- Sur les caricatures de Mahomet
Il s'agit d'un communiqué en date de février 2006 du Collectif Féministe « Ruptures » à propos des polémiques qui ont suivi les caricatures de Mahomet. Il a été transmis par Monique DENTAL qui est aussi membre de l'AGAUREPS-Prométhée.
Les caricatures de Mahomet ont provoqué des réactions massives allant parfois jusqu'aux délires les plus outranciers. On a pu observer surtout de beaux exercices de récupérations et de manipulations dans la mesure où l'identité des populations concernées a été accaparée par des acteurs politico-religieux qui prétendaient en être les seuls représentants. Cette lame de fond a pu surprendre. Pourtant, elle devient plus compréhensible si on la replace dans les bouleversements qui ont affecté les pays musulmans dans les vingt dernières années.
Les difficultés économiques et sociales ont largement contribué au développement des mouvements islamistes « qui voient dans l'Islam une idéologie politique qui considère que l'islamisation de la société passe par l'instauration d'un état islamique, et pas seulement par la mise en œuvre de la charia ». (Olivier Roy) Alors que, dans les années soixante-dix, ces mouvements se montraient à la fois conservateurs en politique intérieure et nationalistes, à partir de 1980 se produit une réislamisation des pays musulmans dans tous les domaines ; pour lutter contre les courants radicaux, certains états cherchent à instituer « un islam officiel » en s'appuyant sur des religieux très conservateurs. C'est dans ce contexte que, au Bangladesh, l'écrivaine Taslima Nasreen, condamnée à mort pour blasphème, a dû s'exiler. Elle avait osé dénoncer le patriarcat religieux pour réclamer la laïcité de la loi et la libération des femmes. A partir des années 90, se créent des mouvements qui donnent la priorité à une lecture littérale du Coran et qui s'adressent à l'ensemble de la communauté religieuse, ainsi qu'aux émigrés. C'est à cette époque que dans de petites mosquées, en Europe, des imams incitent des jeunes filles à se voiler. Enfin, apparaît une nouvelle génération, cosmopolite, qui passe au terrorisme.
Lorsqu'une société est en mutation, en crise, ou se juge attaquée, on charge les femmes d'incarner la stabilité, l'identité et ses symboles. C'est pourquoi les féministes ont été très attentives à ces changements, d'autant plus que les femmes sont les premières victimes des intégrismes religieux. Ainsi, la conférence de l'O.N.U. sur la Population, au Caire, en 1993, a suscité de terribles campagnes : le simple fait d'évoquer les questions démographiques était blasphématoire. Lors de la Conférence mondiale sur les femmes, à Pékin en 1995, l'union sacrée de l'intégrisme catholique et musulman s'est violemment opposée aux droits des femmes liés à la sexualité et à la reproduction. Comment ignorer les luttes des femmes iraniennes contre le port du tchador, les résistances des femmes algériennes au diktat des intégristes ! Le dynamitage des bouddhas géants en Afghanistan a aussitôt provoqué un tollé de la presse et des institutions internationales, alors que la situation des femmes afghanes, privées de leurs droits fondamentaux, les avait laissées de marbre.
Les Etats occidentaux ont aussi une grande part de responsabilité puisqu'ils soutiennent des régimes dictatoriaux, corrompus, avant de se retourner contre eux, en fonction de leurs intérêts. En politique intérieure, des élus français ont préféré acheter la paix sociale en livrant des cités aux imams. La mixité des lieux publics a été contestée, voire attaquée, et ils ont laissé faire. En Norvège, on a toléré que des jeunes filles issues de l'immigration, soient arrachées à l'école et mariées de force. Les appels au secours de celles-ci auprès des services de la protection de l'enfance sont restés vains. Seuls des cas particulièrement tragiques ont provoqué un changement d'attitude chez les dévots du relativisme culturel. Récemment, dans l'état de l'Ontario (Canada), il a fallu une mobilisation nationale des femmes canadiennes de culture ou de confession musulmane, relayée par une vaste campagne internationale, pour que le gouvernement daigne abandonner son projet de tribunaux islamiques concernant le droit familial. Ces démissions des pouvoirs publics sont intolérables.
