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Les Brèves du mois de l'AGAUREPS-Prométhée

 

Mars 2008

  • Débats autour de l’appel pour une vigilance républicaine

L’appel du 14 février 2008 publié dans l’hebdomadaire Marianne intitulé « Pour une vigilance républicaine » suscite des interprétations divergentes.

Ce texte, initialement signé par 17 personnalités politiques d’horizons variés, vise en réalité le président de la République, Nicolas Sarkozy. Quatre points, estimés menacés selon les concepteurs de l’appel, sont mis en valeur :

    • le refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective ;
    • l’attachement à une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile ;
    • l’attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information ;
    • la défense d’une politique étrangère attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale.

La confrontation de l’actualité indique clairement, au-delà des polémiques partisanes, que ces grands principes font l’objet, d’une manière ou d’une autre, d’une indiscutable remise en cause.

Les débats ont également traversé l’AGAUREPS-Prométhée. Pour résumer à grands traits, on peut dire qu’ils portent principalement sur trois aspects majeurs : le contenu, le casting et l’opportunité.

Le contenu. Pour certains d’entre nous le contenu de ce texte est trop flou, source de confusions et empreint de contradictions. Réduire la République à sa forme institutionnelle en donne une vision singulièrement appauvrissante et lourde de contresens. Il n’apporte aucune réponse de fond (n’est-il pas dans la logique de la V° République de tendre vers un pouvoir personnel renforcé ? peut-on prétendre défendre la laïcité sans avoir voté la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école et en ayant cautionné la discrimination positive sur critères religieux ou ethniques ? la ratification du traité de Lisbonne est-elle compatible avec l’indépendance nationale ? le pluralisme de l’information ne passe-t-il pas par la lutte résolue contre la pensée unique ?).

Pour d’autres parmi nous, le contenu de cet appel se caractérise au contraire par sa concision et sa clarté. Il conduit à un recentrage particulièrement bienvenu sur les valeurs essentielles de la République : un retour sur les fondamentaux de celle-ci s’avère en effet salutaire à un moment où ces derniers sont sans vergogne dénaturés ou contournés. 

Le casting. Un casting hétéroclite est parfois dénoncé, et qui dévoilerait des connivences plus ou moins inavouables. Les critiques sont variées : une trop grande présence de personnalités de droite, d’autres pas forcément respectueuses de la légalité républicaine, des recalés du suffrage universel, des ambitions mal dissimulées, de nets ressentiments affleurant comme moteur. 

A l’opposé, il est noté que cet appel n’annonce aucune combinaison électoraliste future. Il s’agit davantage d’une charge symbolique imposée par la situation politique qui serait particulièrement efficace en raison de la combinaison, d’une part, de la diversité des signataires et, d’autre part, de l’unité de leurs points de vue.
L’opportunité. Ceux qu’une telle initiative laisse sceptiques pensent que cela relève davantage d’une agitation décousue et contre-productive. La situation ainsi dénoncée n’est absolument pas nouvelle : il aurait été plus perspicace de s’y attendre bien avant. La tardiveté de la réaction laisserait plutôt songeur. Par le brouillage des repères et des clivages qui en résulte, cet appel rend encore plus aléatoire l’élaboration d’une alternative de gauche qui ne se résume pas à une simple alternance.
Pour ceux qui justifient le lancement d’un telle initiative, il s’agit seulement d’un appel solennel au-dessus de la mêlée : un réflexe de défense républicaine bienvenu en somme, ni plus ni moins. Il s’inscrit dans la geste d’une préservation des valeurs républicaines que le contexte actuel nécessitait ardemment : un contexte d’égarement sinon de violation des usages républicains. Par ailleurs l’objectif n’est ni de souder une alliance électorale opportuniste qui serait effectivement source de confusion civique, ni de jeter les bases d’un quelconque futur programme qui se révèlerait illusoire et impraticable.

Tous les arguments développés dans un camp comme dans l’autre sont parfaitement recevables, et même justes. Mais la question ardue de la stratégie dans l’action politique est ainsi posée avec acuité : dans ce genre de cas, il faut alors trancher. On ne peut pas se contenter de synthèse émolliente. Les questions subsistent encore largement en dépit de ces quelques éléments versés au débat. Etait-il pertinent de lancer cet appel ? Etait-il habile de s’y associer en le signant ? Les réponses restent en grande partie à construire… sachant que certaines de ces réponses seront fournies a posteriori et uniquement par la confrontation à la réalité.

Francis DASPE  24 / 02 / 2008

  • Le vertige des chiffres (suite)

Chiffres disponibles dans Le Canard enchaîné  du 20 février 2008, n° 4556. 

Les caissières de la grande distribution se situent au cœur de la question du pouvoir d’achat. La grande distribution est en effet un réservoir quasi inépuisable de travailleurs pauvres. On estime à plus d’un tiers la proportion de salariés à temps partiel dans ce secteur, ce qui correspond la plupart du temps à un salaire mensuel avoisinant les 820 euros, soit l’équivalent du seuil de pauvreté ! La généralisation des emplois à temps partiel s’explique principalement par les baisses de cotisations sociales liées aux bas salaires. C’est ainsi que le groupe Carrefour a bénéficié en 2007 de près de 140 millions d’euros au titre de ces exonérations.

