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Réfutation fraternelle de la contribution intitulée « Fidèles à l'esprit de Vincennes ». |
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| Passées les élections présidentielles et législatives de cette année 2002, le Pôle Républicain en voie de formation est confronté à l'épineuse question de son positionnement sur l'échiquier politique. Elle occupe une place fondamentale dans les débats qui animent cette période estivale post-électorale. Elle en est devenue la question centrale relativement au devenir immédiat du Pôle Républicain. C'est dans cette optique qu'il convient d'appréhender la contribution intitulée « Fidèles à l'esprit de Vincennes ». Celle-ci s'efforce de promouvoir la ligne inspirée par François Morvan du « ni droite, ni gauche », dont l'objectif clairement affirmé est de rendre le Pôle Républicain indépendant de toutes coalitions, qu'elles soient de gauche comme de droite. De notre côté, nous nous inscrivons en faux contre cette option. Dans le cadre de la nécessaire confrontation démocratique d'idées divergentes, nous allons nous efforcer de réfuter, de manière la plus fraternelle qui soit, l'option proposée, en mettant en évidence le caractère erroné et impraticable de ce positionnement.
Plusieurs confusions initiales, congénitales pourrions-nous ajouter, sont à l'origine d'une telle erreur d'orientation. Tout d'abord, il existe trois positionnements possibles pour le Pôle Républicain à construire, et non deux comme on l'entend ici ou là. Outre la stratégie du « ni droite, ni gauche » défendue par les signataires de la contribution « Fidèles à l'esprit de Vincennes », deux choix distincts s'offrent à ceux qui voudraient procéder à un ancrage à gauche. Deux choix distincts disons-nous : l'un accepterait de retourner dans le cadre d'une structure ressemblant à feu la gauche plurielle dont le Pôle Républicain constituerait une composante parmi d'autres, l'autre ne verrait d'avenir que sous l'étendard d'une gauche résolument républicaine et sociale en démasquant et rejetant sans ambages cette fausse gauche d'inspiration sociale-libérale qu'a été la gauche plurielle. La stratégie abusivement utilisée par ceux qui récusent tout ancrage à gauche (à savoir, les tenants du « ni gauche, ni droite ») consiste à entretenir complaisamment la confusion visant à laisser croire insidieusement que toute réinscription à gauche se ferait obligatoirement par un retour au bercail de la gauche plurielle. Par conséquent, la question du positionnement du Pôle Républicain se résumerait à un référendum relatif à la gauche plurielle. Si vous êtes hostiles à cette dernière, vous devez opter pour la stratégie du « ni gauche, ni droite ». Dans le cas contraire, toute stratégie différente conduirait à un retour en direction de la gauche libérale. Il s'agit, en réalité, d'une tentative d'enfermement dans un choix binaire tronqué et pernicieux, qui ne favorise pas l'élévation du débat. Il y a, par ce procédé, déformation du débat et escamotage des enjeux réels en découlant. Alors que les auteurs de la contribution en question rejettent avec vigueur « tout retour factice à la bipolarisation » gauche-droite, ils instaurent à l'intérieur du cercle étroit du Pôle Républicain une bipolarisation fondamentalement factice. Etrange paradoxe ! De surcroît, quand on réclame, à juste titre, « une discussion pleine, entière, transparente et véritablement démocratique », il conviendrait de ne pas escamoter et caricaturer les positions de ses contradicteurs dans le but de les délégitimer par des confusions savamment entretenues. Il y a bien trois options et toute inscription à gauche n'équivaut pas à un retour vers l'ancienne gauche plurielle sociale-libérale.
