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A propos de la « perspicacité »
de certains « intellectuels autorisés »…
Chaque jour, ou peu s’en faut, l’actualité nous informe
des difficultés dans lesquelles les forces militaires américaines
s’embourbent. Les réactions des populations civiles irakiennes
sont à cet égard sans équivoque : les marines
sont quasi unanimement considérés comme des forces d’occupation,
certainement pas comme des forces de libération.
La France, avec d’autres pays faut-il le rappeler afin de bien mettre
en évidence le fait que ce ne fut pas elle qui se retrouva isolée
pour la circonstance, mais bien l’administration Bush qui adopta
l’unilatéralisme impérial pour ligne de conduite au
mépris des prérogatives de l’ONU, se fit le porte-voix
de ceux qui savaient à quoi mènent les guerres, fussent-elles
menées au nom des droits de l’homme et d’un droit d’ingérence
à géométrie variable mise en lumière par l’appréhension
de la situation nord-coréenne. Pour autant, la condamnation de
l’intervention militaire américaine, secondée en cela
par les forces anglaises, ne fut pas unanime en France. Des voix discordantes
s’élevèrent pour stigmatiser indistinctement pacifistes,
munichois, amis présumés (bien que la présomption
d’innocence n’existe pas et soit bafouée dans ces circonstances
!) de Saddam Hussein, antiaméricains primaires et invétérés.
A la lueur des événements
actuels et avec le recul nécessaire, il est particulièrement
édifiant et stupéfiant de relire certains propos tenus par
ces va-t-en-guerre impénitents. C’est le cas de la tribune
parue dans Le Monde du 15 avril 2003. Pascal Bruckner, Romain
Goupil et André Glucksmann mutualisaient leur crédit et
leurs compétences d’intellectuels pour célébrer
à leur façon la prise de Bagdad et la chute de Saddam Hussein.
L’article, intitulé Bagdad danse, décrivait l’enthousiasme
des Irakiens, désormais libérés de leur tyran, et
fêtant leurs « libérateurs » américains.
Persuadés que
le présent et l’avenir consacreraient la justesse de leurs
positions bellicistes initiales, les auteurs récusaient toute forme
de modération. Mettant en exergue « la joie de voir le
peuple irakien en liesse fêter sa libération et ses libérateurs
», les comparses s’en prenaient violemment « au
parti de la paix mené par la France », coupable d’avoir
misé la carte de « la légalité onusienne
» tout en jouant « Astérix contre l’Oncle
Sam ». « La France s’est mise en hors-jeu,
ridiculisée », clamaient-ils, sans oublier de décerner
un satisfecit au courageux Tony Blair « qui prit le risque d’affronter
son électorat tout en restant fidèle à ses convictions
», et qui, par conséquent, « s’est révélé
un véritable chef d’Etat ».
N’hésitant
pas à parler concernant le climat anti-guerre qui régna
majoritairement en France de « l’hystérie, l’intoxication
collectives qui ont frappé l’Hexagone », ils qualifièrent
cette attitude, perceptible aussi bien à droite comme à
gauche, de « nationalisme des imbéciles qui est toujours
un symptôme de déclin et de ressentiment ». Plus
loin : « Il faudra s’y faire : il existera toujours dans
nos démocraties une portion importante de citoyens que la chute
d’une dictature désespère ». Assurément,
en terme d’amalgame, de procès d’intention et de mauvaise
foi, difficile de faire mieux ! Nos imprécateurs, triomphateurs
et euphoriques, laissaient tomber cette sentence sans appel à propos
de la France : « notre grande nation n’est pas en train
d’écrire une de ses pages les plus glorieuses ! Par ses choix,
Paris s’est condamné à n’avoir qu’un rôle
marginal dans cette région du monde. L’histoire continue,
la France n’en fait-elle plus partie ? ».