Enfin, il est temps de briser la représentation d'un « monde musulman » comme une entité monolithique. Rappelons qu'au cours du 20 ème siècle, des féministes, des courants politiques, des juristes, ont proposé des mesures visant à démocratiser leur pays et à émanciper les femmes. De nos jours, des démocrates, des associations de femmes, des journalistes et bien d'autres luttent pour soulever la chape de plomb. Faisons-les connaître, soutenons-les, donnons-leur la parole, invitons-les au Forum Sociaux Mondiaux. « Il n'existe pas quelque chose comme le choc des civilisations, ainsi que les Bush et Ben Laden voudraient nous le faire croire. Le choc dans le monde d'aujourd'hui est entre fascistes et anti-fascistes. » (Réseau international Femmes Sous Lois Musulmanes, 26/01/2005). Cette approche ouvre une autre perspective qui traverse les frontières nationales, ethniques et religieuses.
Marie-Josée SALMON et Monique DENTAL 02 / 03 / 2006
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Hausse des taux de la BCE : un encouragement aux délocalisations
Communiqué de Georges SARRE, Premier Secrétaire du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen)
Pour la deuxième fois en trois mois, la Banque Centrale Européenne a décidé de relever ses taux d'intérêt pour renforcer sa crédibilité en matière de stabilité des prix. Dans leur délire obsessionnel, nos banquiers centraux oublient la réalité économique de la France et de la zone euro.
1/ Cette hausse vise avant tout les salaires. L'inflation réelle reste à des niveaux particulièrement faibles dans la zone euro (2,3%) malgré la hausse du prix du pétrole. Quand bien même ne le serait-elle pas, la croissance ne s'en trouverait pas plus mal : malgré une inflation de 4%, les Etats-Unis connaissent une croissance de près de deux fois supérieure à celle de la zone euro ! En fait, la principale inquiétude de la BCE réside dans une hausse des salaires. C'est elle qu'elle souhaite empêcher à tout prix.
2/ Cette hausse menace la compétitivité de la zone euro. Alors que l'excédent commercial de la zone euro a fondu de 75% en 2005, la hausse des taux d'intérêt risque de faire augmenter l'euro par rapport au dollar et en conséquence de dégrader encore davantage notre capacité à exporter des produits et de soutenir encore davantage les importations. En France, le ministère de l'économie estime qu'une hausse de 10% de l'euro par rapport au dollar coûtera 0,7 points de croissance.
3/ Cette hausse décourage l'investissement. La hausse des taux d'intérêt renchérit l'investissement productif. Or tous les économistes constatent l'important retard de l'investissement européen dans un contexte où l'accélération des progrès technologiques rend nécessaire une accélération de l'investissement.
4/ Cette hausse encourage les délocalisations. Avec d'un côté une moindre demande interne (salaires figés) et externe (exportations menacées) pour les produits européens, une plus forte demande pour les produits étrangers (importations soutenues) et de l'autre un moindre investissement productif, ce sont les délocalisations qui sont encouragées.
On attend toujours qu'une instance élue vienne se justifier d'une telle politique devant les peuples d'Europe. Face à tant d'irresponsabilité, le Mouvement Républicain et Citoyen réitère son souhait que soit mis fin à l'indépendance de la Banque Centrale Européenne et qu'elle soit placée sous l'autorité du Conseil de Ministres de la zone Euro. Nous demandons aussi que soit mise en œuvre une politique économique volontariste combinant hausse de l'investissement public, soutien massif à l'industrie et à l'innovation, stratégie de l'euro faible et mise en œuvre de la préférence commerciale communautaire.
Georges SARRE 02 / 03 / 2006
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Communiqué du MARS 93 sur la mobilisation en Seine Saint-Denis avant la journée du 7 mars
Depuis de longues semaines, les personnels de l'Education Nationale se mobilisent fortement en Seine-Saint-Denis. Leur lutte, pourtant non relayée médiatiquement, n'en prend pour autant pas moins une nouvelle ampleur cette semaine. En effet, après plusieurs journées d'action très suivies avant et après les dernières vacances et en particulier la grève du 26 janvier, les occupations nocturnes d'établissements se multiplient et touchent tout le département. C'est à la fois un message puissant envoyé à l'inspection académique et au ministère pour critiquer une politique éducative inconséquente et un appel à l'aide pour disposer enfin des moyens d'assurer un vrai service public d'éducation.
Dans ce combat, le MARS 93 apporte tout son soutien aux enseignants et autres acteurs de la vie éducative des enfants car il partage avec eux l'idée qu'il est nécessaire de proposer une Ecole de la réussite ambitieuse pour tous et non une atomisation des élèves dans la plus pure veine libérale.
