
Télécharger
|
Remarques d’actualités à propos
des régionalismes
N'étant ni du Nord ni du Sud, ou plutôt des deux, sorte
de bâtard ; néanmoins fier de l'être. Les positions
de tous les néo-régionalistes commencent à m’insupporter
au plus haut point. Il y a quelques années déjà,
j'avais co-écrit pour le compte d'une association laïque une
analyse sur la Charte des langues régionales ou minoritaires en
montrant ce qu'elle cache réellement.
Les troubadours, les chants occitans, la cornemuse and cie me sont plutôt
sympathiques ; que les langues régionales (mais lesquelles ? car
on pourrait enseigner aussi les patois) soient enseignées à
titre facultatif à l'école, si ce n'est pas au détriment
des langues étrangères, ne gêne nullement le principe
d'indivisibilité. Mais bien souvent derrière des revendications
culturelles, après tout légitimes à condition primo
qu’elles ne soient pas imposées à quiconque logerait
dans une région donnée, et secundo que l'on ne fige pas
ces cultures (reste à savoir ce que l'on entend par culture : si
le patriarcat, le clanisme sont revendiqués, alors non), se cachent
des projets politiques à caractère identitaire fort, voire
quasi-ethnique (voir le dernier conflit à la SNCM).
Entendons-nous, il ne s’agirait pas non plus d’opérer
des amalgames entre des militants de gauche, soucieux de ne pas voir mourir
des éléments de culture, et des militants d’extrême-droite
proches du MNR. Mais force est de constater qu’il est difficile
en Bretagne aux associations laïques de tenir des réunions
publiques sur l’intégration des écoles Diwan à
l’Education Nationale sans qu’il n’y ait d’interventions
musclées de la part de militants régionalistes … autoproclamés
de « gauche ».
Pour ma part, je ferais le choix d'une République Laïque Européenne
mais en aucun cas je n'accepterais la vision vaticanesque de l'Europe,
à savoir celle des Régions. Personne n'ayant le monopole
de l'altermondialisme, on peut refuser l'uniformisation culturelle (si
tant est qu'elle soit effective) du capitalisme total sans pour autant
y opposer l'uniformisation et l'assignation régionales.
Et puis, que des « altermondialistes » n'oublient surtout
pas la lutte des classes au profit de futures luttes ethniques !
Eric COSSEVIN 01 / 10 / 2004
La nouvelle classe de 3° selon Fillon
L’arrêté du 2 juillet 2004 signé par le ministre
de l’Education nationale François Fillon prévoit une
nouvelle organisation du cycle d’orientation du collège,
c’est-à-dire de la classe de 3°. La principale nouveauté
est l’introduction d’un enseignement facultatif d’une
durée de 3 heures. Le choix à réaliser s’effectue
entre trois possibilités : primo une langue vivante, étrangère
ou régionale, secundo une langue ancienne, la latin ou le grec,
tertio un module intitulé de découverte professionnelle.
C’est ce dernier module qui constitue l’innovation la plus
significative du dispositif.
Si les modalités d’application de cet arrêté
restent pour l’heure encore floues, il n’en demeure pas moins
que certaines orientations se dessinent et peuvent être relevées.
La mise place du module de découverte professionnelle suscite quelques
interrogations.
La crainte existe que ce module ne préfigure une orientation vers
l’enseignement professionnel déterminée presque exclusivement
par l’échec. Le texte indique que « pour les élèves
en grande difficulté repérés en voie de décrochage
» le module sera porté de trois à six heures par la
suppression de l’enseignement obligatoire de langue vivante 2. Les
expériences déjà faites, ainsi que le bon sens, ont
montré avec constance que les structures dont le recrutement s’effectue
sur l’échec se transforment très rapidement en voies
de relégation difficilement viables car bien peu valorisantes.
Au contraire, c’est à une revalorisation de la voie professionnelle
à la laquelle il faille procéder résolument et urgemment.
Ce dispositif ne constitue au mieux qu’un pis-aller destiné
à occulter les débats de fond. Car en définitive
la question du collège unique n’est pas réellement
mise en débat. Ce qui pose problème aujourd’hui est
ce qu’il faudrait nommer pour plus d’exactitude la voie (quasi)
unique du collège unique. Réforme après réformette,
la diversification tant de fois évoquée n’en finit
pas de jouer les arlésiennes. Car il est évident que les
projets du style des itinéraires de découverte mis en place
dans le cycle central en 5° et 4° ne sont pas en mesure d’offrir
de réelles perspectives de diversification à l’intérieur
du collège unique.
Itinéraires de découverte et, assurément, ce module
de découverte professionnelle, ne sont que des contre-feux. Ils
éludent pour une grande partie des questions aussi essentielles
que celle de la maîtrise des apprentissages fondamentaux, trop souvent
négligés et ne pouvant concorder avec la vision appauvrissante
du socle commun de l’indispensable promue par le rapport Thélot,
ou celle de la possibilité d’un choix d’orientation
pouvant être plus précoce, à condition qu’il
ne se transforme pas en voie de délestage car effectué sur
l’échec. Il est évident que les deux questions doivent
être intimement liées pour devenir les conditions sine qua
non à la revalorisation de l’enseignement professionnel.
