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Du gauchisme au centrisme, qu'avez-vous fait de vos vingt ans ? |
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Ce texte est également disponible sur le blog http://sr07.unblog.fr Je ne porte pas de jugement monolithique et univoque sur les conséquences de l'agitation étudiante et du mouvement social de mai 68. Je retiens, dans la hiérarchie de leurs retombées, les acquis sociaux conjoncturels, en terme de pouvoir d'achat notamment, et structurels avec la reconnaissance de l'expression syndicale dans l'entreprise et surtout la dynamique en oeuvre dans la société civile : place des femmes, contraception, évolution des relations sociales et des rapports d'autorité, etc. Les idées de mai ont charrié, dans leur sillage, le meilleur et parfois le pire. N'oublions pas aussi l'aspect international de cette contestation des pouvoirs à l'Ouest et à l'Est.
Les gauchistes libertaires ont cultivé à l'Université et dans les appareils idéologiques une approche centrée sur l'éclatement des pouvoirs. La contestation s'est organisée sur un mode nouveau : la société civile contre l'Etat, le mouvement social contre les appareils, la base contre le sommet, la périphérie contre le centre, la spontanéité contre l'organisation et le savoir structuré etc.
Des discours managériaux nouveaux ont éclos dans ce nouvel esprit du capitalisme qui privilégie, dans l'entreprise, l'autonomie et la flexibilité à l'organisation pyramidale et aux rigidités organisationnelles, dans la société, le pédagogisme à la transmission des savoirs, l'individualisme au civisme et à l'engagement collectif, l'émotion à la raison et dans l'économie la main invisible du marché à la rationalité d'une planification démocratique et d'une impulsion de l'Etat.
En politique ces tendances ont eu aussi leurs traductions avec la stratégie de conquête des pouvoirs à la base (« des Lip par milliers ») sur différents fronts sociaux (les luttes des femmes, des jeunes et étudiants, des gays et lesbiennes, des sans papier, des sans logement, des chômeurs et des précaires…).
La prédominance du marché et des politiques de l'offre semble devoir s'imposer dans les têtes des élites et des gouvernants en écho à cette critique diffuse de l'Etat et du modèle républicain de régulation économique et sociale. La machine à exclure s'est délestée d'un arsenal protecteur (assouplissement du droit du licenciement, déréglementation au profit du contrat, organisation flexible, remise en cause du système de retraites par répartition, etc.) quand, dans le même temps, de nouvelles protections ont pu être instituées ou revendiquées. La critique de la société de consommation s'est accompagnée d'une explosion sans précédent de la sphère marchande dans une société de marché inégalitaire et source d'exclusions.
Ce puissant mouvement de libéralisation explique l'entreprise de liquidation des institutions démocratiques : citoyenneté, République, Etat social, Etat-nation. Ces institutions sont pourtant le legs de la gauche républicaine attachée à la démocratie politique, économique et sociale. Quant au formidable effort de désidéologisation du marxisme, désencombré de la vulgate stalinienne, il est vilipendé par des idéologues repentis de leur effroyable orthodoxie d'hier, aujourd'hui véritables maîtres de la pensée unique.
Du gauchisme, privé de repères intellectuels pertinents et coupé des couches populaires, à la deuxième gauche, le pas fut vite franchi par les esprits favorables à cette liquidation d'une pensée critique au profit d'un élan messianique hérité du vieux fonds chrétien social. On sait ce qu'il advint de la CFDT recentrée ou du rocardisme, pour ne prendre que ces deux figures emblématiques de la nouvelle gauche dite aussi américaine. Chacun comprendra en quoi le ségolisme, ni gauchiste ni centriste, peut être un jalon utile dans la mutation républicaine et sociale d'une gauche à la croisée des chemins. Xavier DUMOULIN |
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