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Œuvrer résolument à la refondation de la Gauche sur des bases républicaines et sociales |
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| Texte de l'intervention prononcée par Francis DASPE à l'occasion du Conseil National du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen) tenu le 25 juin 2005. Les résultats du référendum du 29 mai 2005 nous ont à tous procuré une immense joie. Il ne fait pas de doute qu'ils constituent une rupture significative dans la vie politique nationale et européenne : le peuple souverain est de retour aux affaires. Si nous voulons en bénéficier au meilleur de nos intérêts, nous devons en tirer les principaux enseignements. J'en discerne quatre qui me paraissent ne pas devoir être écartés dans toute analyse prospective. Le Non a été porté par un formidable élan populaire. Il en a résulté un vote sociologiquement marqué et que l'on peut véritablement qualifier de vote de classe . Par ailleurs, c'est le Non de Gauche qui en a représenté la force motrice. Enfin, dans tout le pays, et plus particulièrement dans les nombreux comités locaux, il s'est dégagé une dynamique unitaire de rassemblement des diverses composantes de la Gauche. Forts de ce constat, nous ne devons pas considérer le 29 mai comme un aboutissement, mais tout au contraire comme un point de départ : il s'agit d'un formidable levier. Les perspectives qui restent à dégager doivent s'ancrer dans ces réalités.
Je souhaiterais axer mon propos sur deux clivages qui ont animé la campagne référendaire et qui structurent l'échiquier politique en général, et la Gauche en particulier. Il s'agit de les identifier précisément et de les apprécier à leur juste valeur. Le mérite principal de la campagne aura été d'avoir fait apparaître la question du libéralisme comme le clivage fondamental. Certains l'acceptent (quand ils ne le favorisent pas…), d'autres ne s'y résignent pas. Qu'est-ce qu'être libéral ? C'est s'accommoder de la désormais célèbre concurrence libre et non faussée , des libertés de l'article 4 (la liberté d'établissement … pour les entreprises bien évidemment, la liberté de circulation… des capitaux, cela va de soit !), du dumping social et fiscal qui ouvre la voie aux délocalisations les plus choquantes, de directives style Bolkestein. Est-il possible d'envisager un dialogue constructif sur de semblables bases ? Non ! Aucune concession n'est possible, disons-le clairement et sans ambiguïté. Il s'agit d'une question de contenu sur laquelle nous ne pouvons transiger.
Car notre feuille de route est tracée. C'est celle que le congrès fondateur de Saint-Pol sur-Mer nous avait assignée : la refondation de la Gauche sur des bases républicaines. J'y rajouterai « et sociales ». Pas à notre intention, car nous savons tous ici présents que la République ne peut être que sociale. Si tel n'était pas le cas, elle se réduirait à un vague système oligarchique se caractérisant par des élites omnipotentes coupées des préoccupations du peuple, ce que le verdict du 29 mai a mis en exergue de manière éclairante. Le MRC doit y participer de manière active, sans arrière-pensées. Sa vocation dans l'élaboration d'un tel projet est double : faire prendre conscience à certains qui semblent l'ignorer ce que signifie concrètement l'exigence républicaine , rappeler à d'autres qui l'ont relégué aux oubliettes l'impératif d'une ambition de transformation sociale . Voilà les deux piliers sur lesquels l'action de notre parti doit s'articuler fermement.
Car le MRC n'est pas démuni d'atouts s'il veut affirmer la singularité de son discours. Les débats de campagne ont prouvé par exemple que nos concitoyens étaient sincèrement attachés à la laïcité et rejetaient la version fallacieuse d'une laïcité ouverte , qui s'apparente, dans le moins mauvais des cas, à une forme d'œcuménisme mal définie. En outre, le passé plus ou moins récent de la mouvance politique et idéologique à laquelle nous nous rattachons constitue un indéniable atout. Ce passé là ne s'apparente pas le moindre du monde à un passif, soyons fiers de cet héritage ! C'est ainsi qu'il n'était pas inutile de rappeler, sans arrogance malvenue bien entendu, qu'il eût été préférable de voter non dès Maastricht. Ce en quoi les militants communistes nous appuyaient. Dans le même ordre d'idée, l'enjeu du référendum fut parfois présenté comme la validation ou la récusation du tournant libéral de 1983. Nous pouvions alors demander fort opportunément quel homme politique avait démissionné afin de protester contre ce reniement. La mouvance altermondialiste, avec Attac en figure de proue, est extrêmement sensible à cette thématique du tournant de 1983. Des militants socialistes quelque peu expérimentés confiaient avoir l'impression de revivre l'effervescence des années 70, c'est-à-dire de la décennie qui s'étend du congrès d'Epinay à la victoire du 10 mai. Qui alimentait alors les programmes socialiste, d'union de la gauche ou commun d'idées novatrices ? Jean-Pierre Chevènement et le CERES ! Un retour historique assurément nécessaire pour recadrer bien des choses…
Le clivage du libéralisme est insurmontable car il renvoie au contenu même du projet de refondation de la Gauche. Il n'en va pas de même à notre sens de la question du cadre institutionnel à conférer à l'Union européenne. Parmi ceux qui ont voté Non le 29 mai, certains prônent le fédéralisme tandis que d'autres défendent la vision d'une simple association d'Etats-nations, sans compter les déclinaisons mettant en avant les coopérations renforcées, les partenariats privilégiés ou les cercles concentriques. Le sujet possède son importance. Elle ne peut être sous-estimée, mais ne doit être surévaluée au point de devenir un motif de blocage qui conduirait à un isolement orgueilleux et préjudiciable car stérilisant pour notre formation politique. Ce serait en fin compte confondre la fin et les moyens, le contenu et le cadre. Pour un homme ou une femme de gauche, la fin ultime consiste à traduire en actes le respect de la souveraineté populaire, la recherche de l'égalité, l'approfondissement de la justice et des progrès sociaux. En somme à élaborer un modèle de société alternatif à celui induit par la mondialisation libérale et financière, en aucun cas à se limiter à la défense d'un simple cadre institutionnel désincarné.
Nous ne pouvons pas placer sur un même plan ceux qui partagent globalement la fin mais se trompent, de notre point de vue, sur les moyens à utiliser pour y parvenir et ceux qui divergent notoirement quant aux objectifs à atteindre. Avec les premiers, les désaccords ne doivent pas être considérés comme insurmontables si l'on veut agir efficacement dans le processus de recomposition de la gauche. On peut simplement leur faire remarquer que, si certains auraient été tentés de dissoudre les peuples européens, il est tout aussi illusoire de prétendre créer par décret (ou par ordonnance, puisque c'est la mode…) un improbable peuple européen. Par contre, il est difficilement envisageable de pouvoir construire quoi que ce soit de cohérent avec ceux qui confondent la fin et les moyens, ou pire, subordonnent la fin aux moyens. C'est le cas de deux courants politiques facilement identifiables : à droite, les souverainistes aveuglés par un fétichisme de l'Etat-nation de mauvais aloi et oublieux des réalités sociales quotidiennes même en versant dans un populisme outrancier ; à gauche, les européistes , qui s'agitent sur leur chaise comme des cabris en criant « fédéralisme » mais qui renvoient la réalisation concrète d'une Europe sociale aux calendes grecques.
Ne nous trompons ni d'objectifs, ni de partenaires. Œuvrons à la recomposition de la Gauche sur des bases républicaines et sociales tel que nous l'avait indiquée la motion finale du congrès de Saint-Pol sur-Mer, assurés de la singularité de notre projet. Et ce sans exclusive, sans sectarisme, sans tabous et sans timidité ! Francis DASPE |
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