Les Brèves du mois de l'AGAUREPS-Prométhée

 

Décembre 2005


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  • L'offensive des intégristes chrétiens américains

    L'enseignement, on le sait depuis fort longtemps, constitue un champ privilégié pour les attaques des mouvances intégristes de tout poil. On en a une fois de plus la confirmation aux Etats-Unis à propos de la question sensible de l'origine de la vie.

    Jusqu'à présent, existaient deux théories pouvant en rendre compte. La première, scientifique, la théorie de l'évolution de Darwin, du nom de l'auteur du livre  Traité sur l'évolution des espèces , est reconnue comme la seule valable. La seconde, fondée sur des croyances et sur la foi religieuses, appelée créationnisme, ne peut faire l'objet d'un enseignement aux Etats-Unis depuis un arrêt de la Cour suprême en date de 1987. Doctrine née au XIX° siècle, le créationnisme recommande une lecture littérale de la Genèse biblique pour expliquer l'origine de la vie humaine.

    Les créationnistes, tenants de la mouvance chrétienne ultraconservatrice, n'ont pas désarmé pour autant et veulent toujours imposer une explication biblique, ou para-biblique pour l'occasion, de l'origine de la vie. A cet effet, a été élaborée au cours des années 1990 une nouvelle thèse appelée Dessein intelligent ( Intelligent design en anglais) qu'ils souhaiteraient voir enseignée dans les écoles concurremment à celle de l'évolutionnisme (du moins dans un premier temps…). Se parant des atours d'une possible synthèse entre les deux premières théories, elle stipule que l'évolution a été guidée par un être supérieur, seul capable d'ordonnancer une vie sur terre tellement complexe. Cet être supérieur, animé d'un dessein intelligent , ne peut être que Dieu.

    Afin de ne pas être assimilée au créationnisme (dont l'enseignement, rappelons-le, est interdit) et de se donner une pseudo-légitimité scientifique, cette théorie nouvelle ne fait aucune référence aux récits bibliques. Mais pour ses opposants, il ne s'agirait que d'une variante du créationnisme, et donc à rejeter comme une vision religieuse et d'aucune manière scientifique.

    Une école de Pennsylvanie a décidé d'autoriser l'enseignement de cette théorie. Au nom du premier amendement de la Constitution stipulant qu'aucune loi ne peut promouvoir une religion, des parents d'élèves ont porté l'affaire devant la justice. La décision de la Cour fédérale de cet Etat aura une portée essentielle : il peut s'agir d'une incitation à un déferlement sans limites de l'offensive tous azimuts des intégristes chrétiens d'obédience bushiste. Dans ce cas, des régressions sont à attendre dans de nombreux domaines qui font l'objet de leur part d'une attention particulière : droit à l'avortement, peine de mort, mariages homosexuels, recherche médicale etc…

    Le contrôle de la Cour suprême, par le biais des actuelles nominations de partisans du président Bush, constitue un enjeu de taille. Ce serait l'occasion pour la droite religieuse de faire main basse sur les sujets sociétaux en imposant une vision étroitement religieuse.

    Francis DASPE 02 / 12 / 2005
  • L'unilatéralisme de la BCE

    La banque centrale européenne (BCE) vient de décider d'augmenter son principal taux d'intérêt, le taux directeur qui passe de 2 à 2,25 %. Il s'agit d'une décision prise de manière unilatérale que son président Jean-Claude Trichet vient d'annoncer. En effet, la plupart des dirigeants politiques européens, pourtant libéraux, y étaient hostiles. La décision pose un problème de fond comme de forme.

    La BCE est indépendante du pouvoir politique depuis le traité de Maastricht. La mission qui lui a été attribuée, dans une perspective de stricte orthodoxie monétaire, consiste à lutter contre l'inflation. Il n'a jamais été question que l'institution siégeant à Francfort s'occupe de stimuler l'emploi ou la croissance, et ce conformément à la doxa libérale !

    Cette décision coïncide avec la reprise (encore fort timide et fragile) de la croissance dans la zone euro qui a atteint 0,6 % au troisième trimestre. C'en était trop pour Trichet et ses comparses qui y redoutaient un danger inflationniste, d'où la réaction d'enclencher un petit coup de frein monétaire. La hausse des taux d'intérêt n'est pas un acte neutre et sans conséquence : c'est privilégier clairement la rente et la spéculation au détriment de l'investissement productif.

