|
||||||||||||||||||
|
Télécharger |
Le Pôle Républicain à l'heure du choix en faveur d'une gauche républicaine et sociale. |
||||||||||||||||
Conformément à ses vux, la candidature à l'élection présidentielle de 2002 de Jean-Pierre Chevènement n'a pas été une candidature anodine, pas davantage une candidature de simple témoignage. Jean-Pierre Chevènement fut le seul candidat à poser rationnellement les véritables questions et à initier les débats de fond que le système dominant occultait. Il a contribué à élever le niveau de la campagne électorale dans une ambiance générale de confusion. Certes, on peut regretter que le système n'ait pas turbulé en sa faveur, on peut estimer que les 5% et quelques de suffrages obtenus soient en deçà de ce que l'on pouvait raisonnablement espérer. Il n'en reste pas moins vrai que le bilan de cette candidature atypique est loin d'être négligeable. Il est porteur d'avenir pour le déploiement et la diffusion des idées républicaines, et c'est là le principal. Le Mouvement des Citoyens (MDC) s'est progressivement transformé en Pôle Républicain. La question essentielle, à l'heure actuelle, est celle du positionnement du Pôle Républicain. Des opinions parfois contradictoires se sont exprimées quant à l'avenir, donnant lieu à quelques quiproquos. Aujourd'hui, il semble que trois options s'offrent aux membres du Pôle Républicain en voie de construction. La première consisterait à passer outre le clivage traditionnel droite-gauche, en lui récusant toute validité opératoire à déterminer des lignes de démarcation : l'analyse conduirait à opter pour le " ni droite, ni gauche ". Une seconde possibilité militerait pour réinscrire le Pôle Républicain dans une perspective de gauche déjà existante, l'expérience de la gauche plurielle constituant un cadre qui pourrait servir de base de départ à une réorganisation des forces de gauche dans laquelle le Pôle serait une composante parmi d'autres. La dernière option souhaiterait ancrer résolument le Pôle Républicain à gauche, arguant des liens historiquement consubstantiels entretenus entre les idées de gauche et les principes républicains. Mais, à la différence de l'option précédente, cela devrait se faire nécessairement en dehors de la gauche plurielle, coupable en bien des domaines d'avoir renoncé à ses idéaux républicains et aux valeurs de gauche au cours des dernières années. Il conviendrait alors de démasquer ce qui est considéré comme une fausse gauche, sociale-libérale en définitive. Afin d'expliciter avec clarté notre point de vue concernant le positionnement que le Pôle Républicain doit adopter, il nous semble indispensable d'apprécier les tenants et les aboutissants réels de chacune des trois options envisageables à l'heure actuelle. La méthode possède de surcroît l'avantage de contribuer à dissiper certains malentendus et autres confusions qui ont obscurci, voire même franchement pollué, les enjeux du débat depuis plusieurs mois. I) La stratégie du " ni droite, ni gauche " : une confusion et une illusion.1) Dissiper une confusion.Cette stratégie se fonde sur une confusion et un contresens notoires relatifs au discours tenu par Jean-Pierre Chevènement au cours de la campagne des présidentielles. On a voulu faire croire, de manière hâtive et caricaturale, que Jean-Pierre Chevènement allait jusqu'à nier l'existence de la gauche et de la droite, que ce clivage ne serait plus désormais déterminant pour déterminer des lignes de démarcation sur l'échiquier politique. Il n'en a, en réalité, rien été de semblable : les propos tenus pendant la campagne électorale en témoignent sans la moindre ambiguïté. Il n'a jamais fait sienne la formule " ni droite, ni gauche : il a simplement récusé, en les renvoyant dos à dos, une droite qui a oublié la Nation et une gauche qui a oublié le peuple. Ainsi, dans son discours prononcé le 19 janvier 2001 à La Défense à l'occasion du rassemblement national des comités de soutien, il déclarait : " On me reproche stupidement de renvoyer aux oubliettes de l'Histoire la droite et la gauche. Ce que je renvoie aux oubliettes, c'est ce que la droite et la gauche sont devenues dans les hommes et les partis qui prétendent les incarner ". Un peu plus loin, il poursuit en affirmant : " Je n'ai jamais prétendu, comme je l'entends dire ici ou là, que la gauche et la droite allaient disparaître. Je ne suis pas le candidat ni gauche, ni droite. On ne peut décemment me confondre avec Antoine Waechter ". Ces quelques citations sont véritablement significatives et se passent aisément de commentaires superflus : aucune ambiguïté ne peut être entretenue avec sérieux. A l'appui