Une deuxième confusion provient d'interprétations hâtives et hasardeuses des discours de Jean-Pierre Chevènement au cours de la campagne présidentielle. Il y aurait un « esprit de Vincennes » très particulier : le clivage droite-gauche doit être définitivement oublié et renvoyé aux oubliettes de l'Histoire : ainsi se justifierait la stratégie du « ni gauche, ni droite ». Ces efforts d'exégèse abusive ne correspondent à aucune réalité. Pour preuve, quelques extraits du discours de Vincennes du 9 septembre 2001 : « la gauche et la droite continueront d'exister à l'avenir sous des formes et avec des contenus différents ». A titre de confirmation, des extraits du discours de La Défense du 19 janvier 2002 : « on me reproche stupidement de renvoyer aux oubliettes de l'Histoire la droite et la gauche. Ce que je renvoie aux oubliettes, c'est ce que la gauche et la droite sont devenues dans les hommes et les partis qui prétendent les incarner ». Un peu plus loin : « je n'ai jamais prétendu, comme je l'entends dire ici ou là, que la gauche et la droite allaient disparaître. Je ne suis pas le candidat ni gauche, ni droite ». Voilà qui infirme de manière radicale et sans appel le sens des orientations que les tenants du « ni droite, ni gauche » veulent attribuer aux discours de Jean-Pierre Chevènement. L'esprit de Vincennes est d'une toute autre nature ! La tâche qui incombe au Pôle Républicain est sans ambiguïté : au lieu de déclamer sur un ton lapidaire la fin du clivage droite-gauche, il s'agit de déterminer quelles formes nouvelles et quels contenus différents caractériseront à l'avenir la droite et la gauche. On voit donc nettement que la continuité de la campagne présidentielle, invoquée à maintes reprises, n'induit pas un positionnement du Pôle Républicain sur le créneau « ni droite, ni gauche ».
Pourtant, nous nous retrouvons sur de nombreux points du constat initial. Pêle-mêle, citons la dénonciation du culte du social–libéralisme et de l'abandon des catégories populaires, le refus de l'américanisation du système politique, du fédéralisme européen et du triomphe de l'ultralibéralisme à finalité boursière, la non-acceptation de la rigueur budgétaire et de l'orthodoxie présentées comme « la seule politique possible », la nécessité d'une lutte déterminée contre les effets sociaux de la mondialisation. Il s'agit d'éléments programmatiques auxquels nous souscrivons pleinement. Néanmoins, subitement, un doute nous étreint : une partie significative des membres ayant adopté la stratégie du « ni droite, ni gauche » provient des rangs de la droite classique. Leur passage sous la bannière républicaine ne les a pas pour autant sensibilisés, et encore moins convertis, aux impératifs de l'exigence d'une lutte en faveur de la justice sociale. Ainsi, au cours des débats, nous nous sommes aperçus que dans la perspective d'une revalorisation du travail, axe fort de la campagne présidentielle de Jean-pierre Chevènement(c'est en cela que réside « l'esprit de Vincennes »), ils n'intégraient pas dans leurs projets une hausse plus que symbolique du SMIC. Dans le même ordre d'idées, ils ne s'émouvaient pas outre mesure de la baisse de l'impôt sur le revenu bénéficiant surtout aux plus nantis. Ces distorsions ajoutent davantage au caractère hétéroclite du regroupement de ceux désirant se situer au-dessus de toute droite et de toute gauche.
Nous abordons en fait le risque qu'il y a à bâtir des rassemblements politiques sur des convergences partielles ou factices. C'est la faiblesse actuelle du Pôle Républicain. Nombreux sont ceux qui se sont retrouvés derrière Jean-Pierre Chevènement sur une convergence touchant à une question particulière. Pour ne citer que quelques exemples, le souverainisme, l'école ou l'insécurité ont servi de point de ralliement. Un accord conjoncturel ou circonstanciel de ce type ne peut constituer un prétexte valable pour envisager une fusion de tendances en d'autres domaines totalement dissonantes et inconciliables. Car il faut garder présent à l'esprit que tout engagement politique doit reposer sur une vision globale de la société. Quand les auteurs de la contribution « Fidèles à l'esprit de Vincennes » affirment que la « souveraineté nationale, seul lieu véritable de la démocratie, est indissociable d'une autre vision de l'économie et de la société », nous acquiesçons. Tous les souverainistes possèdent-ils une vision de l'économie et de la société similaire à celle qui est précisée dans le dernier paragraphe du texte ? (Rappel : « nous refusons un monde dominé par les seuls intérêts de la puissance américaine et de la loi de la finance, la privatisation des services publics, la dissolution de la France, la décomposition de la société dans la loi du marché »). A notre grand regret, nous sommes persuadés du contraire. Qu'il y ait des convergences partielles, nous en convenons. Mais elles ne débouchent pas sur la même vision globale de la société. C'est en cela que ces convergences sont factices et fondent la stratégie du « ni droite, ni gauche » sur une illusion dangereuse. Le danger réside dans le fait que, pour tenter de préserver une cohésion déjà fragile, certaines questions fondamentales intimement liées aux idéaux de gauche et à l'ambition sociale, soient purement et simplement occultées.. Il en résulterait inévitablement une dérive, qu'il faudrait bien qualifier, qu'on le veuille ou non, de droitière. Alors, cette stratégie du « ni droite, ni gauche » se transformerait en une forme modernisée de l'apolitisme d'antan qui a souvent joué le rôle de cheval de Troie de la droite et de ses idées.
