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Accession à la propriété et effet de serre |
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| Jacques DELAVEAU est président du Mouvement de Sauvegarde, de Promotion et de Démocratisation des Services Publics en Sud-Gironde. Il est aussi membre de l'AGAUREPS-Prométhée. Cette contribution a pour objectif de montrer que les politiques libérales, qui sont à l'œuvre depuis les années 1970, ont joué un rôle fondamental dans le domaine du logement et dans celui de l'aménagement du territoire. Nous nous efforcerons également de déterminer quelles en ont été les conséquences sociales et écologiques immédiates ou à plus long terme. Dans ce texte, nous ne parlerons pas du transport routier des marchandises car le rôle néfaste de ce type d'activité, tant au niveau cadre de vie qu'au niveau de la détérioration des équilibres écologiques, fait l'unanimité contre lui, du moins en apparence. Nous sommes dans un contexte où nous avons à assumer une nécessité, celle de réduire la consommation de produits pétroliers (ne serait-ce qu'en raison de la pénurie, du prix ou de l'effet de serre). Pour atteindre cet objectif, il devient nécessaire de mettre en place des politiques « vertueuses », telles que la lutte contre les gaspillages engendrés par certains modes de vie impulsés par l'idéologie libérale. A cet égard, nous devons nous garder des solutions de facilité qui sont généralement avancées : l'outil le plus approprié n'étant pas forcément la contrainte financière uniforme, augmentation uniforme du prix des carburants et des péages en l'occurrence, comme le proposent certains. Il est en effet primordial de saisir clairement les tenants et les aboutissants sociaux d'une telle question si l'on ne veut pas se contenter de procéder à la culpabilisation de ceux et de celles qui sont en définitive davantage des victimes. Le débat n'est pas que d'ordre environnemental : il s'inscrit également dans le contexte de l'offensive libérale tous azimuts que nous connaissons depuis plusieurs décennies. En cela on peut dire qu'il est éminemment idéologique.
A la fin des années 1970, pour vaincre idéologiquement le mouvement d'émancipation sociale et collective, les libéraux de l'époque (Giscard et Barre étaient alors au pouvoir) ont instrumentalisé la promotion individualiste dont le fer de lance a été l'accession à la propriété du pavillon individuel. L'autre mouvement d'opinion à l'époque était de faire croire que la vie à la campagne n'avait que des avantages. Mais nous pourrions nous demander comment doit procéder un chômeur, sans moyens de transport individuel, « perdu » dans nos coteaux du Sud-Gironde situés à distance respectable de l'agglomération bordelaise, pour retrouver un emploi… Gardons toujours à l'esprit que les habitants des beaux quartiers n'ont pas la haine de la ville. A la même époque, le lobby pétrolier et les constructeurs automobiles ont mené une campagne en faveur du tout automobile, instrument et symbole, selon eux, de la liberté individuelle. L'outil politique pour vider les logements HLM de leurs occupants considérés comme trop riches (deux SMIG) fut la loi Méhaignerie-Barre qui a instauré l'aide à la personne (APL, prêts conventionnés, augmentation du prix de loyers) en remplacement de l'aide à la pierre (allocations logements, prêts de longue durée à bas taux, ce qui induisait par voie de conséquence des loyers à prix modéré) L'autre objectif de cette loi était de faire cesser la concurrence, « déloyale » selon eux, du secteur public à l'encontre du secteur privé. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : flambée du prix des loyers, transformation des cités en ghettos de la misère, suppression de la mixité sociale (mixité qui permettait l'existence d'associations de quartier de lutte et de propositions face à la société propriétaire), occupation tentaculaire des sols, comme l'avaient d'ailleurs prédit certaines associations de locataires, certains syndicats, certains partis politiques de gauche, et bien sûr des urbanistes.