de cette démonstration, viennent d'autres extraits du discours fondateur de Vincennes en date du 9 septembre 2001 : " La gauche et la droite continueront d'exister à l'avenir sous des formes et avec des contenus différents, mais il y a une chose qui est au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, c'est la République ! ". Il nous semble que la raison d'être et l'intérêt du challenge que représente le projet du Pôle Républicain consiste précisément à donner corps et cohérence à ces formes et contenus caractérisant l'avenir de la gauche et la droite, et ceci, avec pour finalité supérieure, la préservation des valeurs et des principes républicains. Nul ne peut faire l'économie de cette réflexion. 2) L'enracinement du clivage droite-gauche dans les mentalités.Cette regrettable confusion, à laquelle, il faut bien l'avouer, certaines personnes ont complaisamment consenti, se double d'une grande illusion : celle de se persuader que l'on puisse aussi facilement s'affranchir d'un clivage droite-gauche qui, depuis la Révolution française, structure la vie politique hexagonale et donne consistance aux grands enjeux nationaux. Cette distinction de l'échiquier politique est une tradition politique fortement enracinée dans la conscience des citoyens français, leur servant de repère dans les engagements personnels : la réalité est que ce clivage reste présent dans les mentalités collectives et on ne peut l'occulter. Peut-être est-il possible de discerner une forme de témérité et de vanité visant à une geste héroïque dans l'adoption de cette posture anti-conformiste et chevaleresque. Peut-être aussi cette stratégie du " ni droite, ni gauche " renvoie-t-elle à une forme moderne de l'apolitisme d'antan quia souvent joué le rôle de cheval de Troie de la droite. 3) Des questions fondamentales ne peuvent être occultées.La stratégie de la négation du clivage droite-gauche fait courir également le risque dommageable de jeter un voile pudique ou de laisser en suspens certaines questions fondamentales de l'action politique immédiatement contemporaine et auxquelles il ne serait pas neutre d'échapper dans le contexte actuel de mondialisation libérale et de primat de la loi du marché. Nous mettons en évidence de la sorte la vanité et la présomption qui président à la volonté d'opérer un dépassement total du clivage. Car on ne peut indéfiniment ménager la chèvre et le chou : arrive le moment où il devient nécessaire de se déterminer sans faux-semblant. Quelle politique fiscale veut-on promouvoir ? Accepte-t-on une baisse significative de l'impôt sur le revenu en faveur des tranches supérieures, ou, au contraire, considère-t-on que l'impôt possède prioritairement une fonction redistributive tendant à réduire les inégalités de condition sociale ? Quelle attitude devant les services publics ? Les privatisations sur le modèle anglo-saxon, ou alors les maintenir selon la tradition française qui a fait ses preuves ? Comment faire pour revaloriser la valeur du travail ? En donnant satisfaction aux revendications des médecins par la décision de porter à 20 euros la consultation, ou alors en octroyant un coup de pouce significatif au SMIC ? Quelle position définir face à la déferlante de la mondialisation libérale ? S'y soumettre, se contenter de l'accompagner, ou remettre en cause sa logique implacable en luttant contre ses excès les plus manifestes ? Nous pourrions prolonger quasi à l'infini ce genre d'exemples. Il ne fait pas de doute que répondre à ces questions revient forcément à se positionner, qu'on le veuille ou non, dans un camp ou l'autre. D'ailleurs, éluder ces thèmes conduit, au moins imperceptiblement, à glisser vers un positionnement plutôt droitier, tout statu-quo se révélant en la matière par essence conservateur. Nous souhaiterions qu'une telle posture résulte d'une véritable illusion, de préférence à une volonté d'escamotage des enjeux réels qui, elle, ne serait pas neutre. 