    L'indépendance de la BCE désarme le pouvoir politique, et donc ce qui le fonde, l'expression de la souveraineté populaire. Cela renvoie au déficit démocratique qui entache le processus de construction européenne. Le traité constitutionnel européen, que les Français ont rejeté à l'occasion du référendum du 29 mai, se proposait de graver dans le marbre ces principes. Le triomphe du 29 mai ne doit pas faire oublier qu'il est urgent de poursuivre le combat afin de réorienter radicalement la construction européenne.

    Francis DASPE 02 / 12 / 2005
  • Le « vrai » coût du travail en France

    Ce texte est paru dans la Rubrique Courrier des lecteurs du Sud-Ouest Dimanche du 04 / 12 / 2005. Il s'agissait d'une réponse en guise de mise au point à un article paru dans l'édition de la semaine précédente dans la même rubrique.

    L'article «  Le vrai coût du travail en France » du SOD du 20/11 s'en prend aux prélèvements sociaux comme cause des problèmes d'emploi, en citant l'exemple d'un salarié touchant 470€ nets par mois, mais taxé au total à 57%, dont 30% d'impôt sur le revenu. L'allergie à la contribution collective ne doit pas pousser à fausser les chiffres. Ce salarié n'atteignant pas le seuil minimum, il est normalement exonéré d'impôt. Pour payer 30% d'impôt dans son foyer, il faut que son conjoint gagne plus de 15 000€ nets par mois (plus encore avec des enfants) ! Nombre de Rmistes ou de Smicards aimeraient payer 30% d'impôt.

    L'auteur ajoute à l'impôt sur le revenu (calculé sur les revenus de son conjoint) les cotisations patronales et salariales pour obtenir 57%. Ce calcul est encore faux. Pour l'entreprise, le prélèvement exclut l'impôt sur le revenu. Pour le salarié, il exclut les charges patronales.

    En réalité, le coût du travail en France est dans la moyenne des pays européens (source OCDE). Il n'explique pas, seul, le problème de l'emploi : des pays européens aux prélèvements plus élevés n'ont pas ce problème, et les politiques régulières d'exonérations de charges et d'impôt n'ont pas produit d'effet en France. On oublie enfin que les charges sociales équivalent à du salaire, puisqu'elles servent à payer nos frais de santé, notre rémunération en cas de chômage et notre retraite. Les diminuer revient finalement à ponctionner notre salaire !

    Vincent MAROT 04 / 12 / 2005

  • Perte de sens

     

    Depuis 30 ans, la richesse produite n'a cessé d'augmenter en France. Mais les salaires n'ont pas suivi ce rythme et leur part a perdu 10 points au détriment du capital. Leur répartition a également évolué : alors que les salaires des dirigeants ont explosé, les bas salaires ont stagné. Le rapport moyen entre plus bas et plus haut salaire est passé de 1 à 40 à 1 à 400 pour les entreprises du CAC40. Les dirigeants auraient-ils 10 fois plus de mérite qu'avant ? Autre tendance : les dividendes versés aux actionnaires ont décuplé au détriment des investissements, des salaires et des embauches. Comment peut-on adhérer à ce capitalisme là, qui ne redistribue pas, ne crée pas d'emploi, repose sur la détention croissante de la richesse par quelques-uns et sur la rentabilité à court terme ?

    On parle aujourd'hui de déficit des organismes paritaires de protection sociale. Or, ils sont financés par des cotisations sur les salaires. Si les salaires avaient suivi la même progression que le capital, ou que le capital était taxé comme les salaires, il n'y aurait pas de déficit. Même érosion et même injustice, résultats de choix politiques, dans le financement des services publics. Le gouvernement a encore réduit l'impôt sur le revenu et sa progressivité : la dernière réforme fiscale octroie 80% des réductions aux 20% les plus riches (source OFCE). Or, les 10% des revenus les plus élevés détiennent 50% du capital, en particulier de l'épargne non réinvestie : un impôt plus progressif serait ainsi un moyen non pénalisant pour les entreprises de taxer les revenus « improductifs » du capital.

