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Les leçons de la tragédie cambodgienneDans les prochains mois devrait se tenir le procès du génocide cambodgien. Après quatre ans de négociations ardues, un accord a été signé entre le gouvernement cambodgien et l’ONU décidant la mise en place d’un « tribunal cambodgien à caractère international » destiné à juger les anciens dirigeants khmers rouges encore en vie. Un bref rappel des faits s’impose en préalable. En l’espace de quatre ans, de la prise de Phnom Penh par les troupes de Pol Pot en avril 1975 à l’entrée des soldats vietnamiens dans la capitale cambodgienne en janvier 1979, on estime à environ deux millions le nombre de morts sur une population d’à peine plus de sept millions de cambodgiens. Les exécutions sommaires, les tortures, la famine, les privations et l’épuisement sont les principales raisons de cette hécatombe que la tristement célèbre prison de Tuol Sleng (ou camp de détention S 21) symbolise pour l’éternité. La question est de savoir par quel cheminement une idéologie pervertie par quelques intellectuels le plus souvent formés dans des universités parisiennes a pu se transformer en mécanique génocidaire implacable. La convergence de trois facteurs semble avoir été en mesure de générer une telle monstruosité. Le premier de ces facteurs est l’anti-intellectualisme qui a prévalu dès l’arrivée au pouvoir de Pol Pot et de ses sbires. Des témoignages de survivants les dépeignent comme « des barbares occupés à éliminer les intellectuels, ivres de haine à l’encontre des hommes éduqués ». Il s’agit d’une constante dans le maoïsme radical de ces années puisque la « révolution culturelle » en Chine releva de procédés semblables. L’humiliation de la personne savante et cultivée y était quasiment systématique. Ce qui peut être considéré sans aucun doute comme une forme contemporaine d’obscurantisme. Obscurantisme qui se doublait de surcroît d’une sorte de messianisme radical. L’objectif était de procéder sans la moindre sommation à la liquidation complète d’un monde jugé ancien afin de lui substituer une société nouvelle régénérée. L’omniprésence de l’armée et d’une police d’Etat, la Santebal, la manipulation d’enfants et d’adolescents totalement fanatisés, transformés en auxiliaires du pouvoir comme en Chine, permirent la tentative de remodeler en profondeur et par la terreur le système politique, social, économique et culturel du pays. Le troisième élément de cette folie meurtrière fut le nationalisme. Il s’agissait de restaurer la grandeur de la « race » khmère en éradiquant les minorités nationales. La population fut alors divisée en trois groupes dont les noms étaient cruellement significatifs: les « déchus » (citadins et minorités nationales), les « candidats à la rééducation », les « pleins droits » appelés aussi peuple de base. Le nationalisme khmer rouge était de tendance autarcique puisque le pays fut isolé de toute influence extérieure, excepté celle de la Chine. Anti-intellectualisme obscurantiste, messianisme radical et nationalisme exacerbé constituent les ingrédients d’un régime qui a conduit à un des plus abominables génocides du XX° siècle. Un génocide qui continue de marquer la société d’un des pays les plus pauvres d’Asie dans lequel 40% de la population vit en dessous du seuil cambodgien de pauvreté fixé à un dollar par jour. Francis DASPE 18 / 02 / 2004 Liquidation de la Verrerie de VianneLe Lot-et-Garonne subit une fois de plus de plein fouet les conséquences de la vague de désindustrialisation qui affecte notre pays. Un de ses derniers bastions industriels, la Verrerie de Vianne, vient d’être mis en liquidation judiciaire et va devoir fermer. De la sorte, 196 employés n’ont plus de travail depuis la décision du 18 février 2004 de la cour d’appel d’Agen. C’est une histoire vieille de presque quatre-vingts ans qui s’achève dans l’indifférence quasiment générale. La Verrerie fut créée en 1928 et s’installa en Albret, entre Agen et Nérac, sur les bord de la rivière Baïse, dans une petite bastide millénaire, la commune de Vianne. A son apogée, c’est-à-dire avant la première restructuration de 1977, l’entreprise a compté jusqu’à 900 salariés alors que la population du village ne dépassait pas les 1200 habitants. C’est dire l’importante et le rôle structurant de l’usine de Vianne pour un secteur essentiellement rural. La présence à proximité du site de potasse et de sable en abondance avait permis le développement du travail de la verrerie. Dès le début, la venue de verriers de Bohême s’était révélée bénéfique au développement de l’activité. Aujourd’hui encore, cinq Tchèques étaient salariés de la Verrerie dont les principales productions étaient les objets de table et le luminaire. Au-delà du drame social et humain, il s’agit d’un épisode supplémentaire de l’histoire contrariée entre l’industrie et le Lot-et-Garonne. La liquidation de la Verrerie de