- Les trois grands partis français
La création du parti démocrate de François Bayrou, au centre, et la proposition de Henri Emmanuelli de créer un grand parti progressiste, à gauche, sont l'occasion d'un repositionnement, nécessaire et salutaire, de la gauche française. Car le « non » de gauche au référendum sur le traité de constitution européenne n'a pas trouvé depuis son expression politique quotidienne.
Le parti socialiste, majoritairement pour le traité et inclinant vers la démocratie sociale, c'est-à-dire vers le centre, n'a pas su ou pu accueillir ces électeurs parfois radicalement antilibéraux.
La gauche antilibérale, trotskyste et altermondialiste n'a pas su se rassembler et proposer, par exemple, un candidat unique pour les élections présidentielles. Elle est en outre, par son fonctionnement quotidien et son refus des compromis, rédhibitoire pour des électeurs désireux d'agir concrètement dans la vie politique du pays - et par exemple de gouverner.
Entre les deux, rien. Un vide que doit occuper la gauche républicaine et sociale, une véritable gauche capable de rassembler les derniers trotskystes, les altermondialistes, les écologistes, les radicaux, les chevènementistes et les socialistes de gauche.
En créant un grand parti de gauche, idéologiquement contre le libéralisme et le capitalisme et pour une exploitation écologique de la planète, on permet à François Bayrou d'occuper une place importante au centre (avec les restes du parti socialiste, les chrétiens modérés et les sociaux démocrates) et on contraint Nicolas Sarkozy à se retrancher sur le terrain de la droite ultralibérale, catholique et conservatrice. Nous serions ainsi tous sur des positions claires avec des valeurs communes.
Par ailleurs, le départ prochain de Jean-Marie Le Pen va sans doute précipiter la chute du Front National, déjà affaibli par la droite de Sarkozy.
Une élection législative à la proportionnelle devient dès lors souhaitable pour favoriser les petits partis du centre et de gauche et les écologistes, qui auraient ainsi voix au chapitre pour les grandes décisions politiques.
Mathieu RENNESSON 29 / 04 / 2007
- La version polonaise du maccarthysme
La Pologne vient de voter une nouvelle loi dite d’épuration. Elle oblige près de 700 000 Polonais à déclarer sur l’honneur ne jamais avoir collaboré avec la police politique de l’ancien régime communiste tombé en 1989. Sont concernés par cette loi de nombreuses catégories comme les responsables politiques, les magistrats, les journalistes ou encore les enseignants. Les sanctions prévues sont lourdes : l’impossibilité d’exercer sa profession pendant 10 ans. La peine est identique en cas de mensonge ou de refus de se conformer à la loi.
La Pologne, dirigée de manière de plus en plus autoritaire par les frères Kaczynski qui s’appuient sur une coalition extrêmement conservatrice, cléricale et populiste, cherche à poursuivre sa « décommunisation » presque 20 ans après la chute des régimes communistes de l’autre côté du rideau de fer. Autant dire qu’elle fera peu pour apaiser les tensions et contribuer à la réconciliation nationale. Elle constitue au contraire une preuve supplémentaire du durcissement inquiétant de l’actuel régime au pouvoir en Pologne. Les diverses critiques ont qualifiées cette loi de « menace à la liberté d’expression », de « création d’un ministère de la justice orwellien » ou encore de « scandale juridique ».
Il semble bien qu’il s’agisse d’une version polonaise pour le moins décalée et inopportune du maccarthysme. Lech et Jaroslaw Kaczynski doivent apparemment penser que la guerre froide n’est toujours pas terminée et que le « péril communiste » menace gravement leur pays. Cette nouvelle chasse aux sorcières témoigne d’inquiétantes dérives qui mettent en danger la liberté sur notre continent. Il y a indiscutablement matière à réagir avec vigueur au nom du respect des droits de l’homme.
Francis DASPE 04 / 05 / 2007
- Deuxième tour des présidentielles : chronique d'une mort annoncée
Nicolas Sarkozy est élu, ce n'est pas la faute de ses électeurs, ce n'est pas sa faute, c'est, tout simplement, que son programme a séduit davantage que celui de Ségolène Royal. Pourquoi ?