    A défaut de plus d'équité dans les revenus, une contribution progressive, mieux partagée entre travail et capital, mieux redistribuée, est la base du pacte républicain et d'une société qui fonctionne, car elle a un sens moral et économique. La perte de sens commence ici…

    Vincent MAROT 05 / 12 / 2005
  • Les remplacements de courte durée ou le libéralisme illustré

    Le décret en date du 26 août 2005 fournit les précisions nécessaires à la mise en application d'un des éléments majeurs de la loi d'orientation Fillon, les remplacements dits de courte durée. Le principe en est extrêmement simple : les classes d'un professeur absent pour une durée inférieure à 15 jours pourront être prises en charge par un ou plusieurs de ses collègues du même établissement en plus de leurs obligations de service hebdomadaires statutaires. Le remplacement pouvant se faire plus ou moins au pied levé, éventuellement par un collègue d'une autre matière ou n'ayant pas la classe habituellement, car en la matière aucune règle n'est fixée : l'objectif est de faire en sorte que les élèves aient à chaque moment de la journée un adulte devant eux.

    Cette disposition en apparence anodine, voulant de surcroît se draper des oripeaux du bons sens et de l'évidence au motif de «  mieux assurer la continuité du service public  », constitue en fait une parfaite illustration d'une gestion libérale que l'on voudrait imposer à l'Ecole. Deux aspects sont prioritairement concernés dans cette volonté.

    Il s'agit en premier lieu d'une attaque en règle contre les statuts, de professeur en particulier et de fonctionnaire en général. Pour les libéraux, le statut de fonctionnaire tel qu'il est défini pour les enseignants par le décret du 25 mai 1950 constitue une insupportable «  rigidité  » qu'il faudrait éradiquer au plus vite. Pour ce faire, déréglementation, dérégulation, polyvalence accrue et flexibilité doivent être à l'ordre du jour. Et si au passage, on procède à un appesantissement et à une intensification des tâches demandées, ce sera tout bénéfice !

    D'autant plus que les gisements d'économies budgétaires se profilent en arrière-plan de cette mesure : extinction programmée des titulaires-remplaçants jugés trop onéreux (mais pourtant nécessaires), diminution attendue des personnels de vie scolaire, puisque les professeurs assureront une partie des tâches de surveillance qui incombaient jusqu'à présent aux maîtres d'internat et surveillants d'externats (MISE) déjà transformés en assistants d'éducation (AE).

    Cette «  révolution copernicienne  » d'inspiration libérale sur le modèle anglo-saxon du statut et des missions des enseignants, Claude Allègre en avait rêvé : le duo Fillon/De Robien est en passe de la réaliser !

    La question est de savoir également à qui incombe la responsabilité d'assurer les remplacements. Jusqu'à présent, dans le cadre d'un service public national d'enseignement, il était convenu qu'il s'agissait d'une responsabilité d'Etat exercée dans chaque académie par les rectorats. Pour les fervents adeptes d'une gestion libérale, la stratégie consiste à transférer les responsabilités (et les charges financières ou autres tracas administratifs qui vont avec) aux échelons inférieurs. Et ce au nom d'une plus grande autonomie et d'une décentralisation accrue, toutes deux parées de nombreuses vertus, bien entendu… C'est ainsi que le choix a été fait de faire reporter sur les établissements cette responsabilité.

    En premier lieu, aux chefs d'établissement puisque de plus en plus on voudrait les transformer en chefs d'entreprise ou en managers. Ensuite, l'idée d'y associer les professeurs a germé. C'est l'objet des protocoles locaux qui est doivent être négociés et élaborés au sein de chaque établissement. Le protocole est sensé fixer les objectifs, les priorités et les modalités pratiques d'organisation de ces remplacements de courte durée. Présentés en conseil d'administration, les protocoles ont pour but de définir des règles communes afin que celles-ci s'imposent à ceux qui auraient l'outrecuidance de les récuser. Une étape supplémentaire serait de la sorte franchie dans le souhait de transformer les professeurs, fonctionnaires chargés d'une mission de service public définie nationalement, en simples salariés du conseil d'administration représentants le plus souvent d'intérêts locaux.

