- Flamby flanchant mais toujours flambant !
Le PS planchait samedi sur la nation républicaine, celle du « vouloir vivre ensemble » et du « plébiscite de tous les jours », chère à Renan aux antipodes (on ne le dira jamais assez) de la conception nationaliste ethnique. Ses ouailles étaient partagées sur l'opportunité de la rencontre mais François Hollande a tenu parole. Dans l'ancienne cité des papes, ils devaient être cinq cents à débattre avant que ne sorte la fumée blanche. De quoi peut-il bien s'agir? D'une réhabilitation, d'un approfondissement, d'une actualisation de la pensée socialiste? Et qu'attend-on de cette démarche? Quelles en seront les retombées concrètes?
Près de cent ans après Jaurès qui commenta dans « L'armée nouvelle » sa proposition de loi sur l'organisation de l'armée, déposée à la chambre en 1910, le parti socialiste se ressourcerait utilement à la relecture de cet ouvrage majeur dans l'évolution du socialisme français. Il y trouverait les raisons oubliées de l'indépendance nationale car « jamais un prolétariat, qui aura renoncé à défendre, avec l'indépendance nationale, la liberté de son propre développement, n'aura la vigueur d'abattre le capitalisme »... Toutes les réflexions sur l'Etat, en tant qu'expression du rapport des classes, conduiront les théoriciens et les militants socialistes d'inspiration marxiste, dans la lignée de Jaurès, à s'interroger sur les spécificités nationales de formations sociales imprégnées des conquêtes démocratiques, ouvrières et sociales. L'accomplissement du socialisme dans l'épanouissement de la république, constitua naguère la clé de voûte d'un socialisme démocratique auquel se rallièrent, dans les années soixante, les partis communistes occidentaux avec l'idée de la transition démocratique dans le cadre national sous l'influence du concept gramscien d'hégémonie idéologique réinvesti par les tenants de la voie pacifique et pluraliste vers le socialisme, cet approfondissement théorique du marxisme, réconciliant d'une certaine façon ce dernier avec la pensée républicaine.
Aujourd'hui, à l'heure de choix décisifs pour notre destin qui a parti lié avec celui de l'Europe, cette réflexion sur la place de la nation n'est pas sans lien avec la conduite à tenir vis-à-vis du traité adopté au sommet de Lisbonne et soumis à la ratification des Etats, tant sur la forme (respect de la souveraineté populaire) que sur le fond (prise en compte de l'intérêt des nations et des peuples). C'est une exigence politique concrète. Mais les commentateurs ont beau jeu de moquer le décalage de la thématique nationale avec l'actualité sociale car, pour ne pas rester dans le paraître et le verbe mais bien au contraire rentrer de plein fouet dans les enjeux concrets des modes de coopération des nations européennes, dans leurs capacités de promotion d'un modèle économique et social, rempart contre la mondialisation libérale, et dans l'affirmation d'une diplomatie libre de toute allégeance à la puissance dominante, François Hollande aurait fait preuve de plus d'intelligence et de courage en réfléchissant d'abord au fond de la question pour en tirer ensuite les conséquences utiles dans un débat majeur pour l'avenir de la gauche, de la République et de l'Europe.
Avec « Jacques Mandrin », on voudra bien nous pardonner cette faiblesse (parler de la France, de sa grandeur, de sa vocation, cela a un sens), et accepter que nous ayons pris au pied de la lettre, sans ironie et sans distance aucune, les mots de François Mitterrand, ses premiers mots, à l'Elysée : « Amour sacré de la patrie... ». Quand on dit « La France », nous n'avons pas le soupir dédaigneux, mêlé d'un haut le coeur discret, de tant de chroniqueurs à la mode ; et quand la France est humiliée, avilie, nous n'avons pas envie de rire (1). Mais en guise de chant du cygne, François Hollande veut-il vraiment renouer avec ce sentiment national avant de passer le flambeau tel un soldat tombé au champ d'honneur ?
