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Tariq Ramadan, Islam et Laïcité |
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Dans un récent article consultable sur un site internet, www.oumma.com , Tariq Ramadan attaque l'association Ni Putes Ni Soumises (NPNS), remet en cause l'application de la loi de 1905 et attaque le modèle Républicain français. Le texte qui suit est une réponse de Caroline BRANCHER à ce texte de Tariq Ramadan.
Ni Putes Ni Soumises est un mouvement né dans les quartiers populaires français en 2003 suite à la Marche des Femmes contre les Ghettos et pour l'Egalité . Cette marche a dénoncé les violences faites aux femmes et le phénomène de ghettoïsation des banlieues françaises. Quelques mois avant la marche, la mort de Sohane, jeune fille brûlée vive dans un local à poubelles parce qu'elle refusait le machisme, est l'emblème de toute cette génération qui se bat contre l'oppression des femmes et pour l'égalité des droits. Ni Putes Ni Soumises est un mouvement citoyen, mixte et laïque qui revendique clairement son attachement aux valeurs républicaines « Liberté, Egalité, Fraternité ». Ce mouvement accueille des femmes et des hommes de tout âge, de toute origine, de toute confession et de tout bord politique et est donc représentatif de la diversité française. Ni Putes Ni Soumises est aujourd'hui présente sur le terrain à travers 60 comités qui sont chargés d'accueillir des jeunes femmes victimes de violences. Fadela Amara, Présidente du mouvement Ni Putes Ni Soumises , est une femme engagée qui lutte contre les intégrismes religieux, dénonce les violences faîtes aux femmes et se bat pour que les jeunes issus de l'immigration soient pleinement acceptés dans la société française. Fadela Amara, par l'engouement qu'elle a suscité et la justesse de ces propos, bénéficie du soutien de femmes et d'hommes politiques, de droite comme de gauche. Elle est reconnue par des féministes du monde entier qui lui ont apporté son soutien. Taslima Nasreen, écrivain Bangladaise et Nawal El-Sadaoui, féministe Egyptienne, étaient présentes cette année aux Universités de Dourdan organisées chaque année à l'initiative du mouvement. Tariq Ramadan, prédicateur suisse, est le petit fils de Hassan Al-Banna fondateur de la confrérie des Frères Musulmans, née en Egypte dans les années 20. Cette confrérie prône un Islam politique, totalitaire et néo-fasciste et continue d'inspirer tous les mouvements intégristes et terroristes à travers le monde. Tariq Ramadan n'a jamais condamné le programme politique de son grand père. Il intervient régulièrement sur le site islamiste www.oumma.com qui présente en surface un Islam francophone tolérant et ouvert mais qui véhicule en arrière plan des idées incompatibles avec les Droits de l'Homme comme on peut le constater aisément sur son forum d'internautes www.mejliss.com avec les multiples références au site Islam Q&R (1). Tariq Ramadan est également signataire de l'appel des indigènes de la République. Cet appel encourage à la haine de la France qui y est qualifiée « d'état colonial » Cet appel dénigre les Français de souche en les faisant passer pour d'éternels colons. Les jeunes issus de l'immigration des anciennes colonies françaises seraient quant à eux d'éternels colonisés et donc d'éternelles victimes. Tariq Ramadan est également proche de l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) qui n'est rien d'autre que la filiale française des Frères Musulmans (2) et qui a été institutionnalisé en 2003 par le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy. Youssef Al-Qaradhawi, le mentor de l'UOIF, considère que l'Europe est une terre à conquérir au nom de l'Islam par les prêches et le prosélytisme. Al-Qaradhawi, qui dirige le conseil européen de la fatwa au côté de théologiens fondamentalistes (3), encourage le djihad contre les Juifs et les Américains [« Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil »] (4), autorise les violences conjugales, justifie la polygamie, les attentats kamikazes et la mise à mort des homosexuels (5). Le contenu des fatwas émises par le conseil européen ne peut évidemment que radicaliser les musulmans européens. Les prédicateurs de l'UOIF rejettent le principe de mixité et prônent la séparation des sexes (6). Lorsque l'on ne connaît pas Tariq Ramadan et qu'on l'entend dire « Les musulmans doivent bien sûr continuer à être autocritiques vis-à-vis des lectures littéralistes poussant au repli communautaire », on ne peut être que d'accord avec lui. Mais lorsque l'on connaît ses liens avec l'UOIF, cette affirmation prête surtout à sourire. Dans une confrérie, il faut savoir qu'un membre est autorisé à mentir pour ne pas être démasqué et arriver plus vite à ses fins. C'est ce qu'on appelle la takia : la dissimulation, le droit de mentir aux non-musulmans. Caroline Fourest, experte des mouvements intégristes et extrémistes, a décortiqué les cassettes et les écrits de Tariq Ramadan. Dans son livre « Frère Tariq » (7), elle met brillamment à jour son double discours. Tariq Ramadan affirme que « la question de l'islam est réglée et ne menace en rien l'avenir de la France ». Il faut préciser que la majorité des musulmans français pratique un Islam tolérant et ne se reconnaît pas dans un mouvement radical comme l'UOIF (qui ne compte d'ailleurs que 40.000 sympathisants (8) pour 3 à 6 millions de Français potentiellement musulmans) La