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Les 3 GauchesLe président d’ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens) a publié un article dans Libération. Dans la ligne de son intervention à l’occasion de sa venue aux Nuits Atypiques de Langon début août, il met en garde contre les mirages du gauchisme, que nous avions appelé gauche incantatoire et gesticulatoire (donc improductive, voire contre-productive). Dénonçant au passage les convergences entre libertaires et libéraux, il estime que la seule alternative au marché est à l’heure actuelle l’Etat. Or, une partie de l’extrême gauche est en restée au schéma désormais éculé de « l’Etat instrument d’oppression des classes populaires aux mains de la bourgeoisie ». Un aggiornamento semble absolument nécessaire en la matière pour certains libertaires gauchistes qui souhaitent in fine la même chose que les libéraux les plus durs : abaisser la capacité d’intervention de la puissance publique garante en principe de l’intérêt général, procéder à la dérèglementation au nom de la liberté et de l’hédonisme. Cela montre assurément le clivage qui traverse ATTAC, opposant la ligne Nikonoff-Cassen à celle des gauchistes en somme autant libertaires que libéraux. L’AGAUREPS-Prométhée, Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée, se situe depuis le début sur la ligne Nikonoff-Cassen : la rénovation de la gauche passe par le rétablissement des liens historiquement consubstantiels entre l’idéal de gauche, l’ambition de transformation sociale et l’exigence républicaine. Slogan auquel il importe, sans exclusive, de donner un contenu aisément décryptable par les citoyens. Cette gauche républicaine et sociale renvoie dos-à-dos la gauche incantatoire et gesticulatoire d’une part, la gauche libérale et (auto-proclamée) «moderne » d’autre part. Francis Daspe, 02 09 2003 Réhabiliter le redoublementL’annonce par le ministre de l’Education nationale Luc Ferry d’une réflexion sur le redoublement a été diversement appréciée. La loi d’orientation scolaire de 1989 (qui porte la marque du duo Jospin, alors ministre de l’Education nationale, et Allègre, alors son conseiller) avait conduit à réduire les redoublements, jusqu’à en effacer le mot, remplacé par « maintien ». Une flopée d’experts coupés des réalités de l’enseignement ou aveuglés par un dogmatisme de mauvais aloi, s’était attachée mordicus à en démontrer, par des soi-disant études scientifiques et des arguments fallacieux (où on se contentait d’affirmer), l’inefficacité et l’inutilité. La réalité est devenue très rapidement intenable dans l’institution scolaire. Le bon sens était congédié, l’exigence scolaire réduite à une peau de chagrin. Cette question des redoublements illustre à merveille la triple dérive ayant affecté aussi bien la gauche (une partie en fait, c’est-à-dire, pour reprendre le titre d’un ouvrage récemment paru, celle qui a perdu l’Ecole de la République) et la société dans son ensemble :
Nous avons été également peiné par la réaction de certains syndicats enseignants et d’organisations de parents d’élèves se disant choqués par une telle proposition. Ils nous semblent enfermés à la fois dans un certain dogmatisme désormais dépassé par la confrontation avec la réalité quotidienne (un discours qui « a daté ») et une forme d’autisme sanctionnant la distance qui s’est opérée avec la base enseignante, notamment avec les jeunes collègues plus pragmatiques et au regard neuf davantage acéré. Une rupture générationnelle certainement est en train de croître. La question des redoublements pose en fait celle de la crédibilité de l’institution et de l’exigence scolaires. Ce n’est pas anodin et cela nécessite sans nul doute que l’on consente à se dépouiller de certaines postures idéologiques vestiges d’un autre temps, sous peine de sombrer dans l’anachronisme. Francis Daspe, 02 09 2003 L’épée de Damoclès des 3 %Au cours de son intervention télévisée du 4 septembre 