4) Clarifier les notions de souverainisme, souveraineté nationale, souveraineté populaire.Le souverainisme est souvent présenté comme un moyen de réunir les républicains des deux rives à moindre frais, en obtenant de la sorte un dépassement du clivage traditionnel entre la gauche et la droite. Il s'agit du plus petit dénominateur commun qui, à l'usage, a toutes les chances de se révéler insuffisant. Dans le meilleur des cas, le souverainisme coïncide avec une vision partielle et affadie d'un concept bien plus vaste, celui de la souveraineté populaire. Le souverainisme s'attache à défendre et à préserver l'indépendance de la Nation, aujourd'hui indiscutablement remise en cause par plusieurs éléments qui agissent de concert : l'émergence du supranational, l'omniprésence de la loi du marché, la suprématie américaine. La construction de l'Union Européenne dans sa déclinaison du Traité de Maastricht et de l'omnipotence de la commission de Bruxelles s'est révélée être un puissant dissolvant de la souveraineté nationale. Mais l'objet du souverainisme se limite à la Nation ; il méconnaît le peuple formé d'une masse de citoyens. La souveraineté nationale n'équivaut pas à la souveraineté populaire : elle n'en constitue qu'une partie. Pour cela, nous considérons que le souverainisme est une notion incomplète. Le souverainisme qui n'intègre pas avec conviction et sincérité dans son projet politique le peuple et les citoyens, pour la part inaliénable de souveraineté dont ils sont dépositaires, se condamne à rester confiné à droite. Le risque pour le Pôle Républicain réside à se laisser entraîner vers des convergences inachevées et circonstancielles. L'opposition souverainistes-fédéralistes ne peut justifier, à elle seule,, d'un rassemblement dans le cadre du Pôle Républicain. Le souverainisme n'en est pas une condition suffisante. La défense globale, dans toutes ses dimensions politiques, de la souveraineté populaire, certainement. 5) S'appuyer sans ambiguïtés sur des références historiques partagées.Des références historiques communes doivent cimenter et fédérer le Pôle en construction. Pour tout républicain, la Révolution française représente l'évènement fondateur, et par delà, l'héritage de la philosophie des Lumières. Si nous devons assumer les différents épisodes de notre Histoire en reconnaissant que la Nation française résulte d'ajouts provenant de périodes variées, on ne peut pas non plus, par les effets d'un relativisme curieux et douteux, mettre au même niveau les contributions de Clovis, de Philippe le Bel, de Louis XIV et celle de la Révolution. Clovis et Philippe le Bel s'adressaient à un magma indifférencié de serfs et de sujets alors que les évènements de l'année 1789 consacrent l'émergence du citoyen. Louis XIV oeuvrait dans le cadre de l'absolutisme de droit divin, système politique que les philosophes des Lumières ont ardemment combattu, facilitant son renversement à partir de 1789. La Révolution a posé les jalons de la démocratie et inauguré la République. Le choix et l'adoption des référents historiques et idéologiques, véritables " lieux de mémoire " de la communauté nationale, ainsi que leur hiérarchisation, ne relèvent pas de l'anecdotique. Ils mettent en valeur des positionnements politiques, assumés ou masqués. Pour toutes ces raisons, nous estimons que la stratégie du " ni droite, ni gauche " s'avère être une voie impraticable pour le Pôle Républicain. II) Le retour au bercail d'une gauche plurielle : une impasse et un reniement.1) La gauche plurielle a cessé d'exister.La tentation de revenir, au prétexte de se réinscrire à gauche, à une formule ressemblant à l'ancienne gauche plurielle, relève d'une démarche également fallacieuse. La raison principale, qui tombe sous le sens, est que la gauche plurielle a cessé d'exister : elle s'est désintégrée à l'épreuve des réalités de l'exercice du pouvoir. La décision de Jean-Pierre Chevènement de démissionner du gouvernement Jospin en 2000 signifiait un état de décomposition avancée pour cette structure originale. Les échecs répétés à l'occasion des échéances électorales de l'année 2002, présidentielles et législatives, ont définitivement sonné le glas de la gauche plurielle et entériné sa désagrégation. La tentative de la part du parti socialiste de modifier l'emballage sans en changer le contenu, en forgeant l'appellation gauche unie, ne doit pas nous conduire à une méprise fâcheuse. 2) Démasquer une fausse gauche sociale-libérale.En effet, l'essentiel est de démasquer cette fausse gauche, que l'on peut qualifier de libérale ou de sociale-libérale. Elle s'est convertie sans vergogne à la gestion d'une économie libérale, acceptant les impératifs liés à la construction européenne définie par le traité de Maastricht. Son ralliement à l'orthodoxie financière et monétaire à partir de 1983 devait, aux dires du premier secrétaire du parti socialiste de l'époque, ouvrir une simple parenthèse libérale. Force est de constater que certaines parenthèses tardent à se fermer. Ce faisant, cette gauche-là s'est montrée infidèle à ses idéaux de gauche et à l'exigence républicaine. Cette déviance sociale-libérale, qu'à l'intérieur du parti socialiste Emmanuelli ou les membres de la Gauche socialiste stigmatisent maintenant que les langues se délient pour ouvrir la voie à un nouveau " droit d'inventaire ", s'est progressivement imposée, au motif perfide d'une nécessaire adaptation à une modernité insaisissable. Le concept de modernité régressive correspond parfaitement à certaines réalités : la flexibilité et la précarité, présentées par leurs promoteurs comme une obligation afin de venir à bout des supposés rigidités et autres archaïsmes du marché du travail, visent en définitive à restaurer les conditions qui prévalaient au temps de Zola. Cette modernité ne représente certainement pas un progrès de l'humanité : elle est effectivement et sans contestation possible régressive. 