Quand, le 10 décembre 2006, Jean-Pierre Chevènement, a annoncé son ralliement à S. Royal, la fédération de Charente Maritime du Mouvement Républicain et Citoyen a protesté, considérant que le programme du PS, comme les idées avancées par Ségolène Royal n'étaient pas suffisamment à gauche, et ne tenaient compte ni du rejet par les Français de la politique de Jospin en 2002 ni du vote du 29 mai 2005. Malheureusement, la campagne de Ségolène Royal, n'a pas vraiment corrigé cette impression. Nous avons été ballottés entre des positions évolutives, parfois contradictoires, d'une candidate qui empruntait des thèmes républicains au MRC, des thèmes européistes et régionalistes à l'UDF, des idées de débat participatif ou de jurys citoyens à la démagogie… Le résultat est sans appel. Les Français ne veulent pas de cette gauche-là.
Il est urgent de se rassembler autour des Républicains de gauche, qui ont une idée exigeante de la citoyenneté, faite de droits et de devoirs, qui sont pour une Europe sociale et démocratique et pour la laïcité, contre la mondialisation et l'ultra-libéralisme. Ne manquons pas l'occasion de leur permettre de jouer un rôle important au Parlement en votant pour les candidats du Mouvement Républicain et Citoyen aux législatives.
Christine TASIN 06 / 05 / 2007
- Eléments pour analyser une défaite globale de la Gauche
C’est une position au fond inconfortable que de critiquer aujourd’hui, après le désastre électoral que nous venons de vivre et que nous avions modestement annoncé depuis bien longtemps, la campagne qui a été menée par l’ensemble de la gauche et qui a conduit à la situation des 22 avril et 7 mai. Il va être nécessaire très vite d’expliciter le pourquoi d’un tel échec en regardant précisément une à une les attitudes des différentes formations au cours de ces derniers mois. Mais un constat préliminaire s’impose. Cet échec est avant tout celui de la Gauche dans son ensemble ! La Gauche qui s’est trahie, la Gauche qui a eu peur, la Gauche qui s’est repliée sur ses frêles îlots, la Gauche qui n’a pas voulu gagner une élection qui lui était pourtant promise par les dissensions de la droite et le personnage qui l’incarnait. Ce dernier se retrouve pourtant à l’Elysée.
Le constat est amer mais les erreurs et les reniements ont été trop nombreux. Au sein de ce qu’il était convenu d’appeler la gauche antilibérale tout d’abord, où aucun n’a réellement pris conscience de l’enjeu qui dépassait de loin la gestion de la boutique et où la chance historique qui s’offrait n’est pas prête de se représenter aux atermoiements des uns et des autres. La succession des erreurs, des craintes, des ambitions et des non-dits ne pouvait au final que conduire à l’échec. Pêle-mêle : le manque d’ambition d’un Fabius au lendemain du TCE, la volonté de la LCR de se positionner en première force à la gauche du PS dans son duel historique avec le PCF, la crainte de ne pas en être (de quoi ?) d’un Mélenchon, les luttes intestines au sein du PCF, la création d’une troisième force par Bové…
Erreurs et reniements furent aussi le lot du parti socialiste bien sûr, où le traumatisme de l’échec de 2002 a poussé les militants, lors de l’investiture interne, à croire qu’en disant que seule la victoire est belle, celle-ci se matérialiserait d’elle-même. Etrange aveuglement des uns et des autres. Etrange vide laissé par le refus d’offrir encore un minimum de contenu idéologique à la politique.
Car ce fut cela la campagne de 2007. Un basculement immédiat, avant même l’aboutissement électoral, de la politique dans une nouvelle dimension. Un nouvel espace dans lequel il faut désormais se mouvoir avec légèreté et souplesse pour absorber les prétendues dernières tendances de l’opinion et les intégrer dans un message dont la forme sera plus importante que le fond. Le zapping des thèmes abordés est ainsi une conséquence et non pas une cause de la campagne qui vient de s’achever. Il fallait en outre, pour chacun, s’affranchir de son propre camp. Au nom du rassemblement, il est devenu honteux d’avoir des convictions ! C’est Sarkozy qui cite les fondateurs et gardiens de la vieille maison. C’est Royal qui fait la course à l’échalote sur les questions sécuritaires.
Et puis la conquête du centre… En n’ayant pas osé analyser le vote du premier tour, et en particulier celui de l’électorat de gauche qui s’était déjà massivement rabattu sur elle, Ségolène Royal a commis un nouveau faux pas dans sa quête éperdue des voix bayrouistes. Les maigres 9 % à la gauche du PS n’était déjà plus constitués que des bases militantes élargies. Avec une telle politique d’entre deux tours, il était évident que le report de voix serait calamiteux malgré la répulsion suscitée par Sarkozy.
