistrose de ce « grand corps malade » étaient ceux qui savaient résister avec discernement à cette frénésie de nouveautés proposées hâtivement et non sans démagogie comme d’ardents impératifs à la modernisation (radieuse, cela va de soit) tant attendue du système scolaire.
Comment procéder pour parvenir à prendre cette distance nécessaire face à cette avalanche ininterrompue de textes ? Plusieurs moyens existent et doivent se conjuguer opportunément. En premier lieu par la capacité à prendre suffisamment de recul dans le feu de l’action quotidienne (pas facile à vrai dire !) en se servant de l’esprit critique dont nous sommes tous dotés afin de comprendre et d’évaluer à leur juste mesure les réformes. Ou encore en se s’emprisonnant dans une lecture littérale, donc forcément étriquée et paresseuse, qui congédie le bon sens, de textes officiels confus à souhait et rarement explicites par manque de courage. Enfin en ne considérant pas l’Ecole comme un vaste laboratoire pour apprentis sorciers (ces derniers se drapant des oripeaux du « pédagogisme » inconséquent qui a fait régner sa loi d’airain sans ménagement au cours des dernières décennies) : affirmons ici avec force que l’empirisme mal maîtrisé représente la négation de la véritable méthode scientifique et que ses effets nocifs ne sont plus à démontrer.

Non, la nouveauté n’est pas un tabou dans le système éducatif français. Elle est loin d’être écartée par réflexe pavlovien. Bien au contraire. Au risque symétrique d’une perte de repères cohérents et d’un défaut de stabilité qu’exige impérieusement l’acte d’enseigner. Rendons au moins cette justice aux enseignants. Ce serait déjà un préalable pour remédier aux dysfonctionnements de l’institution scolaire, car aucune amélioration ne saurait se fonder sur des diagnostics biaisés ou des clichés abusifs.

Francis DASPE
Membre de l’AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée)
Septembre 2007
www.agaureps.net