Vianne s’ajoute aux fermetures d’usines qui ont émaillé à intervalles réguliers la vie économique du département depuis une vingtaine d’années : la chaussure à Miramont, le bouchon à Lavardac, la SEITA devenue Altadis à Tonneins. La fonderie de Pont-à-Mousson à Fumel n’a dû sa survie provisoire qu’à son rachat par les salariés. Pour les salariés, la Verrerie de Vianne était un savoir-faire mondialement reconnu qui n’a pas été exploité et valoriser à sa juste mesure. C’est aussi un pan de la culture ouvrière et de l’histoire industrielle lot-et-garonnaises qui s’effondre. Francis DASPE 20 / 02 / 2004 Compte-rendu de la réunion d’ATTAC-éducation IDFLe samedi 4 octobre 2003, se tenait dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne une réunion publique à l’initiative d’ATTAC éducation Ile-de-France. Parmi les intervenants, Nico Hirtt était là pour parler des enjeux marchands de l’éducation. Voici ce qui ressort de ce qu’il a dit sur le sujet. En premier lieu, Nico Hirtt nous fait constater que le terme de marchandisation de l’Education, s’il englobe la privatisation éventuelle du système éducatif, ne se limite pas à celle-ci. En effet, de manière bien plus insidieuse, la marchandisation du système éducatif se traduit également par une mise en adéquation avec les attentes des marchés. Ainsi, l ’Ecole est là non seulement pour préparer une future main d’œuvre mais aussi pour éduquer un futur consommateur ! On pourrait rajouter que la ligne de conduite suivie par l’actuel gouvernement (mais il n’est pas le seul à avoir agi de la sorte !) est de ce point de vue éloquente quant à la réelle volonté politique d’aller en ce sens. Mais cette marchandisation ne fait suite, selon Nico Hirtt, qu’à une première phase : celle de la massification de l’Ecole. En effet, si l’on considère souvent, en prenant comme référentiel le glorieux baccalauréat, que cette massification a vu le jour à la fin des années 70, on peut aussi la voir prendre forme dès les années 50, dans un contexte de forte croissance et d’innovation technologique importante. L’augmentation de l’emploi salarié et du niveau de qualification requis, ainsi que des financements publics favorables, ont alors permis l’essor de ce phénomène. Mais depuis la fin des années 80, la massification a laissé la place à la marchandisation sous la pression d’un nouvel environnement économique issu de la crise des années 70. De fait, la concurrence est désormais exacerbée et l ’Etat est poussé par le patronat à soutenir les entreprises et à redistribuer la richesse nationale en faveur de ces dernières (les investissements dans l’éducation ont d’ailleurs, en pourcentage de cette richesse nationale, régulièrement baissé depuis des années). D’autre part, il est aujourd’hui de plus en plus difficile de prévoir les caractéristiques des emplois futurs à moyen voire même court terme. Enfin, s’il existe sur le marché du travail un déficit de main d’œuvre hautement qualifiée, il y a aussi un fort développement des emplois à faible niveau de qualification (60 % des emplois créés en France durant la décennie 90 !). De ceci résulte, selon l’enseignant belge, le fait qu’il n’y a plus une élévation du niveau de qualification mais plutôt un étirement. On est alors confronté à un phénomène de bipolarisation, et cette dualisation du marché du travail va se retrouver et se refléter dans le système d’enseignement. Et être comme de bien entendu cause de toujours plus d’inégalités sociales, comme le montre la volonté d’abroger le collège unique et le nivellement par le bas qui est aujourd’hui la règle. Nico Hirtt nous fait aussi remarquer que la décentralisation qui a si fortement mobilisé les personnels de l’Education Nationale contre elle au printemps dernier n’est pas un épiphénomène mais bien une ligne de conduite européenne qui consiste à mettre en place des réseaux d’établissements qui ne sont plus alors gérés par l’Etat. Et tous les prétextes sont bons pour arriver à ceci : humanisation du rapport école/élève/parents aux Pays-Bas, financement par les länder en Allemagne, diminution des coûts en Espagne, élévation des critères standards ( ?) au Royaume-Uni … Et si l’Education doit faire face à ce mouvement international de marchandisation, c’est qu’elle ne représente rien de moins que 2 000 milliards d’euros au niveau mondial et qu’elle est le dernier grand secteur public non encore privatisé. Dans le cadre de l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services), l’Europe a refusé sur ce point l’ouverture de son marché. Toutefois, ne nous y trompons pas, c’est parce que ses universités sont trop petites pour lutter avec les géantes d’outre-atlantique et du Japon. Mais si d’ici quelques années, le processus de Bologne, qui a pour but l’émergence d’un marché européen de l’enseignement supérieur, s’avère être un succès, il y a fort à parier que l’Europe révisera son point de vue sur la question.
