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Le tour de la Gauche (de gauche) en un tiers de colloque |
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Jean-Michel DEJENNE est membre du Cactus Républicain. Il a été membre du MDC/MRC de 1993 à 2004.Il est par ailleurs membre de l’AGAUREPS-Prométhée. La jeune et sérieuse association Raisons d’Agir, qui publie la non moins jeune et déjà riche revue « Savoir/agir », a organisé les 14 et 15 décembre derniers à Paris un colloque d’universitaires intitulé « Pour une gauche de gauche ». Pour des raisons d’agir professionnel le vendredi soir et d’agir personnel le samedi matin, le reporter du Cactus/Réchauffer la Banquise n’a pu se rendre qu’à la session du samedi après-midi ; un temps pour l’homme, un pour le travailleur, un pour le citoyen, voilà qui correspond à un certain projet social, sinon socialiste. Rémi Lefebvre s’est intéressé à ceux (il s’en trouve encore) qui veulent « rester au PS pour le transformer ». Il nous a fait compatir sur le sort des militants « les plus moraux, qui doivent sans cesse faire des contorsions ; militer à gauche au PS, c’est synonyme de souffrance ». Ces militants souffrent notamment de dissonance cognitive. « L’économie morale du cynisme domine ce parti, ce que les militants de gauche vivent très mal ». En même temps, ils restent par animosité et volonté de revanche envers leurs camarades : « la haine socialise au parti socialiste ». Florence Johsua nous a entretenu de « la LCR et du nouveau parti », idée pas si neuve puisqu’elle en retrouve trace dans les débats préparatoires au 6ème congrès de cette organisation qui s’est tenu en 1984. La LCR est en forme depuis 2002, estime la chercheuse, qui signale le doublement des effectifs (de 1500 à 3000) cette année-là, et a diffusé un questionnaire lors du congrès de 2006, recueillant le taux impressionnant de 50% de réponses. Devant ces nouvelles recrues plus jeunes, moins homogènes, moins cultivés politiquement, moins diplômés, moins enseignants, encore moins ouvriers, moins hommes et beaucoup plus employés (25% des nouveaux adhérents contre 12% des présents antérieurement à 2002, permettant d’évoquer un « tournant employé »), la proposition de « nouveau parti anticapitaliste » servirait surtout à résoudre la nouvelle donne identitaire de la Ligue, qui n’aurait pas assez de cadres intermédiaires pour former cet afflux. Georges Ubbiali a présenté « les usages du trotskyme dans l’extrême-gauche française » à travers ses trois organisations emblématiques : LO, LCR, PT. Ce dernier est composite, plusieurs courants de pensée sont censés s’y côtoyer sous la houlette des lambertistes. Le parti des travailleurs a porté plainte contre le ministère de l’Intérieur en 2007 pour classement officiel dans la rubrique électorale « extrême-gauche ». Il compterait plus de 5000 adhérents, multiplie les structures-gigognes et a effectué un virage politique « vers un discours de type IIIème République, une sorte de souverainisme social ». Il aurait tenu les meetings les plus fréquentés des trois candidats lors de l’élection présidentielle 2007 (on osera cependant, pour en avoir couru quelques uns, et sans vouloir froisser ce jeune chercheur, en douter). Avec l’amertume parfois sarcastique d’un ancien adhérent, « le dépit de celui qui rêve parfois de pouvoir le redevenir », Bernard Pudal s’est demandé du PCF « si un parti pouvait en cacher un autre ». Là encore, il est question de « dissonance politique, schizophrénie et crise suicidaire » d’un parti qui parle un discours de rupture mais dépend du PS pour sa survie électorale et financière (les cotisations des élus représentant semble-t-il 53% du budget du parti). Depuis 1990 et la « Mutation » des années suivantes, le PCF est soumis à des forces centripètes, et son univers, son système d’action, se délite ou lui échappe : journaux, CGT, Secours Populaire… La vie d’une section n’est pas du tout la même selon qu’elle se situe sur une commune communiste ou non. Le nom du parti est le débat qui semble aujourd’hui le plus important, question réglée comme l’on sait en Italie depuis 1991 (Bernard Pudal omettant de rappeler où cela avait conduit l’ex-PCI devenu PDS : dans la main du démocrate-chrétien Romani Prodi ; et oubliant de rappeler la survie de l’adjectif dans Refondation Communiste). C’est du post-modernisme radical que Louis Pinto a voulu nous parler, s’attardant sur le cas (très lourd) de Toni Négri, l’homme des trois post : moderne, industriel, socialiste. Spécialiste de Spinoza, Toni Negri aurait effectué un tournant empirique en 2000 en analysant la mondialisation et serait entré dans le post-gauchisme (et de quatre, mais celui-là on ne s’en était pas bien aperçu), « en affinité avec Henri de Man, Serge Mallet, André Gorz, Alain Touraine ». Pour Louis Pinto, Toni Negri fait montre « d’un robuste économisme, d’un optimisme providentialiste, d’un piétisme actif ». Il se réjouit que pour mener les luttes les réseaux se soient substitués à un centre, car les réseaux convergent. Méditons : « le concept de multitude est un concept de classe, même si c’est une multitude de singularités ». Avec Gérard Mauger enfin, nous avons cherché à savoir si l’on pouvait parler d’un « champ de la gauche antilibérale ». Sans doute parce qu’il s’agissait de la dernière intervention et que votre auto-envoyé spécial commençait à fatiguer, mais elle lui a semblé d’une opérationnalité assez limitée. Ainsi avons-nous bien pris note que la professionnalisation du champ politique en accru le prix d’entrée, qui est acquitté aux partis politiques et aux médias, et nécessite « au moins du temps libre et un minimum de capital culture » ; ce qui ne nous paraît pas si neuf, de même que « les frontières du champ politique sont un enjeu de luttes perpétuel, et que l’enjeu commun des luttes politiques est aujourd’hui ( ?) le pouvoir sur l’Etat, et l’occupation des places ». Jean-Michel DEJENNE
Membre de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée) Janvier 2008 www.agaureps.net |
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