Le mouvement social d’ampleur au Carrefour de Marseille s’est soldé par une hausse de 45 centimes sur les tickets restaurants (il était demandé 1,45 euros). Précisons que la satisfaction cette revendication aurait coûté 200 000 euros par an. A rapprocher aux 32 millions qu’a empochés l’ancien PDG Daniel Bernard lors de son départ à la retraite en 2003 !

Mais où trouver de l’argent afin de financer l’augmentation du pouvoir d’achat de l’immense majorité des salariés français qui sont loin de rouler sur l’or ? Une suggestion parmi d’autres dont l’Etat s’est volontairement privée. La Cour des comptes confirme dans son dernier rapport annuel  que la privatisation des autoroutes en 2006 s’est assimilée à une gigantesque braderie.
Le prix des actions vendues par l’Etat a été notoirement et délibérément sous-évalué : au total 14,8 milliards d’euros alors qu’une estimation faite par le rapporteur UMP du budget à l’Assemblée avait proposé une valeur de 22 milliards d’euros ! De plus le maintien de ces autoroutes dans le secteur public aurait rapporté aux comptes de l’Etat environ 40 milliards d’euros de dividendes (jusqu’en 2032, terme de la concession ainsi accordée). Signalons en outre, même si comparaison ne vaut pas forcément raison, que les acheteurs de deux autoroutes américaines privatisées à la même époque avaient dû payer trois fois plus cher le kilomètre de tronçon autoroutier que les acquéreurs des autoroutes françaises.  

Francis DASPE  25 / 02 / 2008

  • Le pouvoir d’achat : pour le blocage des prix

Il s’agit d’un communiqué de presse du Premier Secrétaire du MRC, Georges SARRE.

La flambée des prix des produits alimentaires, en particulier ceux de première nécessité, a atteint un niveau record depuis 1992 et porte un nouveau coup sévère au pouvoir d’achat des français les plus modestes.
La hausse des cours des matières premières n’est pas la cause réelle du phénomène, pas plus qu’on ne peut le réduire aux marges énormes des distributeurs et des industriels, aiguillonnés par la volonté de servir des dividendes record à leurs actionnaires, au détriment du consommateur final.

Une réforme de la loi régissant les relations entre distributeurs et industriels est évidemment utile, si elle permet une plus grande transparence sur la fixation des prix et qu’elle limite les marges. Toutefois, le problème de fond tient dans le dogme de la concurrence illimitée qu’impose la Commission Européenne et qui interdit aux Etats membres de prendre la seule mesure susceptible de sauver le pouvoir d’achat des français : le blocage des prix.
Nulle politique économique ne peut venir à bout de l’ultra- libéralisme débridé, qui ne repose sur la souveraineté des Etats et leur permette de prendre toutes les mesures allant dans le sens de l’intérêt général pour l’instant sacrifié au profit de la rentabilité financière des grandes multinationales de l’agro-alimentaire et de la distribution.

Georges SARRRE  25 / 02 / 2008

  •  A l’Est décidément du nouveau

Il s’agit d’un communiqué de presse du MARS/Gauche Républicaine commentant les résultats des  élections régionales à Hambourg.

Pour la troisième fois en quelques semaines,   une élection d’un land allemand, celui de la Ville-land de Hambourg, a vu l’irruption de Die Linke. Après la Hesse et la Basse-Saxe voici un mois, ses représentants accèdent ainsi à un  nouveau parlement régional de l’ouest. Dans les trois cas la CDU, le parti de la droite allemande, recule.

Loin de l’image réductrice qui commence à en être donnée par les medias, y compris français, qui se plaisent parfois à lui accoler l’épithète de « gauchiste », Die Linke s’est appuyé à l’origine sur toutes les familles de la gauche allemande : socio-démocrates, anciens communistes, militants syndicaux… En s’unifiant, ils sont en train de montrer en peu de temps leur impact dans la vie politique allemande.
Véritable parti de la transformation, Die Linke commence non seulement à modifier les rapports de force électoraux mais il bouge également le centre de gravité de toute la gauche… vers la gauche, forçant le SPD englué dans le gouvernement d’union nationale d’Angela Merkel à modifier progressivement sa ligne.  Des répercussions concrètes se font déjà jour puisque des projets de dérégulation libérale programmés par le gouvernement SPD/CDU ont dû être mis en attente suite au dernier congrès du SPD qui a effectivement été obligé de faire machine arrière.

Certes l’exemple allemand n’est pas transposable mécaniquement en France… Reste qu’il montre que les temps sont propices à l’émergence d’une gauche qui soit tout simplement capable de rester fidèle à ses valeurs transformatrices. Il prouve également que l’unité et l’audace sont les atouts de ceux qui ne se résolvent pas au libéralisme.
Loin des alliances avec le Modem ou d’appel des républicains au-delà du clivage droite/gauche, le Mars-Gauche Républicaine se félicite de cette démonstration venue d’outre-Rhin et continuera à œuvrer pour que dans les mois à venir ceux qui, très nombreux, restent fidèles aux valeurs de la gauche de transformation s’engagent dans une voie comparable. Car ne nous y trompons pas, la défaite probable, et évidemment souhaitable,  de la droite aux élections de mars ne sera annonciatrice d’un changement de donne au niveau national que si la gauche renoue avec un projet véritablement alternatif au libéralisme.