Après la capitulation sur le dossier du traité, François Hollande n'est vraiment pas convaincant quand il confond l'Europe de la concurrence libre et non faussée (protocole 6 du nouveau traité) avec l'intérêt de ses peuples (2) ! Ce colloque déserté et creux sur la nation annonce-t-il une nouvelle retraite où en rajoute-t-il à la confusion ambiante? Quand l'ennemi conduit la charge avec autant de détermination, on attendrait une défense capable de résister à l'assaut. Après la trahison du premier quarteron de généraux et la désertion du second, serait-ce le repli en masse d'un bataillon sous la conduite calamiteuse d'un chef battant retraite et s'épuisant en vaines conjectures comme pour masquer sa déroute et feindre de combattre. C'est peu de dénoncer avec Jean Luc Mélenchon l'absence des généraux dans les dernières manifestations (3). Pourtant, à l'heure de la bataille des idées et de la guerre de position théorisée par Gramsci, le vide conceptuel sidérant sur la nation, la république et l'Europe augure mal de la capacité à vaincre.
On se souvient du discours de Ségolène Royal sur la reconquête des symboles nationaux en réponse à celui de Nicolas Sarkozy sur l'identité nationale (4). Il choqua une gauche qui avait tout simplement oublié le mot de Jaurès : « Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène ».
(1) Extrait de Jacques Mandrin, Le socialisme et la France, Le Sycomore, 1983, sous la plume du regretté Pierre Guidoni et de Didier Motchane, ces deux mentors du CERES qui mettaient en pratique la théorie et desquels nous sommes redevables de leur contribution respective à la connaissance de l'Histoire du nouveau parti socialiste et des Clefs pour le socialisme.
(2) Protocole n°6 : « Le marché intérieur, tel qu'il est défini à l'article 3 du traité sur l'Union européenne comprend un système garantissant que la concurrence n'est pas faussée. A cet effet, l'Union prend, si nécessaire, des mesures dans le cadre des dispositions des traités, notamment l'article 308 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. »
(3) « M. Sarkozy est un stratège politique, il a décidé une offensive politique », a poursuivi M. Mélenchon, présent dans les manifestations ces derniers jours. « En face, on aurait dû avoir un dispositif de combat avec des argumentaires et une présence physique et médiatique. Au moment de la bataille, quand les généraux ne sont pas là et le matériel non plus, on est en droit de dire qu'il y a un problème ».
(4) Selon Gérard Noiriel « un examen attentif des discours de campagne montre donc que la définition royalienne de l'identité nationale s'inscrit dans le prolongement de la perspective jaurésienne. Elle est appréhendée sous l'angle du patriotisme et non du nationalisme ». G. Noiriel, A quoi sert l'identité nationale, AgonE, 2007.
Xavier DUMOULIN 24 / 11 / 2007 http://sr07.unblog.fr
- Quelques éclairages sur le SMIC
Le SMIC ou salaire minimum interprofessionnel de croissance existe en France depuis 1970. Il s’agit d’un salaire horaire en dessous duquel aucun salarié ne peut normalement être payé. En théorie seulement, car le non respect des horaires affichés (notamment dans le commerce et les services), l’extension des stages, la multiplication des contrats précaires (qu’ils soient voués à l’insertion comme initialement prévu ou qu’ils ne le soient pas comme de plus en plus souvent désormais) vident en partie cette obligation de son contenu. De plus, un tiers des personnes payées au SMIC horaire travaillent à temps partiel. Le montant du SMIC brut est actuellement de 8,44 euros par heure, soit approximativement un peu plus de 1000 euros nets mensuels.
Il a remplacé le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) instauré en 1950. La différence entre les deux tient principalement à leur mode d’évolution. Le SMIG était indexé seulement sur les prix tandis que la revalorisation du SMIC tient compte à la fois de l’indice des prix à la consommation (calculé pour les ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé) et des salaires (on ajoute à la précédente augmentation la moitié de la hausse du pouvoir d’achat du taux de salaire horaire de base ouvrier). Troisième composante possible de l’évolution du SMIC, l’éventuel coup de pouce du gouvernement. Il est réévalué au minimum tous les ans au 1° juillet, et éventuellement au cours de l’année dès que la hausse des prix atteint 2% depuis la revalorisation précédente.