Mais la plus grande menace n’est pas celle qui pèse sur l’Europe
mais bel et bien celle que vont rencontrer les pays du Tiers-Monde. En
effet, la Banque mondiale a développé une stratégie
consistant à contraindre ces pays à ne plus investir dans
l’enseignement supérieur, au prétexte que les universités
locales ne pourraient concurrencer les pôles occidentaux et l’offre
éducative fournie, toujours par les pays occidentaux, via internet.
Elle va même jusqu’à leur recommander de se consacrer
à l’alphabétisation. Ou comment refuser à toute
une partie du globe le développement, qui passe forcément
par la formation d’une élite locale et une démocratisation
de l’enseignement supérieur, et donc par une élévation
du niveau moyen d’étude de la population. Avec l’objectif
de faire disparaître dans 30 ans 25% des établissements d’enseignement
supérieur. Ne serait-ce qu’au travers ce bref tour d’horizon du panorama qui s’offre à l ’Ecole, il est aisé de constater que les perspectives sont loin d’être réjouissantes. C’est pourquoi une prise de conscience collective de ce phénomène est nécessaire pour qu’ensemble, nous puissions infléchir ces politiques qui préparent pour demain un monde que nous récusons vigoureusement. François COCQ 07 / 10 / 2003 Les critères de convergence de MaastrichtLe traité de Maastricht signé le 7 février 1992 décidait entre autre de la mise en place d’une union économique et monétaire (UEM). Cette UEM constituait un des deux volets de l’Union Européenne promue par le traité de Maastricht et entrée en vigueur le 1° novembre 1993, l’autre composante étant l’Europe politique. Elle visait à la mise en place d’une monnaie unique, l’euro, pour 2002. Afin de mener à bien cette entreprise, des critères de convergence furent alors définis. L’objectif était de faire en sorte que les pays membres puissent présenter une situation économique peu ou prou semblable pour établir un maximum de cohérence avant l’intégration et le passage à la monnaie unique. Ces critères, au nombre de quatre, avaient pour visée essentielle la stabilité des prix et des monnaies.