    Voilà une mesure qui pourrait passer pour anodine, mais qui en réalité s'inscrit dans un plan d'ensemble pour faire passer un des derniers bastions de résistance sous les fourches caudines du libéralisme.

    Francis DASPE 10 / 11 / 2005
  • Quelles suites donner au résultat du référendum du 29 mai ?

    Chronique de Monique DENTAL parue dans la Rubrique « Colonnes ouvertes » du journal La Marseillaise le 30 novembre 2005. Monique DENTAL est animatrice du Réseau Féministe «  Ruptures  ». Elle est aussi membre de l'AGAUREPS-Prométhée.

    Dans le cadre de la préparation de la Rencontre nationale des collectifs unitaires locaux pour une autre Europe des 3 et 4 décembre prochains, le Réseau Féministe « Ruptures, qui est membre du Collectif National du 29 Mai depuis le lancement de l'Appel des 200, a versé au débat général son analyse de la situation.

    Dans la période actuelle, les collectifs unitaires locaux peuvent toujours jouer un rôle pour sortir du néo-libéralisme. Ils le peuvent, et même ils le doivent parce que la victoire du Non au référendum le 29 mai dernier a fait naître un formidable espoir que nous ne devons pas décevoir.

    Il est de notre responsabilité de donner des perspectives parce que la nécessité de construire une autre Europe, véritablement alternative, sur la base du rejet de toutes les politiques néo-libérales en cours, s'impose plus que jamais. Pour cela, nous devons retrouver cette volonté d'agir ensemble dans « l'esprit de l'Appel des 200 ». C'est aussi une réponse démocratique. Face aux institutions technocratiques européennes, nous devons opposer les choix de la démocratie participative.

    L'unité qui s'était construite autour du Non à la Constitution était une étape nécessaire. Actuellement, nous devons impulser une nouvelle dynamique qui transformera en une force le pluralisme et la diversité de nos collectifs unitaires.

    Pour atteindre ce nouvel objectif, à la rencontre nationale, nous devons :

    - Définir les contenus des propositions alternatives pour sortir du néo-libéralisme en tenant compte des expériences réalisées et des enseignements tirés : la matière existe puisque des forums multiples se sont tenus, y ont travaillé, font des propositions. La difficulté de mise en mouvement aujourd'hui réside en partie dans la méthode. Qu'en faire ? Comment les organiser ? Tous ces travaux doivent être divulgués à l'ensemble des collectifs locaux unitaires pour en tirer la quintessence qui permettra de définir les contours de l'Europe que nous voulons, ce qui suppose d'élaborer une démarche, donc de clarifier notre fonctionnement. Certains collectifs proposent d'établir des échelons de travail intermédiaires entre les Collectifs unitaires locaux et le Collectif National du 29 Mai. Il faut en débattre.

    - Nous donner des objectifs de campagnes d'actions nationale, locale et européenne en lien avec l'actualité (dans lesquelles il nous appartient de trouver de nouvelles formes de solidarité) : directive Bolkenstein, celle sur les services publics … en tirer des bilans.

    - Comment faire passer nos propositions ? Comment faire prendre en compte les Cahiers d'exigences. Par quel biais ? Avec qui ? Quels rapports de forces établir pour ré-impulser une dynamique populaire, sachant qu'une pression forte obligerait les Etats à en tenir compte.

    - Définir où nous voulons aller ? Comment nous voulons y parvenir ? Avec qui ? Par quel processus ? C'est se clarifier sur nos stratégies et ses étapes. Voulons-nous au final une assemblée européenne constituante élue au suffrage universel, à la proportionnelle et à la parité, en même temps dans tous les pays de l'Union qui trancherait, ou cela doit-il passer par le Parlement européen, ou encore autre chose ? Ce choix pourrait être tranché lors des Etats généraux en mars 2006 après débats dans les collectifs unitaires locaux.

    - Redonner toute sa place à la politique et à la démocratie dans la construction d'une Europe alternative ne pourra se faire sans intégrer la dimension féministe à porter dans toutes les mobilisations. Cela suppose de penser les réponses et les perspectives en terme d'approche féministe et d'intégrer les propositions de la Coordination Féministe pour une Europe Alternative.