On a pu assister et on assiste encore aujourd'hui, de manière encore plus caricaturale, à la poussée de manière anarchique de maisons avec de grands terrains, de plus en plus loin des lieux d'activités professionnelles ou commerciales. Remarquons au passage que ce sont très souvent les moins aisés qui sont refoulés le plus loin. L'autre conséquence dramatique est que ces habitations sont loin de tous les réseaux de transports collectifs. Dans le même temps, la plupart des grandes entreprises à très fortes concentrations ouvrières qui avaient des services de ramassage des salariés ou des logements proches des lieux de travail ont disparu tandis que les autres de taille plus réduite les abandonnaient par souci de rationalisation. Un autre mouvement de population a eu lieu, c'est le remplacement des couches populaires des centres villes et des proches banlieues par des couches aisées de la population. Certains membres de cette couche sociale ont certes choisi délibérément de vivre à la campagne loin de tout service, participant de ce fait au mitage des terrains agricoles. Dans ce cas de figure que nous n'ignorons pas, il leur revient d'assumer les conséquences financières de tels choix de modes de vie librement consentis. Ces deux phénomènes concomitants ont entraîné une augmentation exponentielle du trafic routier pendulaire (déplacements quotidiens faits entre le lieu d'habitat et le lieu de travail matin et soir, aux heures dites « de pointe ») fort consommateur d'énergie et engendrant de la fatigue (transport individuel, durée de trajet longue, embouteillages). Pour permettre la circulation des voitures individuelles, on a construit des autoroutes. Près de ces autoroutes, mais de plus en plus loin des lieux de travail, on a construit des lotissements. Pour assurer l'augmentation du trafic, on a ensuite élargi les autoroutes. Les bonnes terres sont transformées en citées dortoirs ou en autoroutes, aiguisant les rivalités et les concurrences pour l'usage des sols. On nous impose une agriculture productiviste intensive avec ou sans OGM et, comble du « delirium automobilens », certains proposent de cultiver du tournesol pour donner à « manger » aux moteurs à explosion. Où cela va-t-il s'arrêter ? Et pendant ce temps, le taux du CO2 dans l'atmosphère augmentait, l'effet de serre étant de plus en plus performant, pour parler comme nos libéraux ! Comme on peut le constater les politiques libérales dans les domaines du logement, de l'urbanisme et des transports provoquent une dégradation de l'environnement et des conditions de vie dont sont victimes tout particulièrement les membres des couches sociales les moins aisées. Le comble de l'injustice sociale serait de les faire passer pour responsables de la situation où ils se trouvent et nous nous trouvons tous. Certains n'envisagent-ils pas, comme nous l'avons évoqué en introduction de notre propos, de les « punir » en augmentant le prix des carburants et des péages !
Les objectifs à atteindre sont de limiter les kilomètres parcourus pour se rendre à son travail et pour vivre. Il s'agit aussi de réconcilier nos concitoyens avec la ville et le logement collectif. Pour cela, un ensemble cohérent de mesures doit être pris. Il convient tout d'abord d'arrêter de construire des villes-dortoir à la campagne. Une autre urgence consiste à réaliser un aménagement du territoire respectueux de l'environnement et de l'avenir. Pour éviter une métropolisation excessive, la dévitalisation des espaces ruraux, la dégradation de la qualité de vie, une augmentation du stress et par la même occasion des dépenses de la Sécurité Sociale ainsi qu'un désengagement citoyen en raison de la fatigue, il faut, entre autres : Densifier l'habitat à prix modéré dans les zones de forte activité industrielle ou commerciale (les salariés doivent pouvoir habiter où ils travaillent). Arrêter de supprimer les activités industrielles, artisanales et commerciales de proximité (les salariés doivent pouvoir travailler où ils habitent) et les Services Publics dans les zones rurales car ces suppressions participent à l'augmentation des kilomètres parcourus. Abolir la loi Méhaignerie-Barre qui est en contradiction avec la mise en place d'une politique sociale et écologique de la ville. Supprimer toutes les niches fiscales (défiscalisation Besson ou de Robien) dont bénéficient les revenus immobiliers spéculatifs des propriétaires privés. La politique libérale dans le domaine du logement a amené à la catastrophe tant sociale qu'écologique : loyers hors de prix, dégradation des immeubles collectif publics, déplacement voraces en énergie. Il faut par conséquent la congédier ! Promouvoir une politique sociale dans le domaine du logement afin de mettre en place un service public de l'habitat qui aurait pour mission la construction de logements collectifs locatifs