2003, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a fait état de son intention de passer outre la « fameuse règle » des 3 %. En effet, les critères de Maastricht et le pacte de stabilité imposent aux Etats membres de l’Union Européenne un déficit public inférieur à 3 % du Produit Intérieur Brut, sanctionnant de la sorte le triomphe des tenants de l’orthodoxie monétaire. Jean-Pierre Raffarin a justifié son choix en affirmant que « son premier devoir n’est pas d’aller rendre des équations comptables et de faire des problèmes de mathématiques pour tel ou tel bureau, dans tel ou tel pays ». Une telle posture, qui peut-être puise aux sources du gaullisme que la droite dans son ensemble a pourtant massivement jeté aux oubliettes, pourrait nous satisfaire. En effet, il est véritablement choquant que les gouvernements soient à ce point dessaisis de leur souveraineté et de leur marge de manœuvre en matière économique et budgétaire par la tyrannie des critères de Maastricht, véritable épée de Damoclès planant sur la tête des représentants des Etats. La rigidité de ces règles, ainsi que leur caractère partisan en faveur d’une vision néo-libérale doctrinaire, constituent des entraves à toute politique de relance visant à développer l’emploi et la croissance. Effectivement, le commissaire européen au commerce, le Français Pascal Lamy, a immédiatement brandi la menace de sanctions à l’encontre de la France, en l’espèce une forte amende, parlant de « sortir le carnet de contraventions ». Cette perspective froidement technocratique a de quoi heurter la sensibilité de ceux qui défendent le respect de la souveraineté populaire régulièrement battue en brèche par le caractère apparemment implacable de la « seule politique possible », véritable chausse-pied de la mondialisation libérale. Certaines réactions critiques émanant du Parti socialiste n’ont pas reçu notre adhésion car elles témoignent en définitive d’un ralliement malvenu à l’idéologie dominante. Celle-ci se décline pour l’occasion en trois volets : le libéralisme, l’orthodoxie monétaire et budgétaire, le fédéralisme européen. Elle s’inscrit en définitive dans la filiation du fameux tournant de l’austérité datant de 1983 qui ouvrait, selon les dires du premier secrétaire du parti sosialiste d’alors, une « parenthèse libérale » décidément toujours pas refermée. Pour autant, il ne s’agit pas de s’illusionner quant à l’initiative du gouvernement Raffarin : elle ne correspond pas, malheureusement, à une quelconque remise en cause, si minime soit-elle, de l’idéologie dominante. La volonté de s’affranchir momentanément des règles budgétaires européennes n’a pour objectif que de pouvoir tenir la promesse d’une baisse de 3 % de l’impôt sur le revenu. Voilà une promesse de campagne dont nous aurions souhaité que Jacques Chirac ne tienne pas ! L’art de garantir aux catégories aisées des cadeaux fiscaux montre que la posture chiraco-raffarinienne s’apparente plutôt à une forme d’imposture et ne servira qu’à renforcer la prégnance des postulats néo-libéraux dans le cadre mondialisé. Francis Daspe, 06 09 2003 Au bord de l’implosionAllumez votre poste de radio (de préférence à la télévision) et la longue litanie des déboires économiques et sociaux qui frappent le pays, mais surtout ses classes les plus défavorisées, viendra geindre à vos oreilles comme un long hurlement à la mort dans le plus profond de la nuit. On se découvre atterré et anéanti à l’énoncé des plans sociaux qui touchent toutes les branches de notre économie, et plus encore abasourdi par les réponses, qu’elles soient macro-économiques ou qu’elles consistent en de simples plans de sauvetage, que propose le gouvernement. Au petit jeu de la comparaison, la droite ne peut même pas espérer à l’heure actuelle relever le gant : à la baisse de l’impôt sur le revenu (la belle nouvelle que voilà !) font front l’augmentation du gazole, la baisse des ressources attribuées aux chômeurs en fin de droits, la catastrophe Alstom annoncée, le