    En tout état de cause, la Rencontre nationale devra aboutir à un texte de déclaration montrant clairement la suite du travail à mener et ses échéances concrètes, sinon le risque serait grand d'une déperdition du travail commun et de tomber dans l'oubli.

    Monique DENTAL 07 / 12 / 2005

  • Monsanto contre la Confédération Paysanne

    Le 26 novembre 2005, la multinationale MONSANTO a fait saisir les comptes bancaires de la Confédération Paysanne, condamnée solidairement avec René RIESEL (ancien secrétaire national) à 153.000 € de dommages et intérêts pour la destruction de maïs et de soja OGM en 1998 sur le site expérimental de Montbéqui (Tarn-et-Garonne). Avec les intérêts qui courent et les frais de procédure, la somme atteint maintenant 200.000 €.

    MONSANTO semble résolue à nous liquider financièrement.

    Monsanto, en concertation avec les autres sociétés semencières, biotechnologiques et agro-industrielles et avec l'aide de nos gouvernants, veut imposer au monde une agriculture industrielle sans paysans :

    •  Soumettre les paysans en leur interdisant de ressemer leurs semences

    •  Imposer les OGM et s'approprier le vivant par les brevets

    •  Etendre la propriété intellectuelle à la biodiversité pour la piller et se l'accaparer

    •  Enlever aux peuples le choix de leur alimentation et de la gestion de leurs ressources

    Depuis 30 ans, Monsanto s'est illustré par ses nombreux méfaits : agent orange pendant la guerre du Vietnam, hormone laitière, publicité mensongère sur le RoundUp, argumentaires mensongers pro-OGM, corruption, procès contre paysans et activistes, etc.

    Monsanto a constamment témoigné un impressionnant mépris aux ouvriers et populations exposés aux contaminations dispensées par ses usines

    Communiqué de la Confédération Paysanne 10 / 12 / 2005

  • Sarkozy favorable à « l'élève au centre »

    A l'occasion d'une convention de l'UMP consacrée aux inégalités, Nicolas Sarkozy a souhaité mettre fin à la politique des zones d'éducation prioritaire (ZEP). Au motif que celles-ci auraient échoué. En réalité autant par souci d'économie que par dogmatisme libéral. Il est vrai que le bilan des ZEP est mitigé, mais au lieu de s'empresser de jeter le bébé avec l'eau du bain, il conviendrait de se demander ce qu'il serait advenu si la politique d'éducation prioritaire n'avait point existé.

    Il préconise, en bon libéral adepte d'une vision individualiste de la société, de passer de «  la politique des zones prioritaires à celle des élèves prioritaires  ». Pour ce faire, il estime nécessaire de «  mettre effectivement l'élève au centre du dispositif  ». Voilà le dogme de l'élève au centre du système qui resurgit ! A bon escient me semble-t-il pour en démasquer cette fois-ci le caractère intrinsèquement pernicieux (1).

    Le dogme de «  l'élève au centre  » est apparu dans la loi d'orientation de 1989 concoctée par le duo Jospin-Allègre. Présenté comme la preuve d'un indiscutable progressisme, il témoigne pourtant de la vigueur d'une triple dérive à laquelle le système éducatif a dû faire face depuis plusieurs décennies : l'angélisme, le consumérisme et l'individualisme. Individualisme pouvant être d'essence libertaire ou libérale selon les cas. Angélisme s'appuyant sur la promotion de l'enfant roi et la valorisation excessive de la parole de celui-ci. Consumérisme ravalant l'institution scolaire au rang de marchandise et de marché, et incitant l'usager à revendiquer «  une rentabilité immédiate  ». Il est frappant de constater à quel point des courants de pensée aussi hétéroclites (du moins au départ) que les gauches libertaire et catholique, les droites libérale et démocrate-chrétienne ont pu communier pour l'occasion dans une sorte de bien-pensance de mauvais aloi.