Celle-ci passe nécessairement par l’instauration de critères
de nature un tant soit peu méritocratique afin que l’affectation
dans cette voie ne soit plus perçue, non sans quelque raison comme
c’est le cas actuellement, comme une filière de relégation
¹.
¹ Se référer sur le site internet agaureps.fr.st aux
propositions contenues dans le texte de Francis DASPE « Dépasser
le collège unique ».
Francis DASPE 01 / 10 / 2004
Dire « Non » au traité constitutionnel pour construire
l’Europe !
Face à la mondialisation libérale et aux firmes transnationales,
nous avons besoin d’Europe. Mais celle qui se fait aujourd’hui
n’est pas l’Europe dont nous avons besoin. L’Europe
qu’on nous demande d’avaliser est totalement organisée
autour d’un principe unique : le marché, la généralisation
de la concurrence. C’est cela qui autorise l’attaque contre
les services publics, l’incitation à l’allongement
de la durée du travail et sa flexibilisation, l’encouragement
à la régression sociale dans chacun des pays de l’Union
européenne. Cette Europe-là est menée par le haut,
par des négociations opaques entre les gouvernements et par des
instances qui ne sont pas soumises au contrôle démocratique,
telles la Commission ou la Banque centrale européenne.
Les peuples ne se reconnaissent pas dans cette pseudo-Europe qui a le
marché pour idole et la négociation secrète pour
liturgie. Il est urgent de sortir de cet engrenage.
Le « traité constitutionnel » adopté par les
chefs d’Etat et de gouvernement le 18 juin 2004 constitue l’ensemble
juridique libéral le plus complet et contraignant de la planète.
Il grave dans le marbre les dogmes et les politiques inscrites dans le
Traité de Rome aggravé dans un sens néo-libéral
par les traités ultérieurs. Il ouvre la voie à une
politique militariste subordonnée à l’OTAN. Il refuse
l’égalité des droits à ceux qui résident
en Europe sans posséder la nationalité d’un Etat membre
et les désigne au harcèlement administratif et policier.
Il laisse les citoyens à l’écart des lieux de décision.
Il n’est d’ailleurs une constitution ni par son mode d’adoption,
ni par son mode d’élaboration, ni par son contenu. S’il
est ratifié, l’unanimité des 25 Etats membres sera
ensuite requise pour le modifier. Cela, alors même qu’il fixe
dans le détail des choix politiques, économiques et sociaux
essentiels qui ne pourront donc plus être remis en cause. Ce vice
anti-démocratique affecte déjà les traités
actuels ; il est incorporé avec eux.
Cette masse de stipulations précises et contraignantes va toujours
dans le même sens : la domination du marché, la liberté
d’action des capitaux et des firmes transnationales. Au fronton
de cet édifice est inscrit un principe primordial, décrété
intangible : « le principe d’une économie de marché
ouverte où la concurrence est libre et non faussée ».
Cette Europe-là n’est pas la nôtre. C’est pourquoi
il est urgent de donner à l’Europe de nouvelles fondations
qui l’émancipent du capitalisme financier et prédateur,
qui la réconcilient avec le progrès social, la paix, la
démocratie, un développement soutenable, la coopération
entre les peuples de la planète.
Nous sommes des partisans résolus d’une Europe du plein emploi,
mobilisée contre le chômage, la précarité et
la dégradation du cadre de vie. Une Europe qui renforce les garanties
sociales, met en oeuvre un développement économique compatible
avec les équilibres écologiques, défend la diversité
culturelle et reconnaît enfin aux femmes l’égalité
et les droits qu’elles revendiquent.
Nous voulons une Europe démocratique, fondée sur la pleine
citoyenneté de tous ses résidents. Nous proposons une Europe
dont les peuples seront les acteurs d’un authentique processus constituant,
qui leur permette de décider vraiment des choix politiques et de
contrôler leur mise en oeuvre. Pour que cette Europe si nécessaire
devienne possible, il faut partout donner la parole aux citoyens et refuser
cette prétendue « constitution » européenne.
Nous entendons l’argument de ceux qui combattent avec nous le néo-libéralisme
et craignent pourtant qu’un tel refus serve les forces réactionnaires.
Mais laisser l’Europe actuelle continuer sur sa lancée favorise
l’essor dangereux des populismes réactionnaires, des droites
« souverainistes », de l’extrême-droite xénophobe.
Cette Europe-là représente une grande menace pour l’idée
européenne elle-même.
C’est pourquoi nous appelons à opposer un « non »
majoritaire au « traité constitutionnel ». Un «
non » de gauche, en rupture avec le système libéral,
qui puisse traduire dans les urnes ce que les mobilisations sociales et
altermondialistes de ces dernières années ont exprimé
avec le soutien de la majorité de la population, des salariés,
de la jeunesse.