3) Des renoncements trop nombreux.Ce virage de la gauche sociale-libérale, à rebours de ses traditions et de ses principes, s'est accompagné de nombreux renoncements, tous justifiés par la prétendue irréversibilité du processus enclenché. Naissait alors le mythe de " la seule politique possible " que l'on mettait en pratique, même à contrecur s'il le fallait. Cependant, on est en droit de se demander légitimement si, au vu de l'ardeur déployée par cette armée de nouveaux convertis, ce changement de cap constitua véritablement un déchirement sincère. Le catalogue de ces renoncements est extrêmement fourni. Ainsi, l'Etat renonça à assumer sa responsabilité en matière économique et sociale : la "démission " du gouvernement à l'occasion des licenciements boursiers de Michelin sonnait le glas d'une politique économique volontariste. Les privatisations, même sous la forme grossièrement détournée des ouvertures de capital au secteur privé, les ristournes fiscales en faveur des entreprises (sans aucune contrepartie quant à l'emploi) et des revenus les plus élevés, la baisse de la fiscalité sur les stock-options, confirment la réalité de cette conversion au libéralisme. La remise en cause de principes éminemment républicains comme ceux de la loi égale pour tous et partout ou de l'indivisibilité du territoire à l'occasion des négociations relatives à la Corse aboutissant aux accords de Matignon, le renvoi aux oubliettes de l'exigence d'un droit à la sécurité égal à la surface du territoire national, aussi bien dans les lieux chics que dans les quartiers populaires, en raison de l'arbitrage en faveur de la ligne dogmatiquement angélique du gouvernement, accentuaient le sens de l'évolution enregistrée. L'accumulation de ce type de renoncements dont la liste n'est pas exhaustive crée pour la gauche plurielle un lourd passif. Pour certains, ce bilan possède le goût d'une trahison. Si trahison il y a, c'est au regard de l'engagement pris au moment du discours d'investiture du gouvernement Jospin prononcé en 1997 devant la représentation nationale : " En tous domaines, faire retour à la République ". L'oubli et la répudiation de cet engagement ont eu pour conséquence de rendre encore plus fragile et incertain le clivage entre droite et gauche. 4) Une inversion de base sociologique préjudiciable.En raison d'une politique qui, en tous domaines, a été loin de faire systématiquement retour à la République, la gauche plurielle s'est éloignée des aspirations des catégories populaires. Celles-ci ont ressenti un très fort sentiment d'abandon que l'abstention ou le vote extrémiste aux présidentielles ont sanctionné. De ce fait, le divorce entre la gauche plurielle et les couches les plus modestes devenait de plus en plus irréversible. Au contraire, en contradiction avec la tradition et l'Histoire de la gauche, le gouvernement a reporté ses efforts à séduire les classes moyennes supérieures et les cadres, dont les bobos sont devenus les figures emblématiques. La tendance droitière du parti socialiste a entretenu à souhait la confusion entre les classes moyennes et les cadres supérieurs. Ce renversement de stratégie sociologique a eu sa traduction lors des consultations électorales. Aux municipales de 2001 déjà, le net recul des positions de la gauche plurielle fut minimisé, voire même occulté, par les victoires de Lyon et Paris. La sur-représentation de catégories sociales moyennes ou aisées dans ces deux grandes villes explique cette apparente distorsion. De la même manière, la défaite lors des législatives de 2002 ne fut infirmée qu'à Paris où la gauche plurielle gagna des sièges. Les éléments moteurs de cette inversion sociologique fort préjudiciable quant à l'identité même de la gauche furent sans nul doute les Verts. En effet, en dépit d'une phraséologie gauchisante, ils développent des revendications en direction principalement des catégories supérieures d'une veine idéologique libérale-libertaire. En filigrane de cette posture, se dissimulent en réalité une idéologie urbaine et une pratique du mépris social : la dévalorisation de l'élément populaire, souvent rural, et la promotion d'un parisianisme branché illustrent pleinement la répudiation d'une France hâtivement qualifiée de ringarde ou de moisie. A cet égard, il est éclairant de constater que les Verts ont remporté deux sièges de député à Paris, patrie des bobos, alors qu'ailleurs ils étaient en règle générale nettement battus. Des formations politiques qui négligent les suffrages des prolos pour mieux capter ceux des bobos peuvent-elles légitimement se revendiquer de gauche ? 