- Les supposés bienfaits de l’ouverture à la concurrence
L’ouverture du marché européen de l’électricité devait, à en croire ceux qui louent à n’en plus finir les vertus de la concurrence, bénéficier aux consommateurs qui verraient leur facture s’alléger de manière significative. La privatisation d’EDF s’accompagnerait immanquablement d’une baisse des tarifs d’électricité.
Force est de constater qu’il n’en a rien été, et même qu’au contraire on a assisté à une hausse des tarifs pratiqués par l’ex-monopole public. Pour l’instant, et ce depuis l’ouverture du marché européen de l’électricité, deux tarifs coexistent, un prix régulé qui est fixé par le gouvernement et un prix libre devant s’aligner sur les conditions du marché. Tant et si bien que l’envolée des tarifs de l’électricité a plus qu’agacé le pourtant très libéral président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie, qui pour l’occasion, fait désormais cause commune avec Henri Emmanuelli. Il est vrai que les entreprises qui ont voulu goûter aux joies de la concurrence se retrouvent aujourd’hui avec des factures dont l’augmentation dépasse les 80 % !
Les exemples britannique, californien, espagnol ou australien auraient pourtant dû nous ouvrir les yeux : la privatisation des services publics d’électricité, ou à tout le moins leur ouverture à la concurrence, a entraîné systématiquement, et conjointement, une dégradation du service et une augmentation des tarifs. La concurrence, en définitive, c’est moins et plus cher !
Thierry DONGUAT 28 / 06 / 2006
- Continuer à tirer les enseignements du vote du 29 mai…
Dans une tribune parue dans l’édition du 27 mai 2006 dans la rubrique « Débats » du quotidien Le Monde, le philosophe Paul Thibaud, ancien directeur de la revue « Esprit », livre des analyses particulièrement pertinentes quant aux perspectives de la construction européenne dans le prolongement du référendum du 29 mai 2005.
Prenant acte du fait que les institutions spécialisées de l’Union européenne ainsi que la « méthode communautaire » longtemps supposée infaillible (Paul Thibaud parle à cet égard de préjugé de la voie unique) ont montré leurs limites, il considère que toute relance du processus européen doit passer par la prise en compte de la réalité des nations. L’auteur note une disjonction entre, « le grand marché et la grande société que nous formons, et l’Europe comme volonté qui ne peut être qu’une Europe des nations ». Un peu plus loin, Paul Thibaud estime que « les réponses aux questions de l’Europe doivent être des réponses nationales, parce que l’Europe, faute de culture politique commune, n’est pas un espace délibératif immédiatement pertinent ».
Ces quelques remarques pleines de bon sens constituent une pierre dans le jardin à la fois des les partisans du oui tentés de poursuivre comme si rien ne s’était passé le 29 mai 2005, mais aussi de ceux qui notamment à gauche, défenseurs du non, en appellent à l’élection dans les plus brefs délais d’une constituante qui élaborerait un nouveau projet de constitution européenne. D’un côté, l’autisme le plus parfait, de l’autre, le contresens le plus regrettable.
La compréhension de ce qui s’est réellement passé en 2005 au moment de la campagne référendaire constitue un des enjeux les plus essentiels du débat politique français et européen ¹ .
¹ Pour avoir une idée des débats concernant le référendum du 29 mai 2005, se reporter à la tribune de François COCQ, Francis DASPE et Mathieu DUMOULIN parue dans Politis n° 888 du 09 février 2006 et intitulée « Le clivage majeur concernait l’orientation libérale du traité ». Disponible également sur le site internet www.agaureps.fr.st
Francis DASPE 10 / 07 / 2006
- Fusion Mittal-Arcelor : pillage industriel en vue
Georges SARRE est Premier Secrétaire du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen).
La réussite annoncée de la fusion Mittal-Arcelor est une triste nouvelle pour la sidérurgie française et pour ses emplois et pour la France. C’est également une défaite de la politique industrielle, dont seule est responsable l’indigence du gouvernement et de son ministre de l’économie Thierry Breton.
La fusion Mittal-Arcelor se traduira par un véritable pillage industriel :
- le non remplacement des 40% de salariés français d’Arcelor partant à la retraite d’ici 2012
- la délocalisation des premières étapes de transformation du minerai de fer en Europe de l’Est
- la perte de maîtrise, par la France, des technologies des matériaux, qui sont pourtant fondamentales pour le développement des techniques du futur, notamment des nanotechnologies.
Dès janvier, le Mouvement Républicain et Citoyen exprimait sa certitude que, sans l’intervention du gouvernement, Mittal avalerait Arcelor. Il est encore temps d’agir : l’Etat peut toujours entrer au capital d’Arcelor pour empêcher ce pillage industriel annoncé.