trou béant de l’assurance maladie et la hausse des frais d’hospitalisation, la fin du plan épargne populaire et encore mille mesures que l’on applique à la dévouée « France d’en bas » pour laisser se goberger celle d’en haut. Pour être, nous, au sein de cette France, nous la voyons bouillir et prête à imploser, lasse qu’elle est de se soumettre au bon vouloir et aux beaux discours de ces têtes d’affiche qui n’ont même plus la décence de faire semblant de croire ce qu’ils disent. Dire que le fossé se creuse n’a jamais pris autant de sens aujourd’hui et la fracture sociale que dénonçait l’autre voilà huit ans n’a jamais été aussi à vif. Bien pire, elle est aujourd’hui génératrice de tensions, opposant l’envie des uns à la rancune des autres, étant le terreau de ce qui prend déjà les allures de la haine. C’est à cela que nous mène la politique, si tant est que cela en soit une, du gouvernement. Or la France a oublié qu’elle savait être une terre de révolte et si elle n’est pas demain à feu et à sang, elle n’en sera pas moins exsangue de s’être dévorée elle même de l’intérieur. Et détruite alors pour longtemps. François COCQ, 21 09 2003 L’argent des pauvresSi nous avons regretté qu’il soit particulièrement difficile de reconnaître la gauche socio-libérale au pouvoir, tant ses renoncements furent parfois douloureux à la nécessaire exigence de transformation sociale, reconnaissons au moins à la droite un mérite : son exercice du pouvoir ne laisse pas place au doute et à la confusion. Elle mène une politique hardie et résolue de droite bon teint, conforme à ses présupposés idéologiques. Les dernières mesures envisagées par le gouvernement Raffarin peuvent parfois donner l’impression de l’incohérence et de la navigation à vue. Il n’en est rien en réalité : elles répondent en fait à un plan d’ensemble légitimé par les dogmes d’un néolibéralisme échevelé. L’objectif transparaît clairement, de manière tellement caricaturale qu’il laisse pantois nombre d’observateurs : financer les multiples cadeaux faits aux riches et au patronat en prenant l’argent aux pauvres et aux salariés ! La baisse de l’impôt sur le revenu profite, chacun le sait, essentiellement aux tranches supérieures. L’impôt progressif sur le revenu est le plus juste, car à visée véritablement redistributive, d’autant plus que la moitié des foyers n’y sont pas assujettis, faute de revenus suffisants. Eux ne bénéficieront pas des largesses fiscales d’un gouvernement plus que jamais estampillé MEDEF ! Les récentes déclarations (bavures ?) du ministre de l’économie Francis Mer en apportent la triste confirmation. Il est évidemment plus facile de prendre l’argent aux pauvres puisqu’ils sont, jusqu’à preuve du contraire, beaucoup plus nombreux que les riches ! La hausse prévue et prévisible des impôts locaux ainsi que de diverses taxes à la consommation s’inscrivent dans cette optique. Touchant de manière indifférenciée pauvres et riches, même si F. Mer pourra nous objecter que ces derniers seront davantage concernés puisqu’ils ont les moyens de consommer plus, ces impôts sont profondément injustes et inégalitaires. La baisse du taux de rémunération du Livret A et donc de l’épargne populaire, la suppression annoncée du PEP (plan d’épargne populaire) et son remplacement par un PEIR (plan d’épargne et d’investissement retraite) dont les mécanismes s’adressent prioritairement aux catégories aisées et en font un véritable fond de pension même pas masqué, le projet de transformer les chômeurs de longue durée en Rmistes en rognant sur l’allocation spéciale de solidarité (ASS) prolongent la volonté gouvernementale : les pauvres supporteront le coût d’une des seules promesses que tiendra au final le président de la République (on aurait volontiers souhaité qu’il en soit autrement). Tout cela pour satisfaire les injonctions des possédants et du patronat dans leur improbable quête d’une « modernité » en fait réellement régressive. Francis Daspe, 21 09 2003 |