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Les Brèves du mois de l'AGAUREPS-Prométhée

 

OCTOBRE 2006

  • La Hongrie, L’Europe et la démocratie

Claude NICOLET est secrétaire national aux Relations Internationales au MRC (Mouvement Républicain et citoyen).

Dans la nuit du 18 au 19 septembre dernier, la Hongrie a connu sa première nuit d’émeute, après que son Premier ministre eut avoué, qu’il n’avait cessé de mentir à ses concitoyens depuis plus d’un an.

Pourquoi a-t-il menti ? Parce qu’il voulait gagner les élections. Mais surtout parce qu’il connaissait très bien la signification pour ses compatriotes, de la mise en œuvre des « réformes nécessaires » pour intégrer l’acquis communautaire et rentrer dans les exigences monétaires, budgétaires économiques et sociales de l’Union Européenne, notamment pour intégrer la zone Euro.
Le Premier ministre hongrois, monsieur Ferenc Gyurcsany, vient d’apporter la preuve flagrante que la construction européenne et la souveraineté populaire ne faisaient pas bon ménage. Il faut mentir au peuple et l’emmener là où il ne veut pas aller. Le résultat est désastreux. Des nationalismes qui s’exacerbent, des tensions qui ne cessent de s’accroître dans toute l’Europe de l’Est (Pologne, Slovaquie, Hongrie) parce que les peuples se sentent trahis et fragilisés.

Cet événement met également en lumière un autre phénomène inquiétant, celui de l’impréparation politique de ce que fut « l’élargissement » de l’Union Européenne aux 10 nouveaux pays de l’Europe Orientale. On nous a dit que c’était une obligation morale, alors qu’en réalité c’était un problème politique.
Nous risquons fort de nous retrouver avec des sociétés profondément déstabilisées sur toute la façade Est du continent européen qui est par ailleurs une vieille ligne de fracture historique avec le monde orthodoxe et oriental. Il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers.

Il est nécessaire de procéder à une refonte complète des mécanismes de fonctionnement de l’Union et de mettre en place des stratégies à géométries variables. Il est urgent également de s’interroger sur les conditions de la poursuite, dans de telles conditions, de l’élargissement de l’Union Européenne.

Communiqué du MRC par Claude NICOLET 21 / 09 / 2006

  • Medef-magogie

On craignait qu’après la propagande sur l’insécurité en 2002, la nouvelle campagne présidentielle soit à nouveau polluée par la démagogie ambiante, sans garde-fou. Mais nous voilà rassurés. Le Medef l’a annoncé lors de son Université d’été, nous aurons maintenant un conseil de grands sages du Medef, impartiaux et guidés par l’intérêt général, chargé de chasser les bonimenteurs et de traquer « toute trace de démagogie » pendant la campagne. Ouf !
Désormais, terminé l’éternel refrain « il faut baisser les charges sociales ». Le Medef interviendra : « oui, mais qui financera les organismes de protection sociale, déjà lourdement déficitaires ? Remettons-nous en question notre système de protection sociale ? Taxons-nous le capital autant que le travail pour compenser ? Quelles conditions et quelles contreparties aux milliards d’euros d’exonérations de charges (de 3 milliards en 1993 à 24 milliards en 2006), accordées chaque année aux entreprises, et jugées «coûteuses et à l’efficacité incertaine» par la Cour des Comptes ? »
Fini le rabâchage « il faut moins d’impôt et de fonctionnaires ». Le Medef sévira : « l’essentiel des dépenses publiques est affecté à l’Education, la Police, la Justice et la Santé. Voulons-nous moins d’enseignants, moins de policiers, moins de juges, moins d’infirmiers ? Veut-on supprimer la progressivité de l’impôt et sa fonction, la correction des inégalités ? ».
Adieu la belle rengaine « il faut créer plus de richesses ». Le Medef corrigera : « évidemment, mais à condition de les redistribuer sur les salaires, les plus bas en particulier, car sinon cela n’aurait pas de sens ».
La tâche s’annonce ardue, car les démagogues pullulent. Mais ils seront maintenant chassés sans merci.

Vincent MAROT 04 / 10 / 2006

  • L’équation des retraites a des solutions

L’idée selon laquelle l’équation des retraites ne se résoudrait qu’en retardant l’âge de départ à la retraite est une idée qui arrange bien les politiques et le milieu financier, car elle est simple à mettre en place et parce qu’elle fait supporter l’effort uniquement aux salariés, mais c’est une idée fausse, car il existe d’autres solutions pour assurer l’équilibre et une retraite décente à tous, si l’on s’accorde sur cet objectif.