France est une société multiethnique en pleine mutation qui assume mal sa nouvelle identité. Les discriminations à l'emploi et au logement dont sont victimes les jeunes issus de l'immigration sont un fléau et une honte pour le modèle Républicain français. Pour les émeutes en banlieues, Fadela Amara, même si elle comprend les mécanismes qui amènent à la violence, condamne cette violence qu'elle considère comme une impasse. Elle encourage au contraire les jeunes à s'emparer des outils de la République (droit de vote, militer dans un parti politique ou une association) pour faire entendre leur voix. Fadela Amara a choisi de militer au Parti Socialiste, ce qui lui est souvent reproché par les intégristes musulmans qui considèrent le Parti Socialiste comme un parti sioniste qu'ils exècrent. Les personnes issues de l'immigration maghrébine qui ont réussi et qui font parti d'un grand parti politique Français (Fadela Amara, Malek Boutih ou Rachid Kaci pour ne citer qu'eux) sont considérés comme des traîtres par les intégristes musulmans. Les intégristes musulmans, minoritaires mais activistes, s'approprient la souffrance des jeunes victimes de discrimination et de chômage, leur proposent de s'en sortir par le biais de la religion. Ils utilisent la colère des jeunes pour les tourner vers un Islam radical et atteindre ainsi leur but : islamiser la société française. L'extrême droite française, quant à elle, alimente la confusion entre l'Islam (religion) et l'Islam politique. Elle se sert de la peur suscitée par la présence de millions de musulmans en France pour élargir son électorat. L'Islam politique et l'extrême droite française se nourrissent l'un de l'autre pour attiser la haine et la peur. Chacun utilise le discours de l'autre pour parvenir à ses fins. Défendant les mêmes thèses antisémites et anti-féministes, ils ne sont en réalité que les deux faces d'une même pièce. De véritables haines sont en train de se développer durablement en France : haine à l'égard des immigrés et des musulmans, haine à l'égard des Français de souche. Ceci aboutira probablement à une violente confrontation qui apparaît de plus en plus inéluctable. Fadela Amara est au contraire une femme de paix qui se bat pour l'égalité et qui, à travers des idées laïques et universalistes, est capable de rassembler les Français de toute origine et de proposer une véritable alternative à cette probable confrontation. Partant de la fracture sociale qui traduit d'abord un malaise économique, Tariq Ramadan nous amène vers un sujet qui n'a rien à voir : l'Islam et la laïcité. Il ajoute d'ailleurs sur la loi de 1905 qui institutionnalise le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat : Pour comprendre la laïcité, spécificité Française, il faut se replonger dans l'Histoire de France. Au IV° siècle, le concept d'hérésie, arsenal répressif pour lutter contre les déviances religieuses, est créé. Lorsque le christianisme devient religion d'Etat en 380, les persécutions et l'intolérance deviennent la règle et les premières persécutions à l'encontre des païens ont lieu. En 1233, la papauté radicale systématise la chasse aux sorcières et créé l'Inquisition, tribunal de foi habilité à mener toute enquête concernant les déviations religieuses et à pratiquer pour cela les sévices corporels. Pendant 15 siècles, les chrétiens vont pourchasser, martyriser, massacrer les minorités religieuses dont seront tour à tour victime les païens, les juifs, les protestants. La Révolution Française de 1789 marquera dans les faits la pensée des philosophes des Lumières qui ont dénoncé les persécutions perpétrées au nom de la religion. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 stipulera que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. La déclaration mettra un terme aux discriminations liées à la religion. Les ordres religieux seront supprimés. La Révolution Française sera la première formulation de la séparation de l'Etat et de l'Eglise. Plus d'un siècle plus tard, s'ensuivront la loi de 1882 (séparation de l'Eglise et de l'école publique) et la loi de 1905 qui réaffirmera le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat. La laïcité est donc un idéal de liberté et d'égalité. La laïcité permet de croire et de penser sans contrainte et de vivre librement ses options spirituelles. La laïcité permet de promouvoir ce qui est commun à tous par delà les différences. Elle permet de se protéger du fanatisme religieux, des intolérances et des attitudes d'exclusion pratiquées au nom d'une religion ou d'un particularisme. En France, il est incontestable que des jeunes filles portent le foulard par choix personnel, foi religieuse ou pour affirmer une identité qu'elles jugent bafouée par les discriminations. D'autres portent le foulard car elles subissent des pressions de la part de certains garçons qui ne respectent pas les femmes non voilées qu'ils considèrent comme des « filles faciles ». Les années 90 ont été marquées par l'arrivée en France d'intégristes venus de l'étranger (des membres du FIS ont notamment obtenu le statut de réfugié politique en France avant le commencement de la guerre civile mais également après). La présence d'imams intégristes dans certains quartiers (ayant des interprétations très dures des textes sacrés envers les femmes) est responsable de cette dégradation des rapports homme femme. L'école, publique et laïque, apparaît