Le débat radio-télévisé du 2 mai n’y a pas suffi. La prestation de Ségolène Royal n’a pas permis de faire basculer l’opinion. Elle a tout de même enfin gagné un certain respect dans le peuple de gauche ce qui, loin d’être négligeable, fut insuffisant. Mais à trois jours du scrutin, il était tout de même plus que temps ! Son ambition d’apparaître comme le chef de file de l’opposition pour les cinq ans à venir fut ce soir là dévoilée, avant d’être confirmée à la Mutualité lors du conseil national du PS quelques jours plus tard. Et quand on dit que Ségolène Royal a définitivement fait basculer la Vème République dans un régime primo-présidentiel, son désir d’investiture immédiat pour 2012 est là pour le confirmer.
Alors si nous sommes loin d’en avoir fini avec l’analyse des raisons d’un tel échec et d’avoir tiré toutes les conséquences de celui-ci, il nous faut maintenant imaginer les différents scénarii qui s’offrent à la gauche. L’avenir du parti socialiste est immanquablement menacé après une telle déroute. Certes pas dans sa pérennité mais au moins dans son unité. La bataille interne qui s’est en réalité déjà engagée depuis de longs mois décidera des recompositions à venir. Le coup de barre à gauche qu’incarnerait un Fabius est loin d’être la seule hypothèse envisageable au sein du PS. Elle est même pour certains à cent lieues de la réalité du scrutin. Car le score, la posture et l’attitude de François Bayrou engagent selon eux Dominique Strauss Kahn à occuper un espace vers le centre avant que le candidat aux 18 % ne s’impose comme le propriétaire de la parcelle. Ségolène Royal a préempté la place mais le premier secrétaire actuel, attaqué de toutes parts, refusera de lui laisser une fois de plus la place.
Ceux qui furent au cours de cette campagne à la gauche du PS ne peuvent manquer de s’impliquer dans la lecture qui sera faite du scrutin. Il faudra à une gauche responsable se démarquer des « On l’avait bien dit » pour peser et annoncer sa disponibilité pour une reconstruction qui s’effectuerait sur des bases clairement antilibérales. Il lui faudra à nouveau jouer les équilibristes pour ne pas succomber aux sirènes de ceux qui veulent simplement faire un coup. Il lui faudra se structurer pour des joutes à nouveau repoussées. Si une telle position ces derniers mois a parfois été dure à tenir, elle doit au moins permettre d’aborder ce moment avec la sérénité de ceux qui ne se seront pas reniés et auront au final conservé leur liberté.
François COCQ 07 / 05 / 2007
- Vacances indécentes et choquantes
Il s’agit d’un communiqué de presse du premier Secrétaire du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), Georges SARRE.
Les premiers jours du Président élu Nicolas Sarkozy sont choquants. D’abord, parce qu’il multiplie les symboles d’appartenance à la « jetset » : dîner et nuit au Fouquet’s, avion privé, croisière en yacht. Venant de celui qui s’est fait élire sur la réhabilitation du travail, les travailleurs français apprécieront ! Quel travailleur français peut se payer ainsi un séjour en yacht, pour vingt SMIC par jour ? Il ne suffirait pas de faire des heures supplémentaires !
Ensuite parce que le Président élu démontre ostensiblement sa collusion avec les grandes puissances financières, en n’hésitant pas à bénéficier des largesses de Vincent Bolloré, propriétaire du yacht.
Un Président en phase avec les classes populaires, un Président indépendant de tous les lobbies et soucieux de l’intérêt général… Voilà le chef de l’Etat que, manifestement, Nicolas Sarkozy n’a pas l’intention d’être.
Ces quelques jours montrent avec force la nécessité de ne pas laisser les coudées franches à Nicolas Sarkozy, et de faire vivre les idées républicaines et sociales, en élisant le plus grand nombre possible de députés appartenant aux forces de progrès.
Le MRC, seul ou en alliance, lance toutes ses forces dans cette bataille.
Georges SARRE 09 / 05 / 2007
- Livret A : un coup dur porté par la Commission européenne
Il s’agit d’un communiqué de presse du premier Secrétaire du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen).