Pour plus de clarté, la revalorisation du 1° juillet 2007 a d’abord intégré l’augmentation des prix à la consommation (hors tabac) des ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, estimée à 1,2%. On y a rajouté 0,79% qui correspond à la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat (sachant que le taux du salaire horaire de base ouvrier a enregistré une hausse de 2,9%, que les prix ont augmenté au cours de la même période de 1,3%, ce qui fait une croissance du pouvoir d’achat de l’ordre 1,6% que l’on divise par deux pour obtenir très précisément 0,79%). Ces éléments ont conduit à une augmentation du taux horaire du SMIC arrondie à 2,1% (il n’y a pas eu de coup de pouce du gouvernement).
Par conséquent, le SMIC est plus avantageux que le SMIG car les prix grimpent moins vite que la moyenne des salaires lorsque la productivité augmente (ce qui était le cas en France lors des Trente Glorieuses avec 5% annuel, ce qui reste toujours le cas malgré un ralentissement observé depuis le déclenchement de la crise au milieu des années 1970 avec 2% annuel). De ce fait le pouvoir d’achat des bénéficiaires du SMIG ne bougeait pas réellement. Par contre les smicards ont un pouvoir d’achat qui croît au fil du temps puisque le SMIC augmente par conséquent plus vite que le salaire moyen.
Aujourd’hui, le nombre de smicards a tendance à croître. La baisse des charges menée par les différents gouvernements au cours des dernières décennies, en particulier au niveau du SMIC, a eu comme effet d’accroître la proportion d’employés payés au SMIC (les fameuses trappes à bas salaires ou à smicards) constitue une première explication. A cela s’ajoute le fait que, le SMIC augmentant plus vite que le salaire moyen en raison des mécanismes de son évolution précisés plus haut, les bas salaires sont progressivement rattrapés par la croissance du SMIC.
Les smicards représentent environ 15% des salariés (hors secteur agricole et intérim). La France possède le record de la part des salariés payés au salaire minimum dans les pays industrialisés. Cet « aplatissement » des revenus pour les bas salaires pose des problèmes en terme de reconnaissance de la valeur travail et de pouvoir d’achat que le slogan « travaillez plus pour gagner plus » ne contribue absolument pas à résoudre, bien au contraire, faute de poser clairement au premier plan la question salariale.
Thierry DONGUAT 01 / 12 / 2007
- Le contre-pied de Madame Royal
Certains socialistes peuvent bien accueillir dans le mépris littéraire le livre de Ségolène Royal. Celle-ci par delà ses règlements de compte de campagne et les psychodrames de sa vie voudrait encore incarner la rénovation de la politique. Si l'on en croit le compte rendu de son intervention d'hier dans une tribune qui rassemblait pêle-mêle des socialistes jusqu'au fondateur de la LCR, elle entend bien déplacer le curseur en vantant le modèle de la gauche italienne. Marier compromis social et radicalité, impartialité de l'Etat et alter-mondialisme, tel paraît le challenge auquel nous invite Ségolène Royal.
Toutes ces bonnes idées généreuses pourraient peut-être convaincre s'il y avait dans sa démarche plus de cohérence et de constance. A ce jour, l'ex-candidate a surtout donné le flanc à toutes les critiques en faisant preuve d'une totale désinvolture sur les sujets majeurs. Après avoir justifié a posteriori la critique de gauche avec ses déclarations intempestives sur le SMIC, la voilà à présent confessant sa vision d'une alliance au centre que d'aucuns supputaient depuis belle lurette. Mais il y a pis encore après son abjuration de ses propositions de campagne sur l'exigence de la tenue d'un référendum.