Pour simplifier, l’équation des retraites ressemble à ceci : nombre d’actifs x salaires x taux de cotisation = nombre de retraités x pensions.

Un premier levier est la hausse du nombre d’actifs : on peut l’atteindre en effet en les conservant plus longtemps. En tenant compte alors de la pénibilité du travail pour être juste. Mais on peut aussi l’atteindre par des efforts sur l’emploi en embauchant plus et en diminuant le chômage.
Le deuxième levier est la hausse des salaires, en particulier là où la marge de manœuvre est conséquente, c'est-à-dire sur les bas salaires.
Autre remède, le plus important sans doute, l’élargissement de l’assiette. Le calcul des pensions n’est assis que sur les salaires. Or, depuis trente ans, la part des salaires dans les richesses créées n’a cessé de baisser au détriment d’autres formes de revenus non soumis aux cotisations. Au nom de quel principe ne ferait-on pas contribuer l’ensemble des revenus issus du travail des salariés ? D’autres pays, comme le Danemark, l’ont fait en finançant les retraites par l’impôt sur le revenu, et ont résolu leur équation.
Un autre levier est d’augmenter le taux de cotisation. Au minimum, limiter l’hémorragie des exonérations de cotisations sans contrepartie, une contrepartie normale à l’octroi d’une baisse de taux étant d’engager l’entreprise à compenser la perte de cotisations en embauchant ou en augmentant les salaires.
Enfin, dernier levier, si la somme totale des pensions à distribuer est insuffisante pour assurer une retraite décente à tous, et si l’on s’accorde toujours sur cet objectif, il est toujours possible d’augmenter la progressivité dans la redistribution, c'est-à-dire un taux de pension plus élevé pour les moins riches et moins élevé pour les plus riches, qui bénéficient déjà de moyens d’épargner durant leur carrière. On peut également abaisser le plafond maximum de la pension, ce qui libère une partie de la somme qu’on peut affecter aux pensions les plus faibles.

L’équation des retraites est un contrat collectif, des solutions existent si l’effort est réellement partagé, entre public et privé certes, mais aussi entre riches et moins riches, et entre salaires et capital. Si le courage politique, la justice et la solidarité passent avant la lâcheté, l’égoïsme et le dictat du capitalisme non régulé.

Vincent MAROT 04 / 10 / 2006

  • Ne laissons pas mourir le «Salman RUSHDIE» marocain !

Il s’agit d’un appel à pétition qui nous a été transmis par l’Union des Familles Laïques (UFAL).

Qui a intérêt à laisser mourir un laïque marocain ? Anas El Jazouli est l'organisateur de l'élection de la première Miss Maroc en 2002.

Dans cette monarchie, cette élection ne se résuma pas à une simple cérémonie car il s'agissait avant tout de question de liberté individuelle et de tolérance. 14 000 jeunes femmes marocaines ne s'y trompèrent pas et concoururent pour le titre de « Gazelle de l'Atlas ». Cet engouement ne fut pas du goût des islamistes marocains et Anas El Jazouli fut victime d'une Fatwa de la part du cheick Abdeslam Yassine de l’organisation islamiste Al Adl wal Ihssane. Le journal islamiste « Al Tajdid » qualifia alors Anas El Jazouli de « Salman Rusdhie marocain ».

Dès lors, il ne restait plus à Anas El Jazouli et sa famille qu'à rejoindre la France comme terre d'asile pour fuir les menaces grandissantes des intégristes. Dès son arrivée dans notre pays, Anas El Jazouli continua son combat pour les libertés et les droits de l'Homme en créant ou participant à plusieurs associations. Président du Mouvement Laïc Marocain, président de l'Association des Opposants Marocains à l’Etranger, membre du Mouvement pour la Défense des Minorités au Maroc, membre du Manifeste des Libertés, Anas El Jazouli déploya un militantisme qui mérite le respect de tous les laïques.
Or Anas El Jazouli est aujourd'hui sous le coup d'une invitation à quitter le territoire, victime lui aussi des mesures restrictives au droit d'asile orchestrées par le ministre de l'intérieur Sarkozy. On imagine aisément ce qu'il adviendra de lui et de sa famille, pris en étau entre les islamistes et les services secrets de la monarchie marocaine, s’ils sont expulsés dans leur pays d'origine.
Ses jours sont menacés en cas de retour au Maroc. Nous ne pouvons l'accepter ! Comme nous ne pouvons pas supporter que le gouvernement français puisse le laisser choisir la mort par la grève de la faim qui depuis plus de 20 jours altère ses facultés et son espérance de vie.
Un comité de soutien composé d'élus de Seine-et-Marne comme Michel Billout sénateur-maire de Nangis (77), Sylviane Chavany Conseillère régionale, Daniel Guérin Conseiller régional, Pierre Carassus ancien député, maire de Vaux Le Pénil et d'autres ainsi que d'associations comme RESF 77 et l'UFAL 77 soutient la famille El Jazouli et ne comprend pas l'omerta existant autour de sa situation.
Manifestez votre soutien à Anas El Jazouli en allant signer et en faisant signer la pétition de soutien sur http://www.sauvons-eljazouli.info/ et en diffusant l'information.