5) Ne pas retourner au bercail.Considérant qu'il existe un héritage de gauche, tant historique qu'idéologique, qu'il est hors de question de brader, il nous semble difficile de revenir à une formule ressemblant de près à l'ancienne gauche plurielle. Il s'agirait tout à la fois d'une erreur d'appréciation et d'un reniement de nos engagements antérieurs. La simultanéité du renoncement à la promesse de faire en tous domaines retour à la République et de l'abandon de l'ambition de mettre en pratique une véritable politique de gauche montrent à l'évidence, si besoin en était, les liens intimes et consubstantiels qu'entretiennent gauche et République depuis l'évènement fondateur que représente la Révolution française. Pour cela, retourner sous une forme ou une autre au bercail d'une gauche plurielle quelconque s'avèrerait à moyen terme une voie sans issue. Ce serait faire trop peu de cas de la haute exigence qui nous anime en faveur des idéaux de gauche et des valeurs de la République historiquement liés. L'enjeu est de taille : préserver pour l'avenir un patrimoine commun qu'aucune modernité ne saurait rendre obsolète. Nous ne pouvons, pour l'occasion, brader sans nous renier. Se résigner à jouer les supplétifs d'un parti hégémonique, dominé par la tendance sociale-libérale de surcroît, conduirait inévitablement à notre propre renoncement. Il ne s'agit pas de l'horizon auquel nous aspirons. III) Notre choix : pour une gauche républicaine et sociale.Bien au contraire, notre horizon est celui d'une gauche républicaine et sociale. Dans le contexte actuel de confusion, il devient indispensable de préciser clairement la signification et le contenu que nous entendons attribuer aux termes de gauche, de République et de social. Cet effort de définition et d'explication préalables sert de précaution contre le risque d'employer ces termes de manière abusive et indue, en les vidant de leur chair et de leur substance profonde, pour en faire en définitive de simples coquilles vides de sens. 1) Les trois gauches.
Nous considérons que l'espace politique de gauche se subdivise
en trois tendances. Deux d'entre elles sont à récuser fermement.
La gauche libérale, ou sociale-libérale pour ne pas enlever
toute bonne conscience (de gauche) à ses partisans, a bradé
une partie élevée du patrimoine génétique
de gauche au prix d'une succession ininterrompue de renoncements que nous
avons évoqués précédemment. Il est inutile
d'y revenir. Elle a en outre délaissé les catégories
sociales les plus modestes, les abandonnant à leur sort, à
un quotidien façonné par les rigueurs impitoyables d'une
mondialisation ultra-libérale échevelée et d'une
" modernité " régressive. Les dernières
consultations électorales ont montré de manière éclatante
que le divorce entre cette gauche libérale et le peuple était
désormais consommé, laissant de nombreux citoyens totalement
désorientés par cette situation inédite. Pour prendre
la mesure du discrédit dans lequel cette gauche est tombée,
il suffit d'établir le catalogue des épithètes utilisés
pour la désigner : gauche bourgeoise, mondaine, caviar, parisianiste,
émotionnelle... L'inflation des termes témoigne du rejet
de cette gauche oublieuse de son identité, de sa mission historique
et de sa raison d'être. 2) La République : davantage que des institutions, un véritable état d'esprit.
La République ne se résume pas à un simple cadre
institutionnel défini par l'élaboration d'une constitution.
Elle est bien davantage que cela ; elle résulte d'un véritable
état d'esprit. Au XIX° siècle, la droite refusait la
République en bloc qu'elle traitait de gueuse. Si, depuis, la droite
s'est ralliée à la forme républicaine du régime,
cela ne signifie pas pour autant qu'elle en ait intériorisé
en pleine conscience les exigences fondamentales. Une remarque similaire
vaut pour certains secteurs de la gauche actuelle qui se sont éloignés
de l'esprit républicain originel. Seul un profond ressourcement
pourrait contrecarrer les effets pernicieux de cette gigantesque braderie. 3) Réhabiliter une notion pervertie : le social.
