Les Brèves du mois de l'AGAUREPS-Prométhée
Décembre 2004


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L’eau, bien public, enjeu politique

A l’échelle planétaire, l’eau, bien à la fois rare et abondant, est en passe de conquérir une importance géostratégique de premier ordre. On estime même que la question du contrôle de cette ressource déterminera une partie des conflits des prochaines décennies, un peu à la manière du pétrole rendant compte des tensions d’aujourd’hui. En France, l’eau constitue un enjeu majeur à même de créer de nouveaux clivages sur l’échiquier politique.
         Actuellement, on estime qu’un peu plus de la moitié des communes a délégué la gestion de l’eau à une entreprise privée. Trois grands groupes se partagent le marché : Veolia qui provient de Vivendi, la Lyonnaise des Eaux et une filiale de Bouygues, SAUR. Le mode de la régie municipale est donc minoritaire sur le territoire français.

En ce qui concerne le prix de l’eau, quatre caractéristiques sont à relever. Primo, on assiste à une hausse du prix qui se chiffre à plus de 5,3% pour l’année passée, hausse qui devrait se poursuivre dans les années à venir. Cette augmentation avait été précédée d’une période de stabilité des prix. Plusieurs raisons sont avancées afin d’expliquer la situation.
         Les ressources en eau ont tendance à diminuer, tant du point de vue de la quantité (pénuries, sécheresse) que de la qualité (pollution). La raréfaction des ressources en eau et leur pollution entraîne de facto un accroissement des coûts de traitement, de transport, de contrôle, de distribution et d’épuration. Cette tendance est renforcée par l’exigence de normes que deux directives européennes imposent désormais. D’ici fin 2005, toutes les communes de plus de 2000 habitants devront être équipées d’un système d’assainissement des eaux usées aux normes. Un « bon état écologique des eaux » sera requis à l’horizon 2015, ce qui nécessitera des investissements supplémentaires.
         Secundo, le prix de l’eau en France reste cependant en dessous du niveau des pays de l’Union européenne : 2,56 € le m³en France contre 2,71 €. Tertio, les différentes enquêtes indiquent que le prix moyen de mètre cube est supérieur d’environ 0,64 € dans le privé. Cela semble logique vu qu’une entreprise privée a pour objectif de réaliser des bénéfices. Quand ces bénéfices sont parfois réinvestis ailleurs que dans l’eau à l’image de ce qui s’est passée avec Vivendi, la facture prend mécaniquement de l’ampleur.
         Quatrièmement, des distorsions existent entre départements (les prix peuvent varier du simple au double). Mais ces écarts sont encore plus importants à l’intérieur même d’un département : cela va de 1 à 20 ! Les disparités dépendent des deux principaux postes de la facture : la distribution et l’assainissement qui représentent plus de 80% du montant total. C’est ainsi que la distribution est moins onéreuse en zones de montagne, littorales ou d’habitat concentré. Les coûts d’assainissement sont les plus élevés sur le littoral et dans les communes de taille moyenne.

L’eau ne peut constituer un marché qui serait ouvert à toutes les convoitises. Elle doit être considérée comme un bien public, non comme une vulgaire marchandise commune. L’intégralité du secteur de l’eau doit repasser dans le giron du service public, quelle qu’en soit la forme retenue : la régie municipale ou la nationalisation. La délégation de la gestion de l’eau à un opérateur privé ne coïncide que trop rarement avec la satisfaction de l’intérêt général.

Sylvie ERBANI 10 / 10 / 2004

Le gouvernement adultère, le libéralisme est derrière

Quand tout bouge, rien ne bouge. C’est par une telle sentence que l’on pourrait caractériser le sentiment de nombre de nos compatriotes qui sont aujourd’hui en lutte pour dénoncer des mesures, une politique, une idéologie, qu’ils récusent au plus haut point. Le dénominateur commun à l’ensemble de ces combats : le rejet pur et simple, ardent et violent, combatif et acharné, du libéralisme en vogue à l’heure actuelle.