MARS/Gauche Républicaine  25 / 02 / 2008

  • Droit de grève chéri…

Une proposition pour le moins surprenante vient d’être faite à la centaine de salariés de l’entreprise GT Logistics de Tarnos dans les Landes. La possibilité de signer individuellement un avenant à leur contrat de travail leur était offerte : contre une prime de 1000 euros, les salariés pouvaient s’engager à garantir leur présence dans l’entreprise, autrement dit à ne plus faire grève. En cas d’engagement non tenu, ils auraient alors l’obligation de rembourser la somme considérée comme une simple avance conditionnée au respect de la clause contractuelle. 

S’agit-il en définitive d’un rachat en bonne et due forme d’un droit constitutionnel, le droit de grève ? Il devient nécessaire une bonne fois pour toute de comprendre concrètement la signification d’un droit constitutionnel. Toute constitution correspondant à la « loi des lois », par conséquent toute loi pourtant régulièrement votée par les représentants du peuple qui contreviendrait pour tout ou partie à l’exercice d’un droit constitutionnel serait ipso facto invalidée par le gardien suprême de la conformité de tout acte législatif, le Conseil constitutionnel. L’expression pleine et entière d’un droit constitutionnel passe donc avant toute nouvelle loi qui doit nécessairement s’y plier afin d’être déclarée compatible pour ensuite devenir effective. A moins de réviser la Constitution.

Dans ces conditions, il paraît absolument dérisoire et irrecevable d’alléguer diverses formes de contrariétés personnelles (si gênantes puissent-elles être, à condition bien entendu, cela va de soi, que la vie ou l’intégrité physique d’aucune personne ne soit menacée) que l’exercice d’un tel droit peut accessoirement occasionner. Leur médiatisation outrancière et leur instrumentalisation décomplexée à des fins bassement politiciennes ne valent pas argument. C’est ainsi que l’instauration d’un service minimum dans les transports publics, dont l’extension à l’ensemble des services publics est certainement en germe dans l’esprit de ses concepteurs, avait, pour pouvoir être déclarée conforme, dû mettre les formes appropriées en se présentant comme ne portant pas officiellement atteinte au droit de grève (même si nous ne sommes pas dupes d’intentions profondes autrement plus belliqueuses et rétrogrades…).    
            N’oublions jamais que « liberté chérie », tu passes aussi par le respect scrupuleux d’un droit fondamental, celui du droit de grève tout autant chéri… La démocratie est à ce prix, car celle-ci est à la fois contraignante et exigeante. Peut-être même est-elle, comme le disait Churchill, le plus mauvais des régimes, à l’exception de tous les autres ! La décision d’accorder le droit de grève aux ouvriers en 1864 fut une étape importante dans la construction d’une démocratie sociale en France, au même titre la liberté syndicale en 1884, l’œuvre du Front populaire en 1936 ou le système de protection sociale à visée universelle au lendemain de la seconde guerre mondiale. Toutes choses définitivement inaliénables dans notre République…

Francis DASPE  25 / 02 / 2008

  • Les inquiétants conseillers de Monsieur le Président de la République

Les propos tenus dans un hebdomadaire par Emmanuelle Mignon ont créé une polémique de plus. La directrice de cabinet du président de la République affirmait dans le cadre d’un reportage sur la scientologie que « en France, les sectes sont un non-problème » avant de poursuivre en ajoutant des critiques à l’encontre de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Elle remettait en cause le bien-fondé et la pertinence de la liste datant de 1995 des sectes jugées dangereuses.
Ces propos s’inscrivent sans aucun doute dans le cadre de l’offensive du courant néo-conservateur à l’image ce qui s’est fait aux Etats-Unis. La volonté d’américaniser la société française semble de ce fait évidente. Il s’agit aussi de s’en prendre à la laïcité en procédant au démembrement plus ou moins insidieux de la loi de 1905. Il convient pareillement de se souvenir des fâcheuses accointances de Nicolas Sarkozy avec certaines sectes marquées par la réception d’un membre de l’Eglise de scientologie ou du représentant de la Méditation transcendantale.

Pour prendre encore davantage la mesure du danger, il suffit de se rappeler qui est Emmanuelle Mignon. Elle exerce également auprès de Nicolas Sarkozy les fonctions de conseillère pour les affaires religieuses. C’est elle qui a contribué à rédiger le fameux discours du Latran qui théorisait la supériorité du curé sur l’instituteur. A son crédit (ou son passif, c’est selon), l’idée de faire porter par les enfants de CM2 la mémoire des enfants juifs victimes du génocide.

Avec de tels conseillers, pas la peine d’avoir des ennemis ! Mais la République n’a besoin ni de conseillers ni d’ennemis de cet acabit !

Francis DASPE 08 / 03 / 2008