Le social a subi un abaissement dans sa nature même et ses finalités
à un tel point que tout républicain de gauche doit s'en
préoccuper instamment. Rappelons que la question sociale se double
depuis le XIX° siècle d'une volonté indéfectible
de transformation sociale visant à réduire, voire à
supprimer, les injustices affectant la société. L'altération
du social s'est parfois réalisée de manière pernicieuse,
sous le patronage des bons sentiments et de la générosité.
C'est ainsi que le social a été réduit à ce
dont il s'était détaché avec vigueur au moment de
son affirmation et de son inscription dans la législation : la
sphère de la charité et de la compassion. Il s'agit en réalité
d'un retour en arrière peu reluisant. Une des caractéristiques
majeures du social est de s'attacher à préserver la dignité
et la pudeur de la personne bénéficiaire de l'action concernée.
Un degré supérieur dans l'abaissement du social est atteint
par sa transformation en psychologisme de bas étage. Une telle
demande n'émane pas vraiment des catégories les plus populaires,
mais représente davantage une déviance petite-bourgeoise.
Fondamentalement, cela ne diffère guère d'une forme de mépris
social et de condescendance masquée. 4) Un combat jamais démenti en faveur de l'égalité.
La recherche de l'égalité offre un espace de convergence
aux trois thèmes développés plus haut : la gauche,
la République, l'ambition sociale. L'égalité représente
un objectif fortement ancré dans l'esprit et un horizon indépassable
qui ne souffre d'aucune dérogation possible. Elle devient une affaire
de volonté, de sincérité et de justice. Le maintien
de services publics efficaces, la garantie du système de retraites
par répartition ou de la sécurité sociale, la revalorisation
autrement que symbolique des salaires les plus faibles, la préservation
d'une école démocratique et méritocratique parce
que exigeante, la mise en place d'une politique fiscale résolument
redistributrive, la sauvegarde des conventions collectives et des droits
sociaux, sont les vecteurs privilégiés du combat inlassable
en faveur de l'égalité. Leur remise en cause, ouverte ou
insidieuse, réduit les possibilités de sa réalisation. 5) Une conception du citoyen et de la Nation réaffirmée.Le citoyen est partie intégrante d'une société, d'une collectivité : la Nation française qui s'incarne dans la République une et indivisible. Cette conception à la française du citoyen et de la Nation a été forgée à partir de la Révolution française. Les Français définissent alors la Nation en privilégiant le sentiment de solidarité fondé sur un passé commun, sur une volonté de continuer à vivre ensemble. Cette communauté de destin impose de défendre et de faire fructifier un héritage qui n'est pas seulement matériel (un territoire) mais aussi spirituel (des valeurs communes). Les critères politiques et historiques sont déterminants contrairement à la vision allemande de la Nation qui s'appuie sur des éléments ethniques et linguistiques. L'élaboration de la conception française de la Nation est indissociable de l'affirmation d'essence démocratique du principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le peuple est alors, nouveauté fondamentale, constitué de citoyens libres et égaux en droit, chacun possédant une part inaliénable de souveraineté. Par conséquent, le citoyen n'appartient pas à une communauté
qui serait établie sur des critères d'appartenance (et donc
symétriquement d'exclusion pour qui n'y souscrirait pas) pouvant
être religieux, ethniques, sociaux, générationnels,
territoriaux ou même sexuels. La Nation n'est pas davantage une
juxtaposition de ces communautés diverses et hétéroclites.