A l’heure où l’administration Bush et ses faucons se
résolvent, certainement contre leurs inclinations premières,
à partager et à faire supporter à la communauté
internationale, via l’ONU, la charge et les risques que leur aventure
au pays de Saddam et du pétrole fait courir chaque jour à
leurs soldats, il est particulièrement savoureux d’exhumer
les écrits de nos prophètes autoproclamés amis de
l’humanité démocratique. Il n’y a pas que les
hommes politiques qui devraient être confrontés à
leurs déclarations passées. Surtout quand celles-ci se paraient
tout à la fois de forfanterie et de messianisme…
Francis Daspe 03 10 2003
Les Gauloises et les Gitanes brunes délocalisées !
Le groupe Altadis, anciennement SEITA, a annoncé un nouveau plan
de restructuration en juillet 2003. Il est prévu de concentrer
la totalité de la production de cigarettes brunes dans l’usine
fraîchement construite en Espagne, à Alicante. Cela signifie
que les fameuses Gauloises et Gitanes vont « émigrer »
outre-Pyrénées à l’horizon 2005.
Cette annonce a réveillé de douloureux souvenirs pour la
ville de Tonneins, en Lot-et-Garonne. L’histoire du tabac est étroitement
liée au Lot-et-Garonne. En effet, il semble bien que les premiers
pieds de la future « herbe à Nicot » aient été
cultivés dans la région de Clairac, à quelques kilomètres
de Tonneins, en 1556 à l’initiative du moine Thevet. La ville
de Tonneins fut dotée en 1726 d’une manufacture royale de
tabac, à l’origine du monopole institué par Napoléon
I° en 1810. A son apogée, la manufacture de Tonneins employait
un millier de salariés pour une production dépassant les
10 milliards de Gauloises.
Les difficultés
ont commencé à s’accumuler depuis une vingtaine d’années.
La consommation de cigarettes brunes a fortement diminué (de l’ordre
de 67 % au cours des année 1990), au profit des blondes, souvent
made in USA et jugées plus « sexy ». La SEITA
est ensuite passée du statut de monopole public à celui
de société privée afin de s’adapter aux impératifs
du marché unique européen et de la mondialisation. En 1999,
on assiste à la fusion avec la Tabacalera espagnole et à
la naissance d’Altadis. Un an plus tard, surviennent les premières
restructurations avec la fermeture de la manufacture de Tonneins et la
suppression de 350 emplois.
Même si les cigarettes blondes de la marque Altadis seront encore
produites à Nantes et à Riom, la France n’en reste
pas moins vouée à perdre la fabrication de ses Gauloises
et ses Gitanes brunes. Altadis attend de ce transfert une nette amélioration
de sa compétitivité (l’usine d’Alicante a nécessité
un investissement de 40 millions d’euros avec des machines ultra-performantes),
d’autant plus que le marché des cigarettes brunes est meilleur
dans les pays du Sud.
Sans nul doute, il s’agit
d’une partie du patrimoine industriel et historique de la France
qui migre hors de l’hexagone avec la délocalisation de la
production des cigarettes brunes à Alicante. Le sentiment de désabusement
ambiant, fait de résignation et de colère mêlées,
est résumé par un ancien de la « manu » de Tonneins
: « La Gauloise est victime de l’ultra-libéralisme.
On a fermé Tonneins, et deux ans et demi après, on va à
Alicante, et un jour on ira au Maroc ! C’est l’Europe. Nous
sommes bafoués et humiliés ». Ces propos mettent
bien en exergue les stratégies des délocalisations par étapes
par lesquelles les profits se fondent sur les licenciements de centaines
de salariés.
Francis Daspe 04 10 2003
Compte-rendu de la réunion d’ATTAC-éducation IDF
Le samedi 4 octobre 2003, se tenait dans l’amphithéâtre
Richelieu de la Sorbonne une réunion publique à l’initiative
d’ATTAC éducation Ile-de-France. Parmi les intervenants,
Nico Hirtt était là pour parler des enjeux marchands de
l’éducation. Voici ce qui ressort de ce qu’il a dit
sur le sujet.
