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Proposition de loi anti-blasphème : retour vers l'obscurantisme |
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| Caroline BRANCHER est militante de Ni Putes Ni Soumises . Un de ses textes précédents, intitulé « Tarik Ramadam, Islam et Laïcité » a été diffusé en Tribune libre dans la Lettre du mois de l'AGAUREPS-Prométhée n° 25 de Février 2006 (consulter le site internet www.agaureps.fr.st ). Le député UMP du Gard, Jean-Marc Roubaud, a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi (n°2895) visant à « interdire les propos et les actes injurieux contre toutes les religion ». Concrètement, M. Roubaud souhaite ajouter la ligne suivante à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse: « Tout discours, cri, menace, écrit, imprimé, dessin outrageant, ou affiche, portant atteinte volontairement aux fondements des religions, est une injure » et est par conséquent passible d'une condamnation juridique. Jean-Marc Roubaud rejoint Mouloud Aounit, président du MRAP, qui souhaitait déjà une loi anti-blasphème en 2005. Un des acquis de la Révolution Française est de garantir la liberté de conscience et de protéger les athées et les agnostiques des persécutions religieuses. Comme le démontre l'histoire de France, c'est la libre critique de la religion qui a permis la relativisation des textes religieux et leurs adaptations à la modernité ainsi que l'émancipation des êtres humains. Cette proposition de loi est un véritable danger car elle déroule un boulevard aux intégrismes. Comme le démontre les affaires Rushdie (« Les versets sataniques ») et Scorsese (« La dernière tentation du Christ »), les intégristes ont toujours utilisé l'accusation de blasphème comme arme de censure contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Si une loi anti-blasphème était adoptée, les intégristes ne manqueraient pas de s'en servir pour disqualifier toute critique de leur religion. La critique des dogmes religieux et la dénonciation de l'interprétation intégriste d'une religion ne seraient plus permises. Monsieur Roubaud justifie son initiative en ces termes: « La récente polémique sur les caricatures soulève le délicat problème des libertés d'opinion et de la presse face aux libertés de religion et de pensée, qui font elles aussi partie des principes démocratiques de notre pays ». Il ajoute donc ensuite que « la liberté d'expression ne saurait donner le droit de bafouer, de désinformer ou de calomnier les sentiments religieux d'aucune communauté ou d'aucun Etat quel qu'il soit ». En quoi critiquer une religion est-il une atteinte à la liberté de religion ? Peut-être serait-il bon de rappeler certaines vérités à Monsieur Roubaud. Lorsqu'on critique une religion, voire qu'on blasphème dans le pire des cas, on offense les croyants. Lorsque des intégristes imposent leur loi divine à l'ensemble d'une communauté, ils privent des êtres humains de leur liberté et de leur choix. Quel est donc le plus inacceptable ? Les blasphémateurs ou les intégristes ? Même si il est regrettable que la liberté d'expression soit parfois utilisée à des fins de provocations, elle reste le fondement de notre démocratie et ne saurait être remise en question. Ce n'est pas la libre critique d'une religion ou le blasphème qui doivent être condamnés, c'est l'appel au racisme et à la haine contre des personnes. C'est notamment la haine des musulmans qui est condamnable et inacceptable. C'est cette haine anti-musulmane distillée sur bon nombre de sites d'extrême droite (dont les sites France Echos et Occidentalis en sont les dignes représentants) que Monsieur Roubaud devrait s'appliquer à combattre. La juste critique de l'Islam peut permettre aux musulmans de faire leur autocritique et d'adapter la pensée islamique à la modernité. Ceci représente un immense espoir pour les populations vivant sous le joug de la Charia. S'opposer à la critique de la religion, c'est donc priver définitivement des populations entières à toute possibilité de liberté et d'émancipation. En ouvrant la brèche aux intégrismes et plus particulièrement à l'intégrisme musulman qui est le plus visible et le plus dangereux à l'heure actuelle, Jean-Marc Roubaud trahit l'esprit des Lumières et trahit les fondements mêmes de notre République Française. Monsieur Roubaud fait partie de cette classe politique médiocre, qui par bêtise ou calcul politique, renoue avec un obscurantisme que l'on croyait appartenir au passé. Caroline BRANCHER Mai 2006 |
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