Communiqué transmis par l’UFAL 05 / 10 / 2006

  • Laïcité : le totalitarisme vert s’ajoute au rouge des cardinaux

Toutes les religions se valent en matière d'interdits (de penser librement, de disposer de son corps librement) et d'acceptation de l'ordre établi, de soumission à un (des) dieu(x), un clergé, des textes incontestables.
Que des gens trouvent une réponse à la question « Pourquoi ? » dans une croyance en un (des) dieu(x) n'est pas une menace pour la liberté de penser, de contester, d'agir, de forniquer à la condition de séparer croyances et POLI(s)TIQUE. On ne peut plus croire aujourd'hui comme il y a 100 ans sauf à finir par imposer ses dogmes aux autres. D'où l'importance de la laïcité et d'un enseignement laïque qui ne se définit pas par une quelconque neutralité scolaire, bien au contraire, mais par un travail lent et patient sur les jeunes consciences afin de les libérer, dans le sens d'une mise à distance, de leurs croyances (pas seulement religieuses d'ailleurs).
Or tous les discours contemporains sur l'école à droite (bien sûr) mais aussi à gauche (et jusqu'à l'extrême gauche d'une certaine manière) tournent autour de la « réussite scolaire », sous-entendu que les élèves obtiennent un diplôme et trouvent éventuellement un travail sans jamais se poser de question sur le monde, s'interroger sur les discours médiatiques (et sortir des discussions de café du commerce du style « tous pourris »)...

L'orientation que prend l'école (déjà engagée partiellement sous le gouvernement Jospin avec le sommet de Lisbonne notamment et les prises de position de Mme Edith Cresson dans la Commission Européenne quelques années avant) comme exclusivement lieu de formation à un métier amoindrira l'esprit laïque dans la société. La droite accélérant cette tendance de l'école, usine à exécutants serviles et débiles. Malheureusement force est de constater que le discours (matraquage radiophonique sur France Inter plutôt) sur l'apprentissage trouve échos dans la tête des élèves de lycées professionnels : un élève me disait qu'avant on apprenait sur le tas, que c'était mieux ; je lui ai répondu « avant il y avait les serfs » et ils m'ont rétorqués à plusieurs : les cerfs (avec un c) de la forêt. Je précise qu'il s'agit d'élèves de Bac Pro Electronique ; après tant d'années dans l'Education Nationale ils ne savent pas ce qu'était le servage !! Mais il y a 80 % de bacheliers, donc nos camarades élus ou non sont satisfaits…
La barbarie se construit par renoncements successifs de... la GAUCHE !

Pour revenir à l'affaire Redeker, une fatwa supplémentaire qui s'ajoute aux excommunications, aux tentatives du clergé catholique mais aussi de responsables protestants de remettre en cause le droit au blasphème.
Oui, les libertés de conscience, de penser, de disposer de son corps sont menacées par des groupes totalitaires musulmans. Ne tombons ni dans l'obnubilation de la droite sur l'islamisme, ni dans l'innocence de la gauche (une partie) sur l'islam. (Je distingue bien islam et islamisme).
Ne hiérarchisons pas les combats : le combat SOCIAL est INDISSOCIABLE du combat LAIQUE !

