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Les Brèves du mois de l'AGAUREPS-Prométhée

 

Février 2007

  • Un impôt plus juste serait archaïque ?

Cet article est paru dans la rubrique « Courrier des lecteurs » de l’édition  Sud-Ouest Dimanche du 21 janvier 2007.

Depuis 2002, le total des prélèvements obligatoires a augmenté, pendant que l’impôt sur le revenu baissait, suite aux réformes fiscales de la droite. Ce qui veut dire que la contribution s’est déplacée des plus riches vers les plus pauvres. Autrement dit, les français les moins aisés ont financé les baisses d'impôt sur le revenu des plus aisés (70% des déductions ont profité aux 10% des foyers les plus riches d'après la Cour des comptes).
« Modernité » selon le gouvernement. La semaine dernière, François Hollande a parlé d’un juste rééquilibrage de la contribution vers les plus aisés, en l’occurrence les revenus par personne supérieurs à 4000 euros nets par mois après impôts, soit entre 1 et 2% de la population ! « Archaïsme » selon le gouvernement. En faisant croire en plus qu’il s’agissait des classes moyennes.
Quelle désinformation ! Et quel décalage avec le pays. 50% des personnes seules touchent moins de 1182 euros nets par mois. 7 millions de personnes vivent avec moins de 788 euros par mois. A l’inverse, une famille qui touche 4129 euros nets par mois fait partie des 10 % des ménages les plus riches (4030 euros sans enfant, 5392 euros avec 2 enfants) , et 10% de la population détient 25% des revenus (chiffres INSEE). Tout ça sans compter les revenus du patrimoine qui accentuent encore les écarts.
L’impôt sur le revenu, progressif, a une fonction essentielle de correction des inégalités. Il est l’impôt le plus juste. Le seul. Et pourtant le plus maltraité, tellement la démagogie politique a pris l’habitude de flatter les pulsions individualistes et le porte-monnaie des électeurs, car beaucoup acceptent volontiers un bon salaire mais pas l’impôt qui va avec. L’archaïsme est de le réduire et non de le renforcer.

                        Vincent MAROT  17 / 01 / 2007

  • Face aux tentatives de pression venues de Madrid, tous les candidats à la Présidentielle doivent clairement annoncer  qu'ils respecteront le suffrage universel 

Il s’agit d’un communiqué du MARS (Mouvement pour Alternative Républicaine et Sociale) et de la Gauche Républicaine.

Après les déclarations de Mme Merkel sur la relance du processus constitutionnel européen pendant la période de la présidence allemande, la réunion des dix-huit représentants des états qui ont accepté le projet de constitution  illustre la pression mise de nouveau sur les deux peuples qui ont eu l’outrecuidance de le refuser. Pour preuve, la conclusion de cette réunion qui appelle les pays qui ont rejeté la constitution à travailler à un accord sur un texte qui préserverait « sa substance et son équilibre ». La volonté de refuser un « accord minimal » rejette même les illusions de ceux qui espéraient relancer la constitution à partir d’un compromis sur la seule partie institutionnelle.  On peut d’ailleurs regretter la mollesse de la réaction française à cette réunion « fractionnelle » plutôt rare dans l’histoire de la construction européenne. M. Chirac aurait été bien inspiré de défendre plus fortement le choix démocratique de ses concitoyens en faisant par exemple remarquer que sur les dix-huit pays, seuls deux (l’Espagne et le Luxembourg) avait choisi la voie du référendum, tant la confiance dans ce qu’aurait été le choix de leur propre peuple était grande…  Nul n’ignore que si le mode d’adoption parlementaire avait été préféré en France, celle-ci serait dans le « camp » du oui. Il n’en a heureusement rien été.

Au-delà, la date de cette offensive à quelques mois de l’élection présidentielle en France, ne doit  rien au hasard. Le but recherché est toujours de faire rentrer dans le rang hollandais et français et d’éviter toute contagion. Et le silence ou les déclarations ambiguës et parfois contradictoires sur cette question des candidats « principaux » ne lassent pas d’inquiéter quand jamais nos gouvernants n’ont clairement annoncé qu’ils respecteraient le suffrage universel en refusant définitivement que la France signe le TCE, remanié ou pas. Le Mars et la Gauche Républicaine seront particulièrement vigilants sur les réponses faites par les différents candidats à cette question essentielle.

On pourrait également espérer que face à cette menace rappelée par la réunion de Madrid, les tenants du non de gauche reviennent à la raison en présentant un seul candidat à l’élection présidentielle pour être mieux à même de peser dans le sens de notre choix antilibéral. On peut au moins souhaiter que tous se rappellent que les adversaires ne sont pas parmi eux.

            Eric COQUEREL, Pierre CARASSUS  28 / 01 / 2007

  • L’appartenance à une classe sociale au dessus  de la religion

Ce texte correspond à un échange par e-mail dans le cadre d’un débat contradictoire.

Il faut arrêter de confondre antireligieux et anticlérical. Le cléricalisme, c'est l'utilisation politique du religieux et imposer à l'ensemble de la société ses conceptions religieuses (par exemple interdiction de changer de religion, de devenir athée et pouvoir l'affirmer publiquement en mangeant, par exemple, à une terrasse lors du ramadan). C'est parce qu'il n'y a pas eu de combat anticlérical aux USA que les néo-conservateurs chrétiens ont triomphé. Les néo-conservateurs islamiques dominent l'Iran (théocratie) et l'Arabie Saoudite.  Pour ma part je pense que quelqu'un se définit par son appartenance à une classe, à un peuple et en aucune manière à une religion.
Est-il possible de dialoguer avec quelqu'un qui a la vérité divine? A une époque les communistes « staliniens » accusaient les personnes qui émettaient des critiques sur le socialisme réel d'anticommunisme et fabriquaient alors de nombreux anticommunistes. Je crains qu'il en soit de même avec l'utilisation de ce terme et concept d'islamophobie. C'est pour cela que je fais mienne cette devise « Prolétaires de tous pays et peuples opprimés, unissez-vous ». C'est la condition sociale et non la religion qui est le socle de l'unité.
Je pense qu'il existe des valeurs universelles qui sont défendues par des militants dans toutes les civilisations. Il n'y a pas que Bush qui entend Dieu. Moi aussi j'ai des amis prêtres-ouvriers et j'ai laissé de nombreux amis musulmans ou d'origine musulmane en Algérie. Les libres-penseurs qui vivent dans les pays musulmans (religion d'état) ont besoin de notre aide.

                        Jacques DELAVEAU  26 / 01 / 2007

  • « Pourquoi nous consentons à l’impôt »

Il s’agit d’une pétition faisant suite à un appel lancé à l’initiative du mensuel « Alternatives Economiques ». Cet appel qui fait consensus sur la fonction attribuée à l’impôt fait débat au contraire sur le rôle laissé au marché dans le fonctionnement de l’économie.

Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.
L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.

                        Transmis par Vincent MAROT  09 / 02 / 2007