Dans ces conditions, Ségolène Royal perd beaucoup de crédibilité quand elle avait chèrement acquis un capital de sympathie avec une approche renouvelée de la politique. N'était-ce que bluff ? Une posture plus mendésienne exigerait de la rigueur dans les choix. Gouverner n'est-ce point choisir ? A vouloir trop embrasser, Ségolène Royal risque de perdre sur tous les fronts. Son entêtement à tendre la joue droite devient un peu obsessionnel et décalé quand il s'agirait plutôt de foutre un grand coup de pied dans la fourmilière!
Xavier DUMOULIN 04 / 12 / 2007
- Le gouvernement et sa majorité détricotent le code du travail
Après s'être attaqué à la fiscalité avec le bouclier fiscal qui protège les revenus des riches, à la protection sociale par l'institution des franchises médicales qui renverse le principe de solidarité des biens portants envers les malades en imposant à ces derniers un déremboursement des soins, au pouvoir d'achat des retraites avec l'introduction de décôte dans une réforme des régimes spéciaux, aux 35 heures avec le principe d'un retour à l'allongement de la durée du travail par la voie conventionnelle, le gouvernement oeuvre à présent au détricotage du code du travail.
Il s'agit du projet de loi de ratification de l’ordonnance du 12 mars 2007 sur la recodification de la partie législative du code du travail à l'ordre du jour de la séance du 4 décembre de l'Assemblée nationale après son adoption par le Sénat le 26 septembre.
Sous prétexte de recodifier le code du travail, ce texte complexifie son contenu en doublant le nombre d'articles (3600 à présent contre 1891) et en établissant une nouvelle organisation qui augmente les subdivisions.
Plus grave, le projet de loi déclasse près de 500 lois en décrets (modifiables par le gouvernement par des décrets ultérieurs) et restructure l'architecture du code (1). Ces modifications ne sont pas neutres car elles changent en profondeur la hiérarchie des normes et par là même, la sanction de leur violation.
D'autre part, le projet exclut du nouveau code plusieurs catégories de salariés : salariés agricoles, assistants maternels, salariés du transport, des mines, de l’éducation, marins, dockers.
Dans un communiqué publié, le député des Landes Alain Vidalies, secrétaire national aux entreprises (PS), dénonçait ainsi récemment ce projet qui « aboutit en réalité à une remise en cause des droits des salariés et des institutions chargées de contrôler leur respect, notamment l’inspection du travail ». Alain Vidalies constatait ainsi au nom de son parti « que dans ces conditions, la recodification proposée n’a pas été réalisée à droits constants ».
Pour Gérard Filoche il s'agit ni plus ni moins d'un massacre du code du travail! Dans un article au journal Libération (2), l'inspecteur du travail précise l'ampleur des modifications et rappelle que « le code du travail, c’est le droit le plus intime, le plus quotidien, pour seize millions de salariés du privé, mais aussi le droit le moins connu, le plus contesté, le plus fraudé. C’est la base de l’Etat de droit dans l’entreprise. C’est le seul droit qui protège (trop fragilement) et contribue à fixer le coût de la force de travail de 91 % de la population active. C’est un droit évolutif, élaboré en cent trente ans, avec des hauts et des bas, minutieusement, sous l’impact des luttes sociales et politiques. Chaque ligne, chaque article, chaque alinéa représente de la sueur et des larmes, des souffrances et des grèves, des victoires et des échecs, produits de toute l’histoire des mouvements sociaux de notre pays ». Gérard Filoche dénonce « le silence général, déterminé, étouffant sur une telle affaire. Pas de une. Pas de débat. Pas d’explication. Motus et bouche cousue de tous. Il paraît que c’est trop compliqué pour intéresser les gens alors que la vie de seize millions de salariés en dépend et qu’ils savent, souvent instinctivement, ce qui va en résulter pour eux : des conditions de travail dégradées, une souffrance accrue, une protection moindre, des salaires bloqués et des droits syndicaux diminués ».