Eric COSSEVIN 05 / 10 / 2006

  • Important débat théologique ? Pures querelles byzantines

Une importante question de doctrine secoue le Saint-Siège : le sort des enfants morts sans baptême. Peuvent-ils accéder au paradis, ou au contraire sont-ils condamnés à végéter ad vitam aeternam dans un lieu mal défini, les limbes ?
Selon la tradition catholique, ces enfants, car portant en eux le péché originel dont le baptême aurait été sensé les délivrer, n’ont pas droit au paradis. Ils évitent cependant l’enfer mais sont de ce fait envoyés dans un espace situé aux marges du paradis. Dans ce lieu, s’ils ne subissent pas les rigueurs lucifériennes, « ils ne jouissent pas de Dieu » selon l’expression consacrée de Pie X, le pape du début du XX° siècle. Les débats actuellement initiés tendent à remettre en cause l’existence des limbes, au motif que le terme n’est jamais utilisé dans la Bible. Le pape de la fin du XX° siècle, Jean-Paul II, avait quelque peu adoucie le sort de ces malheureux enfants privés de la grâce divine en indiquant que « l’Eglise ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu ».
Il s’agissait pour l’occasion d’une position véritablement révolutionnaire qui aurait pu tendre à signifier que l’abolition des limbes était proche. Le débat est de la sorte relancé et mobilise les plus hautes instances religieuses.
On ne peut cependant qu’être circonspect par ces disputes théologiques pour le moins oiseuses symbolisant à l’excès le byzantinisme le plus abscons. Cela fait partie sans nul doute du « mystère chrétien » inaccessible aux pauvres profanes que nous sommes. C’est de manière plus générale une particularité que les religions monothéistes révélées se fondant de surcroît sur un livre sacré possèdent en partage. La rationalité n’y est pas conviée, devant s’effacer devant l’insondable mystère alimentant des querelles byzantines totalement déconnectées des contingences d’ici bas…

Francis DASPE 08 / 10 / 2006

  • La pertinence du non de Gauche reconnue

Ce texte est paru dans l’édition Sud-Ouest Dimanche du 15 octobre 2006 dans la rubrique « Courrier des lecteurs ».

L’éditorial de Bruno Dive intitulé « Les Trissotins de Francfort » paru dans l’édition Sud-Ouest du samedi 7 octobre 2006 se livrait à une analyse particulièrement pertinente de la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d’augmenter une nouvelle fois les taux d’intérêts d’un quart de point. Les critiques appuyées concernaient l’indépendance de la BCE à l’égard de tout contrôle du pouvoir politique, ainsi que son obsession quasi maladive à privilégier la lutte contre l’inflation en n’hésitant pas à reléguer au second plan la recherche de la croissance, la hausse des salaires, la lutte contre le chômage ou l’impulsion donné à l’investissement productif. Je partage sans la moindre réticence cette vision des choses.
Il s’agit en fait d’une reconnaissance a posteriori de la pertinence et de la validité des arguments utilisés par les partisans du non de gauche lors du référendum du 29 mai 2005. En effet, ceux-ci avaient construit leur campagne autour d’un double déficit, démocratique et social, que le statut et les missions de la BCE illustraient de manière éclatante.
La liaison faite par l’éditorialiste avec le traité de Maastricht est évidemment bienvenue. On pourrait même, pour plus d’exactitude, remonter au tournant libéral de 1983 pour aller aux racines de cette politique d’orthodoxie monétaire qui cumule déficit démocratique et déficit social. Cette analyse recoupe celle qu’une personne comme Jean-Pierre Chevènement effectue avec constance depuis plus de vingt ans, démissionnant du gouvernement en 1983, quittant le parti socialiste pour voter non au traité de Maastricht. Il avait bien perçu qu’aucune alternative de gauche ne serait possible tant que le carcan d’une politique d’orthodoxie aussi étroitement dogmatique (il est juste de rappeler que la réserve fédérale américaine fait preuve de bien plus de discernement et de souplesse en la matière) imposerait sa loi d’airain. La question de la BCE agit effectivement comme un verrou implacable.
Il convient de relever dans le même ordre d’idée le mérite de Laurent Fabius de l’avoir compris, certes après quelques errements passés (je parlerai davantage de courage et perspicacité éventuellement tardifs plutôt que d’opportunisme et d’insincérité). Cela est à mettre en parallèle avec l’embarras des autres prétendants socialistes à proposer une alternative construite en faveur des classes populaires (on se contente de formules vagues au final incantatoires faisant allusion à un ordre juste ou à une social-démocratie modernisée).
Le non de gauche s’en trouve par conséquent conforté, la cohérence de ses convictions validée par l’actualité. Juste retour des choses quand on sait que la grande majorité des médias et des élites s’étaient échinée, en pure perte, à le dénigrer…

Francis DASPE 11 / 10 / 2006

  • Projet d’amendement sur la laïcité

Il s’agit d’un amendement présenté par des militants membres du Bureau du Collectif girondin d’initiative pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes en vue de la réunion nationale des 14 et 15 octobre 2006 à Nanterre.

