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La désindustrialisation en Aquitaine

La région Aquitaine se situe dans la moitié Ouest de la France considérée comme une zone davantage agricole et rurale, par opposition à une France de l’Est industrielle et urbaine. Ce clivage n’empêche pas que l’Aquitaine soit fortement touchée par une vague de plans sociaux et de délocalisations industrielles.

Le deuxième semestre 2003 a porté de rudes coups au tissu industriel de la Gironde. Le département a été victime de ce qu’on pourrait appeler les « dommages collatéraux » de la mondialisation.
Les dirigeants de l’entreprise EPCOS, située à Lormont, dans l’agglomération bordelaise, ont décidé de fermer l’usine et de la transférer en République tchèque. Cette délocalisation concerne 115 salariés.
Le groupe EPCOS, spécialisé dans la production de composants électroniques en céramique, filiale de la multinationale allemande Siemens, emploie quelque 13 000 salariés à travers le monde. L’établissement girondin, créé au début des années 1970, a employé jusqu’à 300 salariés, en comptant les intérimaires, à son maximum de la fin des années 1990.
Le processus de transfert de l’unité de production devrait se dérouler en deux phases. Au premier semestre 2004, l’ensemble de la production des composants électroniques aujourd’hui fabriqués à Lormont sera transféré en République tchèque : l’opération se traduira par la suppression de 90 emplois. Une petite activité d’élaboration de poudre sera maintenue pendant un an de plus avec 25 salariés : fin 205, EPCOS aura définitivement tiré le rideau de son site girondin.

Le groupe Solectron, occupant le premier rang mondial de la sous-traitance électronique et basé à Canéjean, toujours en banlieue bordelaise, a dû transférer de la même manière des unités de production vers la Roumanie et la Chine. L’établissement girondin connaît à l’heure actuelle son cinquième plan social consécutif en l’espace de deux ans. Au total, il devrait rester un millier de salariés en contrat à durée déterminée alors que le site de Canéjean comptait à la fin de l’année 2000 environ 2 200 employés et autant d’intérimaires : la perte sèche s’élève donc à plus de 1 000 emplois directs et 2 000 intérimaires.

Un plan social est également en gestation à la société Space Transportation, filiale du géant franco-hispano-allemand, EADS. EADS, né en 2000 de la fusion de l’Allemand Daimler Chrysler Aerospace, du Français Aérospatiale Matra et de l’Espagnol CASA, est la première entreprise de construction de matériel aérospatial en Europe et la seconde au niveau mondial. Ses secteurs d’activités couvrent l’aéronautique commerciale et militaire, l’espace et la défense. Le groupe emploie plus de 100 000 personnes sur plus de 70 sites de production.
Space Transportation envisage de se séparer de plus de 100 de ses salariés sur son site de Saint-Médard-en-Jalles qui en compte aujourd’hui 1 100. Le site girondin est spécialisé dans la fabrication de gros missiles balistiques et les fusées spatiales. Les raisons invoquées sont la baisse de son plan de charge et les impératifs de rationalisation de son appareil productif.

La Gironde rurale n’est pas non plus épargnée par ces difficultés économiques et sociales. Les 43 salariés de l’usine Delvaux de Gensac vivent depuis plusieurs mois dans l’inquiétude d’un avenir incertain, fait de périodes de chômage partiel répétées.
Le groupe belge Delvaux, qui fabrique des articles de maroquinerie de luxe, se situe au second rang mondial dans ce secteur derrière Hermès. Il possède deux ateliers de production en France, l’un à Bourg-Argental, en Auvergne, l’autre à Gensac, commune de 800 habitants aux confins de la Gironde et de la Dordogne. La fermeture du site et le transfert de l’unité de production à Bourg-Argental sont envisagés.
Le reclassement du personnel s’annonce d’ores et déjà difficile. Les ouvrières, qualifiées ou hautement qualifiées, ne voient guère la possibilité de retrouver un travail similaire dans leur environnement proche. Seule l’unité Hermès de Nontron, dans le nord de la Dordogne, a recours dans la région à des savoir-faire identiques.

Le groupe Gascogne connaît lui aussi de grosses difficultés. Gascogne est de loin le premier groupe industriel du massif forestier landais. Il emploie actuellement 3 000 salariés, dont plus de la moitié en Aquitaine. Le groupe Gascogne avait conquis dans le massif forestier landais une position presque hégémonique par le biais du rachat de plusieurs entreprises et de gros investissements réalisés à la fin des années 1990 à Saint-Symphorien. Mais la conjoncture s’est totalement retournée depuis deux ans. La tempête de 1999 avait suscité un essor de la demande en bois d’œuvre. Le contrecoup fut cependant brutal : moins de bois à couper, hausse des prix de la matière première, baisse des débouchés, multiplication des dépôts de bilan de petites scieries.
Confrontés à de lourdes pertes, les dirigeants du groupe devraient annoncer des mesures draconiennes dans les semaines à venir : la vente ou la fermeture d’une des trois scieries appartenant à la filière Ecobois, implantées à Saint-Symphorien, en Gironde.

Le Lot-et-Garonne subit lui aussi de plein fouet les conséquences de la vague de désindustrialisation qui affecte notre pays.
Un de ses derniers bastions industriels, la Verrerie de Vianne, vient d’être mis en liquidation judiciaire et va devoir fermer. De la sorte, 196 employés n’ont plus de travail. La Verrerie, dont les principales productions étaient les objets de table et le luminaire, fut créée en 1928 et s’installa en Albret, entre Agen et Nérac, sur les bords de la rivière Baïse, dans la commune de Vianne. A son apogée, c’est-à-dire avant la première restructuration de 1977, l’entreprise a compté jusqu’à 900 salariés alors que la population du village ne dépassait pas les 1200 habitants. C’est dire l’importante et le rôle structurant de l’usine de Vianne pour un secteur essentiellement rural.
L’usine agroalimentaire Solenis de Fauguerolles, près de Marmande, vient de fermer à la fin du mois de février 2004. Elle était spécialisée dans la production d’endives et de haricots verts et employait 40 salariés, atteignant en saison haute le cap des 60 employés.
Il s’agit d’épisodes supplémentaires de l’histoire contrariée entre l’industrie et le Lot-et-Garonne s’ajoutant aux fermetures d’usines qui ont émaillé à intervalles réguliers la vie économique du département depuis une vingtaine d’années : la chaussure à Miramont, le bouchon à Lavardac, la SEITA devenue Altadis à Tonneins. La fonderie de Pont-à-Mousson à Fumel n’a dû sa survie provisoire qu’à son rachat par les salariés.

Voilà que les dernières informations signalent que les Pyrénées-Atlantiques sont également concernés par cette spirale négative. La Safam, la fonderie de Bayonne, vient d’être placée en redressement judiciaire fin février. Elle emploie 120 salariés.

On constate que les plans sociaux, restructurations et autres délocalisations industrielles n’épargnent aucune activité, quelle soit traditionnelle ou nécessitant plus de qualification, ni aucun secteur, qu’il soit urbain ou rural.


Francis DASPE
Membre de l’AGAUREPS-Prométhée
(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée)
www.agaureps.net
Février 2004
Article paru dans le Bulletin n° 13 de Mars 2004 de Résistance Sociale