Re-déterminer avec pertinence un clivage droite-gauche régénéré ne conduira absolument pas à maintenir les positionnements actuels qui ne correspondent à aucune réalité établie. Au contraire, il s'agira d'opérer d'indispensables reclassements sur l'échiquier politique, même et surtout s'ils s'avèrent douloureux et déchirants. Les tenants de l'option du « ni droite, ni gauche » ne voient pas la nécessité de ces reclassements qu'ils espèrent noyer dans la formule vague d'un « rassemblement d'hommes et de femmes venus de tous les horizons », qui, à l'usage, se révèlera improbable et hétéroclite parce qu'on aura bien pris soin de ne pas clarifier au préalable la vision globale de l'économie et de la société, celle-ci ne pouvant même pas constituer le plus petit dénominateur commun possible. Parmi les reclassements les plus immédiats à réaliser, il conviendra de démasquer la fausse gauche sociale-libérale et la tendance libertaire-libérale de certains écologistes à qui le label de gauche devra être contesté et retiré. A l'opposé, la réussite de l'entreprise dépendra en grande partie de la capacité à obtenir le ralliement de la fraction des gaullistes sociaux et des gaullistes historiques. Seules certaines circonstances historiques les ont relégués à la droite de l'échiquier : la personnalité de De Gaulle, la forte opposition qui les a mis aux prises des communistes, le contexte de guerre froide d'un monde bipolaire, la question de la constitution à donner au régime républicain. A cet égard, il est extrêmement encourageant de voir que bon nombre d'entre eux ont franchi le pas en acceptant la perspective d'un ancrage à gauche du Pôle Républicain. Davantage « qu'à gauche », le Pôle Républicain doit être « de gauche ». Cette ambition ne peut se réaliser que par l'inscription du Pôle dans une gauche républicaine et sociale. C'est mettre en évidence les liens consubstantiels unissant l'exigence républicaine, l'idéal de gauche et l'impératif social. En définitive, l'option de la gauche républicaine et sociale représente la troisième voie, la véritable alternative dont la France a besoin, à l'exclusion de la bien improbable stratégie du « ni droite, ni gauche » dont les potentialités de dérive dans « l'apolitisme droitier » finiront par l'emporter, comme l'affirmait en son temps le philosophe Alain. Plutôt que d'une « République réinventée », c'est à une République ressourcée que nous aspirons. Pourquoi réinventée ? Outre la vanité de la tentation du démiurge, faut-il comprendre la chose comme une concession au culte du neuf et du « moderne » que l'on dénonce par ailleurs ? Ou alors s'agit-il d'un moyen commode pour remettre en cause certains acquis hérités de la Révolution française par les minorités, heureusement groupusculaires, mais fort actives, qui n'ont pas toujours congédié l'idéologie contre-révolutionnaire ? Car la question des valeurs historiques à transmettre, invoquée dans la contribution, est effectivement fondamentale. On ne peut pas se revendiquer républicain si on met sur un pied d'égalité les apports historiques de Clovis, Philippe Le Bel ou Louis XIV, l'idéologie contre-révolutionnaire, avec l'événement fondateur que fut la Révolution Française. Dans le premier cas, il s'agit de hiérarchiser à bon escient, dans le second, de répudier énergiquement. Ressourcée, la République doit l'être par une dialectique permanente avec l'idéal de gauche et l'ambition sociale maintenue, le tout sous le patronage de fondements historiques incontestables et sans ambiguïtés. C'est à cela que correspond en réalité « l'esprit de Vincennes ». Et de cet « esprit de Vincennes », nous en sommes redevables et fidèles par la promotion du Pôle Républicain dans une gauche républicaine et sociale. Francis DASPE Juillet 2002 Membre du Pôle Républicain |
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