La laïcité représente un des principes fondamentaux du pacte social et républicain sur lequel repose le vivre ensemble indispensable à toute collectivité.
La laïcité se fonde sur la neutralité de l’Etat et son indépendance à l’égard de tous les dogmes et de toutes les idéologies, notamment dans le domaine de la religion mais sans s’y limiter exclusivement. Elle stipule la séparation de la sphère publique d’avec la sphère privée dont les télescopages nourrissent toutes les formes de régressions, d’absolutismes et de totalitarismes. Elle contribue à désarmer les prosélytismes les plus agressifs.

La laïcité fonde effectivement les caractéristiques de la citoyenneté et de la démocratie.
Elle constitue un cadre irremplaçable pour la recherche de l’égalité en affirmant le rejet de toutes les formes de discrimination ou le principe d’égalité de chacun devant la loi. L'égalité entre hommes et femmes et entre toutes les femmes de la planète doit passer avant toute considération ethnique ou religieuse.
Elle constitue le cadre le plus approprié pour la promotion et le respect de la souveraineté populaire en affirmant la capacité des hommes à se gouverner eux-mêmes, de manière terrestre et rationnelle, en dehors des dogmes des Eglises.
Elle constitue un cadre indépassable garantissant les libertés les plus fondamentales : liberté de pensée et d’opinion, liberté de conscience y compris religieuse, droit d’exercer son esprit critique y compris sur les sujets sacrés, liberté d’expression y compris par l’acceptation du droit au blasphème.

La laïcité subit actuellement des attaques convergentes qui tendent à la vider de sa substance.
C’est le cas avec la montée en puissance des intégrismes religieux, dont aucune religion, et encore moins aucun monothéisme, n’est exemptée.
C’est le cas avec la progression du communautarisme qui conduit à l’enfermement dans des groupes religieux ou ethniques pour l’occasion, et qui entretient la confusion entre droit à la différence et différence des droits, reléguant par ailleurs au second plan le devoir d’indifférence qui s’impose dans la sphère publique.
C’est le cas avec la construction européenne telle qu’elle s’effectue jusqu'à présent qui en est un puissant dissolvant ; le projet de traité constitutionnel, heureusement rejeté le 29 mai en témoignant. Le triomphe de l’idéologie de la mondialisation libérale se fondant sur un individualisme débridé mû par la loi du marché et du profit maximal ne favorise pas la recherche de l’intérêt général qui constitue l’horizon de la laïcité.
On assiste ainsi à l'alliance de fait entre néolibéralisme et néocommunautarisme. La laïcité est le seul rempart qui puisse permettre de s’opposer à cette alliance monstrueuse.
C’est ainsi qu’à l’échelle planétaire, elle est de nature à invalider le soi-disant choc des civilisations sur lequel certains voudraient prospérer.

La laïcité n’est pas une quelconque forme de tolérance, elle est une exigence d’intégration républicaine, au même titre que celle de la transformation sociale qu’il serait également inconvenant de confondre avec une quelconque forme de charité. En regard de la situation française, la loi de 1905 reste plus que jamais d’actualité et un rempart contre les dérives actuellement à l’œuvre.
Pour toutes ces raisons, la laïcité doit être non seulement préservée, mais aussi étendue, certainement pas affadie par de regrettables confusions.

Danielle BERNA, militante associative - Alain BOUSQUET, membre du MARS - Francis DASPE, membre de l’AGAUREPS-Prométhée - Christian GAUDRAY, membre de la Gauche Républicaine- Jacques MARTINEAU, militant associatif - 11 / 10 / 2006

  • La Charte d’Amiens a 100 ans

En 1906, la CGT est la seule organisation syndicale confédérée française. Son congrès, organisé à Amiens du 8 au 14 octobre 1906, décidera de l’indépendance du syndicalisme vis-à-vis des partis politiques.
En fait, au sein du Parti Socialiste, réuni depuis 1905 sous le nom de « Section française de l’Internationale ouvrière » (SFIO), un vif débat opposait Jean Jaurès et Jules Guesde.
En effet, la tendance marxiste, incarnée par Jules Guesde, estimait nécessaire la « coopération » et « l’entente » avec la SFIO. Jean Jaurès, au contraire, défendait l’idée de l’autonomie de la CGT pour mener des luttes sociales afin d’obtenir des améliorations immédiates en vue de « préparer l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ».
C’est la position de Jaurès qui sera retenue. La motion soumise au vote par le secrétaire général de la CGT, Victor Griffuelhes, fut adoptée par 834 mandats contre 8, en disposant que : « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ».
Depuis, la Charte d’Amiens reste une référence du syndicalisme français, bien que les principes qu’elle porte furent largement remis en causes tout au long de l’histoire du mouvement ouvrier en France.

Transmis le 18 / 10 / 2006 par Mathieu DUMOULIN, d'après Cercle Républicain