Le MARS 93 réfute vigoureusement le plan sur les ZEP proposé par Gilles de Robien, dénonce les attaques incessantes faites à la carte scolaire, pointe du doigt la baisse scandaleuse des DHG (dotations horaires globales) et donc des moyens dans le département, critique l'apprentissage junior dès 14 ans et la restauration du travail de nuit des enfants, et s'insurge sur l'avenir précaire proposé aux élèves sous la forme du CPE.
Face au populisme et à l'agressivité d'Eric Raoult qui, après avoir imposé le couvre-feu dans sa ville du Raincy il y a quelques semaines alors qu'aucun incident ne s'y était déroulé, après avoir insulté la ville de Clichy-sous-Bois dans son ensemble, après avoir jugé que les logements sociaux n'étaient pas dignes de sa commune, voudrait maintenant sanctionner ceux qui occupent les établissements scolaires pour éviter une fois de plus de faire face aux problèmes, les enseignants, parents d'élèves et autres personnels trouveront à leurs côtés le MARS 93 pour les soutenir dans leur juste lutte.
Il est urgent de porter devant l'opinion l'état réel de l'Ecole. Quelques semaines après l'embrasement de certains quartiers, la Seine-Saint-Denis est encore à la pointe du mouvement car elle cristallise peut-être plus qu'ailleurs les difficultés. Elle est à cet égard un avant-poste national de l'état de l'Ecole dans le pays. Le vrai service public unifié de l'Education Nationale que le MARS appelle de ses vœux demande une volonté d'offrir à tous les élèves les moyens de la réussite et une vraie formation à la citoyenneté. C'est manifestement cette ambition qui manque aujourd'hui à notre gouvernement.
François COCQ 06 / 03 / 2006
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Danger sur la laïcité et la liberté d'expression
Les polémiques relatives aux caricatures de Mahomet initialement parues dans la presse danoise laissent à l'évidence des traces. D'autres diraient des dommages collatéraux…Le camp des cléricaux de tout poil s'est saisi sans vergogne de l'opportunité afin de remettre en cause les fondements de la laïcité.
C'est ainsi que le député UMP Jean-Marc Roubaud s'est empressé de déposer une proposition de loi visant à « sanctionner tout discours, cri, menace, écrit, imprimé, dessin ou affiche portant atteinte volontairement aux fondements des religions ». Oui, vous avez bien lu cette proposition qui n'émane pas le moins du monde d'un homme d'Eglise scandalisé par les écrits jugés irrévérencieux des philosophes des Lumières au milieu du XVIII° siècle !
A croire que certains voudraient rétablir sur le champ un délit de sacrilège dont une des victimes les plus emblématiques fut le chevalier de la Barre que Voltaire s'évertua à rétablir la mémoire à titre posthume. Le droit au blasphème constitue un droit élémentaire de tout régime démocratique. Toute remise en cause de la possibilité de « blasphémer » entraîne symétriquement un recul de la démocratie. Au nom de quoi les religions se trouveraient-elles à l'abri de toute critique dans le cadre du débat démocratique ? A moins que l'on considère que nos systèmes politiques doivent intégrer les rudiments de la théocratie…
La laïcité permet certes de nous en préserver, mais les attaques convergentes qu'elle subit depuis quelques années ont de quoi nous alarmer. La liberté d'expression est menacée avec de telles propositions de loi qui malheureusement témoignent d'évolutions actuellement à l'œuvre. Le dogme revient en force, profitant de l'affaissement de la réflexion idéologique. Car il convient d'affirmer que l'idéologie conforte la démocratie tandis les dogmes, tous les dogmes, contribuent à la saper.
Si la laïcité est souvent présentée (par ses adversaires faut-il préciser) comme une singularité française, il ne fait pas de doute que la question déborde très largement nos frontières. C'est ainsi que le gouvernement espagnol de Zapatero a dû affronter des manifestations monstres dans les rues de Madrid en novembre 2005 pour avoir remis en cause le caractère obligatoire de l'enseignement religieux dans les écoles. En fait, la laïcité touche bien à l'universel en disqualifiant les régressions et les obscurantismes, quels que soient les visages sous lesquels ils se déguisent.
Francis DASPE 16 / 03 / 2006
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