Il s’agissait d’effectuer la stabilisation de chaque monnaie nationale qui ne pouvait plus fluctuer au sein du système monétaire européen (SME) qu’à l’intérieur d’une marge de plus ou moins 2,25 %. L’observation de ces critères de convergence décidait de la qualification en 1998 des Etats au passage à la monnaie unique. Ces critères ont nécessité la conduite de politiques économiques restrictives faisant le lit d’une vision étroitement néolibérale de l’économie. La souveraineté des Etats en matière de politique monétaire était ainsi abandonnée à courte échéance au profit de la Banque centrale européenne (BCE), aujourd’hui totalement indépendante du pouvoir politique et seule habilitée à fixer les taux d’intérêt. La signature en juin 1997 à Amsterdam du pacte de stabilité et de croissance, exemple abouti de coordination négative des politiques économiques, entérinait le renoncement à l’éventualité d’une politique budgétaire active. Francis DASPE 05 / 03 / 2004 Elections en Espagne : triomphe d’al-Qaida !Les élections législatives espagnoles du 14 mars 2004 ont livré un verdict inattendu pour la majorité des observateurs. Le Parti populaire de José Maria Aznar, au pouvoir depuis 8 ans, a finalement été battu par le Parti socialiste ouvrier mené par José Luis Zapatero. Un tel dénouement apparaissait totalement inimaginable il y a encore quelques jours seulement. L’événement qui a fait basculer ces élections est bien évidemment la série d’attentats commis dans trois gares de Madrid et qui ont ensanglanté l’Espagne quelques jours avant le scrutin, causant la mort de 200 personnes. Il serait plus exact de préciser que ce ne furent pas les attentats en eux-mêmes qui inversèrent le sens des résultats attendus des élections. Ce fut en définitive l’indécente et la morbide tentative de récupération à laquelle le gouvernement Aznar se livra sans vergogne qui explique la défaite des conservateurs rangés derrière la candidature de Mariano Rajoy. La rapidité à désigner à la vindicte populaire les indépendantistes basques d’ETA comme responsables des attentats, négligeant superbement la piste al-Qaïda, parut très vite suspecte malgré l’immense émotion qui paralysait les Espagnols. Cela flairait la manipulation de bas étage et la récupération électoraliste éhontée. C’était en fait faire d’une pierre deux coups : accuser ETA d’avoir commis ces attentats revenait à rendre hommage à la politique de fermeté du gouvernement Aznar à l’encontre des indépendantistes basques, négliger délibérément l’hypothèse al-Qaïda offrait l’avantage, si l’on peut parler ainsi, de passer sous silence les conséquences néfastes de l’alignement inconditionnel de l’Espagne sur la politique belliciste de Bush à l’occasion de l’intervention militaire en Irak. Intervention militaire pour laquelle une grande majorité de la population avait manifesté une profonde hostilité et récusé fermement toute participation de l’Espagne. La supercherie, de par sa grossièreté, fut rapidement éventée en dépit du peu de temps qui séparait les attentats (du 11 mars) de la tenue des élections (du 14 mars). C’est sans nul doute sur le carambolage entre ces deux événements et l’étroitesse des délais que les conservateurs misaient pour tirer profit de ce drame. Après tout, le précédent des « armes de destruction massive » avait plutôt bien fonctionné (sur le coup…) pour justifier l’attaque de l’Irak ! Malheureusement pour Aznar, Rajoy et leurs comparses, le peuple espagnol démontra pour l’occasion une capacité de réaction bienvenue. Les incohérences de la position (de la stratégie !) gouvernementale furent presque illico presto mises à nues. La sanction des urnes s’avéra immédiate et implacable : les résultats des élections confirmèrent qu’il n’est plus acceptable de prétendre gouverner sur des mensonges de masse que même un ersatz de « raison d’Etat » ne saurait légitimer ou excuser d’une quelconque manière qui puisse être. Voilà un avertissement à George Bush et un signe encourageant à John Kerry en vue des prochaines élections présidentielles américaines de novembre 2004. Au final, il apparaît que les grands vainqueurs de ces élections en Espagne sont les islamistes d’al-Qaïda. Ils voulaient punir le gouvernement Aznar pour sa participation à l’intervention militaire en Irak ; ils désiraient ternir l’image et le bilan des huit ans de règne des conservateurs du Parti populaire ; ils avaient en tête d’influencer de manière significative le déroulement de la consultation électorale. Leurs objectifs ont été atteints bien au-delà de leurs espérances les plus folles. Non pas en raison de leurs actes terroristes et criminels, mais en réalité par la gestion catastrophique, et pour tout dire crapuleuse, de ces événements faite par le gouvernement Aznar. Pourtant, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, il eût été simple pour le Parti populaire espagnol de tirer profit de l’affreux carnage du 11 mars 2004 : pour cela, il eût suffi qu’une attitude digne soit adoptée dès l’annonce de la tragédie. Etait-ce si difficile que cela pour Aznar qui avait orchestré avec maestria sa sortie en désignant pour lui succéder après deux mandats consécutifs d’exercice du pouvoir son dauphin Mariano Rajoy? Francis DASPE 17 / 03 / 2004 |