en quantité et de qualité. Ces logements, de par leur structure et leur emplacement, devront participer à la réduction des trajets et à la baisse de la consommation d'énergie. Le prix des loyers de ces logements devra être modéré pour réconcilier nos concitoyens avec l'habitat collectif locatif et faire baisser les montants prohibitifs des loyers du secteur privé. Comme tout authentique Service Public, celui de l'habitat devra être, primo, financé par l'impôt et par le 1% patronal urgemment réactivé (participation des entreprises au financement de la construction de logements HLM dont le taux a été progressivement diminué pour être finalement réduit à une peau de chagrin), et secundo, ouvert à tous nos concitoyens. En effet, tout un chacun participant à l'alimentation du budget de la collectivité selon ses moyens (impôts sur le revenu), il est normal que les Services Publics soient ouverts à tous. Cette pratique permettra la mixité sociale sur des bases saines. Introduire une TVA à taux progressif sur le prix des véhicules de tourisme à moteur à explosion en fonction de leur puissance (par exemple taux de 10% sur les petits véhicules, 50% sur les 4x4, les véhicules à moteur électrique étant exonérés de TVA). On pourrait dans le même ordre d'idées envisager d'instaurer un prix de vente progressif des carburants à partir d'un seuil de consommation. Organiser des transports autoroutiers collectifs avec des arrêts à chaque sortie d'autoroute afin d'éviter aux salariés d'utiliser leur véhicule pour se rendre sur leur lieu de travail éloigné. Développer les transports collectifs tout particulièrement à partir des gares SNCF dans les grandes villes (maintien et développement des gares secondaires). Interconnexion de l'ensemble des différents réseaux (parkings à l'entrée des métropoles). Les transports collectifs par route ou par train devront être rapides et répondre aux besoins des usagers (horaires adaptés), et tout particulièrement des salariés. Instaurer la gratuité des transports collectifs pour les salariés. Le financement étant assuré par une cotisation patronale et par l'impôt, car c'est bien en raison des politiques gouvernementales et patronales que les salariés habitent de plus en plus loin de leur lieu de travail. Au nom de quoi les salariés les moins aisés, qui habitent le plus loin, devraient-ils payer plus de taxes et de péage ? Pour nous, les salariés qui habitent loin de leur lieu de travail sont avant tout des victimes de la propagande et des mesures mises en place par les politiques libérales. Ils ont été, certes, sensibles aux chants des sirènes libérales qui leur ont fait miroiter la promotion individuelle par l'accession à la propriété du pavillon individuel. Suspendre la construction d'autoroutes tant que les mesures indispensables pour faire baisser le trafic routier n'auront pas été prises. Une fois ces mesures mises en place, on pourra constater si, oui ou non, on a besoin de nouvelles autoroutes. Il sera alors possible d'augmenter le tarif des carburants (il n'y a plus obligation d'utiliser son véhicule pour aller travailler). On est d'autant plus en droit de se poser des questions. A quoi va servir le réseau autoroutier dans moins de 20 ans quand il n'y aura plus de pétrole ou quand les carburants seront hors de prix ? Qui va rembourser les prêts ayant permis la construction des autoroutes déficitaires ? Doit-on construire des autoroutes qui ne servent que les week-ends durant la saison de ski (les bus et les trains, ça existe…). Renationaliser les autoroutes (et les rendre toutes gratuites) ¹ car les sociétés privées d'exploitation ont tout intérêt à ce que le trafic augmente, provoquant de la sorte une progression du CO2 émis. § § § § § Il faut bien avoir présent à l'esprit que, tant qu'il n'y aura pas de réaménagement volontariste du territoire, l'augmentation du prix des carburants ou du péage des autoroutes ne réduira pas le nombre de kilomètres parcourus par des véhicules individuels et les émissions de gaz à effet de serre ; il réduira seulement le pouvoir d'achat des salariés qui ont déjà beaucoup de difficulté à joindre les deux bouts. Il est temps, que toutes les victimes du « chacun pour soi » redécouvrent le chemin de la solidarité du « tous pour un et un pour tous » qui a permis les conquêtes sociales dont nous bénéficions encore, en partie. La poursuite de l'abandon de la solidarité et de l'intérêt collectif entraînera non seulement des régressions sociales, mais aussi des catastrophes écologiques telles que celles provoquées par l'effet de serre. (¹) Se reporter sur le site www.agaureps.fr.st à l'article de Jacques DELAVEAU intitulé « Et si on parlait du Service Public des Ponts et Chaussées … » , Janvier 2005 . Jacques DELAVEAU Membre de l'AGAUREPS-Prométhée |
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