donc comme un espace de liberté dans lequel il faut protéger les jeunes filles qui souhaitent s'émanciper. Le but premier de la laïcité étant en effet de protéger les libertés de conscience. L'égalité homme femme représente ce qu'il y a de pire pour les intégristes musulmans qui la remettent très gravement en question en rejetant le principe de mixité : apparition de plages horaires non mixtes dans les piscines, refus de se faire soigner par une personne de sexe opposé dans les hôpitaux, apparition du foulard islamique à l'école et dans les administrations Françaises, apparition de la burka et du tchador iranien dans les lieux publics qui traduit un retour à l'obscurantisme inquiétant. Il était donc indispensable de réaffirmer le principe de laïcité mais aussi l'égalité homme femme. La loi du 15 mars 2004 qui interdit, sous peine d'exclusion, le port de signes religieux ostensibles à l'école a été approuvée par la majorité de l'opinion publique. Cette loi ne concerne que les écoles, les collèges et les lycées publics. Elle n'entrave donc pas le libre exercice du culte des femmes musulmanes qui restent tout à fait libres de porter le foulard dans la sphère privée. Les intégristes musulmans et certaines organisations d'extrême gauche qui les soutiennent n'ont pas digéré la loi du 15 mars 2004. Adeptes du double discours, les cadres de l'UOIF, qui prétendent respecter la laïcité lorsqu'ils s'adressent aux médias, ont encouragé les jeunes filles à enfreindre la loi dès la rentrée scolaire de septembre 2004. Faire entrer le foulard islamique à l'école n'est rien d'autre qu'une stratégie des intégristes qui essayent d'ouvrir une brèche dans le modèle Républicain. Le foulard islamique est le cheval de bataille de l'Islam politique. Il a d'ailleurs fait partie de la stratégie des islamistes en Algérie. Tariq Ramadan met à mal le modèle Républicain lorsqu'il affirme que « L'unité de la République, idéalisée jusqu'à l'ivresse dans le discours politique, est, sur le plan social, un mythe et un mensonge ». Le modèle laïque Républicain a permis aux êtres humains de s'émanciper et de vivre libres comme le démontre l'Histoire de France : ce n'est donc pas un mythe. Aujourd'hui, les populations issues de l'immigration sont fréquemment victimes de discriminations, soit à l'embauche soit au logement, et ne jouissent nullement de l'égalité des chances qui devrait correspondre à l'égalité des droits pourtant proclamée. Tout se passe comme si les beaux principes de la République sonnaient faux. Les partisans de la tolérance à l'égard des signes religieux à l'école invoquent les discriminations sociales et économiques pour appeler au refus « d'une autre exclusion ». Mais cette tolérance ouvrirait les portes à tous les communautarismes qui fractionneraient indéfiniment la République une et indivisible. Au contraire, la lutte sociale contre les discriminations peut aller de pair avec une authentique laïcité permettant d'unir tous les êtres humains par delà leurs différences. Et tant qu'il y aura des femmes et des hommes pour se battre afin que cet idéal d'égalité et de liberté soit une réalité pour tous, ce modèle ne sera pas un mensonge mais un espoir. Aujourd'hui, on assiste à un retour à l'ordre moral inquiétant dans le monde entier. Le Pape Benoît XVI rejette l'accès à la prêtrise par des femmes, combat farouchement l'homosexualité, n'hésite d'ailleurs pas à condamner les féministes car solidaires de la cause homosexuelle. A tout cela vient s'ajouter l'échec cuisant du modèle communautariste anglo-saxon comme l'ont tristement démontré les attentats de Londres en juillet 2005. Le modèle laïque Républicain est donc non seulement toujours d'actualité mais apparaît comme la seule alternative aux intégrismes religieux qui reviennent en force dans le monde entier et qu'il faut combattre coûte que coûte. (1) Extraits du site Islam Q&R : « Vous devriez inculquer (à vos enfants) la haine pour la civilisation occidentale et les informer de ce en quoi elle est contraire aux lois (religieuses) et à la nature saine »[…]« Si la femme (coupable) a déjà été légalement mariée, elle doit être lapidée jusqu'à ce que la mort s'en suive. »[…]« Si vous trouvez des personnes en train de pratiquer la pédérastie tuez-les toutes les deux » (2) « OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-Lévy : (3) « OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-Lévy : Chapitre 4 : le conseil européen de la fatwa et de la recherche, les membres du conseil, page 82. (4) En juillet 2004, Al-Qaradhawi a réaffirmé lors d'une interview retransmise sur Al-Jazira : «Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil » (5) « OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-Lévy : Chapitre 2 : le mentor Youssef Al-Qaradhawi, femme voile, mixité page 47, la polygamie page 50, l'homosexualité page 54, le djihad contre les juifs et les américains page 55. Chapitre 4 : le conseil européen de la fatwa et de la recherche, l'opération martyre réjouit Allah, page 94. (6) « OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 3 : les prédicateurs de « nouveaux travailleurs sociaux ? », page 71. (7) « Frère Tariq » de Caroline Fourest aux éditions Grasset. (8) « OPA sur l'Islam de France : les ambitions de l'UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Conclusion, page 235.
Caroline BRANCHER |
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