La décision de la Commission de Bruxelles de demander à la France d’autoriser d'ici à neuf mois toutes les banques privées à distribuer le Livret A, est une nouvelle application du dogme européiste et ultra-libéral : tout doit être soumis à la concurrence, dans tous les domaines, et les Etats ne doivent plus avoir aucune latitude pour laisser au secteur public, ou aux entreprises à participation publique, la moindre situation de monopole, même justifiée par l’intérêt général.
Si le gouvernement français se soumet au diktat de la Commission, les conséquences seront dramatiques pour la Poste, dont les bureaux, surtout dans les zones rurales, font des opérations sur les Livrets A une de leurs activités principales.
D’autre part, la réorientation vers d’autres produits d’épargne des clients de la Poste et de la Caisse d’épargne possédant un livret A, aura des répercussions négatives sur le financement du logement social et de la rénovation urbaine, largement financés par cette collecte d’épargne.
C’est pourquoi le gouvernement doit s’opposer par tous les moyens à la décision de la Commission, et pour commencer, en déposant un recours devant les juridictions européennes compétentes.
Georges SARRE 11 / 05 / 2007
- « Travaillez plus pour gagner plus », ou comment dévaloriser le travail
Nicolas Sarkozy a fait de la phrase suivante, « Travaillez plus pour gagner plus », un des slogans les plus emblématiques de sa campagne électorale victorieuse. Par ce moyen, il voulait apparaître comme proche des préoccupations des « classes laborieuses », l’ami de « la France qui se lève tôt », comme celui qui allait revaloriser la valeur travail dans la filiation des Jaurès et autres Blum. Il faut avouer que le stratagème, pourtant grossier, a plutôt bien fonctionné et a joué un rôle qu’on ne saurait sous-estimer dans son succès.
Stratagème qui confine en définitive purement et simplement à l’imposture. Car une telle formule revient à nettement dévaloriser le travail. En effet, cela signifie que le travail n’est pas assez rémunérateur pour le salarié de base, que la durée légale de travail ne permet pas de gagner suffisamment d’argent afin de faire face aux besoins quotidiens et immédiats de sa vie. Il serait donc nécessaire de travailler plus pour pouvoir prétendre à davantage. Par conséquent, en cas de revenus jugés insuffisants, la seule responsabilité en incomberait au pauvre salarié coupable de ne pas vouloir travailler davantage comme le leitmotiv sarkozyste l’y incite. On s’aperçoit bien qu’il s’agit d’un raisonnement, au premier abord logique et séduisant, mais en réalité fondé sur une mécanique infernale conjuguant mépris du travail et culpabilisation permanente des salariés.
Ce slogan signifie également que Nicolas Sarkozy doit considérer que les salaires sont assez élevés en France. C’est escamoter totalement la pourtant fondamentale question salariale. La question du pouvoir d’achat est réglée non par une mise à plat des salaires, mais par un recours généralisé aux heures supplémentaires.
C’est en cela que réside l’escroquerie du discours du nouveau président de la République : s’il est nécessaire de procéder à une intensification du travail à fournir pour qu’il devienne enfin rentable, c’est que sa valeur en est d’autant plus réduite. La gauche devra porter le fer sur cette question de la valeur travail qu’elle est en passe de se faire confisquer avec démagogie par la droite. C’est par ce genre de débat que passe la reconquête idéologique et culturelle indispensable à la construction d’un projet alternatif de transformation sociale.
Francis DASPE 13 / 05 / 2007
Ce texte est paru dans la rubrique « Courrier des lecteurs » de Sud-Ouest Dimanche du 13/ 05/2007.
Une bonne nouvelle au moins fait l’unanimité après ces élections. Le score du FN a baissé. Les idées sont-elles encore là, s’attaque-t-on aux racines du mal ? A quoi bon s’interroger, le score du FN a baissé, voilà la bonne nouvelle. Un nouveau berger a ramené les brebis égarées dans son troupeau à lui, avec le même sifflet. Elles n’ont pas moins peur, croient toujours que l’immigration est le méchant loup. Peu importe. Le score du FN a baissé.
Les flux migratoires et la proportion des immigrés en France sont inférieurs aux principaux pays européens, le regroupement familial, marginal, et l’immigration dans son ensemble, inéluctable, sont économiquement bénéfiques, et le seront de plus en plus jusqu’à devenir vitaux pour tous les pays européens vieillissants.