Ainsi, le traité constitutionnel, loin de rencontrer l’adhésion qu’on est en droit d’attendre pour un tel document, est brocardé par une part de plus en plus importante de l’opinion publique. Pour de nombreuses raisons. Mais surtout parce qu’il fait du libéralisme les tables de la loi de la future constitution européenne.
         Le rapport Thélot sur l’école inquiète syndicats et enseignants. Parce qu’il remet en cause le collège unique, qu’il touche à des acquis catégoriels. Mais surtout parce qu’il crée une école à deux vitesses et qu’il légitime l’entrée des élèves dans la vie active par la porte du libéralisme.
         La réduction des impôts, en s’effectuant sur l’impôt le plus égalitaire, dénie cette notion d’égalité aux franges les plus en souffrance de notre société. Au nom d’un certain clientélisme ? Sans doute, mais il y a déjà la réduction de l’ISF (Impôt Sur la Fortune) pour ceux là. Au nom alors d’un dogme libéral qui pense que l’effacement de toute barrière ou contrainte ne peut que profiter au plus grand nombre. Non, juste à certains en fait !
         La réforme du système de santé a vu la mise en avant de la responsabilisation du patient. Et surtout sa capacité à profiter au mieux, selon ses moyens, de l’offre de soin disponible. Au nom d’un individualisme tout libéral.
         La réforme des retraites (sans rentrer dans le scandale des pensions de réversion), tout en rallongeant la durée du temps de cotisation nécessaire à l’octroi de sa pension, a ouvert la porte à la capitalisation pour agrémenter le toujours plus maigre pécule de fin de vie. De l’individualisme au détriment de la solidarité intergénérationnelle. Un vaste marché pour les fonds de pension. Une nouvelle rente pour les marchés financiers. Qui effectueront ensuite une redistribution par répartition ?
         Le rapport Virville proposait la mise en pièce du code du travail. Pas parce que celui-ci semblait aux yeux de certains obsolète et nécessitant un re-toilettage. Simplement parce que le libéralisme économique est demandeur d’une mise à disposition sans contrainte et sans condition d’une main d’œuvre considérée comme simple variable d’ajustement.
         Le rapport de la Mission Camdessus (ancien patron de cette « vénérable » institution qu’est le FMI : Fonds Monétaire International) lui ne se pare d’aucun artifice et avance à visage démasqué, revendiquant son (ultra)libéralisme: il s’autoproclame remède. Et il est bien connu qu’il est des remèdes autrement plus dangereux que les maux. La maîtrise des déficits publics en est l’indication thérapeutique, la fusion des CDD et des CDI en un contrat de travail unique, la flexibilité du travail, la possibilité pour les entreprises (via un bonus malus) d’acheter leur droit de licenciement, la diminution significative du nombre des fonctionnaires en constituent la posologie.

Et si cela tourne vite à l’inventaire à la Prévert, c’est que le gouvernement lui-même tourne à plein régime pour démembrer dans le temps qui lui est imparti (il faudrait bien sûr là encore revenir là dessus…) le modèle social français et le reconfigurer selon les normes de la société libérale qui cherche à prendre forme à l’échelle internationale. Et qui y réussit malheureusement.
         Ce n’est pourtant pas faute pour ceux qui en sont les victimes de dénoncer ses injustices et ses abus. Mais il est bien connu que dans une telle société, la parole des uns n’a ni le même poids, ni le même écho que celle des autres. Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, la politique économique de Nicolas Sarkosy, l’adhésion tacite et bienveillante de Jacques Chirac sont autant de gestes de mépris et de déconsidération de la part de ceux qui sont aux responsabilités envers ceux qui subissent de plein fouet les contrecoups du libéralisme. Plus que du cynisme, c’est une vengeance de cette nouvelle intelligentsia qui ne comprend pas sa non-compréhension du monde, qui ne peut se faire à l’idée qu’aujourd’hui encore, le plus grand nombre est majoritaire.

François COCQ 20 / 10 / 2004

Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les Conseillers Généraux, les Maires et Conseillers municipaux du Sud-Gironde


         Mesdames, Messieurs,

Actuellement se joue à l’Assemblée Nationale l’avenir de l’assurance maladie de la Sécurité sociale, obligatoire et solidaire, mise en place dès 1945 par le gouvernement issu de la Résistance avec à sa tête le Général De Gaulle : on cotise selon ses revenus et l’accès aux soins est identique pour tous.

C’est à la demande du MEDEF que le gouvernement Raffarin III veut imposer cette contre-réforme qui pénalisera l’ensemble des prestataires.
         En effet, derrière l’objectif de combler le « trou » de la sécu, se cache la volonté d’offrir aux sociétés d’assurances privées le marché de la santé. L’industrie pharmaceutique et les cliniques privées ne leur suffisent pas !