En premier lieu, Nico Hirtt nous fait constater que le terme de marchandisation
de l’Education, s’il englobe la privatisation éventuelle
du système éducatif, ne se limite pas à celle-ci.
En effet, de manière bien plus insidieuse, la marchandisation du
système éducatif se traduit également par une mise
en adéquation avec les attentes des marchés. Ainsi, l ’Ecole
est là non seulement pour préparer une future main d’œuvre
mais aussi pour éduquer un futur consommateur ! On pourrait rajouter
que la ligne de conduite suivie par l’actuel gouvernement (mais
il n’est pas le seul à avoir agi de la sorte !) est de ce
point de vue éloquente quant à la réelle volonté
politique d’aller en ce sens.
Mais cette marchandisation ne fait suite, selon Nico Hirtt, qu’à
une première phase : celle de la massification de l’Ecole.
En effet, si l’on considère souvent, en prenant comme référentiel
le glorieux baccalauréat, que cette massification a vu le jour
à la fin des années 70, on peut aussi la voir prendre forme
dès les années 50, dans un contexte de forte croissance
et d’innovation technologique importante. L’augmentation de
l’emploi salarié et du niveau de qualification requis, ainsi
que des financements publics favorables, ont alors permis l’essor
de ce phénomène. Mais depuis la fin des années 80,
la massification a laissé la place à la marchandisation
sous la pression d’un nouvel environnement économique issu
de la crise des années 70. De fait, la concurrence est désormais
exacerbée et l ’Etat est poussé par le patronat à
soutenir les entreprises et à redistribuer la richesse nationale
en faveur de ces dernières (les investissements dans l’éducation
ont d’ailleurs, en pourcentage de cette richesse nationale, régulièrement
baissé depuis des années). D’autre part, il est aujourd’hui
de plus en plus difficile de prévoir les caractéristiques
des emplois futurs à moyen voire même court terme. Enfin,
s’il existe sur le marché du travail un déficit de
main d’œuvre hautement qualifiée, il y a aussi un fort
développement des emplois à faible niveau de qualification
(60 % des emplois créés en France durant la décennie
90 !).
De ceci résulte, selon l’enseignant belge, le fait qu’il
n’y a plus une élévation du niveau de qualification
mais plutôt un étirement. On est alors confronté à
un phénomène de bipolarisation, et cette dualisation du
marché du travail va se retrouver et se refléter dans le
système d’enseignement. Et être comme de bien entendu
cause de toujours plus d’inégalités sociales, comme
le montre la volonté d’abroger le collège unique et
le nivellement par le bas qui est aujourd’hui la règle.
Nico Hirtt nous fait aussi remarquer que la décentralisation qui
a si fortement mobilisé les personnels de l’Education Nationale
contre elle au printemps dernier n’est pas un épiphénomène
mais bien une ligne de conduite européenne qui consiste à
mettre en place des réseaux d’établissements qui ne
sont plus alors gérés par l ’Etat. Et tous les prétextes
sont bons pour arriver à ceci : humanisation du rapport école/élève/parents
aux Pays-Bas, financement par les länder en Allemagne, diminution
des coûts en Espagne, élévation des critères
standards ( ?) au Royaume-Uni …
Et si l’Education doit faire face à ce mouvement international
de marchandisation, c’est qu’elle ne représente rien
de moins que 2 000 milliards d’euros au niveau mondial et qu’elle
est le dernier grand secteur public non encore privatisé. Dans
le cadre de l’AGCS (Accord Général sur le Commerce
des Services), l’Europe a refusé sur ce point l’ouverture
de son marché. Toutefois, ne nous y trompons pas, c’est parce
que ses universités sont trop petites pour lutter avec les géantes
d’outre-atlantique et du Japon. Mais si d’ici quelques années,
le processus de Bologne, qui a pour but l’émergence d’un
marché européen de l’enseignement supérieur,
s’avère être un succès, il y a fort à
parier que l’Europe révisera son point de vue sur la question.