Les propos de Christophe Radé, un des experts ayant participé à ce travail de réécriture, fait, d'une certaine façon, écho à cette critique en admettant que « plusieurs mois, voire plusieurs années, seront nécessaires pour que ce nouveau code révèle tous ses secrets ».
Pour toutes ces raisons, les députés PS, PCF et Verts, des représentants des syndicats de l'Inspection du travail et du Syndicat de la magistrature ont exprimé leurs grandes inquiétudes lors d'une conférence de presse commune.
(1) Les dispositions sur l'action en justice des syndicats ou celles sur le licenciement économique relèvent dorénavant de la partie « relations individuelles », celles sur la durée du travail de la partie « salaires », celles sur l’apprentissage ne figurent plus dans la partie « contrat de travail » mais dans « la formation professionnelle ». Le droit de grève est introduit dans la partie « négociation collective ». L’inspection du travail, indépendante des gouvernements en place du fait de la convention 81 de l’Organisation internationale du travail, a été placée dans la partie « administration du travail ».
(2) Massacre du code du travail dans le silence général par Gérard Filoche inspecteur du travail, quotidien Libération du vendredi 23 novembre 200.
Xavier DUMOULIN 05 / 12 / 2007
- Travailler plus pour gagner moins : une aberration économique !
Martelé de tous côtés, un nouveau postulat économique a fini par être accepté par des Français résignés : il ne serait plus possible d’être mieux payé sans « travailler plus ». Ce postulat, qui arrange bien le patronat, va à l’encontre de toute rationalité économique. Depuis la révolution industrielle, et quel que soit le pays, le temps de travail n’a cessé de diminuer, pendant que les richesses produites et les salaires augmentaient, ceci grâce à l’augmentation de la productivité : ce fut de tous temps du « travailler moins mais mieux pour gagner plus ».
Le nouveau slogan « travailler plus pour gagner plus » revient à dire qu’il n’y a plus d’accroissement possible de la productivité. Belle confiance accordée au travail et au progrès ! La vérité est que ce slogan est faux et cache un autre constat : les bas salaires n’ont pas suivi la hausse de la productivité. Depuis les années 1970 et le ralentissement de la croissance, on a assisté à plusieurs phénomènes conjoints, la précarisation des emplois avec du chômage de masse, l’effritement du syndicalisme, et la financiarisation de l’économie. La conséquence a été un transfert des richesses produites vers le capital et les actionnaires au détriment des (petits) salariés, affaiblis par un rapport de force déséquilibré.
L’un des objectifs des 35 heures était de combler une partie ce retard et de transformer en temps de repos les gains de productivité accumulés. Mais les entreprises s’en sont servi comme alibi pour justifier un gel des salaires qui n’avait pas lieu d’être, puisque la productivité a continué à croître (les entreprises profitant des 35 heures pour se réorganiser, demander encore plus d’efforts à leurs salariés, produire en 35 heures ce qu’ils produisaient en 39 heures, et ainsi se passer d’embaucher). Avant 1998 et leur mise en place, les bas salaires étaient déjà comprimés, et ils ont continué à l’être après, non seulement pour la moitié des salariés soumis aux 35 heures, mais aussi pour l’autre moitié toujours aux 39 heures, preuve que les 35 heures n’expliquent pas seuls la stagnation des salaires.
Le marchandage des RTT contre du salaire est à ce titre une véritable entourloupe : suite aux 35 heures, les entreprises ont gagné en flexibilité, en productivité, n’ont pas augmenté les salaires, ont profité d’aides prévues par la loi sous forme d’exonérations de cotisations, et maintenant, grâce à ce troc insidieux, vont pouvoir revenir vers 39 heures sans augmenter pour autant les salaires, le rachat des RTT se faisant au coût du salaire actuel, sans augmentation. Le patronat s’est d’ailleurs félicité de cette mesure, dont il est le grand gagnant. Quant aux petits salariés, pour ceux qui ont des RTT, ils sont condamnés à sacrifier leurs jours de repos et leur famille pour prétendre non pas à être augmentés, mais à se faire payer au prix normal des jours supplémentaires (le gouvernement a corrigé depuis en proposant 10% de plus, ce qui reste inférieur aux coût des heures supplémentaires). Seuls les salariés du haut de l’échelle, déjà grands bénéficiaires des 35 heures, auront le choix : n’ayant pas de problème de pouvoir d’achat, ils pourront soit conserver leurs RTT, soit les épargner.