Les progrès scientifiques ont permis une augmentation de la durée de vie (dont tout le monde se réjouit) et par là même une progression des dépenses, alors que les recettes diminuaient (exonérations patronales, licenciements…). Il est donc normal que dans ces conditions les comptes de la Sécu soient négatifs. Le contraire relèverait du miracle !
         L’introduction des assurances privées (les salariés aux revenus élevés et temporairement en bonne santé se laisseront séduire par les offres alléchantes des assureurs privés) et la diminution des remboursements par la Sécu, vont déstabiliser l’ensemble de l’édifice constitué par la Sécu et les Mutuelles dont le financement est basé sur la solidarité. Il ne restera plus aux mutuelles qu’à augmenter les cotisations ou (et) diminuer les remboursements (les adhérents des mutuelles seront ceux que les assurances privées refuseront) et pour finir faire faillite, laissant le champ libre aux sociétés d’assurances privées et à leurs actionnaires.

En quoi cela concerne-t-il les élus départementaux et municipaux que vous êtes ? Quand un grand nombre de vos administrés n’auront plus les moyens (les retraites vont baisser pour certains jusqu’à 30%) de se payer des complémentaires efficaces, ils se retourneront vers les aides sociales départementale et municipale. Vous vous retrouverez dans la même situation que les mutuelles : à savoir augmenter les impôts locaux injustes ou (et) diminuer les services rendus aux administrés.
         Ce n’est pas en culpabilisant les patients (qui culpabilise les actionnaires qui s’enrichissent sur le dos des malades ?) que l'objectif de solidarité pourra être atteint mais en procédant à une autre répartition des richesses produites par le travail.

Les responsables de cette situation sont les Députés qui voteront cette loi qui entérine la remise en cause de l’organisation solidaire de notre société, garante de la cohésion sociale.

D'autres solutions sont possibles pour préserver la protection sociale; le collectif girondin "la santé un droit pour tous" a élaboré une plate–forme initiant un autre projet qui a été signée par de nombreuses associations, syndicats, partis politiques et individus. Cette plate-forme circule sous forme de pétition qui a recueilli à ce jour plusieurs milliers de signatures en Gironde dont plusieurs centaines en Sud-Gironde. Nous vous la proposons et vous pouvez à votre tour la signer et la faire circuler dans vos communes et cantons.

Nous vous demandons d’entreprendre, comme certaines municipalités l'ont déjà fait, des démarches publiques (délibérations, affichage, presse etc…) pour promouvoir la mise en place d’un seul système pour toute la population : la Sécurité sociale basée sur la solidarité assurant la gratuité des soins et de la prévention qui seule permet l’égalité. Il nous apparaît important que chaque élu se positionne sur ce dossier et le fasse savoir à la population dont il est le représentant.

Veuillez, Mesdames et Messieurs, recevoir nos salutations militantes.

Pour le Collectif Sud-Gironde « La santé un droit pour tous, défendons la Sécu », transmis par Jacques DELAVEAU, 07 / 07 / 2004

Jacques DELAVEAU est président du Mouvement de Sauvegarde, de Promotion et de Démocratisation des Services Publics en Sud-Gironde. Il est aussi membre de l’AGAUREPS-Prométhée.

Impôts et Droits du Citoyen

Au nom de la « compétitivité », et du clientélisme, les gouvernements ne cessent de réduire les impôts directs, IR (impôt sur le revenu), IS (impôt sur les société), ISF (impôt solidarité fortune), par des baisses de taux, des changements d’assiette et d’innombrables dérogations fiscales. Ces mesures sont coûteuses pour la collectivité, et injustes.
         Le financement des dépenses publiques proportionnellement aux revenus est inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (article 13) : « la contribution doit être répartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés ». Or, l’IR, impôt juste car progressif, ne représente plus que 16% des recettes fiscales de l’Etat, contre près de 50% pour la TVA, impôt injuste, puisque la taxe étant la même pour tous, sa part dans les dépenses incompressibles des ménages est inversement proportionnelle à leurs revenus. La France a l’exclusivité de cette injustice, puisque la part de l’IR et de l’IS dans le total des recettes fiscales est parmi les plus faibles au monde, plus encore qu’aux Etats Unis ! (source OCDE, 2000)
         Peu à peu, les impôts non progressifs (impôts locaux compris) remplacent les impôts progressifs, et la contribution payée par les ménages les plus aisés et par les entreprises est transférée sur l’ensemble des ménages, ce qui accentue les inégalités au lieu de les corriger.
         Ces choix fiscaux actuels guidés par l’idéologie libérale, qui intègrent aussi de multiples coupes sur les cotisations sociales, sont dangereux : leur efficacité sur la croissance et l’emploi est jugée « incertaine » par le Conseil des impôts (rapport 21, 2003), mais leur nuisance, elle, est certaine. Non seulement la répartition n’est pas juste, mais le financement devenant de fait insuffisant, c’est la protection sociale et les services publics qui sont rongés. Une double peine pour les citoyens en somme.