A la condition justement que nous facilitions le brassage. Ne parlons pas de tout ça. Racontons même plutôt l’inverse. L’essentiel n’est pas de les raisonner mais d’attirer les électeurs ailleurs, quitte à exploiter les mêmes ressorts, la peur, l’amalgame, la stigmatisation, la division. D’après François Héran, directeur de l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) : « demeure fortement ancrée dans l'opinion l'idée selon laquelle les immigrés profiteraient abusivement de la protection sociale au détriment des français, parce qu'ils arriveraient en nombre sur le territoire et qu'ils auraient ensuite beaucoup d'enfants ». Autant d’idées reçues qu’il réfute une par une, chiffres à l’appui.
Au lieu d’entretenir les distorsions entre perception et réalité, les politiques feraient bien de les dissiper. Ce serait plutôt ça, la bonne nouvelle…
Vincent MAROT 13 / 05 / 2007
S'il n'est, en soi, pas malsain de s'interroger à gauche sur les raisons d'un échec, les socialistes auraient sans doute à faire preuve de plus de sérénité. Dans une chorale sans chef d'orchestre qui tourne au tintamarre on n'entend plus que des voix discordantes. Le pire effet pour des citoyens atterrés qui voient se profiler les vieilles rancoeurs et les ambitions mal dissimulées derrière des arguments souvent creux. Un peu facile les critiques en tous genres et ad hominem, qui éludent peut être la seule question qui vaille : en quoi, la gauche dans son ensemble n'a-t-elle voulu ou su se faire entendre des Français pour incarner une alternative crédible au néolibéralisme, machine à produire de l'inégalité et à détruire les solidarités ?
Si la réponse était simple et purement conjoncturelle, cela se saurait déjà. Parce qu'elle appelle une réflexion nourrie des différents apports d'une gauche pluraliste, il faut de la méthode, de la discipline et aussi beaucoup d'audace. Tout le contraire d'une approche vindicative qui désigne les boucs émissaires avant même de s'intéresser au fond. Et d'abord à la question idéologique tant il apparaît nécessaire de comprendre cette déroute culturelle d'une gauche complexée de sa double affiliation républicaine et socialiste. Faute d'avoir gagné la bataille des idées dans les années 80, nous avons renoncé à notre projet avec les conséquences que l'on sait sur la crise idéologique durable de la gauche. Les clefs de la conquête des pouvoirs ne résident-elles pas d'abord dans la capacité d'articuler la défense d'un projet avec les valeurs qui lui donnent sens ?
Car c'est bien à la façon d'un Jaurès qu'il appartient aujourd'hui aux progressistes de relever les défis républicains. Ces défis appellent bien sûr des réponses programmatiques et d'abord sur la question sociale. Sur ce plan, en dépit d'insuffisances et parfois d'incohérences, nous ne partons pas de rien. Et la gauche dans cette campagne législative devrait faire prévaloir ses réponses en critiquant de pied ferme la logique inégalitaire de la droite.
Ces défis relèvent aussi d'une reconquête de l'hégémonie culturelle. Gramsci évoquait autour des années 30, la nécessaire guerre de positions idéologiques, à l'intérieur de la société civile, qu'il différenciait de l'attaque frontale contre l'Etat bourgeois. Comme le rappelait récemment sur son blog, Jean Pierre Chevènement, citant Jaurès, « l'Etat exprime un rapport de force entre les classes ». Et la question, n'en déplaise aux schémas de l'extrême-gauche, n'est plus aujourd'hui celle de la prise du Palais d'hiver mais celle d'incarner l'intérêt général. Jean Pierre Chevènement nous dit avec raison que « le projet de M. Sarkozy ne se réfère à l'intérêt général que dans le cadre d'une mondialisation financière dont il accepte de jouer le jeu, s'étant déjà lié les mains en renonçant à vouloir modifier les statuts de la Banque Centrale européenne. Or, l'intérêt général ne saurait se dissocier des intérêts à long terme du monde du travail »… « Entre les intérêts du monde du travail et ceux des multinationales (ou, si l'on veut être plus rigoureux, du capital financier mondialisé), je ne vois que trop bien le rapport de forces que le gouvernement de M. Sarkozy établira. Plutôt que de « jouer le jeu », il faudra plus que jamais peser pour changer la règle du jeu. C'est ce que nous essaierons de faire dans les temps à venir. »
Quand Jean Pierre Chevènement aborde avec lucidité les vraies questions il nous ramène sans doute au seul combat essentiel : celui du camp républicain et progressiste qui doit s'affirmer avec force et détermination pour rassembler et entraîner.
Xavier DUMOULIN 23 / 05 / 2007 http://sr07.unblog.fr/
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