Il en résulterait une fragmentation et une balkanisation du corps
social rendant aléatoire la cohésion de la Nation. La conception
républicaine du citoyen et de la Nation rejette fermement toute
forme de communautarisme. En Corse, ou vis à vis d'une génération
d'immigrés que l'on ne se préoccupe plus vraiment d'intégrer,
on confond droit à la différence et communautarisme. IV) Quelques éléments en guise de conclusion.1) Un clivage droite-gauche doit rester pertinent.Si la répartition actuelle des formations politiques entre une gauche et une droite ne correspond plus à une réalité et ne satisfait plus grand monde, conclure de manière lapidaire à leur disparition constituerait un contresens historique majeur. Au contraire, il incombe à l'action politique de ce début de siècle de déterminer de nouveaux critères de différenciation susceptibles de redonner vitalité au clivage droite-gauche. La nécessité de lui assigner des formes et des contenus adaptés et valides s'impose, faute de quoi la désagréable impression de flou contribuera à détacher les citoyens des débats politiques. Ce serait une défaite de la pensée et de l'action, en somme du politique. 2) Ne pas se laisser enfermer dans des alliances partielles et factices.Une convergence conjoncturelle et circonstancielle relative à une question particulière ne peut constituer un prétexte valable pour envisager une fusion de tendances pouvant être en d'autres domaines dissonantes et inconciliables. La lutte contre le fédéralisme, le libéralisme ou le communautarisme représente des critères incontournables et nécessaires. Mais pris isolément, chacun d'entre eux devient insuffisant car tout engagement politique se doit de reposer sur une vision globale de la société et de son environnement immédiat ou même plus lointain. 3) Il existe un patrimoine de gauche que nous ne saurions brader.Affirmer qu'il existe un patrimoine de gauche n'est pas une vue de l'esprit. Celui-ci se caractérise par un passé historique, des traditions politiques, des fondements idéologiques et des réalisations concrètes. Nul homme ou femme de gauche sincère ne peut se résoudre à brader cet héritage. Sa réaffirmation résolue devient impérative afin de démontrer l'impraticabilité de la stratégie du " ni droite, ni gauche " et de démasquer l'imposture de la gauche libérale qui a renoncé à cet héritage. Contre cette dernière fausse gauche, le combat sera ardu : elle s'accrochera à ses titres et n'hésitera pas à nous intenter des procès en recherche de paternité ou pour captation abusive d'héritage. 4) Des pléonasmes à vertu pédagogique.Notre choix est en faveur d'une gauche républicaine et sociale. Les termes de gauche, de République et de social entretiennent de tels liens de parenté que la formule pourrait relever du pléonasme. On connaît le rapport consubstantiel unissant gauche et République, la communauté de destin entre l'ambition sociale et les idéaux de gauche. On sait aussi que la République n'a pas le choix : elle est sociale ou n'est pas, l'esprit primant ici sur le simple cadre institutionnel. Confrontés à une ambiance de confusion latente, l'utilisation du pléonasme peut se révéler bénéfique par son côté pédagogique. Toujours répéter pour espérer être compris. 5) Une voie courageuse et d'avenir.La voie proposée est un choix courageux car il répudie à la fois les situations de confort et les modes fugaces. Le risque de se retrouver minoritaire sur l'échiquier politique correspond à une réalité. Mais cette option est potentiellement majoritaire parmi les citoyens, dans leurs aspirations et leurs mentalités. Le défi qui attend le Pôle Républicain est de susciter les dynamiques et les synergies capables de transformer ces germes en véritable courant d'adhésion. A cet effet, la priorité est de procéder à une recomposition du paysage politique français. La réactivation d'un clivage droite-gauche se fondant sur des critères réactualisés, clairement explicités et aisément décryptables par les citoyens, reprend toute sa pertinence. L'entreprise mènerait à d'indispensables reclassements, par delà ce que sont devenues droite et gauche. L'opération n'est pas aisée : elle conduira à des déchirements et à des examens de conscience douloureux. Loin d'ajouter à la confusion ambiante, elle apportera de salutaires clarifications par les temps qui courent. 6 )Elargir sa base, accroître son audience.Le Pôle Républicain en construction se trouve placé devant la nécessité impérieuse de convaincre le plus grand nombre. Pour ce faire, il doit s'ouvrir sans hésitations à des personnalités ou des courants partageant des conceptions et des visions d'ensemble similaires. Il en existe dans les partis politiques actuels, par delà le clivage traditionnel gauche-droite, ainsi que dans le monde associatif. Il convient de trouver les arguments afin de les inciter à franchir le pas pour construire la grande force de gauche républicaine et sociale dont le pays éprouve le besoin. Elargir sa base et accroître son audience deviennent des objectifs cruciaux pour assurer le succès du Pôle Républicain. Néanmoins, cela doit se faire en évitant deux écueils opposés : la tentation d'un repli frileux sur soi, le risque de perdre son identité par la quête effrénée d'alliances contre nature ou factices. La définition claire d'une ligne de gauche, républicaine, sociale, doit en préserver le Pôle Républicain.
|
||||||||||||||||||