Mais la plus grande menace n’est pas celle qui pèse sur l’Europe
mais bel et bien celle que vont rencontrer les pays du Tiers-Monde. En
effet, la Banque mondiale a développé une stratégie
consistant à contraindre ces pays à ne plus investir dans
l’enseignement supérieur, au prétexte que les universités
locales ne pourraient concurrencer les pôles occidentaux et l’offre
éducative fournie, toujours par les pays occidentaux, via internet.
Elle va même jusqu’à leur recommander de se consacrer
à l’alphabétisation. Ou comment refuser à toute
une partie du globe le développement, qui passe forcément
par la formation d’une élite locale et une démocratisation
de l’enseignement supérieur, et donc par une élévation
du niveau moyen d’étude de la population. Avec l’objectif
de faire disparaître dans 30 ans 25% des établissements d’enseignement
supérieur.
Ne serait-ce qu’au travers ce bref tour d’horizon du panorama
qui s’offre à l ’Ecole, il est aisé de constater
que les perspectives sont loin d’être réjouissantes.
C’est pourquoi une prise de conscience collective de ce phénomène
est nécessaire pour qu’ensemble, nous puissions infléchir
ces politiques qui préparent pour demain un monde que nous récusons
vigoureusement.
François Cocq 07 10 2003
Dans quel type de société vivons-nous ?
En filigrane de la polémique relative à la remise en cause
des 35 heures, se dessinent incontestablement deux visions contradictoires
de la société dans laquelle nous vivons. Il n’est
pas question de passer sous silence les conséquences négatives
ayant découlé de la mise en place de la loi Aubry, qui ne
sont d’ailleurs pas celles que le MEDEF et le gouvernement dénoncent
à l’unisson : modération salariale, blocage du pouvoir
d’achat pour les plus modestes, accroissement de la précarité
et de la flexibilité principalement. Force est de constater cependant
que les critiques actuelles à propos des 35 heures semblent indiquer
une vision de la société à laquelle nous n’agréons
pas.
A entendre certaines récriminations récurrentes, la France
aurait versé dans la société de loisirs quasiment
décadente. Sous-entendu que les Français ne travailleraient
pas assez et seraient véritablement paresseux. Cet état
de fait expliquerait l’anémie de la croissance, l’ampleur
des déficits budgétaires et sociaux, le non respect des
fameux 3 % des critères d’airain de Maastricht. Sans parler
des décès provoqués par la canicule de cet été
! En réalité, les arguments n’ont pas changé
depuis un siècle : c’est la vielle antienne qui stigmatise
à l’envi les travailleurs, ces classes laborieuses et dangereuses
aujourd’hui élargies aux couches moyennes, accusés
de ne pas assez travailler et de recevoir qui plus est trop d’argent.
Des fainéants assistés, en somme !
L’examen de la réalité offre pourtant une vision bien
différente. C’est ainsi que les études économiques
concordent pour estimer que la productivité des travailleurs français
se situe au premier rang mondial. Ces données chiffrées
auraient plutôt tendance à coïncider avec le vécu
quotidien du plus grand monde dans les entreprises hexagonales. Un sentiment
d’intensification du travail en résulte incontestablement.
Produire toujours plus dans un minimum de temps, telle est la réalité
quotidienne pour beaucoup. Et ceci est aggravé par le contexte
de précarité accrue et de flexibilité généralisée
qui président désormais à la gestion « modernisée
» des ressources humaines. La thématique de l’insécurité
sociale ne correspond pas à une quelconque vue de l’esprit.
La société de ce début de XXI ° siècle,
dominée par les postulats portés par la mondialisation néolibérale
triomphante, semble prendre davantage les contours d’une société
se caractérisant par une intensification en règle du travail
que ceux d’une société des loisirs. Sauf peut-être
pour une petite minorité d’élites bénéficiant
du nouvel ordre économique ! Pour le plus grand nombre en tout
cas, prévaut un processus d’intensification du travail, accompagné
de son corollaire, un sentiment de plus en plus généralisé
d’insécurité sociale.
Francis Daspe 10 10 2003
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