    La signification idéologique fut également particulièrement nette : c'était définitivement consacrer, dans le champ politique, la conversion au libéralisme de la «  seconde gauche  », friande de slogans pour masquer ses propres renoncements ou la vacuité de son discours, au détriment d'une vision réellement républicaine et sociale de l'Ecole (2). Par contre, les calculs de la droite suffisamment décomplexée pour se dire résolument libérale, à l'image de Sarkozy ou de Madelin, furent beaucoup plus prosaïques et cyniques : pour faire bref, il s'agissait de faire passer l'Ecole sous les fourches caudines du marché.

    L'occasion nous est donnée de réaffirmer ce qui doit constituer la vrai centralité du système éducatif : le triangle pédagogique, c'est-à-dire le savoir, le professeur et les élèves. Car l'enseignement, cela reste un professeur chargé de transmettre des savoirs à des élèves ! Les interactions entre les trois côtés de ce triangle constituent l'essentiel de la pédagogie qu'il conviendrait de réhabiliter. A condition toutefois de ne pas la réduire dans un accès de démagogie à un vague objet difficilement identifiable nommé pédagogisme (3).

    Les propos de Nicolas Sarkozy ont au moins le mérite de faire émerger une partie de la véritable nature idéologique du postulat de «  l'élève au centre  ». Pour l'autre partie, il repose sur de simples postures. Et il faut savoir qu'en la matière, de la posture à l'imposture, le fossé est particulièrement étroit. Le ministre de l'Intérieur aura contribué quelque peu à le révéler.

    •  Consulter sur le site www.agaureps.fr.st le texte de Francis DASPE intitulé «  A propos de la centralité du système éducatif  », Février 1999.

    •  Extraits du texte intitulé «  La Loi d'orientation de 1989 : un nécessaire devoir d'inventaire  » par Francis DASPE, Juillet 2004 :

    « Finalement, le reproche majeur que l'on puisse faire à cette loi concerne certainement la vision et les pratiques de gestion qu'elle a contribuées à promouvoir. Il semble en effet que la loi de 1989 sanctionna subrepticement et insidieusement le ralliement d'une partie de la gauche dite bien-pensante au libéralisme dans le domaine de l'Ecole. Six ans après le tournant de la rigueur et de l'austérité opéré en 1983… »  Consultable sur le site www.agaureps.fr.st

    •  Extraits de «  Mai 68 contre l'Ecole : la Sainte Alliance des Li-Li  » par Francis DASPE, Mars 2003 :

    « L'influence pernicieuse de la promotion des sciences de l'éducation au statut de dogme a conduit à des dérives gravement perturbatrices. Le pédagogisme est souvent invoqué afin de caractériser et de définir la nature et l'ampleur de ces dérives. Qu'entend-on réellement sous ce vocable ? Le pédagogisme signifie une exagération, une déformation de la pédagogie (certains n'hésitent pas à parler d'une forme d'intégrisme !). Alors que la pédagogie se met au service de la transmission de savoirs, qu'elle reste un simple moyen et un outil, le pédagogisme privilégie la forme par rapport au fond, donne la préséance à la procédure sur le contenu. Le pédagogisme dilue l'exigence scolaire, utilise un jargon ridiculement ampoulé (le ballon de rugby devient un référentiel bondissant aléatoire), n'hésite pas à oser des expérimentations hasardeuses et inconséquentes.

    Par un jargon bien spécifique, une forte dose de langue de bois, le maniement de l'euphémisme, il parvient à faire passer ses propres insuffisances et ses échecs patents pour des vertus et des réussites. Ainsi, quand 20% des élèves entrent au collège sans maîtriser les rudiments de la lecture et de l'écriture, on se refuse à conclure que le niveau baisse : on estime plutôt que les pôles d'excellence des jeunes évoluent vers des pratiques d'oralité. Une des marottes du pédagogisme est le célèbre "apprendre à apprendre". Cela signifie qu'apprendre, dans le sens d'acquérir et de maîtriser des savoirs, ne représente pas l'essentiel. Autrement dit, apprendre à apprendre, mais surtout ne rien apprendre ! Le primat de la procédure sur le contenu s'en trouve de la sorte corroboré avec netteté. » Consultable sur www.agaureps.fr.st

    Francis DASPE 15 / 12 / 2005