Texte paru dans Sud-Ouest Dimanche du 21/11/2004 dans la rubrique Courriers des Lecteurs

Vincent MAROT 21 / 11 / 2004

Le Oui de la résignation, le Non de l’espoir

Communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée suite aux résultats du référendum interne au PS concernant le traité constitutionnel européen

Le résultat du vote du 1er décembre au sein du parti socialiste, en marquant un avantage certain pour le oui, ne scelle pas pour autant le destin du seul référendum qui comptera : celui qui appellera dans quelques mois les Français aux urnes pour accepter ou rejeter le projet de constitution Giscard.
         Nous savons maintenant, comme nous avons aussi pu le constater au parti socialiste, que de nombreux facteurs extérieurs et médiatiques pourront perturber la campagne et le scrutin. Mais la raison est toujours de notre côté. C’est notre force. Celle qui conduira nombreux nos concitoyens à se déplacer pour dire NON à ce traité.
         C’est dans ce sens que nous devrons militer demain comme hier, pour échanger mais aussi convaincre, par la puissance de nos arguments, celles et ceux qui feront du rejet prochain de ce texte le préalable à la construction d’une Europe enfin à dimension sociale. Celle que nous défendons ardemment à l’AGAUREPS-Prométhée.
         François COCQ 02 / 12 / 2004

Le taux de profit : évolution et implications

Le taux de profit est le rapport du profit au capital, lequel intègre capital constant (locaux, machines, matières premières etc.) et capital variable (salaires). La baisse tendancielle du taux de profit est liée à l'augmentation de la composition organique du capital, c'est-à-dire de la modification du rapport entre capital constant et capital variable au détriment du capital variable seul créateur de plus-value. Celle-ci est en effet extorquée aux travailleurs sous forme de sur-travail (non rémunéré).
         Selon les économistes marxistes, cette modification est une contradiction forte du capitalisme qui continue cependant à accroître ses profits malgré cette tendance en trouvant de nouvelles formes d'exploitation à l'âge de l'impérialisme et des monopoles - pillage du tiers monde, spéculation financière accrue avec la globalisation, etc. - ou de nouveaux cadres d'intervention - le capitalisme monopoliste d'Etat (CME) qui assure une certaine socialisation des coûts par la collectivité nationale (industrie nationale permettant des tarifs bas pour les entreprises - électricité, transport, infrastructures, etc.- des prestations sociales et de services liés à la reproduction de la force de travail - couverture sociale, chômage, santé, vieillesse, hôpitaux, éducation nationale, etc). Ainsi externalisés, ces coûts ne rentrent plus dans la composition du capital variable. Cependant une partie d'entre eux sont à la charge des entreprises du fait des prélèvements sociaux obligatoires, sorte de salaires différés.

Aujourd'hui, la théorie du CME n'est plus à même de traduire la réalité du nouveau capitalisme à l'âge de la globalisation. Annoncée par Lénine et en vogue jusqu'à la fin des années 70, cette théorie analysait la connivence entre le grand capital monopolistique - national et international - et l'Etat. La sphère publique prenait en charge les activités non rentables et les investissements collectifs lourds, facilitant la rentabilité des grandes entreprises, ainsi allégées dans leurs coûts de production tandis que les commandes publiques dans des secteurs porteurs assuraient d'importants débouchés.
         La réalité actuelle a sensiblement modifié les rapports entre l'Etat et les monopoles. D'une part, l'internationalisation du capital et l'interpénétration des économies se sont considérablement développées, rendant plus difficile la régulation étatique nationale, d'autre part, la globalisation financière a radicalement réorienté les stratégies des entreprises, à la recherche de placements financiers spéculatifs plus rémunérateurs que l'investissement productif. La socialisation des grands moyens de production à l'échelle nationale promue par les théoriciens du CME n'est donc plus une réponse pertinente, la gauche gouvernementale ayant par ailleurs totalement renoncé à mener une politique industrielle dans le cadre d'une planification démocratique. L'Etat perd la maîtrise des secteurs énergétiques et productifs et remet en cause la sphère d'intervention sociale, laissant plus de place à la régulation par le marché dans un processus de financiarisation de l'économie.

Xavier DUMOULIN 07 / 12 / 2004