La comparaison entre pays européens confirme le constat : elle montre que le PIB par habitant, proportionnel à la productivité, est inversement proportionnel au nombre d’heures travaillées ! Les pays de l’Est et du Sud sont ceux qui travaillent le plus avec les PIB par habitant les plus faibles, alors que les pays du nord, pays scandinaves en tête, sont ceux qui travaillent le moins avec les PIB par habitant les plus forts (source Brieux Bourgnoux, Alternative Economiques de novembre 2007). Ceci ne veut pas dire que travailler moins est la solution, mais que c’est une tendance qui accompagne généralement le développement d’un pays, et que travailler plus n’est en tout cas pas la solution.
Sans activité, « travailler plus » est de toute façon un non-sens. S’il y avait une reprise d’activité, le stock de travail se trouverait d’abord en France chez les chômeurs, les jeunes (entrant trop tard dans la vie active) et les seniors (exclus trop tôt de la vie active). Autrement dit vers un « travailler tous » plutôt qu’un « travailler plus » qui exclue les inactifs. Il est d’ailleurs frappant de constater que les pays européens qui ont le PIB par habitant le plus fort sont aussi ceux qui ont le taux d’emploi le plus fort entre 15 et 64 ans, en particulier pour les jeunes et les seniors. C’est sur ce dernier point que la France pêche, et pas sur la durée de travail hebdomadaire pour laquelle elle est dans la moyenne.
Le premier défi économique de la France pour créer de l’activité et être compétitive, ça n’est pas de travailler plus, mais c’est l’adaptation de la production au marché mondial, la diversification, la recherche de nouveaux marchés, et cela passe par des investissements énormes dans l’éducation, la formation, la recherche et l'innovation. Avec des solutions aussi simplistes que « travailler plus pour gagner plus », on en est loin.
Vincent MAROT 07 / 12 / 2007
- Devant les caméras, Royal en majesté
Invitée dans l'émission d'Arlette Chabot, l'ex-candidate socialiste revient au-devant de la scène à l'occasion de la sortie de son livre « Ma plus belle histoire c'est vous ». Ségolène Royal ne s'est pas laissée entraîner sur le terrain mouvant de la vie privée et a su maîtriser son dialogue avec les Français par caméra interposée. Posée, réfléchie, souriante et souvent mordante, la présidente de la région Poitou-Charente marque des points.
Grand seigneur à l'égard du PS et de son premier secrétaire, combative à l'endroit du pouvoir interpellé sur le contenu de sa politique anti-sociale, authentique dans ses explications sur des positions totalement assumées, Madame Royal incarne aujourd'hui à la perfection une posture « arc en ciel de la gauche » à l'instar de la stratégie de Romano Prodi. A notre goût trop timorées sur le terrain économique et social, malgré la recherche d'un nouveau compromis social, ces propositions franches et décomplexées ont peut être le mérite de clarifier la situation d'une certaine gauche qui assumerait pleinement de tels choix.
On peut bien s'interroger sur la cohérence de ce projet ou sur la capacité de l'ex-candidate à le faire avancer au sein du PS. Mais est-ce bien là l'essentiel aujourd'hui ? Quelque soit le succès médiatique de sa prestation, l'ex-candidate nous laisse toujours orphelin de son discours de campagne sur l'Europe, celui là même qui motivait notre soutien et qui fait cruellement défaut aujourd'hui. Royal en majesté aurait-elle oublié le peuple souverain ?
Xavier DUMOULIN 07 / 12 / 2007 |