Georges SARRE 26 / 06 / 2006
- A quoi sert Ségolène Royal ?
Raoul Marc JENNAR, chercheur altermondialiste, est membre de l’URFIG (Unité de Recherche, de Formation et d’Information sur la Globalisation). http://www.urfig.org
Ma conception de la chose publique m'incline à penser que les projets sont plus importants que les personnes. Même si, ensuite, beaucoup dépend de celle ou de celui qui les porte. Une Rosa Luxembourg, un Jaurès, un Vandervelde ou, plus près de nous, un Olof Palme ou un Willy Brandt, à l'évidence, n'ont pas porté l'idéal socialiste de la même manière qu'un Blum, un Mitterrand ou un Spaak.
Même si je suis convaincu que la démocratie est gravement menacée par la personnalisation du débat politique et que la présidentialisation des démocraties parlementaires est une dérive à combattre, même si le star système né de la médiatisation du débat politique tue le débat d'idées, il vient un moment où une personne s'identifie à un projet.
Inévitablement, soutenir ou combattre ce projet amène alors à s'exprimer sur celle ou celui qui l'exprime. Comme je viens de dénoncer sa proximité de pensée avec le plus dangereux individu que la droite française ait produit depuis Vichy, Le Journal du Mardi a souhaité que je donne mon avis sur Ségolène Royal.
Dans une France où, pour la première fois depuis Vichy, des policiers entrent dans les Ecoles primaires pour arrêter des enfants d'immigrés et les déporter, où, pour la première fois depuis Vichy, la loi incite à la délation, où, pour la première fois depuis Vichy, le candidat adulé de la droite annonce le recrutement de miliciens, l'alternative proposée par le « socialisme de gouvernement » est aujourd'hui incarnée par quelqu'un qui propose le recours à l'armée pour résoudre les drames provoqués par un capitalisme qui n'est plus remis en cause. Ainsi donc, si la gauche de gauche est incapable de s'unir et de renouer avec la victoire du 29 mai 2005, au deuxième tour des élections présidentielles en 2007, le peuple français sera enfermé dans un choix impossible entre l'ordre brun de Sarkozy et « l'ordre juste » (expression qu'elle a empruntée à un texte du pape Benoît XVI) de Royal.
Issue de l'ENA, cette machine à formater les serviteurs de l'Etat minimum, Mme Royal n'a cessé de fréquenter, depuis 1988, les palais de la République. Pendant 6 ans au secrétariat général de l'Elysée, députée à l'Assemblée nationale, conseillère municipale de Niort, ministre de l'environnement, puis ministre déléguée à l'enseignement scolaire, puis ministre déléguée à la famille et à l'enfance, aujourd'hui elle cumule les mandats de députée et de présidente de la région Poitou-Charentes. C'est déjà une vieille routière dans le personnel politique français. Et pourtant, les médias la présentent comme un facteur de renouvellement de la classe politique !
Les médias! Ces nouveaux faiseurs de rois, qui appartiennent, non plus à des patrons de presse, mais tantôt à des banquiers, tantôt à des marchands de canons ou de béton, ont trouvé en elle le moyen d'éviter tout risque lors des prochaines élections présidentielles : avec Sarkozy ou Royal, le patronat peut être tranquille. A gauche comme à droite, ses intérêts seront protégés. Et l'ordre règnera. Comme Anne Sinclair (Mme Strauss Khan), comme Christine Ockrent (Mme Kouchner), qui défendaient avec la même ardeur qu'elle le traité constitutionnel européen, Mme Royal appartient à cette grande bourgeoisie socialiste issue des années Mitterrand qui a tout renié du socialisme, sauf le vocabulaire. Et qui se prépare maintenant à franchir une nouvelle étape.
A quoi sert Ségolène Royal ? A liquider le socialisme. Pour aller vers une sorte de bipartisme, sur le modèle américain, où il n'y aurait plus vraiment ni gauche, ni droite, parce que serait définitivement niée l'exploitation du plus grand nombre par une minorité. Alors qu'en France comme dans beaucoup de pays de la très libérale Union européenne, les souffrances sociales dépassent aujourd'hui le seuil du supportable, alors que le néolibéralisme produit toujours plus de précarité et augmente les inégalités, à l'instar du philosophe Jean-Claude Michéa, je ne me résigne pas à « voir sans rire le drapeau de la révolte tomber des mains de Rosa Luxemburg dans celles d'une Ségolène Royal ».
Raoul Marc JENNAR, 19 / 06 / 2006
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