Sur ces bases, nous créons un collectif d’initiative et appelons
à ce que des rassemblements similaires se constituent dans toutes
les villes et dans tous les secteurs de la société.
Comité Girondin pour le NON, Appel contre le « Traité
constitutionnel » européen, 5 / 10 / 2004
La LOLF ou le libéralisme institué
La loi organique relative aux lois de finances (LOLF) a été
votée en 2001. Sa mise en œuvre prévue pour s’étaler
sur 5 ans doit s’achever dans la loi de finances 2006. Elle est
déjà expérimentée dans certains services comme
l’Education.
La LOLF instaure de nouvelles logiques dans le fonctionnement de l’Etat.
Celles-ci conduisent à des modes de management néo-libéral
fondés sur une stratégie de désengagement de l’Etat.
L’article 7 modifie de manière radicale l’organisation
du budget de l’Etat. D’une logique de moyens correspondant
à des besoins sociaux prédéfinis, il passe à
une logique d’objectifs dépendant de projets. L’évaluation
de ces objectifs s’effectuera selon des indicateurs de performance,
de coût, de rendement et de mise en concurrence, et non plus selon
les besoins sociaux intégrant les notions de continuité
territoriale, d’égalité, de solidarité ou de
péréquation. C’est là clairement une remise
en cause des services publics à la française dans la droite
ligne de l’AGCS et du projet de traité constitutionnel européen
(la fameuse concurrence libre et non faussée et les services d’intérêt
économique général).
La déconcentration des responsabilités selon les niveaux
de gestion s’accompagne mécaniquement d’un double phénomène
: une relation verticale de contractualisation entre chacun de ces niveaux
en fonction d’objectifs justifiant l’attribution d’un
budget, une relation horizontale de mise en concurrence renforcée
entre organismes d’un même niveau. En cela réside un
des éléments fondamentaux du mode de management néo-libéral.
Quant à la stratégie de désengagement de l’Etat,
elle prend la forme, d’une part de la décentralisation, c’est-à-dire
du transfert de responsabilités administratives et politiques de
l’Etat central aux collectivités territoriales, d’autre
part de l’externalisation, c’est-à-dire que des services
seront délégués à des entreprises privées
prestataires de services pour l’occasion. Décentralisation
et externalisation constituent les étapes intermédiaires
avant la privatisation en bonne et due forme. A ce triptyque, il convient
d’en ajouter un autre évoqué précédemment
qui vient en appui : déconcentration, contractualisation, mise
en concurrence.
Les moyens alloués sont globalisés. Ce qui signifie qu’une
fois l’enveloppe attribuée, il revient d’en faire la
répartition à chaque niveau. Il est possible de redéployer
les crédits en cours d’année au regard d’objectifs
ou de changement de ceux-ci. C’est ce que l’on appelle la
fongibilité des crédits. Mais cette fongibilité est
asymétrique.
En effet, s’il est possible de transférer des crédits
de personnel vers les crédits d’investissement ou de fonctionnement,
l’inverse ne l’est pas. C’est que les crédits
de personnels sont plafonnés, la somme attribuée en début
d’année ne pouvant pas être dépassée.
De plus, pour chaque ministère, est défini un plafond d’autorisations
d’emplois rémunérés par l’Etat, les autres
emplois s’avérant nécessaires seront assurés
par des vacataires ou des contractuels.
Le recours de plus en plus systématique au contrat dans la fonction
publique par la généralisation de postes à profil
ou à exigence particulière s’explique par une volonté
sourde : celle de jouer le contrat contre les conventions collectives
et le droit du travail. De ce fait, l’addition de la fongibilité
asymétrique des crédits et du plafond d’autorisations
d’emplois rémunérés par l’Etat donne
libre cours pour réaliser des économies sur le personnel
ou accroître la précarité.
La LOLF a pour but d’introduire dans les services publics une
logique néo-libérale sous couvert de réformer le
fonctionnement de l’Etat et de simplification administrative. Les
arguments avancés, qui d’ailleurs ressemblent le plus souvent
à des prétextes de mauvaise foi, évoquent la nécessité
de mettre davantage les services à proximité du public,
de réaliser un meilleur contrôle des dépenses publiques,
de conduire à une plus grande responsabilisation des gestionnaires
par des processus d’évaluation renforcés.
Il n’en reste pas moins que les choix sont d’autant plus réduits
et formatés. Il en existe principalement deux. Le premier consiste
à livrer au secteur privé le plus grand nombre possible
d’activités qui deviendront payantes, en somme opérer
à une grande marchandisation. Le second n’autorisera à
gérer ce qui restera d’un secteur public pour le moins rabougri
qu’en fonction de critères managériaux que l’on
nous présentera comme une nécessaire modernisation (modernisation
qui passera entre autre par une réduction drastique des emplois
et une généralisation de la précarité instaurée
comme méthode de gestion des ressources humaines comparable à
celle en vigueur dans les entreprises transnationales).
Thierry DONGUAT 09 / 10 / 2004
|